Noctes Gallicanae

A l c u i n

Sa vie et son oeuvre


 

 

François Guizot, né à Nîmes en 1787, mort dans le Calvados en 1874, élu en 1836 à l’Académie française.

Guizot mène une double carrière d’homme politique et d’historien. Il prend une part active à la révolution de 1830 et devient ministre de l’Intérieur (1830) puis ministre de l’Instruction publique de 1832 à 1837. On lui doit la loi Guizot (1833) sur l’enseignement primaire qui accorde la liberté de l’enseignement et fait obligation à chaque commune d’ouvrir une école. Chef effectif du gouvernement à partir de 1840 et jusqu’en 1848, il s’appuie sur la grande bourgeoisie d’affaires mais sa politique conservatrice provoquera la révolution de 1848.

On a gardé de lui un slogan resté célèbre : « Enrichissez-vous ! ». Précisons que la formule a été tronquée par l’opposition et que la phrase complète qu’il a prononcée était « Enrichissez-vous par le travail et par l’épargne ».

 

Collection

des MÉMOIRES

relatifs à l’Histoire de France,

depuis la formation de la monarchie française jusqu’au 13e siècle,

avec une introduction, des suppléments, des notices et des notes

par M. GUIZOT

professeur d’Histoire moderne à l’Académie de Paris

à Paris

chez J.-L.-J. Brière, libraire,

rue Saint-André-des-Arts, n° 68.

1824

 


A L C U I N  (735-804)

 

De la décadence intellectuelle dans la Gaule-Franque du Ve au VIIIe siècle. -- De ses causes. - Elle cesse sous le règne de Charlemagne. - Difficulté de peindre l’état de l’esprit humain à cette époque. --- Alcuin en est le représentant le plus complet et le plus fidèle. - Vie d’Alcuin. -- De ses travaux pour la restauration des manuscrits. - Pour la restauration des écoles. - De son enseignement dans l’école du palais. - De ses relations avec Charlemagne. - De sa conduite comme abbé de Saint-Martin de Tours. - De ses ouvrages : -1e théologiques ; --- 2e philosophiques et littéraires ;.---3e historiques ; - 4e poétiques. - De son caractère général.

 

J’ai dit, et je tiens pour établi que, du Ve au VIIIe siècle, la décadence a été, dans la Gaule Franque, constante, générale ; qu’elle est le caractère essentiel du temps, et ne s’est arrêtée que sous le règne de Charlemagne.

Si ce caractère a été quelque part plus visible, plus éclatant que partout ailleurs, c’est dans l’ordre intellectuel, dans l’histoire de l’esprit humain à cette époque. Rappelez-vous, je vous prie, par quelles vicissitudes nous l’avons vu passer. A la fin du IVe siècle, deux littératures, deux philosophies, la littérature profane et la littérature sacrée, la philosophie païenne et la théologie chrétienne, marchaient pour ainsi dire côte à côte. A la vérité, la littérature profane et la philosophie païenne étaient mourantes, cependant elles respiraient encore. Bientôt, nous les avons vu disparaître ; la littérature sacrée et la théologie chrétienne sont restées seules. Nous avons continué de marcher ; la théologie chrétienne et la littérature sacrée elles-mêmes ont disparu ; nous n’avons plus rencontré que des sermons, des légendes, monuments d’une activité intellectuelle toute pratique, vouée aux besoins de la vie réelle, étrangère à la recherche et à la contemplation du vrai et du beau, c’est l’état où est tombé l’esprit humain dans le VIIe et pendant la première moitié du VIIIe siècle.

On a, en général, imputé cette décadence à la tyrannie de l’Église, au triomphe du principe de l’autorité et de la foi sur le principe de la liberté et de la raison. Des écrivains très modernes, même et d’ailleurs impartiaux et savants, M. Tennemann, par exemple, dans son Histoire de la philosophie ont adopté cette explication. Je crains qu’elle ne soit prématurée. L’autorité absolue de l’Église et la doctrine de la foi pure et simple, opposée à l’examen rationnel, ont, sans nul doute, puissamment contribué à l’affaiblissement de l’esprit humain ; mais c’est plus tard que s’est exercée leur influence ; à l’époque qui nous occupe, cette cause, je crois, n’avait encore que bien faiblement agi. Rappelez-vous le tableau que j’ai mis sous vos yeux de l’état de l’Église chrétienne au Ve siècle ; la liberté y était grande. Or, du Ve au VIIIe siècle, l’Église ne se constitua ni assez régulièrement ni assez fortement pour exercer la tyrannie ; aucun des moyens de gouvernement par lesquels elle a, plus tard, dominé les esprits, n’était alors entre ses mains ; la papauté naissante ne possédait encore qu’un pouvoir d’influence et de conseil ; l’épiscopat, bien qu’il fût le régime dominant de la société ecclésiastique, était faible et désordonné ; les conciles devenaient rares ; aucune autorité n’était générale et ferme : s’il y eût eu dans les esprits une énergie véritable, sans nul doute elle se serait fait jour aisément. Plus tard, au XIe, au XIVe siècle, l’Église était forte ; son pouvoir était régulièrement organisé ; le principe de la soumission implicite à ses décisions régnait dans les esprits ; et pourtant l’activité intellectuelle fut bien plus grande : il y eut alors un danger réel à lutter contre l’Église, et pourtant on lutta ; on résista à ses prétentions, on attaqua même son titre. Le VIIIe siècle ne fit aucune tentative d’attaque ni de résistance ; le pouvoir ecclésiastique et la liberté de la pensée n’eurent pas même occasion d’en venir aux mains.

