Noctes Gallicanae

Karoli Magni

 

Capitulare ‘De villis’ LXX

 

Le jardin de Charlemagne

 

 


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LXX. Volumus quod in horto omnes herbas habeant, id est lilium, rosas, fenigrecum, costum, salviam, rutam, abrotanum, cucumeres, pepones, cucurbitas, fasiolum, ciminum, ros marinum, careium, cicerum italicum, squillam, gladiolum, dragantea, anesum, coloquentidas, solsequiam, ameum, silum, lactucas, git, eruca alba, nasturtium, parduna, puledium, olisatum, petresilinum, apium, levisticum, savinam, anetum, fenicolum, intubas, diptamnum, sinape, satureiam, sisimbrium, mentam, mentastrum, tanazitam, neptam, febrefugiam, papaver, betas, vulgigina, mismalvas id est altaea, malvas, carvitas, pastenacas, adripias, blidas, ravacaulos, caulos, uniones, britlas, porros, radices, ascalonicas, cepas, alia, warentiam, cardones, fabas maiores, pisos mauriscos, coriandrum, cerfolium, lacteridas, sclareiam. Et ille hortulanus habeat super domum suam Iovis barbam.

 

Nous voulons que l’on cultive dans le jardin toutes les plantes, à savoir : lis, roses, fenugrec, balsamite, sauge, rue, armoise, concombres, pastèques, gourdes, mongettes, cumin, romarin, carvi, pois chiche, scille, iris, estragon, anis, coloquinte, souci, ammi, séséli, laitue, nigelle, roquette, cresson, bardane, menthe pouliot, maceron, persil, ache, livèche, sabine, aneth, fenouil, chicorée, dictame, moutarde, sarriette, nasitord, menthe, menthe sauvage, tanaisie, cataire, centaurée, pavot, bette, asaret, guimauve, mauve, carotte, panais, arroche, blette, chou-rave, chou, oignons, ciboulette, poireau, raifort, échalote, cive, ail, garance, cardon, fève, pois, coriandre, cerfeuil, épure, sclarée. Et que le jardinier sur son toit de la joubarbe.

 

De arboribus volumus quod habeant pomarios diversi generis, pirarios diversi generis, prunarios diversi generis, sorbarios, mespilarios, castanearios, persicarios diversi generis, cotoniarios, avellanarios, amandalarios, morarios, lauros, pinos, ficus, nucarios, ceresarios diversi generis.

 

Quant aux arbres, nous voulons qu’il y ait des pommiers de plusieurs espèces, des poiriers de plusieurs espèces, des pruniers de plusieurs espèces, des sorbiers, des néfliers, des châtaigniers, des pêchers de plusieurs espèces, des cognassiers, des noisetiers, des amandiers, des mûriers, des lauriers, des pins, des figuiers, des noyers, des cerisiers de plusieurs espèces.

 

Malorum nomina : Gozmaringa, Geroldinga, Crevedella, Sperauca, dulcia, acriores, omnia servatoria ; et subito comessura ; primitiva.

 

Noms des pommiers : Gozmaringa, Geroldinga, Crevedella, Sperauca, douces, aigres, pommes à conserver et à manger rapidement, pommes précoces.

 

Perariciis servatoria trium et quartum genus, dulciores et cocciores et serotina.

 

Trois ou quatre espèces de poires à conserver : des douces, des hâtives (ou à cuire) et des tardives.


 

http://www.jardinsromans.com/accueil/index6.htm

http://www.toildepices.com/

Médecines douces de l’antiquité, Pline l’Ancien, La vertu des arbres, traduit du latin par François Rosso, Arléa, 1995. Livres 22, 23, 24.

Miriam Polunin & Christopher Robbins, La Pharmacie naturelle, Minerva, Genève-Paris, 1993.

Marie-Antoinette Mulot, Secrets d’une herboriste, Editions du Dauphin, Paris, 1984.

J’ai reproduit (avec parfois de légères modifications) la traduction de Pline l’Ancien que j’ai trouvée sur le « Site de l’Antiquité grecque et latine » de Philippe Remacle, Philippe Renault, François-Dominique Fournier, J. P. Murcia, et Thierry Vebr.

