Noctes Gallicanae

A l c u i n

Sa vie et son oeuvre


 

 

François Guizot, né à Nîmes en 1787, mort dans le Calvados en 1874, élu en 1836 à l’Académie française.

Guizot mène une double carrière d’homme politique et d’historien. Il prend une part active à la révolution de 1830 et devient ministre de l’Intérieur (1830) puis ministre de l’Instruction publique de 1832 à 1837. On lui doit la loi Guizot (1833) sur l’enseignement primaire qui accorde la liberté de l’enseignement et fait obligation à chaque commune d’ouvrir une école. Chef effectif du gouvernement à partir de 1840 et jusqu’en 1848, il s’appuie sur la grande bourgeoisie d’affaires mais sa politique conservatrice provoquera la révolution de 1848.

On a gardé de lui un slogan resté célèbre : « Enrichissez-vous ! ». Précisons que la formule a été tronquée par l’opposition et que la phrase complète qu’il a prononcée était « Enrichissez-vous par le travail et par l’épargne ».

 

Collection

des MÉMOIRES

relatifs à l’Histoire de France,

depuis la formation de la monarchie française jusqu’au 13e siècle,

avec une introduction, des suppléments, des notices et des notes

par M. GUIZOT

professeur d’Histoire moderne à l’Académie de Paris

à Paris

chez J.-L.-J. Brière, libraire,

rue Saint-André-des-Arts, n° 68.

1824

 


A L C U I N  (735-804)

 

De la décadence intellectuelle dans la Gaule-Franque du Ve au VIIIe siècle. -- De ses causes. - Elle cesse sous le règne de Charlemagne. - Difficulté de peindre l’état de l’esprit humain à cette époque. --- Alcuin en est le représentant le plus complet et le plus fidèle. - Vie d’Alcuin. -- De ses travaux pour la restauration des manuscrits. - Pour la restauration des écoles. - De son enseignement dans l’école du palais. - De ses relations avec Charlemagne. - De sa conduite comme abbé de Saint-Martin de Tours. - De ses ouvrages : -1e théologiques ; --- 2e philosophiques et littéraires ;.---3e historiques ; - 4e poétiques. - De son caractère général.

 

J’ai dit, et je tiens pour établi que, du Ve au VIIIe siècle, la décadence a été, dans la Gaule Franque, constante, générale ; qu’elle est le caractère essentiel du temps, et ne s’est arrêtée que sous le règne de Charlemagne.

Si ce caractère a été quelque part plus visible, plus éclatant que partout ailleurs, c’est dans l’ordre intellectuel, dans l’histoire de l’esprit humain à cette époque. Rappelez-vous, je vous prie, par quelles vicissitudes nous l’avons vu passer. A la fin du IVe siècle, deux littératures, deux philosophies, la littérature profane et la littérature sacrée, la philosophie païenne et la théologie chrétienne, marchaient pour ainsi dire côte à côte. A la vérité, la littérature profane et la philosophie païenne étaient mourantes, cependant elles respiraient encore. Bientôt, nous les avons vu disparaître ; la littérature sacrée et la théologie chrétienne sont restées seules. Nous avons continué de marcher ; la théologie chrétienne et la littérature sacrée elles-mêmes ont disparu ; nous n’avons plus rencontré que des sermons, des légendes, monuments d’une activité intellectuelle toute pratique, vouée aux besoins de la vie réelle, étrangère à la recherche et à la contemplation du vrai et du beau, c’est l’état où est tombé l’esprit humain dans le VIIe et pendant la première moitié du VIIIe siècle.

On a, en général, imputé cette décadence à la tyrannie de l’Église, au triomphe du principe de l’autorité et de la foi sur le principe de la liberté et de la raison. Des écrivains très modernes, même et d’ailleurs impartiaux et savants, M. Tennemann, par exemple, dans son Histoire de la philosophie ont adopté cette explication. Je crains qu’elle ne soit prématurée. L’autorité absolue de l’Église et la doctrine de la foi pure et simple, opposée à l’examen rationnel, ont, sans nul doute, puissamment contribué à l’affaiblissement de l’esprit humain ; mais c’est plus tard que s’est exercée leur influence ; à l’époque qui nous occupe, cette cause, je crois, n’avait encore que bien faiblement agi. Rappelez-vous le tableau que j’ai mis sous vos yeux de l’état de l’Église chrétienne au Ve siècle ; la liberté y était grande. Or, du Ve au VIIIe siècle, l’Église ne se constitua ni assez régulièrement ni assez fortement pour exercer la tyrannie ; aucun des moyens de gouvernement par lesquels elle a, plus tard, dominé les esprits, n’était alors entre ses mains ; la papauté naissante ne possédait encore qu’un pouvoir d’influence et de conseil ; l’épiscopat, bien qu’il fût le régime dominant de la société ecclésiastique, était faible et désordonné ; les conciles devenaient rares ; aucune autorité n’était générale et ferme : s’il y eût eu dans les esprits une énergie véritable, sans nul doute elle se serait fait jour aisément. Plus tard, au XIe, au XIVe siècle, l’Église était forte ; son pouvoir était régulièrement organisé ; le principe de la soumission implicite à ses décisions régnait dans les esprits ; et pourtant l’activité intellectuelle fut bien plus grande : il y eut alors un danger réel à lutter contre l’Église, et pourtant on lutta ; on résista à ses prétentions, on attaqua même son titre. Le VIIIe siècle ne fit aucune tentative d’attaque ni de résistance ; le pouvoir ecclésiastique et la liberté de la pensée n’eurent pas même occasion d’en venir aux mains.

Ce n’est donc pas à cette cause qu’il faut s’en prendre de l’apathie et de la stérilité intellectuelle de cette époque : la chute de l’Empire, ses désordres et ses misères, la dissolution des rapports et des liens sociaux, les préoccupations et les souffrances de l’intérêt personnel, l’impossibilité de tout long travail et de tout paisible loisir, telles furent les véritables causes de la décadence morale aussi bien que politique, et des ténèbres qui couvrirent l’esprit humain.

Quoi qu’il en soit des causes, le fait est indubitable : à considérer dans son ensemble l’Histoire de l’esprit humain dans l’Europe moderne, du Ve siècle jusqu’à nos jours, on trouvera, je crois, que le VIIe siècle est le point le plus bas où il soit descendu, le nadir de son cours, pour ainsi dire. Avec la fin du VIIIe siècle commença son mouvement de progrès.

Il est assez difficile de caractériser ce mouvement avec précision, et de résumer en quelques traits l’état intellectuel de la Gaule Franque, sous Charlemagne. Aucune idée simple n’y do-mine ; les travaux qui occupèrent alors les esprits ne forment point un ensemble, ne se rat-tachent à aucun principe ; ce sont des travaux partiels, isolés ; l’activité est assez grande, mais ne se manifeste point par de grands résultats. Toute tentative de systématiser ce temps sous le point de vue moral, de le réduire à quelque fait général et éclatant, le fausserait infailliblement.