Ce n’est donc pas à cette cause qu’il faut s’en prendre de l’apathie et de la stérilité intellectuelle de cette époque : la chute de l’Empire, ses désordres et ses misères, la dissolution des rapports et des liens sociaux, les préoccupations et les souffrances de l’intérêt personnel, l’impossibilité de tout long travail et de tout paisible loisir, telles furent les véritables causes de la décadence morale aussi bien que politique, et des ténèbres qui couvrirent l’esprit humain.

Quoi qu’il en soit des causes, le fait est indubitable : à considérer dans son ensemble l’Histoire de l’esprit humain dans l’Europe moderne, du Ve siècle jusqu’à nos jours, on trouvera, je crois, que le VIIe siècle est le point le plus bas où il soit descendu, le nadir de son cours, pour ainsi dire. Avec la fin du VIIIe siècle commença son mouvement de progrès.

Il est assez difficile de caractériser ce mouvement avec précision, et de résumer en quelques traits l’état intellectuel de la Gaule Franque, sous Charlemagne. Aucune idée simple n’y do-mine ; les travaux qui occupèrent alors les esprits ne forment point un ensemble, ne se rat-tachent à aucun principe ; ce sont des travaux partiels, isolés ; l’activité est assez grande, mais ne se manifeste point par de grands résultats. Toute tentative de systématiser ce temps sous le point de vue moral, de le réduire à quelque fait général et éclatant, le fausserait infailliblement.

 

Un autre procédé me paraît plus propre à le faire connaître et comprendre. Un homme s’y rencontre, esprit plus actif et plus étendu, sans aucun doute, que tout autre, Charlemagne excepté ; supérieur en instruction et en fécondité intellectuelle à tous ses contemporains, sans s’élever beaucoup au-dessus d’eux par l’originalité de sa science ou de ses idées ; représentant fidèle en un mot du progrès intellectuel de son époque, qu’il a devancée en toutes choses, mais sans jamais s’en séparer. Cet homme est Alcuin. Il faut en général ne se confier qu’avec une extrême réserve à cette tentation de prendre un homme pour image, pour représentant d’une époque. De tels rapprochements sont plus ingénieux que solides. D’une part, une société, quelque déchue et stérile qu’elle soit, est presque toujours, intellectuellement parlant, plus grande et plus riche qu’un individu ; elle renferme une foule d’idées, de connaissances, de faits et de besoins moraux, qui ne se reproduisent point dans l’étroit espace d’une existence individuelle ; d’autre part, un homme distingué, quand même l’originalité n’est pas son caractère éminent, diffère toujours beaucoup de la masse de ses contemporains ; il est lui même et non un peuple ; en sorte que, sous un double rapport, la représentation est inexacte et l’image trompeuse. Gardez-vous donc, je vous prie, dans le cas particulier qui nous occupe, d’y ajouter trop pleine foi : elle est peut-être ici plus fidèle que partout ailleurs ; Alcuin est peut-être un des hommes qui représentent le mieux son époque : cependant il y aurait encore beaucoup de restrictions à apporter ; et au moment même où je le veux mettre sous vos yeux comme l’expression de l’état de l’esprit humain à la fin du VIIIe siècle, j’ai besoin d’être sûr que vous réduirez cette comparaison à sa juste valeur.

 

Alcuin n’était pas français. Il vous suffit de jeter un coup d’oeil sur le dernier des tableaux que j’ai eu l’honneur de mettre sous vos yeux dans notre avant-dernière réunion, pour voir que Charlemagne avait pris grand soin d’attirer dans ses États les hommes distingués étrangers, et que, parmi ceux qui l’aidèrent à seconder, dans la Gaule Franque, le développement intellectuel, plusieurs étaient venus du dehors. Charlemagne faisait même davantage. On voit, au XVIIe siècle, Louis XIV, non content de protéger les lettres dans son royaume, leur adresser, dans toute l’Europe, ses encouragements et ses faveurs ; Colbert écrit à des savants allemands, hollandais, italiens, pour leur annoncer, de la part du roi, des gratifications, des pensions qui s’élèvent même jusqu’à 3,000 livres. Des faits analogues se rencontrent sous Charlemagne ; non seulement il s’efforçait d’attirer dans ses États les hommes distingués, mais il les protégeait et les encourageait partout où il les découvrait ; plus d’une abbaye anglo-saxonne eut part à ses libéralités ; et les Saxons qui, après l’avoir suivi en Gaule, voulaient retourner dans leur patrie, ne lui devenaient point étrangers.