 


 

Dans la page ci-dessous, vous pourrez lire

– en noir, les noms de plantes sur lesquels la plupart des sources s’accordent ;

– en vert les noms de plantes que m’a communiqués Eric du site Toil’d’épices ;

– en bleu les commentaires de Benjamin Guérard que j’ai généralement abrégés ;

h en violet les vertus et les usages médicinaux des différentes plantes, selon les sources modernes et anciennes (plus particulièrement Pline et Caton) ;

ä en marron clair les utilisations en cuisine selon Apicius ;

` en bleu-vert les utilisations en cosmétologie.

_ en gris des remarques générales, le plus souvent lexicales ou étymologiques.

 


Remarque liminaire de Benjamin Guérard :

Il est fait mention dans ce paragraphe de soixante-quatorze plantes herbacées et de seize espèces d’arbres, en tout quatre-vingt-dix plantes, dont Charlemagne prescrit la culture dans ses jardins. On peut y ajouter deux autres plantes qu’il nomme dans son Breviarium, savoir, l’acrimonia, ou aigremoine, agrimonia officinalis, et la vittonica ou bétoine, betonica officinalis.

La plupart des espèces de ces plantes ont été déterminées d’une manière assez certaine. Les autres peuvent encore être un sujet de discussion parmi les savants, et paraissent commander de nouvelles recherches.

Je ferai d’abord observer que les plantes dont il s’agit devaient être cultivées en pleine terre et dans les domaines du roi, dont celui d’Aix-la-Chapelle était comme le centre ; par conséquent, nous serons obligé d’exclure toutes celles qui auraient besoin d’être mises en serre pour pouvoir supporter l’hiver dans ce climat.


 

lilium

lis lilium candidum

h Pline : « Si la beauté de la fleur de lis est célèbre, l'utilité multipliée des oignons ne l'est pas moins : pris en breuvage dans du vin, ils sont bons contre les morsures des serpents et les champignons vénéneux. Pour les cors aux pieds on les fait cuire dans du vin, et on les laisse appliqués pendant trois jours. Cuits avec de la graisse ou de l'huile, ils font revenir le poil sur les parties brûlées ; pris dans du vin miellé, ils évacuent par le bas le mauvais sang. Ils sont bons pour la rate, pour les hernies, pour les spasmes et pour les menstrues. Bouillis dans du vin et appliqués avec du miel, ils guérissent les plaies des parties nerveuses, dissipent les lichens, les lèpres, et les taches lentigineuses de la face. Ils effacent les rides. » (XXI, 74)

ä Plante inconnue chez Apicius.

` Utilisé pour la beauté de la peau, contre la couperose et les rides.

 

rosae

rose rosa sp.

h La conserve de roses (Djelendjoubin) était conseillée par Avicenne (980-1037) pour soigner la phtisie. L’huile de rose calme l’inflammation des yeux, c’est aussi un puissant antiseptique.

Pline (XXI, 73) : « La rose est astringente et réfrigérante ; on emploie les pétales, les fleurs et les têtes … Le suc de rose est bon pour les oreilles ; en gargarisme, pour les ulcérations de la bouche, pour les gencives, pour les amygdales ; on l'emploie pour la gorge, pour la matrice, pour les affections du siège, pour les douleurs de tête. Dans la fièvre, seul ou avec du vinaigre; on s'en sert contre l'insomnie, contre les nausées … La fleur est soporifique; prise dans de l'hydromel, elle arrête les flux des femmes, et surtout les flux blancs et les crachements de sang … Le fruit est … diurétique … »

Serenus Sammonicus : « Si donc le sang vient à couler du nez avec abondance on peut y remédier, soit en respirant l’odeur d’une punaise écrasée, soit en introduisant dans les narines ou dans les oreilles un flocon de laine qui encore été lavée, imbibé d’huile rosat ».

ä Apicius, comme Pline, propose un vin de roses, il propose aussi deux recettes de « casseroles » de roses. Pline (ibid.) : « On confit aussi [les fruits] comme le lapathum (patience) pour les manger. »

` Pline (ibid.) : « Les pétales dont on a exprimé le suc ne sont pas sans quelque usage. On en fait une poudre qui sert à réprimer la sueur ; on la jette sur le corps à la sortie du bain, on l'y laisse sécher, puis on l'enlève avec de l'eau froide … Les pétales brûlés entrent dans callibépharum (cosmétique des paupières) ; réduits en poudre, on en saupoudre les cuisses. »

 

fenigrecum

fenugrec trigonella foenum-graecum

h Tonique, stimule la fonction nutritive, émollient en usage externe, considéré comme aphrodisiaque par les auteurs arabes.

