Noctes Gallicanae
A u s o n e
D. Magni Ausonii
LVDVS SEPTEM SAPIENTIVM
LE JEU DES
SEPT SAGES
J’ai téléchargé sur le site de la Bibliothèque
nationale les œuvres d’Ausone, éditées par C. L. F. Panckoucke en 1842. Je
reproduis en général le texte du traducteur, E. F. Corpet. J’ai revu ou refait
moi-même certaines de ses traductions.
AVSONIVS CONSVL LATINO
DREPANIO PACATO PROCONSVLI.
Ignoscenda istaec an
cognoscenda rearis.
Attento, Drepani, perlege
judicio.
Equanimus fiam te judice :
sive legenda,
sive tegenda putes carmina,
quae dedimus.
Nam primum est meruisse tuum, Pacate, favorem.
Proxima defensi cura pudoris erit.
Possum ego censuram lectoris ferre severi.
Et possum modica laude placere mihi.
Novit equus plausum sonitum cervicis amare,
Novit et intrepidus verbera lenta pati.
Maeonio qualem cultum quaesivit Homero
Censor Aristarchus, normaque Zenodoti
Pone obelos igitur, spuriorum,stigmata vatum.
Palmas, non culpas esse putabo meas
Et correcta magis, quam condemnata vocabo,
Apponet docti quae mihi lima viri.
Interea arbitrii subiturus pondera tanti,
Optabo, ut placeam : sin minus, ut taceam.
AUSONE,
CONSUL, A LATINUS DREPANIUS PACATUS, PROCONSUL.
Dois-je me faire pardonner ces vers,
dois-je les publier?
C'est ce que tu décideras, Drepanius,
après une lecture attentive.
J'accepte également ton arrêt, soit
que tu juges digne du jour
ou digne d'oubli le poème que je
t'envoie.
Avant tout, Pacatus, je veux mériter
ton suffrage ;
le soin de ménager mon amour-propre ne
vient qu'après.
Je puis supporter la censure du
lecteur sévère,
je puis me contenter du plus mince
éloge.
Le coursier qui se plaît au bruit de
la main qui le caresse,
sait aussi endurer sans s'effrayer la
verge flexible qui le fouette.
Imite la critique d'Aristarque et la
règle de Zénodote,
qui mirent tant de recherche autrefois
à châtier Homère le Méonien ;
marque mes vers de ces traits,
stigmates des mauvais poètes;
je les regarderai comme des palmes, et
non comme des reproches ;
j'appellerai des corrections, et non des
condamnations,
les traces que laissera sur mon œuvre
la lime du savant homme.
Toutefois, puisque je dois subir
l'épreuve d'une sentence d'un si grand poids,
ce que je souhaite, c'est de te plaire
; sinon, il faut me taire.
prologvs
Septem sapientes,
nomen quibus istud
dedit superior aetas nec secuta sustulit,
in
orchestram hodie palliati prodeunt.
Quid
erubescis tu, togate Romule,
scaenam quod
introibunt tam clari viri?
Nobis
pudendum hoc, non et Atticis quoque:
quibus theatrum curiae praebet vicem.
Nostris negotis sua loca sortito data:
campus
comitiis, ut conscriptis curia,
forum atque
rostra separat ius civium.
Una est
Athenis atque in omni Graecia
ad
consulendum publici sedes loci,
quam in urbe
nostra sero luxus condidit.
Aedilis olim
scaenam tabulatam dabat
subito
excitatam nulla mole saxea.
Murena sic
et Gallius: nota eloquar.
postquam
potentes nec verentes sumptuum
nomen
perenne crediderunt, si semel
constructa
moles saxeo fundamine
in omne
tempus conderet ludis locum:
cuneata
crevit haec theatri inmanitas.
Pompeius
hanc et Balbus et Caesar dedit
Octavianus
concertantes sumptibus.
Sed quid ego
istaec? non hac de causa huc prodii,
ut
expedirem, quis theatra, quis forum,
quis
condidisset privas partes moenium:
sed ut
verendos disque laudatos viros
praegrederer
aperiremque, quid vellent sibi.
Pronuntiare
suas solent sententias,
quas quisque
iam prudentium anteverterit.
Scitis
profecto, quae sint: sed si memoria
rebus
vetustis claudit: veniet Ludius
edissertator
harum, quas teneo minus.
PROLOGUE.
Les sept Sages, auxquels les âges
précédents ont donné ce nom,
que les suivants ne leur ont pas
retiré,
paraissent aujourd'hui sur le théâtre
en pallium.