Ainsi l’éprouvèrent Pierre de Pise et Paul Warnefried qui ne firent en Gaule qu’un assez court séjour.

 

Alcuin s’y fixa tout à fait. Il était né en Angleterre, à York, vers 735. L’état intellectuel de l’Irlande et de l’Angleterre était alors supérieur à celui du continent ; les lettres et les écoles y prospéraient plus que partout ailleurs. Il est assez difficile d’assigner à ce fait des causes un peu précises : voici, je crois, la principale. Le christianisme avait été porté en Irlande par des missionnaires grecs, et en Angleterre, par des missionnaires latins. En Irlande, dans les premiers siècles qui suivirent son introduction, aucune invasion de barbares ne vint arrêter ses progrès, disperser les monastères, les écoles, étouffer le mouvement intellectuel qu’il avait imprimé. En Angleterre, quand arrivèrent les missionnaires de Grégoire-le-Grand, l’invasion barbare était consommée ; les Saxons étaient établis : là aussi donc le christianisme n’eut à subir, du moins à cette époque et jusqu’aux grandes incursions des Danois, aucun bouleversement social ; ses études, ses travaux de tout genre ne furent pas violemment interrompus. J’ai mis sous vos yeux, en commençant ce cours, le tableau de l’état intellectuel de la Gaule dans le IVe et au commencement du Ve siècle ; ni les écoles ni les lettrés n’y manquaient ; et si les Visigoths, les Bourguignons, les Francs n’y fussent venus apporter le chaos et la ruine, l’esprit humain, bien qu’affaibli, n’y serait pas tombé dans l’état où nous le trouvons au VIe siècle. C’est là, Messieurs, l’avantage qu'avait à cette époque l’Angleterre ; la société n’y avait pas été ravagée, dissoute par des invasions récentes, continuelles ; les établissements d’étude et de science qu’y avait fondés le christianisme étaient debout, et poursuivaient assez tranquillement leurs travaux.

Que cette cause soit ou non suffisante pour expliquer le fait, il est incontestable : les écoles d’Angleterre, et particulièrement celle d’York, étaient supérieures à celles du continent ; elle possédait même une riche bibliothèque où se trouvaient plusieurs des grands ouvrages de l’antiquité païenne, entre autres ceux d’Aristote, dont il ne faut point croire, comme on le répète sans cesse, que l’Europe moderne ait dû la connaissance aux seuls Arabes, car, du Ve au Xe siècle, il n’est aucune époque où on ne les trouve mentionnés dans quelque bibliothèque, où ils n’aient été connus et étudiés de quelque lettré. Alcuin nous informe lui-même de l’objet de l’enseignement qu’on donnait clans l’école du monastère d’York ; on lit dans son poème intitulé : Des Pontifes et des Saints de l’Église d’York :

Le docte Albert abreuvait, aux sources d’études et de sciences diverses, les esprits altérés : aux uns, il s’empressait de communiquer l’art et les règles de la grammaire ; pour les autres, il faisait couler les flots de la rhétorique ; il savait exercer ceux-ci aux combats de la jurisprudence, et ceux-ci aux chants d’Aonie ; quelques-uns apprenaient de lui à faire résonner les pipeaux de Castalie, et à frapper d’un pied lyrique les sommets du Parnasse ; à d’autres, il faisait connaître l’harmonie du ciel, les travaux du soleil et de la lune, les cinq zones du pôle, les sept étoiles errantes, les lois du cours des astres, leur apparition et leur déclin, les mouvements de la mer, les tremblements de la terre, la nature des hommes, du bétail, des oiseaux et des habitants des bois ; il dévoilait les diverses qualités et les combinaisons des nombres ; il enseignait à calculer avec certitude le retour solennel de la Pâque, et surtout il expliquait les mystères de la Sainte-Écriture.

Ramenez cette pompeuse description à des termes simples : la grammaire, la rhétorique, la jurisprudence, la poésie, l’astronomie, l’histoire naturelle, les mathématiques, la chronologie et l’explication des Saintes Écritures, c’est là, à coup sûr, un enseignement assez étendu, plus étendu qu’on ne l’eût rencontré à cette époque dans aucune école de Gaule ou d’Espagne. Celui qui le donnait, cet Albert que célèbre Alcuin, devint archevêque d’York, et Alcuin lui succéda dans ses fonctions.