Pline : « la décoction de fenugrec guérit plusieurs maladies spécifiquement féminines : ainsi, on l’emploie en fomentation ou en bain de siège en cas d’induration, de tumeur ou de contraction de la matrice. On eut aussi avoir recours à des injections de cette décoction dans le vagin ... Il fait disparaître les dartres furfuracées du visage … c’est un bon remède contre les affections de la rate … la décoction est aussi très bienfaisante pour le foie. Dioclès, pour déclencher les accouchements tardifs, donnait de la graine de fenugrec… »

ä Mentionné par Apicius (207).

 

costus

balsamite balsamita major

Le costus, qui ne croît que dans les pays chauds, ne peut être la plante appelée de ce nom dans notre capitulaire. M. Pertz en fait la menthe crépue, krausemünze, mentha crispa ; mais ce n’est pas une menthe proprement dite : car la menthe est mentionnée plus bas, c’est une tanaisie, comme l’a reconnu Sprengel, savoir, le tenacetum balsamita, de Linné, nommé souvent costus hortensis, en français menthe-coq ou coq des jardins, en allemand Frauenkraut ou Frauen-Marienwurzel.

h Plante antitussive, vermifuge, cicatrisante, antispasmodique.

ä Apicius en met « un peu », costum modice, dans les sauces destinées à accompagner les huîtres et les oursins.

` Pline (XXI, 44) : « Il est une plante funeste aux bêtes de somme, plus encore aux chèvres, et pour cela nommée aegolethron (azalea pontica) : les fleurs de cette plante, macérées par un printemps pluvieux, contractent des propriétés nuisibles [qui empoisonnent le miel] … Néanmoins l'hydromel préparé avec ce miel est, quand il a vieilli, innocent ; cela est reconnu ; rien non plus n'est meilleur que ce miel, avec le costus, pour adoucir la peau des femmes. »

 

salvia

sauge salvia officinalis

h La panacée : « sauge dans le jardin, jamais de médecin ». Tonique, hypoglycémiant (diabète), aphrodisiaque féminin, régulateur vago-sympathique, antiseptique intestinal, astringent, facilite l’accouchement, astringent et antiseptique en usage externe.

Serenus Sammonicus : « Pour remédier aux douleurs de foie, douleurs d’autant plus aiguës qu’elles ont pour siège une partie du corps tendre et délicate, il faut boire du vin miellé où l’on a infusé de la sauge ».

ä Apicius n’utilise pas la sauge, du moins dans les recettes authentiques.

` En rinçage après shampooing, associée au romarin, elle tonifie le cuir chevelu.

_ Le nom de salvia dérive sans doute de salvus, « sain et sauf », peut-être compris en bas-latin en salvia(m), déformation de salveam, « que je sauve ».

 

ruta

rue ruta graveolens

Herbe de la famille des rutacées (agrumes, dictame, jaborandi) aux feuilles ponctuées de glandes odoriférantes. La commercialisation de la rue est interdite en France.

h Pline consacre à la rue un très long développement (XX, 51) : « La rue est au nombre des médicaments les plus efficaces. Le suc, donné en trop grande quantité est un poison … Mais c'est un des premiers ingrédients des antidotes … Toute espèce de rue, seule, a la vertu d'un antidote, si on en pile les feuilles et qu'on les prenne dans du vin; elle est surtout bonne contre l'aconit et le gui, aussi contre les champignons … contre les morsures de serpents … contre les piqûres des scorpions, des araignées, des abeilles, des frelons, des guêpes, contre les cantharides, les salamandres, et contre les morsures des chiens enragés … Les graveurs et les peintres en mangent, pour leur vue, avec du pain ou du cresson ; les chèvres sauvages en mangent, dit on, aussi pour leur vue … Elle guérit les douleurs de tête, bue avec du vin, ou en application avec du vinaigre et de l'huile rosat … Elle dissipe les crudités, les gonflements, les vieilles douleurs d'estomac … On la prend de la même façon contre les douleurs de la poitrine, des côtés et des lombes, contre la toux, contre l'asthme, contre les affections des poumons, du foie et des reins, contre les frissons. Ceux qui vont boire en font bouillir les feuilles, pour prévenir les maux de tête causés par l'ivresse … Les femmes enceintes doivent s'abstenir de cet aliment, car je trouve qu'il cause la mort des embryons. »

Serenus Sammonicus : « Le célèbre antidote de Mithridate était compose de plusieurs ingrédients si communs, que Pompée se prit à rire lorsqu’il en trouva la recette dans l’écrin du roi de Pont. Il y entrait vingt feuilles de rue, un peu de sel, deux noix, autant de figues, le tout broyé et délayé dans un peu de vin. Cet antidote, qu’il tenait de sa mère inquiète, était le breuvage qu’il prenait chaque matin à son réveil ».