 

Un autre procédé me paraît plus propre à le faire connaître et comprendre. Un homme s’y rencontre, esprit plus actif et plus étendu, sans aucun doute, que tout autre, Charlemagne excepté ; supérieur en instruction et en fécondité intellectuelle à tous ses contemporains, sans s’élever beaucoup au-dessus d’eux par l’originalité de sa science ou de ses idées ; représentant fidèle en un mot du progrès intellectuel de son époque, qu’il a devancée en toutes choses, mais sans jamais s’en séparer. Cet homme est Alcuin. Il faut en général ne se confier qu’avec une extrême réserve à cette tentation de prendre un homme pour image, pour représentant d’une époque. De tels rapprochements sont plus ingénieux que solides. D’une part, une société, quelque déchue et stérile qu’elle soit, est presque toujours, intellectuellement parlant, plus grande et plus riche qu’un individu ; elle renferme une foule d’idées, de connaissances, de faits et de besoins moraux, qui ne se reproduisent point dans l’étroit espace d’une existence individuelle ; d’autre part, un homme distingué, quand même l’originalité n’est pas son caractère éminent, diffère toujours beaucoup de la masse de ses contemporains ; il est lui même et non un peuple ; en sorte que, sous un double rapport, la représentation est inexacte et l’image trompeuse. Gardez-vous donc, je vous prie, dans le cas particulier qui nous occupe, d’y ajouter trop pleine foi : elle est peut-être ici plus fidèle que partout ailleurs ; Alcuin est peut-être un des hommes qui représentent le mieux son époque : cependant il y aurait encore beaucoup de restrictions à apporter ; et au moment même où je le veux mettre sous vos yeux comme l’expression de l’état de l’esprit humain à la fin du VIIIe siècle, j’ai besoin d’être sûr que vous réduirez cette comparaison à sa juste valeur.

 

Alcuin n’était pas français. Il vous suffit de jeter un coup d’oeil sur le dernier des tableaux que j’ai eu l’honneur de mettre sous vos yeux dans notre avant-dernière réunion, pour voir que Charlemagne avait pris grand soin d’attirer dans ses États les hommes distingués étrangers, et que, parmi ceux qui l’aidèrent à seconder, dans la Gaule Franque, le développement intellectuel, plusieurs étaient venus du dehors. Charlemagne faisait même davantage. On voit, au XVIIe siècle, Louis XIV, non content de protéger les lettres dans son royaume, leur adresser, dans toute l’Europe, ses encouragements et ses faveurs ; Colbert écrit à des savants allemands, hollandais, italiens, pour leur annoncer, de la part du roi, des gratifications, des pensions qui s’élèvent même jusqu’à 3,000 livres. Des faits analogues se rencontrent sous Charlemagne ; non seulement il s’efforçait d’attirer dans ses États les hommes distingués, mais il les protégeait et les encourageait partout où il les découvrait ; plus d’une abbaye anglo-saxonne eut part à ses libéralités ; et les Saxons qui, après l’avoir suivi en Gaule, voulaient retourner dans leur patrie, ne lui devenaient point étrangers.

Ainsi l’éprouvèrent Pierre de Pise et Paul Warnefried qui ne firent en Gaule qu’un assez court séjour.

 

Alcuin s’y fixa tout à fait. Il était né en Angleterre, à York, vers 735. L’état intellectuel de l’Irlande et de l’Angleterre était alors supérieur à celui du continent ; les lettres et les écoles y prospéraient plus que partout ailleurs. Il est assez difficile d’assigner à ce fait des causes un peu précises : voici, je crois, la principale. Le christianisme avait été porté en Irlande par des missionnaires grecs, et en Angleterre, par des missionnaires latins. En Irlande, dans les premiers siècles qui suivirent son introduction, aucune invasion de barbares ne vint arrêter ses progrès, disperser les monastères, les écoles, étouffer le mouvement intellectuel qu’il avait imprimé. En Angleterre, quand arrivèrent les missionnaires de Grégoire-le-Grand, l’invasion barbare était consommée ; les Saxons étaient établis : là aussi donc le christianisme n’eut à subir, du moins à cette époque et jusqu’aux grandes incursions des Danois, aucun bouleversement social ; ses études, ses travaux de tout genre ne furent pas violemment interrompus. J’ai mis sous vos yeux, en commençant ce cours, le tableau de l’état intellectuel de la Gaule dans le IVe et au commencement du Ve siècle ; ni les écoles ni les lettrés n’y manquaient ; et si les Visigoths, les Bourguignons, les Francs n’y fussent venus apporter le chaos et la ruine, l’esprit humain, bien qu’affaibli, n’y serait pas tombé dans l’état où nous le trouvons au VIe siècle. C’est là, Messieurs, l’avantage qu'avait à cette époque l’Angleterre ; la société n’y avait pas été ravagée, dissoute par des invasions récentes, continuelles ; les établissements d’étude et de science qu’y avait fondés le christianisme étaient debout, et poursuivaient assez tranquillement leurs travaux.

Que cette cause soit ou non suffisante pour expliquer le fait, il est incontestable : les écoles d’Angleterre, et particulièrement celle d’York, étaient supérieures à celles du continent ; elle possédait même une riche bibliothèque où se trouvaient plusieurs des grands ouvrages de l’antiquité païenne, entre autres ceux d’Aristote, dont il ne faut point croire, comme on le répète sans cesse, que l’Europe moderne ait dû la connaissance aux seuls Arabes, car, du Ve au Xe siècle, il n’est aucune époque où on ne les trouve mentionnés dans quelque bibliothèque, où ils n’aient été connus et étudiés de quelque lettré. Alcuin nous informe lui-même de l’objet de l’enseignement qu’on donnait clans l’école du monastère d’York ; on lit dans son poème intitulé : Des Pontifes et des Saints de l’Église d’York :

Le docte Albert abreuvait, aux sources d’études et de sciences diverses, les esprits altérés : aux uns, il s’empressait de communiquer l’art et les règles de la grammaire ; pour les autres, il faisait couler les flots de la rhétorique ; il savait exercer ceux-ci aux combats de la jurisprudence, et ceux-ci aux chants d’Aonie ; quelques-uns apprenaient de lui à faire résonner les pipeaux de Castalie, et à frapper d’un pied lyrique les sommets du Parnasse ; à d’autres, il faisait connaître l’harmonie du ciel, les travaux du soleil et de la lune, les cinq zones du pôle, les sept étoiles errantes, les lois du cours des astres, leur apparition et leur déclin, les mouvements de la mer, les tremblements de la terre, la nature des hommes, du bétail, des oiseaux et des habitants des bois ; il dévoilait les diverses qualités et les combinaisons des nombres ; il enseignait à calculer avec certitude le retour solennel de la Pâque, et surtout il expliquait les mystères de la Sainte-Écriture.

Ramenez cette pompeuse description à des termes simples : la grammaire, la rhétorique, la jurisprudence, la poésie, l’astronomie, l’histoire naturelle, les mathématiques, la chronologie et l’explication des Saintes Écritures, c’est là, à coup sûr, un enseignement assez étendu, plus étendu qu’on ne l’eût rencontré à cette époque dans aucune école de Gaule ou d’Espagne. Celui qui le donnait, cet Albert que célèbre Alcuin, devint archevêque d’York, et Alcuin lui succéda dans ses fonctions.

 

Il avait déjà fait vers ce temps, avant 766, un ou même deux voyages sur le continent. L’occasion et la date de ces voyages sont assez difficiles à déterminer ; je ne vous occuperai point de ces détails de critique minutieux et compliqués. Quelques savants ont pensé que dès lors, à Pavie peut-être, Alcuin avait vu Charlemagne ; si le fait est vrai, il est stérile, car on ne sait absolument rien sur leurs premières relations. Mais, en 780, à la mort de l’archevêque Albert et à l’avènement de son successeur Eanbald, Alcuin reçut de lui la mission d’aller à Rome pour obtenir du pape et lui rapporter le Pallium. En revenant de Rome, il passa à Parme où il trouva Charlemagne. Qu’il le vit ou non pour la première fois, Charles le pressa de s’établir en France. Après quelque hésitation, Alcuin s’y engagea, pourvu qu’il en obtînt la permission de son évêque et de son roi. Il l’obtint en effet, et en 782 on le trouve établi à la cour de Charlemagne, qui lui donne sur le champ trois abbayes, celles de Ferrières en Gatinois, de Saint-Loup à Troyes, et de Saint-Josse dans le comté de Ponthieu.