Pourquoi rougis-tu, Romain qui portes
la toge,
de voir introduire sur la scène ces
illustres hommes ?
C'est une honte pour nous, mais non
pour des Grecs,
à qui le théâtre tient lieu de curie.
Nous avons des endroits désignés pour
traiter nos affaires :
le Champ de Mars est destiné aux
comices, la Curie aux sénateurs,
le Forum et les Rostres au débat des
intérêts privés.
Un seul lieu dans Athènes et dans
toute la Grèce
est consacré aux délibérations
publiques, c'est le théâtre,
que le luxe éleva si tard dans notre
ville.
L'édile autrefois fournissait un-théâtre
de planches
construit à la hâte et sans que la
pierre en assurât la base :
ainsi firent Muréna et Callius. Ce que
je dis là, tout le monde le sait.
Puis quand des citoyens puissants, qui
ne craignaient pas la dépense,
crurent éterniser leur nom en élevant une
fois
sur des fondements de pierre un
monument
qui resterait en tout temps ouvert aux
jeux de la scène,
alors surgirent ces immenses
amphithéâtres
donnés par Pompée, par Balbus, par
César
Octavianus, qui rivalisèrent de
magnificence.
Mais pourquoi tout cela? je ne suis
pas venu ici
pour vous raconter qui fonda le
théâtre,
qui le forum, qui chacune des parties
de nos remparts;
mais pour vous annoncer ces vénérables
personnages,
aimés des dieux, et vous expliquer
d'avance ce qu'ils veulent faire.
Ils vont, suivant leur usage,
prononcer les sentences
que chacun, dans sa pénétration, a
trouvées le premiers.
Elles vous sont connues sans doute ;
mais si votre mémoire
cloche sur ces vieilleries, un acteur va venir
vous les débiter à la file, car je ne
suis pas bien sûr de les savoir moi-même.
Lvdivs
Delphis Solonem scripse fama est
Atticum:
GNÖTHI SEAYTON, quod Latinum est:
nosce te.
Multi hoc Laconis esse Chilonis
putant.
Spartane Chilon, sit tuum necne
ambigunt,
quod iuxta fertur: HORA TELOS MAKROU
BIOU,
finem intueri longae vitae qui iubes.
Multi hoc Solonem dixe Croeso
existimant.
Et Pittacum dixisse fama est Lesbium:
GIGNÖSKE KAIRON; tempus ut noris
iubet.
sed KAIROS iste tempestivum tempus
est.
Bias Prieneus dixit: HOI PLEISTOI
KAKOI,
quod est Latinum: plures hominum sunt
mali,
sed
inperitos scito, quos dixit malos.
MELETÆ
TO PAN, Periandri id est Corinthii:
meditationem posse totum qui putat.
ARISTON METRON esse dicit Lindius
Cleobulus; hoc est: optimus cunctis
modus.
Thales sed EGGYA, PARA D' ATA
protulit.
Spondere qui nos, noxa quia praes est,
vetat.
Hoc nos monere faeneratis non placet.
dixi,
recedam, legifer venit Solon.
UN ACTEUR
A
Delphes, Solon d’Attique aurait écrit :
GNÔTHI
SEAYTON, c’est-à-dire en français : « connais-toi toi-même »,
Maxime
que beaucoup attribuent au Laconien Chilon.
Chilon
de Sparte, personne ne doute que tu sois l’auteur
De
la suivante : HORA TELOS MAKROU BIOU,
par
laquelle tu recommandes : « Regarde le terme d’une longue vie ».
Nombreux
sont ceux qui pensent que Solon l’a dit à Crésus.
Pittacos
de Lesbos aurait dit :
GIGNÔSKE
KAIRON, qui recommande de « Savoir saisir le temps »,
notons
que ce KAIROS désigne le temps qui vient à temps.
Bias
de Priène a dit : HOI PLEISTOI KAKOI,
ce
qui signifie en français : « la plupart des hommes sont
mauvais »,
mais
comprenons qu’il estime « ignorants » ceux qu’il qualifie de
« mauvais ».
MELETÆ
TO PAN, cette maxime est de Périandre de Corinthe :
il
pense que l’exercice donne la maîtrise de tout.
ARISTON
est METRON, voilà ce que dit l’homme de Lindos,
Cléobule,
ce qui signifie : « La perfection, c’est la mesure ».
Mais
Thalès propose EGGYA PARA D’ ATA :
Il
nous interdit de nous porter caution parce que « Garantie vaut
préjudice » :
Avertissement
pour nous qui dérange les emprunteurs.
J'ai dit; je me retire. Voici le
législateur Solon.