 

Il avait déjà fait vers ce temps, avant 766, un ou même deux voyages sur le continent. L’occasion et la date de ces voyages sont assez difficiles à déterminer ; je ne vous occuperai point de ces détails de critique minutieux et compliqués. Quelques savants ont pensé que dès lors, à Pavie peut-être, Alcuin avait vu Charlemagne ; si le fait est vrai, il est stérile, car on ne sait absolument rien sur leurs premières relations. Mais, en 780, à la mort de l’archevêque Albert et à l’avènement de son successeur Eanbald, Alcuin reçut de lui la mission d’aller à Rome pour obtenir du pape et lui rapporter le Pallium. En revenant de Rome, il passa à Parme où il trouva Charlemagne. Qu’il le vit ou non pour la première fois, Charles le pressa de s’établir en France. Après quelque hésitation, Alcuin s’y engagea, pourvu qu’il en obtînt la permission de son évêque et de son roi. Il l’obtint en effet, et en 782 on le trouve établi à la cour de Charlemagne, qui lui donne sur le champ trois abbayes, celles de Ferrières en Gatinois, de Saint-Loup à Troyes, et de Saint-Josse dans le comté de Ponthieu.

 

Alcuin fut, dès cette époque, le confident, le conseiller, le docteur et, pour ainsi dire, le premier ministre intellectuel de Charlemagne. Essayons de nous former une idée un peu nette et complète de ses travaux.

Il faut distinguer son activité pratique et son activité scientifique, les résultats immédiats de son influence et ses écrits.

Sous le point de vue pratique, comme premier ministre intellectuel de Charlemagne, Alcuin a fait surtout trois choses : 1° il a corrigé et restitué les manuscrits de l’ancienne littérature ; 2° il a restauré les écoles et ranimé les études ; 3 il a lui-même enseigné.

 

I. Les historiens ne parlent qu’en passant, et sans y attacher aucune importance, d’un fait qui a joué dans la renaissance de l’activité intellectuelle à cette époque, un rôle considérable, je veux dire la révision et la correction des manuscrits sacrés on profanes. Du VIIe au VIIIe siècle, ils étaient tombés aux mains de possesseurs ou de copistes si ignorants, que les textes étaient devenus méconnaissables : une foule de passages avaient été confondus ou mutilés ; les feuillets étaient dans le plus grand désordre ; toute exactitude d’orthographe et de grammaire avait disparu ; il fallait déjà, pour lire et comprendre, une véritable science, et elle manquait davantage de jour en jour. La réparation de ce mal, la restitution des manuscrits, surtout de la grammaire et de l’orthographe, fut un des premiers travaux d’Alcuin, travail dont il s’occupa toute sa vie, qu’il recommanda constamment à ses élèves, et dans lequel Charlemagne lui prêta le secours de son autorité. On lit, dans les capitulaires, une ordonnance conçue en ces termes :

Charles, avec l’aide de Dieu, roi des Francs et des Lombards, et patrice des Romains, aux lecteurs religieux soumis à notre domination :... Ayant à cœur que l’état de nos églises s’améliore de plus en plus, et voulant relever par un soin assidu la culture des lettres, qui a presque entièrement péri par l’inertie de nos ancêtres, nous excitons, par notre exemple même, à l’étude des arts libéraux, tous ceux que nous y pouvons attirer. Aussi avons-nous déjà, avec le constant secours de Dieu, exactement corrigé les livres de l’Ancienne et de la Nouvelle Alliance, corrompus par l’ignorance des copistes. Nous ne pouvons souffrir que, dans les lectures divines, au milieu des offices sacrés, il se glisse de discordants solécismes, et nous avons dessein de réformer les dites lectures. Nous avons chargé de ce travail le diacre Paul, notre client familier. Nous lui avons enjoint de parcourir avec soin les écrits des pères catholiques, de choisir, dans ces fertiles prairies, quelques fleurs, et de former, pour ainsi dire, des plus utiles une seule guirlande. Empressé d’obéir à notre Altesse, il a relu les traités et les discours des divers pères catholiques, et choisissant les meilleurs, il nous a offert, en deux volumes, des lectures pures de faute, convenablement adoptées à chaque fête, et qui suffiront à toute l’année. Nous avons examiné le texte de ces volumes avec notre sagacité ; nous les avons décrétés de notre autorité, et nous les transmettons à votre religion pour les faire lire dans les églises du Christ.

Pendant qu’il faisait ainsi recueillir et corriger les textes destinés aux lectures religieuses, Alcuin travaillait lui-même à une révision complète des livres sacrés. Il la termina vers 801, dans l’abbaye de Saint-Martin de Tours, et l’envoya à Charlemagne :

J’ai longtemps cherché, lui écrivit-il, quel présent je pourrais vous offrir qui ne fût pas indigne de l’éclat de votre puissance impériale, et qui ajoutât quelque chose à votre trésor si opulent. Je ne voulais pas que, tandis que les autres vous apportaient toutes sorte de riches dons, mon petit génie s’engourdît dans une honteuse oisiveté, que le messager de mon humilité partît les mains vides devant la face de votre béatitude. J’ai enfin trouvé, avec l’inspiration de l’Esprit Saint, ce qu’il convenait à mon nom de vous offrir, et ce qui pouvait être agréable à votre sagesse... Rien de plus digne de vous que les livres divins que j’envoie à votre très illustre autorité, réunis en un seul corps et corrigés très soigneusement... Si le dévouement de mon cœur avait pu trouver quelque chose de mieux, je vous l’offrirais avec le même zèle pour l’accroissement de votre glorieuse fortune.