ä Apicius utilise les feuilles, les baies, les tiges et les graines de rue dans ses recettes.

` Pline (ibid.) : « La racine de rue en application guérit les épanchements de sang dans les yeux, les cicatrices ou les taches sur toute la surface du corps. »

 

abrotanum

armoise aromatique, abrotone, aurone, citronnelle

lat. class. abrotonum du grec Žbrñtonon 

h Vermifuge, antispasmodique et sédative, l’armoise est connue aussi pour apaiser les troubles de la ménopause.

Serenus Sammonicus : « Suivant l’oracle du dieu de l’Ida, le pouliot, l’aurone, le sac luisant du lentisque, et cette espèce de thym qu’on appelle céphalote, donnent une décoction qui remédie particulièrement aux affections de la rate ».

Serenus Sammonicus : « En quoi la nature ne semble-t-elle pas conspirer contre les malheureux mortels ? Au sein des entrailles de l’homme, à lui-même funeste, il se forme de sa propre substance des vers rongeurs, tels que les ténias et les ascarides lombricoïdes qui mordent, qui déchirent sans relâche les parois de l’estomac, qui montent quelquefois jusqu’au gosier, et obstruent les voies de la respiration. Pour les détruire, il faut boire de la cendre de corne de cerf... L’aurone et la nielle parasite sont également salutaires… ».

ä Elle servait aussi autrefois à aromatiser la bière.

 

cucumeres

concombre cucumis sativus

h L’ancienne pharmacopée française décrivait un mélange de « quatre « semences froides » : il s’agit d’un mélange à parts égales de semences de concombre, pastèque, melon, et gourde.

ä Apicius (82) recommande de les consommer avec du garum pour éviter les rots et les ballonnements (sine ructu et gravitudine).

 

pepones

pastèque cucurbita pepo ou melon cucumis melo, et non pas citrouille qui est originaire d’Amérique.

ä Chez Apicius, pepo désigne la pastèque, melo le melon (qui se consommaient crus ou cuits).

 

cucurbitae

gourde lagenaria vulgaris

ä Apicius donne de nombreuses recettes à base de gourdes.

 

fasiolus

dolique (faseoli virides)

mongette dolichos lablab ou vigna dekindtiana

ä On prépare en Grèce des feuilles de dolique un peu à la façon des épinards.

Selon Apicius, les fruits de mongette se servent comme les pois chiches : ex sale, cumino, oleo et mero modico « avec du sel, du cumin, de l’huile et un peu de vin pur ».

_ Les mots français « fayot », « faisole », « fasole » et italien « faggioli » ont pour étymon « faseolus », lui-même tiré du grec f‹shlow, fas®lion. Notons que le haricot est originaire d’Amérique.

 

ciminum

cumin cuminum cyminum

h Facilite la digestion, combat l’aérophagie et les flatulences. Mélangé à du poivre et du miel, il est considéré comme aphrodisiaque par les peuples méditerranéens.

L’ancienne pharmacopée française connaissait quatre « semences chaudes » : il s’agit d’un mélange à parts égales de semences d’anis, de carvi, de cumin et de fenouil. On remplace parfois le carvi par la coriandre. Ce mélange pris en infusion a un effet carminatif (combat les gaz intestinaux).

ä Fréquemment utilisé par Apicius.

 

ros marinum

romarin rosmarinus officinalis

h Le romarin est considéré par les modernes comme stimulant et tonique, en particulier sur les fonctions hépatiques et biliaires. En traitement externe, il soulage les douleurs rhumatismales.

Pline : « la racine appliquée fraîche guérit les plaies, la procidence de l’anus, les hémorroïdes et les condylomes. Le suc de la plante et de la racine, lui, est efficace contre la jaunisse et toutes les maladies qui se soignent principalement par purgation. Il rend la vue plus perçante … Il stimule les menstrues … soigne la goutte … En compresses, on l’applique sur les entorses … il favorise la montée de lait … en décoction avec du miel, le romarin est bon pour la toux. » Toujours selon Pline, le fruit résineux de certains romarins, le cachrys, « est un antidote contre tous les poisons et les venins en général, sauf ceux des serpents. »

ä Plante inconnue chez Apicius.