 

Alcuin fut, dès cette époque, le confident, le conseiller, le docteur et, pour ainsi dire, le premier ministre intellectuel de Charlemagne. Essayons de nous former une idée un peu nette et complète de ses travaux.

Il faut distinguer son activité pratique et son activité scientifique, les résultats immédiats de son influence et ses écrits.

Sous le point de vue pratique, comme premier ministre intellectuel de Charlemagne, Alcuin a fait surtout trois choses : 1° il a corrigé et restitué les manuscrits de l’ancienne littérature ; 2° il a restauré les écoles et ranimé les études ; 3 il a lui-même enseigné.

 

I. Les historiens ne parlent qu’en passant, et sans y attacher aucune importance, d’un fait qui a joué dans la renaissance de l’activité intellectuelle à cette époque, un rôle considérable, je veux dire la révision et la correction des manuscrits sacrés on profanes. Du VIIe au VIIIe siècle, ils étaient tombés aux mains de possesseurs ou de copistes si ignorants, que les textes étaient devenus méconnaissables : une foule de passages avaient été confondus ou mutilés ; les feuillets étaient dans le plus grand désordre ; toute exactitude d’orthographe et de grammaire avait disparu ; il fallait déjà, pour lire et comprendre, une véritable science, et elle manquait davantage de jour en jour. La réparation de ce mal, la restitution des manuscrits, surtout de la grammaire et de l’orthographe, fut un des premiers travaux d’Alcuin, travail dont il s’occupa toute sa vie, qu’il recommanda constamment à ses élèves, et dans lequel Charlemagne lui prêta le secours de son autorité. On lit, dans les capitulaires, une ordonnance conçue en ces termes :

Charles, avec l’aide de Dieu, roi des Francs et des Lombards, et patrice des Romains, aux lecteurs religieux soumis à notre domination :... Ayant à cœur que l’état de nos églises s’améliore de plus en plus, et voulant relever par un soin assidu la culture des lettres, qui a presque entièrement péri par l’inertie de nos ancêtres, nous excitons, par notre exemple même, à l’étude des arts libéraux, tous ceux que nous y pouvons attirer. Aussi avons-nous déjà, avec le constant secours de Dieu, exactement corrigé les livres de l’Ancienne et de la Nouvelle Alliance, corrompus par l’ignorance des copistes. Nous ne pouvons souffrir que, dans les lectures divines, au milieu des offices sacrés, il se glisse de discordants solécismes, et nous avons dessein de réformer les dites lectures. Nous avons chargé de ce travail le diacre Paul, notre client familier. Nous lui avons enjoint de parcourir avec soin les écrits des pères catholiques, de choisir, dans ces fertiles prairies, quelques fleurs, et de former, pour ainsi dire, des plus utiles une seule guirlande. Empressé d’obéir à notre Altesse, il a relu les traités et les discours des divers pères catholiques, et choisissant les meilleurs, il nous a offert, en deux volumes, des lectures pures de faute, convenablement adoptées à chaque fête, et qui suffiront à toute l’année. Nous avons examiné le texte de ces volumes avec notre sagacité ; nous les avons décrétés de notre autorité, et nous les transmettons à votre religion pour les faire lire dans les églises du Christ.

Pendant qu’il faisait ainsi recueillir et corriger les textes destinés aux lectures religieuses, Alcuin travaillait lui-même à une révision complète des livres sacrés. Il la termina vers 801, dans l’abbaye de Saint-Martin de Tours, et l’envoya à Charlemagne :

J’ai longtemps cherché, lui écrivit-il, quel présent je pourrais vous offrir qui ne fût pas indigne de l’éclat de votre puissance impériale, et qui ajoutât quelque chose à votre trésor si opulent. Je ne voulais pas que, tandis que les autres vous apportaient toutes sorte de riches dons, mon petit génie s’engourdît dans une honteuse oisiveté, que le messager de mon humilité partît les mains vides devant la face de votre béatitude. J’ai enfin trouvé, avec l’inspiration de l’Esprit Saint, ce qu’il convenait à mon nom de vous offrir, et ce qui pouvait être agréable à votre sagesse... Rien de plus digne de vous que les livres divins que j’envoie à votre très illustre autorité, réunis en un seul corps et corrigés très soigneusement... Si le dévouement de mon cœur avait pu trouver quelque chose de mieux, je vous l’offrirais avec le même zèle pour l’accroissement de votre glorieuse fortune.

Ce présent excita, à ce qu’il parait, l’émulation de Charlemagne lui-même, car on lit dans Thégan, chroniqueur contemporain, que l’année qui précéda sa mort, il corrigea soigneusement, avec des Grecs et des Syriens, les quatre évangiles de Jésus-Christ.

De tels exemples, à l’appui de tels ordres, ne pouvaient manquer d’être efficaces ; aussi l’ardeur pour la reproduction des anciens manuscrits devint-elle générale : dès qu’une révision exacte de quelque ouvrage avait été faite par Alcuin, ou quelqu’un de ses disciples, on en envoyait des copies dans les principales églises et abbayes ; et là des copies nouvelles en étaient faites, pour être de nouveau revues et propagées. L’art de copier devint une source de fortune, de gloire même : on célébrait les monastères où se faisaient les copies les plus exactes et les plus belles, et, dans chaque monastère, les moines qui excellaient à copier. L’abbaye de Fontenelle en particulier, et deux de ses moines, Ovon et Hardouin, acquirent en ce genre une véritable renommée. A Reims, à Corbie, on s’appliqua à les égaler : au lieu du caractère corrompu dont on s’était servi depuis deux siècles, on reprit l’usage du petit caractère romain. Aussi les bibliothèques monastiques devinrent-elles bientôt considérables : un très grand nombre de manuscrits datent de cette époque ; et quoique le zèle s’appliquât surtout à la littérature sacrée, cependant la littérature profane n’y demeura pas étrangère. Alcuin lui-même, à en croire certains témoignages, revit et copia les comédies de Térence.

 

II. En même temps qu’il restituait les manuscrits, et rendait ainsi en quelque sorte à l’étude de bons matériaux, il travaillait avec ardeur au rétablissement des écoles partout déchues : ici encore une ordonnance de Charlemagne nous instruit des mesures prises à ce sujet, et que sans doute Alcuin lui suggéra :

Charles, avec l’aide de Dieu etc. à Baugulf, abbé, et à toute la congrégation... salut.