Ce présent excita, à ce qu’il parait, l’émulation de Charlemagne lui-même, car on lit dans Thégan, chroniqueur contemporain, que l’année qui précéda sa mort, il corrigea soigneusement, avec des Grecs et des Syriens, les quatre évangiles de Jésus-Christ.

De tels exemples, à l’appui de tels ordres, ne pouvaient manquer d’être efficaces ; aussi l’ardeur pour la reproduction des anciens manuscrits devint-elle générale : dès qu’une révision exacte de quelque ouvrage avait été faite par Alcuin, ou quelqu’un de ses disciples, on en envoyait des copies dans les principales églises et abbayes ; et là des copies nouvelles en étaient faites, pour être de nouveau revues et propagées. L’art de copier devint une source de fortune, de gloire même : on célébrait les monastères où se faisaient les copies les plus exactes et les plus belles, et, dans chaque monastère, les moines qui excellaient à copier. L’abbaye de Fontenelle en particulier, et deux de ses moines, Ovon et Hardouin, acquirent en ce genre une véritable renommée. A Reims, à Corbie, on s’appliqua à les égaler : au lieu du caractère corrompu dont on s’était servi depuis deux siècles, on reprit l’usage du petit caractère romain. Aussi les bibliothèques monastiques devinrent-elles bientôt considérables : un très grand nombre de manuscrits datent de cette époque ; et quoique le zèle s’appliquât surtout à la littérature sacrée, cependant la littérature profane n’y demeura pas étrangère. Alcuin lui-même, à en croire certains témoignages, revit et copia les comédies de Térence.

 

II. En même temps qu’il restituait les manuscrits, et rendait ainsi en quelque sorte à l’étude de bons matériaux, il travaillait avec ardeur au rétablissement des écoles partout déchues : ici encore une ordonnance de Charlemagne nous instruit des mesures prises à ce sujet, et que sans doute Alcuin lui suggéra :

Charles, avec l’aide de Dieu etc. à Baugulf, abbé, et à toute la congrégation... salut.

Que votre dévotion agréable à Dieu sache que, de concert avec nos fidèles, nous avons jugé utile que, dans les épiscopats et dans les monastères confiés, par la faveur du Christ, à notre gouvernement, on prît soin non seulement de vivre régulièrement et dans notre sainte religion, mais encore d’instruire dans la science des lettres, et selon la capacité de chacun, ceux qui peuvent apprendre avec l’aide de Dieu... Car, quoiqu’il soit mieux de bien faire que de savoir, il faut savoir avant de faire... Or, plusieurs monastères nous ayant, dans ces dernières années, adressé des écrits dans lesquels on nous annonçait que les frères priaient pour nous dans les saintes cérémonies et leurs pieuses oraisons, nous avons remarqué que, dans la plupart de ces écrits, les sentiments étaient bons et les paroles grossièrement incultes, car, ce qu’une pieuse dévotion inspirait bien au-dedans, une langue malhabile, et qu’on avait négligé d’instruire, ne pouvait l’exprimer sans faute. Nous avons dès lors commencé à craindre que, de même qu’il y avait peu d’habileté à écrire, de même l’intelligence des Saintes-Écritures ne fût beaucoup moindre qu’elle ne devrait être... Nous vous exhortons donc non seulement à ne pas négliger l’étude des lettres, mais à travailler, d’un cœur humble et agréable à Dieu, pour être en état de pénétrer facilement et sûrement les mystères des Saintes Écritures. Or, il est certain que, comme il y a, dans les Saintes Écritures, des allégories, des figures et autres choses semblables, celui-là les comprendra plus facilement, et dans leur vrai sens spirituel, qui sera bien instruit dans la science des lettres. Qu’on choisisse donc pour cette oeuvre des hommes qui aient la volonté et la possibilité d’apprendre et l’art d’instruire les autres... Ne manque pas, si tu veux obtenir notre faveur, d’envoyer un exemplaire de cette lettre à tous les évêques suffragants et à tous les monastères.

