Noctes Gallicanae

Charlemagne

Sa vie et ses écrits


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Je reproduis ici les pages consacrées à Charlemagne dans la très complète

 

Histoire littéraire de la France,

tome IV,

par des Religieux Bénédictins de la Congrégation de S. Maur, Paris, 1866.

 

I. HISTOIRE DE SA VIE

II. SES RÈGLEMENTS, SES LOIS ET AUTRES ÉCRITS.

Capitulaires

Lois et règlements

Lettres

Lettres familières

Poésie

Grammaire et érudition

 

 


CHARLEMAGNE

EMPEREUR ET ROI DE FRANCE.

 

I

HISTOIRE DE SA VIE.

 

CHARLES, qui a mérité par excellence le titre de grand, encore plus par ce qu'il a fait en faveur de l'Église et des Lettres, que par ses victoires et ses conquêtes sans nombre, naquit à Aix-la-Chapelle le second jour d'Avril 742.

Il était fils aîné de Pépin le Bref roi de France et de la reine Bertrade. Il avait reçu de la nature un esprit aisé, ouvert et capable des plus grandes choses, un air noble, majestueux et tous les autres agréments extérieurs. A ces dons naturels, il sut joindre toutes les belles qualités acquises, qui distinguent le plus le souverain, le capitaine, l'homme privé.

Sa jeunesse se passa aux exercices ordinaires aux enfants de sa naissance ; et il avait plus de trente ans, lorsqu'il donna une application sérieuse à l'étude. Dès 753 il fut couronné à Saint-Denis, avec Carloman son frère puîné et le roi Pépin leur père, de la main du pape Étienne III, et reçut en cette occasion le titre de Patrice des Romains.

A la mort de Pépin en 768, il fut proclamé roi avec son frère; et ils gouvernèrent conjointement, jusqu'à ce que celui-ci le laissât par sa mort en 771, seul maître de la monarchie française. Ses limites étaient dès lors fort étendues. Mais en peu d'années, Charles les poussa du côté d'Espagne jusqu'à l'Èbre, du côté d'Italie jusqu'à la Calabre, du côté des autres pays de l'Orient et du nord jusqu'à la Vistule et la mer Baltique. Il commença par la conquête de la Lombardie, dont il se fit couronner roi, et porta le titre dans la suite. On ne doit pas cependant s'attendre que nous entrions ici dans le détail de ses exploits militaires. Le dessein de notre ouvrage ne le permet pas. On peut consulter sur ce sujet les annalistes du temps, qui tous ne sont presque occupés qu'à décrire les traits de sa valeur et les glorieux succès de ses entreprises.

Un des premiers soins du jeune monarque, après s'être affermi sur le trône, en rangeant à leur devoir quelques princes voisins qui voulaient remuer, fut de travailler à policer les peuples de ses états. Ce dessein enveloppait nécessairement celui d'y ressusciter les Lettres éteintes depuis longtemps. Charles commença par les étudier lui même. Il apprit la grammaire, la rhétorique, la dialectique sous Pierre de Pise et Alcuin, qu'il avait attirés en France ; et avec le secours de ces savants et de quelques autres, nommément Paul Warnefride qu'il attira aussi à sa cour, il fit de grands progrès dans les plus hautes sciences, particulièrement dans l'astronomie. Il se rendit si habile dans le latin, qu'il le parlait aussi parfaitement que le tudesque qui était sa langue maternelle. Il avait une telle éloquence, et tant de grâce et de facilité à s'énoncer, qu'on l'aurait pris pour un des premiers maîtres de l'art. Il étudia aussi la langue grecque ; mais il l'entendait mieux qu'il ne la prononçait. On juge même qu'il possédait l'hébreu, le syriaque, l'esclavon, sur ce qu'il n'eut jamais besoin d'interprète pour entendre les ambassadeurs des nations où l'on parlait ces langues étrangères.