Solon
De more Graeco prodeo in scaenam Solon,
septem
sapientum fama cui palmam dedit;
sed fama non
est iudicii severitas.
Neque enim
esse primum me, verum unum existimo,
aequalitas
quod ordinem nescit pati.
Recte olim
ineptum Delphicus iussit deus
quaerentem,
quisnam primus sapientum foret,
ut in orbe tereti nominum sertum inderet,
ne primus
esset, ne vel imus quispiam.
Eorum e medio prodeo gyro Solon,
ut, quod dixisse Croeso regi existimor,
id omnis hominum secta sibi dictum putet.
Graece coactum est: HORA TELOS MAKROV BIOV.
quod longius
fit, si Latine dixeris:
spectare
vitae iubeo cunctos terminum.
Proinde
miseros aut beatos dicere
evita, quod sunt
semper ancipiti in statu.
Id adeo sic
est. Si queam, paucis loquar.
SOLON
Suivant l'usage des Grecs, je parais
sur la scène. Je suis Solon,
celui des sept Sages auquel l'opinion
a donné la palme;
mais l'opinion n'est pas un juge
sévère;
je ne pense pas plus être le premier
que le dernier d'entre eux :
l'égalité ne souffre pas ces
distinctions.
Et le dieu de Delphes eut bien raison
autrefois,
quand un sot s'avisa de lui demander
quel était le premier des sept Sages,
de lui ordonner d'écrire leurs noms
sur une boule,
pour que nul ne fût le premier ni le
dernier.
Je sors du milieu de leur cercle
pour vous apprendre que le mot
adressé, dit-on, par moi au roi Crésus,
s'applique aux hommes de toute
condition.
Le grec est fort concis : ÷ra t¡low makroè bÛou.
L'explication latine est plus
prolixe :
je veux
que toujours on considère le terme de la vie.
Ainsi, évitez de vous prononcer sur le
malheur ou le bonheur des hommes,
parce qu'ils sont toujours, tant
qu'ils vivent, dans une position douteuse.
Ceci est une vérité, et je vais vous
le prouver en peu de mots, si c'est possible.
Solon
Rex, an
tyrannus, Lydiae Croesus fuit
his in
beatis, dives insanum in modum,
lateribus
aureis templa qui divis dabat.
Is me evocavit.
venio dicto oboediens,
meliore ut
uti rege possint Lydii.
Rogat,
beatum prodam, si quem noverim.
Tellena dico
civem non ignobilem:
pro patria
pugnans iste vitam obiecerat.
Despexit,
alium quaerit; inveni Aglaum:
fines agelli
proprii is numquam excesserat.
At ille
ridens: quo dein me ponis loco,
beatus orbe
toto qui solus vocor ?
spectandum
dico terminum vitae prius:
tum
iudicandum, si manet felicitas.»
Dictum moleste Croesus accepit; ego
relinquo regem. Bellum ille in Persas parat.
Profectus,
victus, vinctus, regi deditus
stat ille,
captans funeris iam instar sui,
qua flamma
totum se per ambitum dabat
voluens in
altum fumidos aestu globos.
Ac paene
sero Croesus ingenti sono,
o vere
vates, inquit, o Solon, Solon !
Clamore
magno ter Solonem nuncupat.
SOLON
Roi ou tyran de la Lydie, Crésus était
un de ces heureux, riche à la folie,
et qui donnait
aux dieux des temples en briques d'or.
Il m'appelle auprès de lui. J'obéis et
j'accours,
espérant laisser aux Lydiens leur roi
meilleur.
Il m'invite à lui citer un homme
heureux, si j'en connais un.
Je lui nomme Télanès ; c'était un
citoyen qui n'était pas sans gloire,
et qui avait perdu la vie en
combattant pour sa patrie.
Il n'en veut pas, il en demande un
autre. Je lui trouve Aglaüs,
qui n'était jamais sorti des limites
de son petit domaine.
Le roi sourit : « Mais à
quel rang me places-tu donc,
moi qui seul dans tout l'univers ai le
nom d'heureux ? »
Je lui réponds qu'il faut attendre
auparavant la fin de sa vie,
et qu'alors on pourra juger si le
bonheur lui est resté fidèle.
Ce langage fut mal accueilli de
Crésus,
et je pris congé de lui. Il déclare la
guerre aux Perses,
il part, il est vaincu, enchaîné,
livré au roi.
Cette. captivité, c'était
la mort pour lui.
La flamme serpente et l'enveloppe,
en déroulant dans les airs des
tourbillons de fumée.
