Noctes Gallicanae
Épigraphie latine : épitaphes

Épitaphe
d’Alcuin
Albinus
Flaccus, né vers 735 à York, selon les uns, en Saxe du nord selon d’autres, fut
chargé par Charlemagne de diriger l’école du palais à Aix-la-Chapelle en 782.
Il inspira la réforme liturgique et scolaire carolingienne. Il mourut à Tours
en 804.
Artes
liberales studiosissime coluit, earumque doctores plurimum veneratus magnis adficiebat
honoribus. In discenda grammatica Petrum Pisanum diaconem senem audivit, in
ceteris disciplinis Albinum cognomento Alcoinum, item diaconem, de Brittania
Saxonici generis hominem, virum undecumque doctissimum, praeceptorem habuit,
apud quem et rhetoricae et dialecticae, praecipue tamen astronomiae ediscendae
plurimum et temporis et laboris inpertivit. Discebat artem conputandi et
intentione sagaci siderum cursum curiosissime rimabatur.
[Charlemagne]
cultiva les arts libéraux avec le plus grand intérêt, il témoigna le plus grand
respect aux maîtres de ces discipliens et leur accorda de grands honneurs. Il
suivit dans l’étude de la grammaire l’enseignement du diacre Pierre de Pise,
qui était alors âgé, et dans les autres disciplines, il eut pour professeur
Albinus surnommé Alcuin, diacre lui aussi, un Saxon originaire de Bretagne,
homme au savoir universel. Auprès de lui, il consacra énormément de temps et de
peine à apprendre la rhétorique et la dialectique, mais surtout l’astronomie.
Il apprenait l’art de compter et il observait le cours des astres avec une
attention sans faille.
Eginhard, Vie de Charlemagne, 25.
Hic, rogo,
pauxillum veniens subsiste, viator,
et mea scrutare pectore dicta tuo,
ut tua deque
meis agnoscas fata figuris :
vertetur species, ut mea sic tua.
Toi qui passes, voyageur, arrête-toi
un peu ici
et médite mes paroles dans ton cœur
pour prendre conscience de ton destin
d’après mes traits.
On change d’apparence : comme la
mienne sera la tienne.
Quod nunc es fueram, famosus in orbe, viator,
et quod nunc ego sum, tuque futurus eris.
Delicias
mundi casso sectabar amore,
nunc cinis et pulvis, vermibus atque cibus.
Quapropter
potius animam curare memento,
quam carnem, quoniam haec manet, illa perit.
Ce que tu es aujourd’hui, voyageur, je
l’ai été, et connu dans le monde,
et ce que je suis aujourd’hui, toi
aussi tu le seras un jour.
Je poursuivais les plaisirs du monde
d’un amour inutile,
aujourd’hui cendre et poussière, et
nourriture des vers.
Voilà pourquoi, souviens-t’en, il faut
soigner son âme
plutôt que sa chair : celle-là
demeure, celle-ci périt.
Cur tibi
rura paras? quam parvo cernis in antro
me tenet hic requies : sic tua
parva fiet.
Cur Tyrio corpus inhias vestirier ostro
quod mox esuriens pulvere vermis edet?
Ut flores
pereunt vento veniente minaci,
sic tua namque, caro, gloria tota perit.
Pourquoi t’acheter des
propriétés ? Tu vois dans quel petit trou
le repos éternel m’a enfermé
ici : tes propriétés deviendront tout aussi petites.
Pourquoi aspires-tu à vêtir ton corps
de la pourpre de Tyr
ce corps bientôt en poussière que
dévorera le ver affamé ?
Comme périssent les fleurs quand se
lève un vent menaçant,
ainsi, il est vrai, ô chair, périt
toute ta gloire.
Tu mihi
redde vicem, lector, rogo, carminis huius
et dic: Da veniam, Christe, tuo famulo.
Obsecro,
nulla manus violet pia iura sepulcri,
personet angelica donec ab arce
tuba :
Qui iaces in
tumulo, terrae de pulvere surge,
magnus adest iudex milibus innumeris.
Alchuine
nomen erat sophiam mihi semper amanti,
pro quo funde preces mente, legens titulum.
Et toi, lecteur, rends-moi, s’il te
plaît, la réciproque de ce poème
et dis : « Accorde, ô
Christ, ton pardon à ton serviteur ».
Je vous en prie, que nulle main ne profane
la sainte loi du tombeau
tant que depuis la citadelle céleste
la trompette n’aura pas sonné :
« Toi qui reposes dans cette
tombe, lève-toi de la poussière de la terre,
voici le grand juge pour les
innombrables milliers ».
Alcuin était mon nom, j’ai toujours
aimé la Sagesse,
verse pour moi de ton cœur des prières
en lisant mon épitaphe.
Hic
requiescit beatae memoriae domnus Alchuinus abba, qui obiit in pace XIV. Kal.
Iunias. Quando legeritis, o vos omnes, orate pro eo et dicite : Requiem
aeternam donet ei dominus. Amen.
Ici repose dom Alcuin, abbé,
d’heureuse mémoire, qui mourut en paix le 14 des calendes de juin (19 mai).
Quand vous aurez fini de lire, tous autant que vous êtes, priez pour lui et
dites : « Que le seigneur lui accorde le repos éternel ». Amen.
30 / 11 /02