Éginhard, le plus fidèle historien de notre monarque, semble dire qu'avec toutes ces grandes connaissances il ne savait pas écrire. Mais il y a toute apparence que cela doit s'entendre du grand caractère romain, dont on renouvela l'usage sous son règne. Les termes dont se sert Éginhard, portent à le prendre en ce sens. C'était à dessein de s'habituer à peindre ce caractère que Charles avait toujours des tablettes sous son chevet, et que dans les intervalles du sommeil il tâchait d'en former quelques lettres. Mais s'y étant pris trop tard, il ne put jamais y réussir, sinon peut-être à peindre son monogramme qui était en ce caractère. Nous disons peut-être, parce qu'il pouvait en avoir une empreinte. Les paroles dont on dit qu'il accompagnait quelquefois sa souscription au bas des traités, feraient juger que ce monogramme était effectivement gravé sur le pommeau de son épée. « Je l'ai signé, ajoutait-il, du pommeau de mon épée, et promets de le maintenir avec la pointe. » Il est si vrai qu'il faut entendre de la sorte l'endroit d'Éginhard, qu'il assure lui-même que Charles écrivit l'histoire des anciens rois comprise en certain vers barbares. D'ailleurs, on conserve encore aujourd'hui dans la bibliothèque de l'empereur, un manuscrit qui contient une explication de l'épître aux Romains sous le nom d'Origène, corrigé de la propre main de ce prince.

[Les pères du concile tenu dans l'église de sainte Macre au diocèse de Reims en 881, ne croyaient pas non plus qu'Éginhard, dont ils citent les paroles, eût voulu dire par-là que Charlemagne ne savait du tout point écrire.]

On voit par là l'usage qu'il faisait de son savoir. Il l'employait à corriger aussi les livres de la bible ; et dès l'an 788 il était venu heureusement à bout d'en corriger plusieurs. Il travailla encore lui-même sur la fin de ses jours à conférer la version latine des saints évangiles, avec la version syriaque et l'original grec. Il composa même divers ouvrages, comme on le verra par la suite. De sorte, suivant la remarque d'Alcuin l'un de ses Maîtres, qu'on était dans l'étonnement de ce qu'un souverain, toujours occupé des affaires de sa cour et du gouvernement d'un vaste royaume, pût encore trouver du temps pour étudier et approfondir les plus hautes sciences.

C'était sans doute à dessein d'en ménager tous les moments, que souvent lorsqu'on l'habillait, il jugeait les procès que ses officiers ne pouvaient terminer, et donnait ses ordres pour ce qu'il y avait à faire. De même pendant le repas il voulait, ou qu'on lui tînt des discours propres à lui apprendre quelque chose, ou qu'on lui lût quelque bon livre. Il se faisait ordinairement lire les annales des rois. Mais il se plaisait particulièrement à la lecture des écrits de S. Augustin, et avait toujours le volume de la Cité de Dieu au chevet de son lit.

Non seulement ce prince étudia les sciences et s'y rendit habile ; mais il voulut que ses fils et petits-fils y fussent instruits, préférablement à tout autre exercice, et se faisait lui-même un plaisir de les y instruire, si nous en croyons l'historien Thégan. Les Seigneurs de sa cour entrèrent dans le même goût ; et son palais devint par là une véritable école. Mais il porta ses vues encore plus loin, et ne les borna à rien moins qu'à rétablir et renouveler les sciences dans toute l'étendue de ses états, à en policer les différents peuples, à y faire observer la règle et le bon ordre en toutes choses. C'est à quoi il tournait toute son attention, lorsqu'il était libre d'ennemis. C'est à quoi tendaient ces belles ordonnances qu'il publiait de temps en temps, et le soin qu'il prit de retoucher les lois des Francs, et de faire rédiger par écrit celles des autres nations de son obéissance.

Nous nous sommes assez étendus ailleurs sur les moyens qu'employa ce sage prince pour réussir dans ce généreux dessein ; et nous ne le répéterons pas ici. Seulement nous observerons qu'il exécuta à la lettre les avis que Paulin d'Aquilée lui avait donnés à cet effet. Il ne cessa donc jusqu'à la fin de ses jours d'exhorter les prélats à l'étude des saintes écritures, afin d'y puiser une doctrine saine et une érudition convenable ; le clergé à l'observation de la discipline ; les philosophes à la connaissance des choses divines et humaines ; les moines à la régularité ; les grands à donner de bons conseils ; les juges à la justice ; les guerriers aux armes ; les supérieurs à l'humilité ; les inférieurs à l'obéissance ; tous à la vertu et à la concorde. Par là ce grand monarque rendit son règne le plus florissant qu'on eût vu depuis plusieurs siècles. Ses états étaient réglés comme sa famille ; et sa famille l'était autant que sa propre conduite; où l'on remarquait une sagesse pareille à celle qui éclatait dans ses discours; et qui le faisait comparer à Salomon.