` Le romarin entre dans des compositions destinées à favoriser la repousse des cheveux. En rinçage après shampooing, associé à la sauge, il tonifie le cuir chevelu.

 

careium

carvi carvi officinarum (anis des Vosges, cumin des prés)

h Le carvi combat l’aérophagie et les gaz intestinaux, il est digestif et apéritif.

L’ancienne pharmacopée française connaissait quatre « semences chaudes » : il s’agit d’un mélange à parts égales de semences d’anis, de carvi, de cumin et de fenouil. On remplace parfois le carvi par la coriandre. Ce mélange pris en infusion a un effet carminatif (combat les gaz intestinaux).

ä Les graines de carvi (careum) sont utilisées par Apicius pour aromatiser des sauces.

_ Pline (XIX, 50) : « Le carvi est exotique aussi : il porte le nom (careum) du pays où il vient [la Carie] ; c'est dans les cuisines qu'il s'emploie principalement ».

 

cicer italicus

pois-chiche cicer arietinum

ä Apicius (208), entre autres recettes : « Les mongettes vertes et les pois chiches se servent avec du sel, du cumin, de l’huile et du vin pur ».

 

squilla

scille scilla

scille maritime urginea maritima

h Liliacée bulbeuse des bois, aux fleurs bleues, diurétique et cardiotonique ; toxique à forte dose.

ä Plante inconnue chez Apicius.

 

gladiolus

iris iris florentina

glaïeul gladiolus communis

h L’iris de Florence s’utilisait comme expectorant en cas de bronchite, d’asthme ou de coqueluche. Absorbé à fortes doses, il devient vomitif et purgatif.

ä Plante inconnue chez Apicius.

 

dragantea

estragon artemisia dracunculus

serpentaire

Ce dragontea, qui, suivant Sprengel, serait l’estragon, artemisia dracunculus de Linné, est désigné de bien des manières dans un manuscrit du neuvième siècle. Je trouve, dans un manuscrit du quatorzième siècle, un moyen assuré de résoudre la question. L’article sur le dragontea est à la vérité dépourvu, comme presque tous ceux qui concernent les autres plantes, de la description des caractères botaniques ; mais il est accompagné d’une figure coloriée assez bonne pour le temps. Or, cette figure ne ressemble en rien à l’estragon, tandis qu’elle ressemble très bien à la serpentaire, arum dracunculus, de Linné, tel qu’elle est dessinée dans l’ouvrage de Weinmann. De plus on lit dans le texte : Serpentaria calida est et sicca ; alio nomine draguntea, colubraria, asclepias, etc., viperina. Le dragontea est donc, non pas l’estragon, mais la serpentaire.

h Pline : « De la plante que les Grecs appellent drakñntion, on nous a fait voir trois espèces … les médecins, nous a-t-on dit, conseillent de faire bouillir les feuilles [de la deuxième espèce] dans du vinaigre pour les appliquer sur les morsures de serpents. »

ä Plante inconnue chez Apicius.

 

anesum

anis vert pimpinella anisum

h L’ancienne pharmacopée française connaissait quatre « semences chaudes » : il s’agit d’un mélange à parts égales de semences d’anis, de carvi, de cumin et de fenouil. On remplace parfois le carvi par la coriandre. Ce mélange pris en infusion a un effet carminatif (combat les gaz intestinaux).

Pline lui consacre un très long paragraphe (XX, 73) : « Aspiré en fumigation par les narines, il soulage les maux de tête ... Appliqué avec de l'eau, il détruit les chancres du nez. II guérit les angines, en gargarisme avec le miel et l'hysope dans du vinaigre. On l'instille dans les oreilles avec de l'huile rosat ... Il est surtout excellent comme carminatif … Bouilli et flairé ou pris en boisson, il arrête le hoquet. Les feuilles bouillies font passer les indigestions. La décoction avec de l'ache flairée, arrête les éternuements. En boisson l'anis provoque le sommeil, chasse les calculs, arrête les vomissements et les gonflements des viscères … On pense que rien n'est meilleur pour le ventre et les intestins … Appliqué avec des amandes amères, l'anis guérit les maladies articulaires ... II en est qui le regardent comme un antidote du venin des aspics. Il est diurétique; il calme la soif; il est aphrodisiaque.