Que votre dévotion agréable à Dieu sache que, de concert avec nos fidèles, nous avons jugé utile que, dans les épiscopats et dans les monastères confiés, par la faveur du Christ, à notre gouvernement, on prît soin non seulement de vivre régulièrement et dans notre sainte religion, mais encore d’instruire dans la science des lettres, et selon la capacité de chacun, ceux qui peuvent apprendre avec l’aide de Dieu... Car, quoiqu’il soit mieux de bien faire que de savoir, il faut savoir avant de faire... Or, plusieurs monastères nous ayant, dans ces dernières années, adressé des écrits dans lesquels on nous annonçait que les frères priaient pour nous dans les saintes cérémonies et leurs pieuses oraisons, nous avons remarqué que, dans la plupart de ces écrits, les sentiments étaient bons et les paroles grossièrement incultes, car, ce qu’une pieuse dévotion inspirait bien au-dedans, une langue malhabile, et qu’on avait négligé d’instruire, ne pouvait l’exprimer sans faute. Nous avons dès lors commencé à craindre que, de même qu’il y avait peu d’habileté à écrire, de même l’intelligence des Saintes-Écritures ne fût beaucoup moindre qu’elle ne devrait être... Nous vous exhortons donc non seulement à ne pas négliger l’étude des lettres, mais à travailler, d’un cœur humble et agréable à Dieu, pour être en état de pénétrer facilement et sûrement les mystères des Saintes Écritures. Or, il est certain que, comme il y a, dans les Saintes Écritures, des allégories, des figures et autres choses semblables, celui-là les comprendra plus facilement, et dans leur vrai sens spirituel, qui sera bien instruit dans la science des lettres. Qu’on choisisse donc pour cette oeuvre des hommes qui aient la volonté et la possibilité d’apprendre et l’art d’instruire les autres... Ne manque pas, si tu veux obtenir notre faveur, d’envoyer un exemplaire de cette lettre à tous les évêques suffragants et à tous les monastères.

Beaucoup d’autres monuments attestent que cette circulaire impériale, pour parler le langage de notre temps, ne demeura pas une vaine recommandation : elle eut pour résultat le rétablissement des études dans les cités épiscopales et dans les grands monastères. De cette époque datent la plupart des écoles qui acquirent bientôt une grande célébrité, et d’où sortirent les hommes les plus distingués du siècle suivant ; par exemple : celles de Ferrières en Gatinois, ; de Fulde dans le diocèse de Mayence ; de Reichenau dans celui de Constance ; d’Aniane en Languedoc ; de Fontenelle ou Saint-Vandrille en Normandie ; et les hommes qui les honorèrent avaient été presque tous au nombre des disciples d’Alcuin, car indépendamment de ses soins pour rétablir les écoles, il enseigna lui-même, et avec un grand éclat.

 

III. Ce ne fut point dans un monastère ni dans aucun établissement public qu’eut lieu d’abord son enseignement : de 782 à 796, durée de son séjour à la cour de Charlemagne, Alcuin fut à la tête d’une école intérieure, dite « École du Palais », qui suivait Charles partout où il se transportait, et à laquelle assistaient ceux qui se transportaient partout avec lui. Là, outre beaucoup d’autres, Alcuin eut pour auditeurs :

 

1° Charles

fils de Charlemagne

2° Pépin

id.

3° Louis

id.

4° Adalbard

 

conseillers habituels de Charlemagne

5° Angilbert

6° Flavius Damoetas

7° Éginhard

8° Riculf

archevêque de Mayence

9° Rigbod

archevêque de Trèves

10° Gisla

soeur de Charlemagne

11° Gisla

fille de Charlemagne

12° Richtrude

religieuse à Chelles

13° Gundrade

soeur d’Adalbard

 

Et avant tous, Charlemagne lui-même qui prenait à ces leçons le plus vif intérêt.

Il est difficile de dire quel en était l’objet ; je suis tenté de croire qu’à de tels auditeurs, Alcuin parlait un peu au hasard et de toutes choses, qu’il y avait dans l’école du Palais plus de conversations que d’enseignement proprement dit, et que le mouvement d’esprit, la curiosité sans cesse excitée et satisfaite en était le principal mérite. A de telles époques, Messieurs, aux jours de sa renaissance, dans la joie de ses premières conquêtes, l’esprit n’est ni régulier, ni difficile ; il s’inquiète peu de la beauté et de l’utilité réelle de son travail ; ce qui lui en plaît surtout, c’est le jeu de la pensée ; il jouit de lui-même plutôt qu’il n’étudie ; sa propre activité lui importe plus que les résultats ; qu’on l’occupe, qu’on l’intéresse c’est tout ce qu’il demande ; il est charmé pourvu qu’il découvre ou produise quelque chose de nouveau, d’inattendu. Il nous reste de cet enseignement de l’école du Palais un singulier échantillon : c’est une conversation, intitulée Disputatio, entre Alcuin et Pépin, second fils de Charlemagne, qui avait probablement alors quinze ou seize ans : j’en vais mettre textuellement sous vos veux la plus grande partie : vous jugerez si c’est là de la science, et ce que nous appelons aujourd’hui des leçons :

 

Interlocuteurs : PÉPIN, ALCUIN.

PÉPIN. Qu’est-ce que l’écriture ?

ALCUIN. La gardienne de l’histoire.

P. Qu’est-ce que la parole ?

A. L’interprète de l’âme.

P. Qu’est-ce qui donne naissance à la parole ?

A. La langue.

P. Qu’est-ce que la langue ?

A. Le fouet de l’air.

P. Qu’est-ce que l’air ?

A. Le conservateur de la vie.

P. Qu’est-ce que la vie ?

A. Une jouissance pour les heureux, une douleur pour les misérables, l’attente de la mort.

P. Qu’est-ce que la mort ?

A. Un événement inévitable, un voyage incertain, un sujet de pleurs pour les vivants, la confirmation des testaments, le larron des hommes.

P. Qu’est-ce que l’homme ?

A. L’esclave de la mort, un voyageur passager, hôte dans sa demeure

P. Comment l’homme est-il placé ?

A. Comme une lanterne exposée au vent.

P. Où est-il placé ?

A. Entre six parois.

P. Lesquelles ?

A. Le dessus, le dessous, le devant, le derrière, la droite, la gauche

P. Qu’est-ce que le sommeil ?

A. L’image de la mort.

P. Qu’est-ce que la liberté de l’homme ?

A. L’innocence.

P. Qu’est-ce que la tête ?

A. Le faîte du corps.

P. Qu’est-ce que le corps ?

A. La demeure de l’âme.

Ici suivent vingt-six questions relatives aux diverses parties du corps humain, et que je supprime, parce qu’elles sont dépourvues de tout intérêt. Pépin reprend :

P. Qu’est-ce que le ciel ?

A. Une sphère mobile, une voûte immense.

P. Qu’est-ce que la lumière ?

A. Le flambeau de toutes choses.

P. Qu’est-ce que le jour ?

A. Une provocation au travail.

P. Qu’est-ce que le soleil ?

A. La splendeur de l’univers, la beauté du firmament, la grâce de la nature, la gloire du jour, le distributeur des heures.

Je supprime également ici cinq questions sur les astres et les éléments.

P. Qu’est-ce que la terre ?

A. La mère de tout ce qui croit, la nourrice de tout ce qui existe, le grenier de la vie, le gouffre qui dévore tout.

P. Qu’est-ce que la mer ?

A. Le chemin des audacieux, la frontière de la terre… , l’hôtellerie des fleuves, la source des pluies…

Suivent six questions insignifiantes sur des objets matériels pris dans la nature. Après :

P. Qu’est-ce que l’hiver ?

A. L’exil de l’été.

P. Qu’est-ce que le printemps ?

A. Le peintre de la terre.

P. Qu’est-ce que l’été ?

A. La puissance qui vêtit la terre et mûrit les fruits.

P. Qu’est-ce que l’automne ?

A. Le grenier de l’année.

P. Qu’est-ce que l’année ?

A. Le quadrige du monde.

J’omets cinq questions astronomiques.