Rien n'échappait à sa vigilance ; et dès qu'il avait connaissance de quelque abus, il tâchait aussitôt d'y apporter remède. Autant il haïssait l'ignorance dans le clergé, autant il détestait la lâcheté dans la noblesse. Les charges militaires et civiles n'étaient que pour ceux qui avaient de la probité et de la valeur. Encore ne les donnait-il qu'avec un discernement admirable, et n'en mettait jamais deux à la fois sur la même tête. De même il ne poussait aux dignités ecclésiastiques que ceux qui réunissaient la science à la piété. Il suffisait d'être ignorant ou sans religion pour en être exclu sans retour.

La lecture assidue qu'il faisait des bons livres, lui inspira une piété aussi solide qu'éclairée, qui le garantit de deux excès également à craindre, la superstition et la nouveauté. Zélé pour le culte de Dieu, il contribuait généreusement à l'étendre parmi les peuples de sa domination, et ne semblait faire de nouvelles conquêtes que pour y faire connaître et adorer cet Être souverain . Témoin la guerre de trente-trois ans qu'il fit en Saxe. On vit en cette occasion, comme en beaucoup d'autres, que son ardeur pour le salut de ses sujets n'était pas moins industrieuse qu'elle était vive.

Il serait difficile de faire une juste énumération de toutes les églises, de tous les monastères et autres saints lieux; ou qu'il fonda et bâtit de nouveau, ou qu'il rétablit, dota, enrichit. L'Église romaine eut le plus de part à ses pieuses libéralités. L’on a vu ce qu'il fit en faveur du chant ecclésiastique. Il avait tant d'attrait pour les offices divins, qu'il y était très assidu, et se levait même la nuit pour y assister. Son amour pour l'Église était incomparable. Que de conciles il assembla, où de concert avec les évêques et les seigneurs de ses états il faisait ces beaux règlements, dont plusieurs ne font que rappeler les anciens canons qui concernent le dogme, la morale, la discipline. Il ouvrait ordinairement lui-même ces saintes assemblées par un discours toujours éloquent ; car il aimait à parler en public, et se faisait volontiers honneur de ses études. Il n'oublia rien pour éteindre les hérésies, et pacifier les troubles qui agitaient l'Église. Ce fut autant par ses soins que par les écrits des Théologiens de son règne, que furent extirpées les erreurs d'Élipand et de Félix.

Ses charités envers les pauvres de son royaume étaient immenses et s'étendaient même jusque sur les chrétiens d'Afrique, d'Égypte, de Syrie et de Palestine. L’hôpital qu'il établit à Jérusalem avec une riche bibliothèque pour servir aux pèlerins qui y iraient des pays d'Occident, est une autre preuve de sa pieuse magnificence. La compassion pour les chrétiens d'Espagne opprimés par les Sarrasins, l'engagea à y aller en personne pour les délivrer de la tyrannie de ces barbares. Les souverains pontifes, comme les autres, eurent part aux effets de sa générosité et de sa protection. Il délivra de leurs ennemis et vengea les papes Adrien Ier et Léon III, qu'il rétablit sur leur siège. Ce fut sans doute cette tendre piété qui, jointe à sa valeur, fit donner à ce grand prince de son vivant le surnom de David, sous lequel il est particulièrement connu dans les écrits d'Alcuin.

Il avait trente-deux ans et quelques mois de règne, lorsqu'en 800 se trouvant à Rome, il y fut couronné Empereur le jour de Noël, et proclamé Auguste : titre qu'il porta depuis au lieu de celui de Patrice, et qu'il fit passer à ses descendants. Mais il ne se servit de la nouvelle autorité qu'il put lui donner, auprès des princes étrangers, soit chrétiens ou infidèles, que pour rendre les uns favorables à l'Église, et procurer quelque consolation aux chrétiens qui se trouvaient sous la domination des autres.

En 806, il convoqua une assemblée à Thionville; où voulant prévenir en bon père et en sage prince les divisions que pourrait causer sa mort entre ses héritiers, il régla leurs partages. Mais ce testament ne pouvant avoir lieu à cause de la mort de Charles son aîné et de Pépin son second fils, survenue depuis, Charles en fit un autre, dans lequel se proposant le même but que dans le premier, il se proposa encore de faire des aumônes suivant l'usage des chrétiens.