ä Rare chez Apicius (figure dans une recette d’estomac de porc farci).

 

coloquentidae

coloquinte cucumis colocynthis

h Pline lui consacre un assez long développement (XX, 8) : « En lavements, elle remédie à tous les maux des intestins, des reins, des lombes : on la fait bouillir dans de l'hydromel jusqu'à réduction de moitié; on injecte en toute sûreté cette préparation à la dose de quatre oboles (3 grammes ). Elle est bonne aussi à l'estomac, prise en pilules composées de poudre et de miel bouilli ... Dans l'ictère, on prend avec avantage les graines … La pulpe, avec de l'absinthe et du sel, dissipe les maux de dents. Le suc chauffé avec du vinaigre raffermit les dents mobiles … Le vin bouilli avec cette plante arrête même les fluxions qui se jettent sur les yeux. L'application des feuilles pilées avec des feuilles fraîches de cyprès, ou celle des feuilles, cuites dans un vase d'argile et pilées avec de la graisse d'oie, est un remède pour les plaies ... La poudre de la courge sèche, en application, guérit merveilleusement les brûlures.

ä Plante inconnue chez Apicius.

 

solsequia

souci calendula sp.

héliotrope heliotropium europaeum

h L’homéopathie utilise les propriétés antiseptiques du calendula. Sudorifique et diurétique, le souci a un effet antipyrétique ; c’est un anti-inflammatoire utile en cas de douleurs rhumatismales ; il est efficace en cas de troubles hépatiques.

ä Plante inconnue chez Apicius.

_ Pline (XIX, 58) : « Sabinus Tiro, dans le traité De la culture des jardins qu'il a dédié à Mécène, … recommande, pour détruire les fourmis qui ne sont pas le moindre fléau des jardins mal arrosés, de boucher les pertuis des fourmilières avec du limon marin ou de la cendre. Mais ce qui les détruit le plus efficacement, c'est l'héliotrope. »

 

ameum

ammi ammi majus ; ajouan

Tresenretiter et Kinderling entendent par ameum soit l’ammi ou cumin d’Éthiopie, sison ammi, soit le Bärvurz ou athamanta meum L. Anton et Sprengel adoptent le premier. Et, en effet, dans le manuscrit du neuvième siècle on lit : Ameu, id est pede milvinu, et plus loin : cuminum etyopicum. Mais je croirais plutôt qu’il s’agit du second, parce qu’il est encore appelé chez nous méon ou méum, et que ce nom répond bien mieux que celui d’ammi au latin ameum. Ces deux plantes avaient d’ailleurs une grande réputation en médecine.

ä Apicius ne mentionne l’ammi qu’une fois dans la recette d’un sel aux épices (29) : « Sel aux épices pour la digestion, pour faire aller le ventre ; il empêche toutes les maladies, pestilences et refroidissements. »

 

silum

chervis silum sisarum

Le silum serait le séseli de Marseille, seseli tortuosum L., d’après Blancard, suivi par Tresenreuter et Kinderling. Sprengel en fait la berle à feuilles étroites, silum angustifolium L. [Ce mot pourrait également] désigner le plantago psyllium, qui est une espèce de plantain, appelée vulgairement l’herbe-aux-puces. Quant à la berle de Sprengel, c’est une plante aquatique fort commune, qu’on n’a guère eu besoin de cultiver dans les jardins.

ä Le séseli, peu employé par Apicius, ne sert qu’à aromatiser des sauces.

h Pline (XX, 18) : « Le meilleur séseli est celui de Marseille ; la graine en est large et roussâtre ... Il est bon pour les vieilles toux, les ruptures, les convulsions ; on le boit dans du vin blanc ; de même contre les affections du foie … Les feuilles aussi sont utiles, on dit que les biches près de mettre bas se nourrissent surtout de cette plante … La feuille ou la graine est très bonne, prise à jeun, pour aider à la digestion. On le fait prendre pilé aux bœufs malades.