P. Maître, je crains d’aller sur mer.

A. Qu’est-ce qui te conduit sur mer ?

P. La curiosité.

A. Si tu as peur, je te suivrai partout où tu iras.

P. Si je savais ce que c’est qu’un vaisseau, je t’en préparerais un, afin que tu vinsses avec moi.

A. Un vaisseau est une maison errante, une auberge partout, un voyageur qui ne laisse pas de traces.

P. Qu’est-ce que l’herbe ?

A. Le vêtement de la terre.

P. Qu’est-ce que les légumes ?

A. Les amis des médecins, la gloire des cuisiniers.

P. Qu’est-ce qui rend douces les choses amères ?

A. La faim.

P. De quoi les hommes ne se lassent-ils point ?

A. Du gain.

P. Quel est le sommeil de ceux qui sont éveillés ?

A. L’espérance.

P. Qu’est-ce que l’espérance ?

A. Le rafraîchissement du travail, un événement douteux.

P. Qu’est-ce que l’amitié ?

A. La similitude des âmes.

P. Qu’est-ce que la foi ?

A. La certitude de choses ignorées et merveilleuses.

P. Qu’est-ce qui est merveilleux ?

A. J’ai vu dernièrement un homme debout, un mort marchant, et qui n’a jamais été.

P. Comment cela a-t-il pu être ? explique-le moi ?

A. C’était une image dans l’eau.

P. Pourquoi n’ai-je pas compris cela moi-même, ayant vu tant de fois une chose semblable ?

A. Comme tu es un jeune homme de bon caractère et doué d’esprit naturel, je te proposerai plusieurs autres choses extraordinaires ; essaie si tu peux de les découvrir toi-même.

P. Je le ferai ; mais si je me trompe, redresse-moi.

A. Je le ferai comme tu le désires. Quelqu’un qui m’est inconnu a conversé avec moi sans langue et sans voix ; il n’était pas auparavant, et ne sera point après, et je ne l’ai ni entendu, ni connu.

P. Un rêve peut-être t’agitait, maître ?

A. Précisément, mon fils : écoute encore ceci : j’ai vu les morts engendrer le vivant, et les morts ont été condamnés par le souffle du vivant.

P. Le feu est né du frottement des branches, et il a consumé les branches.

A. Il est vrai.

 

Suivent quatorze énigmes du même genre, et la conversation se termine en ces termes :

 

A. Qu’est-ce qui est et n’est pas en même temps ?

P. Le néant.

A. Comment peut-il être et ne pas être ?

P. Il est de nom, et n’est pas de fait.

A. Qu’est-ce qu’un messager muet ?

P. Celui que je tiens à la main.

A. Que tiens-tu à la main ?

P. Ma lettre.

A. Lis donc heureusement, mon fils.

 

A coup sûr, Messieurs, comme enseignement, de telles conversations sont étrangement puériles : comme symptôme et principe de mouvement intellectuel, elles méritent toute notre attention ; elles attestent cette curiosité avide avec laquelle l’esprit, jeune et ignorant, se porte sur toutes choses, et ce plaisir si vif qu’il prend à toute combinaison inattendue, à toute idée un peu ingénieuse ; disposition qui se manifeste dans la vie des individus comme dans celle des peuples, et qui enfante tantôt les rêves les plus bizarres, tantôt les plus vaines subtilités. Elle dominait sans nul doute dans le palais de Charlemagne : elle amena la formation de cette espèce d’académie dans laquelle tous les hommes d’esprit du temps portaient des surnoms puisés dans la littérature sacrée ou profane, Charlemagne – David, Alcuin – Flaccus, Angilbert – Homère, Friedgies – Nathanaël, Amalaire – Symphosius, Gisla – Lucie, Gundrade – Eulalie, etc. et la singulière conversation que je viens de vous lire n’est probablement qu’un échantillon de ce qui se passait fort souvent, à leur grande joie, entre ces beaux esprits demi-barbares, semi-lettrés.

Si l’influence d’Alcuin s’était bornée à leur procurer ce genre de plaisirs, elle aurait été de peu de valeur : mais il avait surtout affaire à Charlemagne, et l’activité intellectuelle de celui-ci était plus sérieuse et plus féconde. Pour vous donner une idée des relations de ces deux hommes, et du prodigieux mouvement d’esprit auquel Alcuin était chargé de suffire, je ne sais rien de mieux que de mettre sous vos yeux le monument le plus authentique qui en reste, c’est-à-dire leur correspondance. Nous avons en tout deux cent trente-deux lettres d’Alcuin : de ce nombre, trente sont adressées à Charlemagne : je vais les passer en revue, tantôt en en traduisant quelques phrases, tantôt en en indiquant seulement l’objet :

Tableau des lettres d’Alcuin à Charlemagne.

 

N° de la lettre

DATE

OBJET

14

en 793

Sur la transfiguration de J. C.

28

796

Il le félicite de ses victoires sur les Huns (Avares) et lui donne des conseils sur la manière dont il faut procéder à leur conversion :

1° envoyer des missionnaires doux ;

2° ne pas exiger la dîme :

« Il vaut mieux perdre la dîme que la foi : nous autres nés, nourris, instruits dans la foi catholique, nous consentons à peine à donner la dîme de notre bien : combien la foi naissante, le coeur faible et l’esprit avare de ces peuples y consentiront encore moins ! »

3° Observer un certain ordre dans l’enseignement religieux.

« Cet ordre doit être, je crois, celui que le bienheureux Augustin a établi dans le livre auquel il a donné pour titre : De l’instruction des impies. Il faut d’abord instruire l’homme de l’immortalité de l’âme, de la vie future, de la rétribution des bons et des méchants, et de l’éternité de leur destinée. Il faut lui enseigner ensuite pour quels crimes et quels péchés il aura à souffrir, auprès du diable, des peines éternelles, et pour quelles bonnes actions il jouira, avec le Christ, d’une gloire éternelle. Enfin il faut lui inculquer avec soin la foi dans la Sainte-Trinité et lui expliquer la venue en ce monde du fils de Dieu, N. S. J.-C., pour le salut du genre humain. »

32

796

Il lui recommande l’indulgence envers les prisonniers huns et la clémence envers ses ennemis.

38

796

Il lui rend compte de ce qu’il fait pour la prospérité de l’école de l’abbaye de Tours :« Moi, votre Flaccus, selon votre exhortation et votre sage volonté, je m’applique à servir aux uns, sous le toit de Saint-Martin, le miel des saintes écritures ; j’essaie d’enivrer les autres du vieux vin des anciennes études ; je nourris ceux-ci des fruits de la science grammaticale ; je tente de faire briller aux yeux de ceux-là l’ordre des astres... mais il me manque en partie les plus excellents livres de l’érudition scholastique, que je m’étais procurés dans ma patrie, soit par les soins dévoués de mon maître, soit par mes propres sueurs. Je demande donc à V. E. qu’il plaise à votre sagesse de permettre que j’envoie quelques-uns de nos serviteurs, afin qu’ils rapportent en France les fleurs de la Bretagne... Au matin de ma vie, j’ai semé, dans la Bretagne, les germes de la science ; maintenant, sur le soir, et bien que mon sang soit refroidi, je ne cesse pas de les semer en France ; et j’espère qu’avec la grâce de Dieu, ils prospèreront dans l’un et l’autre pays. »

61

797

Il lui donne une explication détaillée du cycle lunaire.