Telle fut en abrégé la vie de ce grand monarque, en qui les vertus héroïques et chrétiennes, que nous y avons fait remarquer, ne laissèrent pas de se trouver ternies par quelques défauts. On lui reproche particulièrement d'avoir eu trop de passion pour les femmes, et d'avoir répandu beaucoup de sang en diverses guerres entreprises par ambition. Défauts presque inséparables de la fragilité humaine en la personne des souverains ! Défauts au reste que ce pieux empereur tâcha d'expier les dernières années de sa vie par la pratique de toutes sortes de bonnes œuvres, et par d'austères pénitences dans l'exercice desquelles il mourut le vingt-huitième de Janvier 814. Son corps fut inhumé dans l'église d'Aix-la-Chapelle, qu'il avait fait construire sous l'invocation de la sainte Vierge. On éleva sur son tombeau un arcade dorée avec l'épitaphe suivante, qui est bien simple pour un si grand prince.

ÉPITAPHE.

SUB HOC CONDITORIO SITUM EST CORPUS KAROLI MAGNI ATQUE ORTHODOSI IMPERATORIS, QUI REGNUM FRANCORUM NOBILITER AMPLIAVIT, ET PER ANNOS XLVII FELICITER REXIT. DECESSIT SEPTUAGENARIUS ANNO AB INCARNATIONE DOMINI DCCCXIV INDICTIONE VII, V CALEND. FEBRUARIAS.

Cette épitaphe rapportée par Éginhard, ne donne à Charlemagne que l'âge de 70 ans. Mais il en avait vécu 71 et dix mois, moins cinq jours. Il avait épousé cinq femmes, dont il eut trois garçons et plusieurs filles, sans compter les autres enfants que lui donnèrent ses autres femmes du second rang. Les trois fils légitimes furent Charles, Carloman, à qui le pape Adrien changea ce nom contre celui de Pépin, et Louis le dernier des trois. Les deux premiers moururent avant leur père, comme on l'a dit ; et Louis, qu'il avait fait couronner empereur l'année de sa mort, lui succéda à l'empire et au royaume de France, et s'est fait connaître sous le nom de Louis le Débonnaire.

Quelques taches qui se fussent trouvées dans la vie de Charlemagne, l'empereur Frédéric Barbe-Rousse ne laissa pas de le faire canoniser au douzième siècle. C'est en conséquence qu'on a inséré son nom avec la qualité de confesseur dans plusieurs martyrologes de France, d'Allemagne et d’Italie. On a même fait la fête en plusieurs églises ; et quelques nations dans l'université de Paris le reconnaissent pour leur patron. Encore à présent à Aix-la-Chapelle on fait son office un jour de chaque mois. Mais ce qu'il y a de surprenant, c'est qu'on s'y serve de leçons tirées des actes fabuleux du faux Turpin. Après tout, quand sa mémoire ne se conserverait pas dans les fastes ecclésiastiques, il laissa tant de monuments de sa magnificence, de sa piété, de ses grandes lumières, qu'on peut dire que son nom ne mourra jamais.

 

II.

SES RÈGLEMENTS, SES LOIS ET AUTRES ÉCRITS.

 

On ne connaît point de rois français qui ait laissé à la postérité plus de monuments de son savoir, que Charlemagne. Aussi est-il le premier et le plus glorieux restaurateur des Lettres en France : titre qui suffirait seul pour immortaliser sa mémoire. Entre les écrits qui nous restent de lui, il y en a de plusieurs sortes.

Les plus connus comme les plus importants sont ses capitulaires.

 

Capitulaires

C'est ainsi qu'on nomme les ordonnances ou règlements pleins de lumière et d'équité, faits pour établir le bon ordre dans les divers états de la monarchie. Les uns regardent les matières ecclésiastiques, les autres celles qui sont purement civiles. Tantôt c’était les conciles qui les faisaient, et le prince les autorisait. Tantôt c'était le prince qui les ayant dressés et fait confirmer par les évêques et les grands du royaume, les publiait pour être observés dans ses états. De sorte que ces capitulaires enferment presque tous les canons ou décrets, qui furent arrêtés dans les conciles qui se tinrent durant le règne de Charlemagne, comme les actes de ces conciles ne sont presque formés eux-mêmes que de ces capitulaires. On ne peut donc rendre compte des uns, sans rentrer dans quelque détail des autres ; et c'est pourquoi nous avons attendu que nous en fussions ici, pour parler des conciles tenus à la fin du siècle précédent et au commencement de celui qui nous occupe.