 

lactuca

laitue lactuca serriola ou sativa

h Très long développement chez Pline (XX, 14-16) qui distingue laitue sauvage et laitue cultivée : « La première espèce de laitue sauvage est celle qu'on nomme laitue de chèvre … jetée dans la mer, elle tue aussitôt les poissons dans le voisinage. La tige et les feuilles, pilées et saupoudrées de sel, guérissent les nerfs coupés. Pilées dans du vinaigre, et employées en ablution de la bouche le matin deux fois par mois, elles empêchent les douleurs de dents … Les feuilles pilées [de la seconde espèce] guérissent les plaies. La quatrième est employée par les teinturiers en laine ; …elle arrête le sang, guérit les ulcères ; … on la fait boire contre les affections de la rate. Telles sont les propriétés de chaque espèce. Nous avons déjà exposé (XIX, 38) les propriétés particulières des laitues cultivées : c'est de procurer du sommeil, d'éteindre les feux de l'amour, de calmer la chaleur, de purger l'estomac, d'augmenter le sang. Elles en ont beaucoup d'autres encore : elles dissipent les flatuosités, et en rendent l'expulsion facile ; elles aident la digestion, sans être elles-mêmes jamais indigestes ... La graine pilée et bue dans du vin empêche les rêves lascifs … Cependant on dit que lorsqu'on en mange trop souvent elle nuit à la clarté de la vue.

ä Préparée par Apicius crue avec un assaisonnement de garum, de vinaigre ou d’huile, ou encore cuite.

 

git

nigelle nigella sativa

Le cumin noir des Allemands, schwartz Kümmel, appelé en anglais gith, en français « cheveux de Vénus » ou « patte d’araignée », et par Linné nigella damascena, répond à la plante nommée git dans notre texte.

ä Plante inconnue chez Apicius.

_ Pline (XX,52) : Git pistrinis, anesum et anetum culinis et medicis nascuntur. « La nigelle sert aux boulangers, l'anis et l'aneth, aux cuisiniers et aux médecins. »

 

eruca alba

roquette eruca vesicaria

roquette brassica eruca

h  Considérée comme aphrodisiaque, elle a été interdite par sainte Hildegarde dans les jardins des monastères. En usage externe, elle est utilisée pour laver les plaies.

Pline (XX, 69) : « La graine de la roquette est un remède contre le venin du scorpion et de la musaraigne ; elle chasse tous les insectes parasites du corps … On dit que bue dans du vin elle rend moins sensibles aux coups ceux qui doivent subir la flagellation … On pense que la roquette broyée légèrement, en fomentation sur les yeux, rend la clarté à la vue ; qu'elle calme la toux des enfants en bas âge ... Trois feuilles de roquette sauvage cueillies de la main gauche, pilées dans de l'eau miellée, et prises en boisson, ont une propriété aphrodisiaque ».

ä Apicius emploie les feuilles, à la saveur âcre et piquante, dans la préparation de sauces et les graines pilées dans la préparation d’un sel aromatisé.

` Pline (XX, 69) : « en friction avec du miel, elle guérit les taches de la peau du visage ; avec du vinaigre, le lentigo ; avec du fiel de bœuf elle rend blanches les cicatrices noires ».

Serenus Sammonicus : « Le visage est quelquefois marqué de taches de rousseur, qui semblent lui envier les dons de la bienveillante nature, et rendent la beauté en quelque sorte inutile. On peut y remédier en se frottant les joues avec du vinaigre où l’on a broyé de la roquette ».

Les herboristes modernes la prescrivent pour favoriser la pousse des cheveux et éliminer un excès de séborrhée.

 

nasturtium

nasitord lepidium latifolium ou cresson de terre lepidium sativum

Il n’y a pas de doute qu’on doit entendre par nasturtium le cresson alénois ou nasitord.

h Le cresson, nasturnium officinale, a des vertus apéritives et toniques. Il est parfois bienfaisant contre le psoriasis.

Selon Pline (XX, 50) « le cresson est anti-aphrodisiaque. Il y en a deux espèces. L'une est purgative et évacue la bile … L'autre espèce purge la tête, elle nettoie la vue ; prise dans du vinaigre, elle calme l'émotion de l'esprit … La graine dans du vin expulse tous les vers des intestins, et plus efficacement avec addition de mentastrum ... Dans le miel, elle est très utile aux enfants… Pilé il soulage les maux de tête, et appliqué avec une figue, il remédie à la dureté de l'ouïe ; le suc instillé dans les oreilles soulage les maux de dents ... On en fait des applications avec du vinaigre et la polenta dans la coxalgie et le lumbago ».

ä Plante inconnue chez Apicius.

` C’est un tonique du cuir chevelu, recommandé en cas de calvitie précoce, de pelade et de séborrhée. Pline (ibid.) précise que dans ce cas il faut l’additionner de moutarde.

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