64

798

Il lui recommande plusieurs personnes.

65

798

Il lui explique l’origine des noms de la septuagésime et de la sexagésime. (La 66e est une réponse de Charlemagne qui lui fait des objections).

67

798

Il revient sur le même sujet et se défend du reproche d’opiniâtreté :

« Quant à ce que vous m’avertissez à la fin de votre lettre, amicalement et pour mon bien, que, s’il y a quelque chose à réformer dans mon opinion, je dois le réformer humblement, je n’ai jamais été, avec la grâce de Dieu, obstiné dans mon erreur, ni confiant dans mon sentiment ;. je puis me rendre sans peine à un meilleur avis, car il a été dit, je le sais, qu’il faut se servir plus souvent de ses oreilles que de sa langue. Je supplie donc votre sagesse de penser que je lui écris non comme à un disciple, mais comme à un juge, et que je lui adresse mes humbles idées, non comme à quelqu’un qui ignore, mais comme à quelqu’un qui doit corriger. »

68

797

Sur le cours du soleil et les phases de l’année ; sur l’hérésie de Félix, évêque  d’Urgel.

69

798

Sur l’astronomie et la chronologie ; il répond à plusieurs questions que lui avait adressées une femme, probablement Gisla, la sœur de Charlemagne.

70

798

 

Sur l’astronomie ; il répond à plusieurs questions de Charlemagne sur le cours du soleil, les constellations, etc.

71

798

Sur le même sujet.

80

799

Sur l’état des affaires ; il l’engage à un peu de douceur envers les Saxons.

81

799

Il s’excuse d’accompagner Charlemagne à Rome ; il allègue sa mauvaise santé.

84

800

Lettre de compliments ; il lui envoie quelques calculs astronomiques.

85

800

Il le remercie de s’être fait lire le traité qu’il avait écrit contre l’évêque Félix ; il lui envoie des essais d’orthographe et d’arithmétique.

90

800

Il le console de la mort de sa femme Liutgarde, et lui envoie une petite épitaphe.

91

800

Sur le même sujet.

93

800

Il le félicite sur ses victoires ; l’exhorte à la clémence ; lui parle de la santé du pape Léon : s’excuse de ne lui avoir pas écrit, et refuse d’aller à Rome.

104

801

Il se réjouit du retour de Charlemagne (d’Italie).

103

801

Il dit qu’ayant cherché longtemps quel présent il va faire à Charlemagne digne de la puissance et de l’affection qu’il lui porte, il lui envoie un exemplaire des saintes écritures corrigé par lui.

104

801

Il s’excuse sur sa vieillesse pour ne pas aller à la cour.

105

801

Il s’afflige de la mort de Mainfrol, demande des constructions pour l’église de Saint-Pierre de Bénévent, et prie Charlemagne de bien prendre garde aux dangers de l’expédition de Bénévent.

« Quoique mon affection puisse paraître insensée, du moins on ne pourra la taxer d’infidélité, ni dans les petites choses, ni dans les grandes ; et la confiance que j’ai en votre humilité éprouvée, m’a donné la hardiesse d’écrire ceci.

« Peut-être quelqu’un dira-t-il : pourquoi se mêle-t-il de ce qui lui est étranger ? Celui-là ignore que rien de ce qui touche votre prospérité ne m’est étranger, car je déclare qu’elle m’est plus chère que la santé de mon corps ou la durée de ma vie. Tu es le bonheur du royaume, le salut du peuple, l’honneur des églises, le protecteur de tous les fidèles du Christ ; c’est sous l’ombre de ta puissance et l’abri de ta piété que la grâce divine nous a accordé de pratiquer la vie religieuse et de servir J.-C. dans une tranquille paix : Il est donc juste et nécessaire que, d’un esprit attentif et d’un cœur dévoué, nous soyons occupés de ta fortune et de ta santé, et que nous invoquions Dieu à ce sujet, très excellent et digne de tout honneur seigneur roi David. »

106

801

Il le remercie de ses bontés, et le supplie, à cause de ses infirmités, de le laisser à Saint-Martin.

195

802 ou 803

Il s’excuse, ainsi que les frères de Saint-Martin au sujet de l’asile qu’ils avaient donné à un clerc de l’église d’Orléans, d’où s’était ensuivi un grand tumulte dans l’église de Saint-Martin et beaucoup de mécontentement de la part de Charlemagne et de Théodulf

123

an.inc.

Il répond à des questions de Charlemagne sur la différence qu’il y a entre éternel et sempiternel, perpétuel et immortel, siècle, âge et temps.

124

an.inc.

Il répond à des questions posées par Charlemagne sur des passages de l’évangile.

125

an.inc.

Il répond à Charlemagne qui demande pourquoi on ne trouve dans aucun évangile l’hymne que J.-C. a chantée après la cène.

126

an.inc.

Il répond à Charlemagne qui demande, au nom d’un savant grec, à qui a été remis le prix de la rédemption de l’homme.

127

an.inc.

Il envoie à Charlemagne des conseils, sous le titre de capitulaires, sur les testaments, les successions et plusieurs autres sujets.

 

Certes, messieurs, ce n’était pas pour Alcuin chose facile que de suffire à de telles relations, de répondre à toutes les questions, d’assouvir toutes les exigences intellectuelles de ce maître infatigable qui pensait à tout, s’occupait de tout, d’histoire, de morale, de théologie, d’astronomie, de chronologie, de grammaire, et voulait probablement, là comme ailleurs, que m volonté fût toujours et promptement accomplie. Il y a sans doute un charme puissant dans la société d’un grand homme ; mais quand le grand homme est un souverain, c’est bientôt un pesant fardeau que d’avoir à le satisfaire à tout moment, sur toutes choses. Aucun texte formel ne nous le révèle ; mais Charlemagne portait sans nul doute, dans ses relations avec Alcuin, cet égoïsme impitoyable d’un génie supérieur et despotique qui ne considère les hommes, même ceux qu’il aime le mieux et dont il fait le plus de cas, que comme des instruments, et marche à son but sans s’inquiéter de ce qu’il en coûte à ceux qu’il emploie à l’atteindre. Une lassitude profonde s’empara d’Alcuin : il sollicita avec instance la permission de se retirer de la cour et d’aller vivre clans la retraite. En 796, il écrit à un archevêque dont le nom est inconnu :

Que votre paternité le sache, moi, votre fils, je désire ardemment déposer le fardeau des affaires du siècle, et ne plus servir que Dieu seul. Tout homme a besoin de se préparer avec vigilance à la rencontre de Dieu, à plus forte raison les vieillards brisés par les années et les infirmités.

Et à son ami Angilbert :

A ton départ, j’ai tenté plusieurs fois de me réfugier dans le port du repos ; mais le roi de toutes choses, le mettre des âmes, ne m’a pas encore accordé ce que depuis longtemps il m’a fait vouloir.

 

Charlemagne consentit enfin à le laisser partir, et vers 796, à ce qu’il paraît, il lui donna pour retraite l’abbaye de Saint-Martin de Tours, l’une des plus riches du royaume.

Alcuin se hâta d’en aller prendre possession : la retraite était magnifique ; il avait, dans les domaines des abbayes qu’il possédait, plus de 20 000 colons ou serfs ; et la correspondance qu’il continuait d’entretenir avec Charlemagne animait sa vie sans l’accabler. Il ne resta point oisif dans sa nouvelle situation ; il remit la règle et l’ordre dans le monastère, enrichit la bibliothèque de manuscrits copiés à York par de jeunes clercs qu’il y avait envoyés dans ce dessein, et donna à l’école, par son propre enseignement, un éclat qu’elle n’avait jamais connu. Ce fut à cette époque que plusieurs des hommes les plus distingués du siècle suivant, entre autres Raban Maur qui devint archevêque de Mayence, et Amalaire, savant prêtre de Metz, se formèrent à ses leçons.