Benoît, diacre de l'église de Mayence, nous apprend de quelle manière on procédait pour dresser ces capitulaires. C'était ordinairement les plus habiles entre le clergé qui étaient chargés de recueillir des livres de l'écriture, des anciens canons et des autres lois les plus autorisées de l'Église, ce qu'il y aurait de plus convenable pour le gouvernement de l'état. De ces extraits on composait les capitulaires, divisés par chapitres ou articles ; et l'on y faisait entrer tout ce qui avait rapport, suivant les besoins présents, tant à la religion et aux bonnes mœurs, qu'à l'exercice de la justice ecclésiastique et séculière.

Le cardinal Baronius s'était imaginé que Charlemagne, malgré la longueur d'un règne de trente-sept ans, n'avait fait qu'un très petit nombre de capitulaires. Mais c'est une opinion que M. Daluze a solidement réfutée, et qui ne peut se soutenir contre ce qu'il en a publié, et que d'autres ont recouvré après lui. L'on y voit effectivement, qu'il nous en reste plus de soixante, que ce grand prince publia depuis 769 jusqu’en septembre 813.

 

On croit le premier du recueil du commencement de son règne. Il est divisé en dix-huit articles, et tend à rétablir et conserver la discipline de l'Église. Il fut fait, comme il y est marqué, à la prière de ses sujets, particulièrement des évêques et du clergé.

Le second fut publié à Héristal au mois de Mars 779, et concerne en partie la discipline ecclésiastique et la police séculière. Il est compris en 23 articles. Mais dans la collection des conciles où on l'a inséré, il en contient 24, sur quoi M. Daluze observe que le onzième ajouté dans ces éditions ne se trouve dans aucun manuscrit, et qu'il ne l'a lu que dans le recueil du P. Simond. On ne saurait assurer si ce fut dans la même assemblée que fut faite l'ordonnance ou constitution qui suit le capitulaire précédent, et qui ordonne des messes et autres prières avec des aumônes pour le roi, son armée et les besoins publics.

En 788, le prince se trouvant à Ratisbonne, comme l'on croit, fit un petit capitulaire compris en huit articles, pour réprimer divers abus, la plupart sous des peines pécuniaires.

L'année suivante 789 vit éclore quatre à cinq autres capitulaires. Le premier et le plus considérable, qui contient 80 articles, ou 82 suivant les éditions des conciles, fut publié à Aix-la-Chapelle. Il roule presque tout entier sur la religion. L'on y trouve en abrégé un règlement pour les mœurs, tant des ecclésiastiques, des moines et des vierges consacrées à Dieu, que des simples fidèles. On y ordonne l'établissement de petites écoles. A la tête se lit une préface du prince, où adressant la parole aux évêques et autres pasteurs des églises, il leur montre de quelle utilité il est, que la puissance séculiers concoure avec la puissance ecclésiastique pour établir le règne de Jésus-Christ. Les deux Capitulaires suivants de la même année sont fort courts. L'un ne comprend que seize petits articles touchant les moines, presque tous tirés de la règle de St. Benoît, et l'autre vingt-un qui règlent autant de points de discipline, par rapport au clergé et à l'ordre monastique. On y défend le sort des saints avec d'autres superstitions et le baptême des cloches. Suivent deux autres articles séparés, dont le premier regarde la nature des témoignages, et l'autre la découverte d'un trésor. Le quatrième capitulaire est une constitution pour établir des évêchés en Saxe, où le prince avait fait prêcher l'évangile depuis quelques années. Il est suivi d'une ordonnance pour établir Trutmanne gouverneur dans une partie de ce pays conquis, avec la qualité de comte. Le cinquième et dernier de la même année comprend en 34 articles autant de règlements pour contenir les Saxons dans le devoir, et les obliger à vivre en chrétiens. Le huitième de ces règlements paraît étrange, en ce qu'il les contraint à se faire baptiser sous peine de mort. Les pères Labbé et Cossart qui renvoient ce capitulaire à l'année 797, n'y comptent que 33 articles. Il y a une édition séparée in-12 de ces capitulaires pour la Saxe, faite sur un manuscrit du Vatican par M. Holstenius.

En 793, après la mort de la reine Hildegarde, le roi Charles publia un petit capitulaire en 17 articles, pour régler les affaires d'Italie.