Beaucoup d’autres monuments attestent que cette circulaire impériale, pour parler le langage de notre temps, ne demeura pas une vaine recommandation : elle eut pour résultat le rétablissement des études dans les cités épiscopales et dans les grands monastères. De cette époque datent la plupart des écoles qui acquirent bientôt une grande célébrité, et d’où sortirent les hommes les plus distingués du siècle suivant ; par exemple : celles de Ferrières en Gatinois, ; de Fulde dans le diocèse de Mayence ; de Reichenau dans celui de Constance ; d’Aniane en Languedoc ; de Fontenelle ou Saint-Vandrille en Normandie ; et les hommes qui les honorèrent avaient été presque tous au nombre des disciples d’Alcuin, car indépendamment de ses soins pour rétablir les écoles, il enseigna lui-même, et avec un grand éclat.

 

III. Ce ne fut point dans un monastère ni dans aucun établissement public qu’eut lieu d’abord son enseignement : de 782 à 796, durée de son séjour à la cour de Charlemagne, Alcuin fut à la tête d’une école intérieure, dite « École du Palais », qui suivait Charles partout où il se transportait, et à laquelle assistaient ceux qui se transportaient partout avec lui. Là, outre beaucoup d’autres, Alcuin eut pour auditeurs :

 

1° Charles

fils de Charlemagne

2° Pépin

id.

3° Louis

id.

4° Adalbard

 

conseillers habituels de Charlemagne

5° Angilbert

6° Flavius Damoetas

7° Éginhard

8° Riculf

archevêque de Mayence

9° Rigbod

archevêque de Trèves

10° Gisla

soeur de Charlemagne

11° Gisla

fille de Charlemagne

12° Richtrude

religieuse à Chelles

13° Gundrade

soeur d’Adalbard

 

Et avant tous, Charlemagne lui-même qui prenait à ces leçons le plus vif intérêt.

Il est difficile de dire quel en était l’objet ; je suis tenté de croire qu’à de tels auditeurs, Alcuin parlait un peu au hasard et de toutes choses, qu’il y avait dans l’école du Palais plus de conversations que d’enseignement proprement dit, et que le mouvement d’esprit, la curiosité sans cesse excitée et satisfaite en était le principal mérite. A de telles époques, Messieurs, aux jours de sa renaissance, dans la joie de ses premières conquêtes, l’esprit n’est ni régulier, ni difficile ; il s’inquiète peu de la beauté et de l’utilité réelle de son travail ; ce qui lui en plaît surtout, c’est le jeu de la pensée ; il jouit de lui-même plutôt qu’il n’étudie ; sa propre activité lui importe plus que les résultats ; qu’on l’occupe, qu’on l’intéresse c’est tout ce qu’il demande ; il est charmé pourvu qu’il découvre ou produise quelque chose de nouveau, d’inattendu. Il nous reste de cet enseignement de l’école du Palais un singulier échantillon : c’est une conversation, intitulée Disputatio, entre Alcuin et Pépin, second fils de Charlemagne, qui avait probablement alors quinze ou seize ans : j’en vais mettre textuellement sous vos veux la plus grande partie : vous jugerez si c’est là de la science, et ce que nous appelons aujourd’hui des leçons :

 

Interlocuteurs : PÉPIN, ALCUIN.

PÉPIN. Qu’est-ce que l’écriture ?

ALCUIN. La gardienne de l’histoire.

P. Qu’est-ce que la parole ?

A. L’interprète de l’âme.

P. Qu’est-ce qui donne naissance à la parole ?

A. La langue.

P. Qu’est-ce que la langue ?

A. Le fouet de l’air.

P. Qu’est-ce que l’air ?

A. Le conservateur de la vie.

P. Qu’est-ce que la vie ?

A. Une jouissance pour les heureux, une douleur pour les misérables, l’attente de la mort.

P. Qu’est-ce que la mort ?

A. Un événement inévitable, un voyage incertain, un sujet de pleurs pour les vivants, la confirmation des testaments, le larron des hommes.

P. Qu’est-ce que l’homme ?

A. L’esclave de la mort, un voyageur passager, hôte dans sa demeure

P. Comment l’homme est-il placé ?

A. Comme une lanterne exposée au vent.

P. Où est-il placé ?

A. Entre six parois.

P. Lesquelles ?

A. Le dessus, le dessous, le devant, le derrière, la droite, la gauche

P. Qu’est-ce que le sommeil ?

A. L’image de la mort.

P. Qu’est-ce que la liberté de l’homme ?

A. L’innocence.

P. Qu’est-ce que la tête ?

A. Le faîte du corps.

P. Qu’est-ce que le corps ?

A. La demeure de l’âme.

Ici suivent vingt-six questions relatives aux diverses parties du corps humain, et que je supprime, parce qu’elles sont dépourvues de tout intérêt. Pépin reprend :

P. Qu’est-ce que le ciel ?

A. Une sphère mobile, une voûte immense.

P. Qu’est-ce que la lumière ?

A. Le flambeau de toutes choses.

P. Qu’est-ce que le jour ?

A. Une provocation au travail.

P. Qu’est-ce que le soleil ?

A. La splendeur de l’univers, la beauté du firmament, la grâce de la nature, la gloire du jour, le distributeur des heures.