Charlemagne tenta plusieurs fois de rappeler Alcuin auprès de lui : il aurait voulu entre autres s’en faire accompagner à Rome lorsqu’il y alla, en 800, relever l’empire d’Occident :

« C’est une honte, lui écrivait-il, de préférer les toits enfumés des gens de Tours aux palais dorés des Romains. »

Mais Alcuin tint bon :

« Je ne crois pas, lui répondit-il, que mon corps frêle et brisé par des douleurs quotidiennes, puisse supporter ce voyage. Je l’aurais bien désiré si je l’avais pu... Comment me contraindre à combattre de nouveau et à suer sous le poids des armes, moi que mes infirmités laissent à peine en état de les soulever de terre ?... Je vous supplie de me laisser achever ma carrière auprès de St. Martin : toute l’énergie, toute la dignité de mon corps s’est évanouie, j’en conviens, et s’évanouit de jour en jour ; et je ne la retrouverai pas en ce monde. J’avais désiré et espéré, dans ces derniers temps, voir encore une fois la face de votre Béatitude : mais le déplorable progrès de mes infirmités me prouve qu’il y faut renoncer. J’en conjure donc votre inépuisable bonté : que cet esprit si saint, cette volonté si bienveillante, qui vont en vous, ne s’irritent point contre ma faiblesse ; permettez, avec une pieuse compassion, qu’un homme fatigué se repose, qu’il prie pour vous dans ses oraisons, et qu’il se prépare, dans la confession et les larmes, à paraître devant le juge éternel. »

Charlemagne, à ce qu’il paraît, n’insista pas davantage ; et Alcuin, peut-être pour se mettre à l’abri de nouvelles instances, résolut de renoncer complètement à toute activité, même à celle à laquelle il se livrait encore dans sa retraite. En 801, il se démit de ses abbayes, obtint qu’elles fussent partagées entre ses principaux disciples, et déchargé de toute affaire, ne s’occupa, plus, jusqu’au jour de sa mort, (19 mai 804) que de sa santé et de son salut.

 

Je me suis laissé aller à vous entretenir longtemps de ses rapports avec Charlemagne, et des situations diverses de sa vie : c’est là surtout que se réfléchit l’image de son temps, et que se révèle le mouvement social au milieu duquel il vivait. L’heure est déjà avancée ; il faut pourtant que je vous parle encore de ses ouvrages ; quelques mots et quelques citations suffiront, j’espère, pour vous en donner au moins une idée.

On peut les diviser en quatre classes : 1° oeuvres théologiques ; 2° oeuvres philosophiques et littéraires ; 3° oeuvres historiques ; 4° oeuvres poétiques.

 

Ie Les oeuvres théologiques sont de trois sortes : 1e des commentaires sur diverses parties de l’Écriture Sainte ; commentaires qui ont surtout pour objet de découvrir l’intention allégorique, et de déterminer le sens moral des livres sacrés. 2e Des traités dogmatiques, la plupart dirigés contre l’hérésie des Adoptiens sur la nature de Jésus-Christ ; hérésie qui joua dans ce temps un assez grand rôle, que condamnèrent deux conciles tenus par ordre de Charlemagne, et dont Alcuin fut le principal adversaire. 3e Des ouvrages de liturgie, sur la célébration des offices ecclésiastiques.

 

IIe Les ouvrages philosophiques et littéraires sont au nombre de six : 1e Une espèce de traité de morale pratique, intitulé de Virtutibus et vitiis et adressé au comte Wido ou Guy, par une épître dédicatoire et une péroraison courtes en ces termes :

« Je me rappelle ta demande et ma promesse : tu m’as prié instamment de t’écrire en style concis quelques exhortations, afin qu’au milieu des occupations que te donnent les affaires militaires, tu aies constamment sous les yeux un manuel de maximes et de conseils paternels, où tu puisses t’examiner toi-même, et t’exciter à la recherche de la béatitude éternelle. Je me rends très-volontiers à un si juste désir, et sois assuré que, bien que ces conseils te paraissent écrits sans éloquence, ils sont dictés par la sainte charité. J’ai divisé ce discours en chapitres séparés, afin que mes avis puissent se graver plus facilement dans la mémoire de ta piété : car je te sais occupé de beaucoup de choses du siècle. Que le saint désir de ton salut te fasse, je t’en conjure, recourir souvent à cette lecture, comme à un utile délassement, de façon que ton âme, fatiguée des soins extérieurs, rentre en elle-même, y trouve de la jouissance et comprenne bien à quoi elle doit surtout s’appliquer.

Et ne te laisse pas épouvanter par l’habit de laïque que tu portes, ou la vie séculière que tu mènes, comme si, sous cet habit, tu ne pouvais franchir les portes de la vie céleste. Car de même que la béatitude du royaume de Dieu est prêchée à tous sans distinction, de même l’entrée de ce royaume est ouverte également, et selon le rang des mérites, à tout sexe, tout âge, et toute personne. Là, on ne distingue pas qui sur la terre a été laïque ou clerc, riche ou pauvre, jeune ou vieux, maître ou esclave, mais la gloire éternelle couronne chacun selon ses œuvres ».

Suivent trente-cinq chapitres sur les diverses vertus et vices, la sagesse, la foi, la charité, l’indulgence, l’envie, l’orgueil, etc. On n’y rencontre rien de bien original ni de bien profond ; mais l’utilité pratique y est cherchée avec beaucoup de bon sens, et la nature humaine observée et décrite quelquefois avec une finesse fort spirituelle. En voici deux chapitres qui le prouvent :

« De la tristesse.

Il y a deux sortes de tristesse, l’une salutaire, l’autre funeste. La tristesse est salutaire quand l’âme du pécheur s’afflige de ses péchés, et s’en afflige de telle sorte qu’elle aspire à la confession et à la pénitence, et désire se convertir à Dieu. Autre est la tristesse du siècle, qui opére la mort de l’âme, devenue incapable de rien accomplir de bon ; celle-ci trouble l’homme, et souvent le désole à ce point qu’il perd l’espérance des biens éternels : de cette tristesse naissent la malice, la rancune, la pusillanimité, l’amertume et le désespoir, souvent même le dégoût de cette vie. Elle est vaincue par la joie spirituelle, l’espérance des biens à venir, la consolation que donnent les Écritures, et par de fraternels entretiens animés d’un enjouement spirituel.

De la vaine gloire.