Alors, à haute voix, mais un peu tard,
Crésus s'écrie :
« Oh ! que tu disais
vrai ! ô Solon ! Solon ! »
et trois fois à grands cris il
répéta : « Solon ! »
Solon
Qua voce
Cyrus motus, extingui iubet
Gyrum per
omnem et destrui ardentem pyram:
et commodum
profusus imber nubibus
repressit ignem. Croesus ad regem ilico
per
militarem ducitur lectam manum;
interrogatur,
quem Solonem diceret
et quam
ciendi causam haberet nominis?
Seriem per omnem cuncta regi edisserit.
Miseratur
ille vimque fortunae videns
laudat
Solonem: Croesum inde in amicis habet
vinctumque
pedicis aureis secum iubet,
reliquum
quod esset vitae, totum degere.
Ego duorum
regum testimonio
laudatus et
probatus ambobus fui.
Quodque uni
dictum est, quisque sibi dictum putet.
ego iam
peregi, qua de causa huc prodii.
Venit ecce
Chilon. Vos valete et plaudite.
SOLON
Touché de ses gémissements, Cyrus
ordonne qu'on éteigne les feux
qui l'entourent, qu'on renverse
l'ardent bûcher ;
et une pluie abondante tombée du ciel
vint à propos
abattre la flamme. Crésus fut aussitôt
conduit,
par une troupe de gardes d'élite,
devant le roi,
qui lui demanda quel était celui qu'il
appelait Solon,
et quel motif il avait de crier ainsi
ce nom.
Il raconta au roi tous les détails de
son histoire.
Cyrus, ému de pitié, et reconnaissant
les coups de la fortune,
approuve Solon, prend Crésus en
amitié,
lui fait mettre aux pieds des liens
dorés,
et veut qu'il passe avec lui tout le
reste de sa vie.
Ainsi deux rois me témoignèrent leur
admiration,
et je fus approuvé de l'un et de
l'autre.
Que chacun se tienne donc pour dit, ce
qui ne fut dit qu'à un seul.
J'ai rempli le dessein qui m'amenait
ici.
Voici Chilon qui vient. Portez-vous
bien et applaudissez.
Chilon
Lumbi
sedendo, oculi spectando dolent,
manendo
Solonem, quoad sese recipiat.
Hui, quam
pauca diu locuntur Attici!
Unam
trecentis versibus sententiam
tandem
peregit meque respectans abit.
Spartanus
ego sum Chilon, qui nunc prodeo.
brevitate
nota, qua Lacones utimur,
commendo
nostrum GNOTHI SEAVTON, nosce te,
quod in
columna iam tenetur Delphica.
Labor
molestus iste, fructi est optimi,
quid ferre
possis, quidve non, dinoscere;
noctu
diuque, quae geras, quae gesseris,
ad usque
puncti tenuis instar quaerere.
Officia
cuncta, pudor, honor, constantia
in hoc, et
ulla spreta nobis gloria.
Dixi, valete
memores; plausum non moror.
CHILON
J'ai mal aux reins de rester assis,
mal aux yeux de regarder,
en attendant que Solon se retire.
Ouf ! que ces Athéniens sont
longs pour deux mots qu'ils ont à dire !
Une sentence en trois cents
vers !
enfin il en est venu à bout ; il
m'a vu et s'en est allé.
Je suis le Spartiate Chilon, moi qui
me présente à mon tour ;
connu pour parler bref, comme c'est
notre usage à nous,
je vous recommande notre gnÇyi seautñn, Connais-toi
toi-même,
que Delphes conserve encore sur sa
colonne.
C'est une étude difficile, mais bien
profitable,
que d'apprendre à connaître ce qui est
ou ce qui n'est pas à ta portée, que d'examiner
jour et nuit de point en point ce que
tu as fait, ce que tu feras.
Nos devoirs, la pureté, l'honneur, la
constance :
tout est là ; cette gloire aussi,
que nous méprisons nous autres.
J'ai dit. Bonne santé et bonne
mémoire : vos applaudissements, je ne m'en soucie guère.
Cleobvlvs
Cleobulus
ego sum, parvae civis insulae,
magnae sed
auctor, qua cluo, sententiae:
ARISTON
METRON quem dixisse existimant.
interpretare
tu, qui orchestrae proximus
gradibus
propinquis in quatuordecim sedes:
ARISTON
METRON an sit optimus modus,
dic!
adnuisti. gratiam habeo. persequar
per ordinem.
iam dixit ex isto loco
Afer poeta
vester: ut ne quid nimis,
et noster
quidam: MÆDEN AGAN. Huc pertinet
uterque
sensus, Italus seu Dorius,
fandi,
tacendi, somni, vigilii is modus,
beneficiorum,
gratiarum, iniuriae,
studii,
laborum; vita in omni quidquid est,
istum
requirit optimae pausae modum.