Je supprime également ici cinq questions sur les astres et les éléments.

P. Qu’est-ce que la terre ?

A. La mère de tout ce qui croit, la nourrice de tout ce qui existe, le grenier de la vie, le gouffre qui dévore tout.

P. Qu’est-ce que la mer ?

A. Le chemin des audacieux, la frontière de la terre… , l’hôtellerie des fleuves, la source des pluies…

Suivent six questions insignifiantes sur des objets matériels pris dans la nature. Après :

P. Qu’est-ce que l’hiver ?

A. L’exil de l’été.

P. Qu’est-ce que le printemps ?

A. Le peintre de la terre.

P. Qu’est-ce que l’été ?

A. La puissance qui vêtit la terre et mûrit les fruits.

P. Qu’est-ce que l’automne ?

A. Le grenier de l’année.

P. Qu’est-ce que l’année ?

A. Le quadrige du monde.

J’omets cinq questions astronomiques.

P. Maître, je crains d’aller sur mer.

A. Qu’est-ce qui te conduit sur mer ?

P. La curiosité.

A. Si tu as peur, je te suivrai partout où tu iras.

P. Si je savais ce que c’est qu’un vaisseau, je t’en préparerais un, afin que tu vinsses avec moi.

A. Un vaisseau est une maison errante, une auberge partout, un voyageur qui ne laisse pas de traces.

P. Qu’est-ce que l’herbe ?

A. Le vêtement de la terre.

P. Qu’est-ce que les légumes ?

A. Les amis des médecins, la gloire des cuisiniers.

P. Qu’est-ce qui rend douces les choses amères ?

A. La faim.

P. De quoi les hommes ne se lassent-ils point ?

A. Du gain.

P. Quel est le sommeil de ceux qui sont éveillés ?

A. L’espérance.

P. Qu’est-ce que l’espérance ?

A. Le rafraîchissement du travail, un événement douteux.

P. Qu’est-ce que l’amitié ?

A. La similitude des âmes.

P. Qu’est-ce que la foi ?

A. La certitude de choses ignorées et merveilleuses.

P. Qu’est-ce qui est merveilleux ?

A. J’ai vu dernièrement un homme debout, un mort marchant, et qui n’a jamais été.

P. Comment cela a-t-il pu être ? explique-le moi ?

A. C’était une image dans l’eau.

P. Pourquoi n’ai-je pas compris cela moi-même, ayant vu tant de fois une chose semblable ?

A. Comme tu es un jeune homme de bon caractère et doué d’esprit naturel, je te proposerai plusieurs autres choses extraordinaires ; essaie si tu peux de les découvrir toi-même.

P. Je le ferai ; mais si je me trompe, redresse-moi.

A. Je le ferai comme tu le désires. Quelqu’un qui m’est inconnu a conversé avec moi sans langue et sans voix ; il n’était pas auparavant, et ne sera point après, et je ne l’ai ni entendu, ni connu.

P. Un rêve peut-être t’agitait, maître ?

A. Précisément, mon fils : écoute encore ceci : j’ai vu les morts engendrer le vivant, et les morts ont été condamnés par le souffle du vivant.

P. Le feu est né du frottement des branches, et il a consumé les branches.

A. Il est vrai.

 

Suivent quatorze énigmes du même genre, et la conversation se termine en ces termes :

 

A. Qu’est-ce qui est et n’est pas en même temps ?

P. Le néant.

A. Comment peut-il être et ne pas être ?

P. Il est de nom, et n’est pas de fait.

A. Qu’est-ce qu’un messager muet ?

P. Celui que je tiens à la main.

A. Que tiens-tu à la main ?

P. Ma lettre.

A. Lis donc heureusement, mon fils.

 

A coup sûr, Messieurs, comme enseignement, de telles conversations sont étrangement puériles : comme symptôme et principe de mouvement intellectuel, elles méritent toute notre attention ; elles attestent cette curiosité avide avec laquelle l’esprit, jeune et ignorant, se porte sur toutes choses, et ce plaisir si vif qu’il prend à toute combinaison inattendue, à toute idée un peu ingénieuse ; disposition qui se manifeste dans la vie des individus comme dans celle des peuples, et qui enfante tantôt les rêves les plus bizarres, tantôt les plus vaines subtilités. Elle dominait sans nul doute dans le palais de Charlemagne : elle amena la formation de cette espèce d’académie dans laquelle tous les hommes d’esprit du temps portaient des surnoms puisés dans la littérature sacrée ou profane, Charlemagne – David, Alcuin – Flaccus, Angilbert – Homère, Friedgies – Nathanaël, Amalaire – Symphosius, Gisla – Lucie, Gundrade – Eulalie, etc. et la singulière conversation que je viens de vous lire n’est probablement qu’un échantillon de ce qui se passait fort souvent, à leur grande joie, entre ces beaux esprits demi-barbares, semi-lettrés.