Cette peste, la vaine gloire, est une passion à mille formes qui se glisse de tous côtés dans le coeur de l’homme occupé de combattre contre les vices, et même de l’homme qui les a vaincus. Dans le maintien en effet et la beauté du corps, dans la démarche, la parole, l’action, les jeûnes, la prière, la solitude, la lecture, la science, le silence, l’obéissance, l’humilité, la longanimité de la patience, elle cherche un moyen d’atteindre le soldat du Christ ; elle ressemble à un dangereux écueil caché sous les vagues enflées, et qui prépare, tandis qu’on ne s’en défie pas, un terrible naufrage à ceux qui voguent le plus heureusement. Celui-ci ne peut ressentir d’orgueil pour de beaux et éclatants habits ; le démon de la fausse gloire s’efforce de lui en inspirer pour la laideur et la grossièreté de vêtements communs ; celui-là a résisté aux tentations des honneurs, il le perdra par celles de l’humilité ; tel ne s’est point laissé enfler par les avantages de la science et de l’éloquence ; il le subjuguera par la gravité du silence. L’un jeûne publiquement, et la vaine gloire le possède ; pour lui échapper, il jeûne en secret ; elle glisse son venin dans le gonflement de cœur de l’homme intérieur ; de peur de succomber, celui-ci évite de prier longuement devant ses frères, mais ce qu’il fait en secret n’est pas à l’abri des aiguillons de la vanité ; elle enorgueillit l’un de ce qu’il est très patient dans ses œuvres et ses travaux, l’autre de ce qu’il est très prompt à obéir, celui-ci de ce qu’il surpasse tous les autres en humilité, celui-là de son zèle pour la science, tel autre de son application à la lecture, tel autre encore de la longueur de ses veilles. Mal terrible qui s’efforce de souiller l’homme, non seulement dans les oeuvres du siècle, mais jusque dans ses vertus. »

Il y a là une assez habile observation de la nature humaine, et assez d’art à en exprimer les résultats.

Le second ouvrage de cette classe a pour titre de ratione animae, de la nature de l’âme, et est adressé à l’une des femmes qui avaient assisté aux leçons d’Alcuin dans l’école du Palais, à Gundrade, soeur d’Adalhard et surnommée Eulalie. C’est un essai plus purement philosophique que le précédent et dans lequel revient, sous toutes les formes, l’idée de l’unité de l’âme, exprimée avec finesse et énergie :

«L’âme, dit-il, porte divers noms selon la nature de ses opérations ; en tant qu’elle vit et fait vivre, elle est l’âme (anima) ; en tant qu’elle contemple, elle est l’esprit (spiritus) ; en tant qu’elle sent, le sentiment (sensus) ; en tant qu’elle réfléchit, elle est la pensée (animus) ; en tant qu’elle comprend, l’intelligence (mens) ; en tant qu’elle discerne, la raison (ratio) ; en tant qu’elle consent, la volonté (voluntas) ; en tant qu’elle se souvient, la mémoire (memoria). Mais ces choses ne sont point divisées quant à la substance comme dans les noms, car toutes ces choses c’est l’âme, et une seule âme. »

Et ailleurs :

« L’âme a dans sa nature une image, pour ainsi dire, de la Sainte-Trinité, car elle a l’intelligence, la volonté et la mémoire. L’âme, qu’on appelle aussi pensée, la vie, la substance qui renferme ces trois facultés en elle-même, est une ; ces trois Unités ne constituent pas trois vies, mais une vie, ni trois pensées, mais une pensée, ni trois substances, mais une substance. Quand on donne à l’âme les noms de pensée, ou de vie, ou de substance, on ne la considère qu’en elle-même ; mais quand on l’appelle mémoire, ou intelligence, ou volonté, on la considère par rapport à quelque chose. Ces trois facultés ne font qu’un en tant que la vie, la pensée, la substance est une... Elles font trois en tant qu’on les considère dans leurs rapports extérieurs ; car la mémoire est la mémoire de quelque chose ; l’intelligence est l’intelligence de quelque chose ; la volonté est la volonté de quelque chose, et elles se distinguent en cela. Et cependant il y a dans ces trois facultés une certaine unité. Je pense que je pense, que je veux et que je me souviens ; je veux penser, et me souvenir, et vouloir ; je me souviens que j’ai pensé, et voulu, et que je me suis souvenu. Et ainsi les trois facultés se réunissent dans une seule. »

Du reste, il n’y a dans ce traité que des idées éparses et aucun caractère systématique.

Après ces deux petits essais moraux, viennent quatre traités : 1e de la grammaire, 2e de l’orthographe, 3e de la rhétorique, 4e de la dialectique, que je me bornerai à indiquer, parce qu’il faudrait, pour en faire connaître le contenu et le mérite, entrer dans de trop longs détails. Les deux derniers sont en forme de dialogue entre Alcuin et Charlemagne, et ont évidemment pour objet d’instruire Charlemagne des procédés des anciens sophistes et rhéteurs, surtout en ce qui concerne la dialectique et l’éloquence judiciaire.

 

IIIe Les oeuvres historiques d’Alcuin sont de peu d’importance : elles se bornent à quatre vies de saints, saint Waast, saint Martin, saint Riquier et saint Willibrod. La dernière contient cependant des détails assez curieux pour l’histoire des moeurs. Alcuin avait écrit, dit-on, une histoire de Charlemagne, en particulier de ses guerres contre les Saxons ; mais cet ouvrage est perdu, s’il est vrai qu’il ait jamais existé.

 

IVe Ses œuvres poétiques, quoique nombreuses, sont aussi de peu de valeur : il y a deux cent quatre-vingts pièces de vers, sur toutes sortes de sujets, la plupart sur des circonstances du moment. La principale est le poème sur les évêques et les saints de l’Église d’York ; il mérite d’être lu, comme renseignement sur l’état intellectuel du temps.

 

Je regrette, Messieurs, de ne pouvoir entrer plus avant dans l’examen de ces monuments d’un esprit si actif et si distingué. Quelques personnes penseront peut-être que je m’y suis arrêté bien longtemps ; pour moi, je trouve que j’y ai jeté à peine un coup d’oeil ; et, si nous en faisions une étude approfondie, nous y trouverions, n’en doutez pas, plaisir et profit : mais il faut se borner. En résumé, voici quels me paraissent être le caractère général, la physionomie intellectuelle d’Alcuin et de ses travaux. Il est théologien de profession ; l’atmosphère où il vit, où vit le public auquel il s’adresse, est essentiellement théologique ; et pourtant l’esprit théologique ne règne point seul en lui ; c’est aussi vers la philosophie, vers la littérature ancienne que tendent ses travaux et ses pensées ; c’est là ce qu’il se plaît aussi à étudier, à enseigner ce qu’il voudrait faire revivre. Saint Jérôme et saint Augustin lui sont très familiers ; mais Pythagore, Aristote, Aristippe, Diogène, Platon, Homère, Virgile, Sénèque, Pline, reviennent aussi dans sa mémoire. La plupart de ses écrits sont théologiques ; mais les mathématiques, l’astronomie, la dialectique, la rhétorique le préoccupent habituellement. C’est un moine, un diacre, la lumière de l’Église contemporaine ; mais c’est en même temps un érudit, un lettré classique. En lui commence enfin l’alliance de ces deux éléments dont l’esprit moderne a si longtemps porté l’incohérente empreinte, l’antiquité et l’Église, l’admiration, le goût, dirai-je le regret de la littérature païenne, et la sincérité de la foi chrétienne, l’ardeur à sonder ses mystères et défendre son pouvoir.

 

 

 

Éginhard

Vita Karoli Magni

 

 

Capitulaires

Sur ses domaines

de

Sur le partage du royaume

Charlemagne

Sur la culture

 

Qu’est-ce qu’un capitulaire ?

 

 

Nithard, I, 2

Portrait de Charlemagne

Nithard, III, 5

Les serments de Strasbourg

 

 

 

 

Annales d’Éginhard

Notice de Guizot

Pépin le Bref (741-768)

Charlemagne (768-814)

Louis le Débonnaire (814-829)

 

 

 

Alcuin

Notice de Guizot

Propositiones Alcuini