Dixi,
recedam: sit modus. Venit Thales.
CLÉOBULE
Je suis Cléobule, citoyen d'une petite
île,
mais auteur d'une grande maxime qui
fait ma gloire,
de cet riston m¡tron qu'on
m'attribue,
et que tu vas nous traduire, toi qui
es assis là près de l'orchestre,
sur un des quatorze gradins voisins de
nous.
riston m¡tron ne
signifie-t-il pas La mesure est une très
bonne chose ?
Réponds.... Oui ? merci. Je
reprends et je poursuis.
Votre poète africain a dit, ce me
semble, à cette même place :
Rien de trop et un des
nôtres, mhd¢n gan. Ces deux
sentences,
latine et grecque, se rapportent à la
mienne.
Il faut de la mesure dans le langage,
dans le silence, dans le sommeil, dans les veilles.
Tout ce qui est bienfait,
reconnaissance, injure,
étude et travail en cette vie, exige
cette mesure et s'arrête à propos.
J'ai dit. Je me retire pour garder la
mesure. Voici Thalès.
Thales
Milesius
Thales sum : aquam qui principem
rebus
creandis dixi, ut vates Pindarus.
. . . . . .
. . . . . . . . <tripodem> . . . . . .
dedere
piscatores extractum mari;
namque hi
iubente Delio me legerant,
quod ille
munus hoc sapienti miserat,
ego recusans
non recepi et reddidi
ferendum ad
alios, quos priores crederem.
Dein per
omnes septem sapientes viros
missum ac
remissum rursus ad me deferunt,
ego receptum
consecravi Apollini;
nam si
sapientem deligi Phoebus iubet,
non hominem
quemquam, set deum credi decet.
Is igitur
ego sum. causa sed in scaenam fuit
mihi
prodeundi, quae duobus ante me,
adsertor ut
sententiae fierem meae.
Ea
displicebit, non tamen prudentibus,
quos docuit
usus et peritos reddidit.
En EGGYA
PARA D' ATA, Graece dicimus:
Latinum est:
sponde, noxa sed praesto tibi.
Per mille
possem currere exempla, ut probem
praedes
vadesque paenitudinis reos;
sed nolo
quemquam nominatim dicere.
Sibi quisque
vestrum dicat et secum putet,
spondere
quantis damno fuerit et malo.
Gratum hoc
officium manet inanibus tamen.
Pars
plaudite ergo, pars offensi explodite.
THALÈS
Je suis Thalès de Milet ; j’ai
dit, comme le poète Pindare,
que l'eau est, le principe
de toute chose.
C'est à moi que des pêcheurs donnèrent
autrefois [un trépied d'or]
qu'ils avaient tiré de la mer :
ils m'avaient choisi pour obéir au
dieu de Délos,
qui envoyait ce présent à un sage.
Je refusai de le recevoir, je le leur
rendis
pour le porter à d'autres que je
croyais plus dignes.
Envoyé à tous les sept Sages, et
renvoyé par eux,
il me fut rapporté. Je le reçus alors
pour le consacrer à Apollon :
car si Phébus a voulu qu'on choisît un
sage,
ce n'était pas d'un homme, mais d'un
dieu qu'il fallait l'entendre.
Je suis donc ce Thalès : mais un
motif m'amène sur la scène.
Comme les deux sages qui m'ont
précédé,
je viens défendre la sentence dont je
suis l'auteur.
Elle déplaira, mais non certes aux
esprits prudents
que l'expérience a instruits et rendus
plus avisés.
Nous avons dit en grec : ¤ggæa par' t&,
ou, en latin : Cautionne, mais
tu t'en trouveras mal.
Je pourrais parcourir mille exemples
pour vous montrer
des cautions et des répondants bien et
dûment convaincus de repentir.
Mais je ne veux nommer personne.
Que chacun de vous réfléchisse, et
compte en lui-même
combien de gens ont perdu ou souffert
de s'être ainsi portés caution pour d'autres.
Toutefois un pareil service a encore
du charme pour les têtes creuses.
Alors, que les uns applaudissent et
que les autres, si je les blesse, me sifflent.
Bias
Bias
Prieneus quod dixi: HOI PLEISTOI KAKOI
Latine
dictum suspicor: plures mali.
Dixisse
nollem; veritas odium parit.
Malos sed
imperitos dixi et barbaros,