Si l’influence d’Alcuin s’était bornée à leur procurer ce genre de plaisirs, elle aurait été de peu de valeur : mais il avait surtout affaire à Charlemagne, et l’activité intellectuelle de celui-ci était plus sérieuse et plus féconde. Pour vous donner une idée des relations de ces deux hommes, et du prodigieux mouvement d’esprit auquel Alcuin était chargé de suffire, je ne sais rien de mieux que de mettre sous vos yeux le monument le plus authentique qui en reste, c’est-à-dire leur correspondance. Nous avons en tout deux cent trente-deux lettres d’Alcuin : de ce nombre, trente sont adressées à Charlemagne : je vais les passer en revue, tantôt en en traduisant quelques phrases, tantôt en en indiquant seulement l’objet :

Tableau des lettres d’Alcuin à Charlemagne.

 

N° de la lettre

DATE

OBJET

14

en 793

Sur la transfiguration de J. C.

28

796

Il le félicite de ses victoires sur les Huns (Avares) et lui donne des conseils sur la manière dont il faut procéder à leur conversion :

1° envoyer des missionnaires doux ;

2° ne pas exiger la dîme :

« Il vaut mieux perdre la dîme que la foi : nous autres nés, nourris, instruits dans la foi catholique, nous consentons à peine à donner la dîme de notre bien : combien la foi naissante, le coeur faible et l’esprit avare de ces peuples y consentiront encore moins ! »

3° Observer un certain ordre dans l’enseignement religieux.

« Cet ordre doit être, je crois, celui que le bienheureux Augustin a établi dans le livre auquel il a donné pour titre : De l’instruction des impies. Il faut d’abord instruire l’homme de l’immortalité de l’âme, de la vie future, de la rétribution des bons et des méchants, et de l’éternité de leur destinée. Il faut lui enseigner ensuite pour quels crimes et quels péchés il aura à souffrir, auprès du diable, des peines éternelles, et pour quelles bonnes actions il jouira, avec le Christ, d’une gloire éternelle. Enfin il faut lui inculquer avec soin la foi dans la Sainte-Trinité et lui expliquer la venue en ce monde du fils de Dieu, N. S. J.-C., pour le salut du genre humain. »

32

796

Il lui recommande l’indulgence envers les prisonniers huns et la clémence envers ses ennemis.

38

796

Il lui rend compte de ce qu’il fait pour la prospérité de l’école de l’abbaye de Tours :« Moi, votre Flaccus, selon votre exhortation et votre sage volonté, je m’applique à servir aux uns, sous le toit de Saint-Martin, le miel des saintes écritures ; j’essaie d’enivrer les autres du vieux vin des anciennes études ; je nourris ceux-ci des fruits de la science grammaticale ; je tente de faire briller aux yeux de ceux-là l’ordre des astres... mais il me manque en partie les plus excellents livres de l’érudition scholastique, que je m’étais procurés dans ma patrie, soit par les soins dévoués de mon maître, soit par mes propres sueurs. Je demande donc à V. E. qu’il plaise à votre sagesse de permettre que j’envoie quelques-uns de nos serviteurs, afin qu’ils rapportent en France les fleurs de la Bretagne... Au matin de ma vie, j’ai semé, dans la Bretagne, les germes de la science ; maintenant, sur le soir, et bien que mon sang soit refroidi, je ne cesse pas de les semer en France ; et j’espère qu’avec la grâce de Dieu, ils prospèreront dans l’un et l’autre pays. »

61

797

Il lui donne une explication détaillée du cycle lunaire.

64

798

Il lui recommande plusieurs personnes.

65

798

Il lui explique l’origine des noms de la septuagésime et de la sexagésime. (La 66e est une réponse de Charlemagne qui lui fait des objections).

67

798

Il revient sur le même sujet et se défend du reproche d’opiniâtreté :

« Quant à ce que vous m’avertissez à la fin de votre lettre, amicalement et pour mon bien, que, s’il y a quelque chose à réformer dans mon opinion, je dois le réformer humblement, je n’ai jamais été, avec la grâce de Dieu, obstiné dans mon erreur, ni confiant dans mon sentiment ;. je puis me rendre sans peine à un meilleur avis, car il a été dit, je le sais, qu’il faut se servir plus souvent de ses oreilles que de sa langue. Je supplie donc votre sagesse de penser que je lui écris non comme à un disciple, mais comme à un juge, et que je lui adresse mes humbles idées, non comme à quelqu’un qui ignore, mais comme à quelqu’un qui doit corriger. »

68

797

Sur le cours du soleil et les phases de l’année ; sur l’hérésie de Félix, évêque  d’Urgel.

69

798

Sur l’astronomie et la chronologie ; il répond à plusieurs questions que lui avait adressées une femme, probablement Gisla, la sœur de Charlemagne.

70

798