Celui de l'année suivante est tout autrement important. Il fut fait dans le grand concile de Francfort. Mais avant que d'en rendre compte, il est à propos de dire un mot d'un autre concile tenu en Bavière dès l'an 772, dont il ne se trouve rien dans les capitulaires que nous parcourons ici. Ce concile, ne fut point nombreux. Il n'y assista que cinq à six évêques et douze abbés, qui témoignent avoir été assemblés par Tassillon duc de Bavière, afin de procurer l'observation des règles à l'égard des évêques et du clergé, des abbés, des moines, des religieuses, et de maintenir en vigueur des lois civiles. A cet effet ils firent treize canons touchant la discipline ecclésiastique, et seize touchant la police séculière.

Le capitulaire de Francfort est compris en 54 articles, qui forment les canons du concile qui s'y tint alors, où néanmoins on en compte 56, à raison des deux premiers qui contiennent les principaux sujets de la convocation de cette assemblée, et qui manquent dans le recueil des capitulaires. De là on peut conclure que ces capitulaires sont moins l'ouvrage de Charlemagne que du concile. On prétend qu'il s'y trouva environ trois cents évêques, tant des Gaules, d’Italie et de Germanie, que d'Espagne et d'Angleterre. Il est moins vrai qu'il y en assista un grand nombre de tous les pays de la domination du roi, qui s'y trouva en personne avec Alcuin son maître, dont le concile fit l'éloge, en lui accordant son amitié et l'union de ses prières. Théophilacte et Etienne, légats du pape Adrien I, y assistèrent aussi ; et l'on a dit ailleurs que Paulin patriarche d'Aquilée y fut un grand personnage.

On commença par y condamner l'hérésie d'Élipand de Tolède et de Félix d'Urgel, touchant l'adoption qu'ils attribuaient au fils de Dieu. C'est ce que porte le premier canon en déclarant que le concile était assemblé de l'autorité du pape et par le commandement du roi. Cette hérésie avait déjà attiré quelques écrits, et en attira encore davantage dans la suite, comme on l'a pu remarquer dans le cours de l'histoire de ce siècle.

Ensuite on passa à la question touchant le culte qu'on doit aux images. C'était le second et le principal sujet de la convocation du concile ; et l'on condamna le sentiment qu'on attribuait au second concile de Nicée, d'exiger qu'on rendit aux images l'adoration comme à la sainte Trinité. Cette dispute donna naissance aux livres Carolins, et à quelques autres ouvrages dont on parlera dans la suite. Les autres canons de l'assemblée, ou articles du capitulaire, roulent sur divers sujets de discipline, et rapportent plusieurs particularités de ce qui se passa en ce concile, comme la réconciliation de Tassilon duc de Bavière, la déposition d'un faux évêque nommé Gerbod, la manière singulière dont un évêque nommé Pierre se justifia du crime de perfidie. On apprend par le quatorzième article, ou seizième canon que la cupidité commençait à se glisser dans les cloîtres, et que dès lors on y vendait et achetait la profession monastique. C'est ce que le concile proscrit, en ordonnant de recevoir les sujets qui se présenteront ; conformément à l'esprit de la règle de St. Benoît.

Outre les canons dont on vient de donner une légère idée, les actes du concile contiennent diverses autres pièces. On y trouve d'abord une lettre du pape aux évêques d'Espagne, ensuite un traité dogmatique au nom des évêques d'Italie, qui y réfutèrent l'erreur d'Élipand par la plume de Paulin d'Aquilée; une lettre synodique au nom de tous les évêques de Germanie, des Gaules et d'Aquitaine, adressée à tous les évêques et fidèles d'Espagne, enfin une lettre du roi Charles à Élipand et aux autres évêques Espagnols qui pensaient comme lui.

Le recueil de M. Baluze ne présente aucun capitulaire sur les années qui suivirent le concile de Francfort, jusqu'en 797 qu'il en produit un compris en onze articles. Il fut fait dans une assemblée d'évêques, d'abbés et de Seigneurs, tenue à Aix-la-Chapelle le vingt-huitième d'Octobre de la même année. Il regarde les Saxons, et ne roule presque que sur certaines amendes pécuniaires, contre ceux de cette nation qui violeraient les lois du royaume.

Après le retour des envoyés de Charles vers le pape Léon en 799, pour le consulter sur quelques difficultés; particulièrement sur ce qui regarde les évêques, ce prince publia en cinq articles un capitulaire qui tend à les supprimer en France, et limite pour la suite leur pouvoir aux simples fonctions de prêtre.

Suit une ordonnance pour enjoindre aux grands du royaume, aux magistrats, et autres, de rendre aux évêques et autres ecclésiastiques respectivement l'obéissance et l'Honneur qui leur sont dus suivant les canons. Les PP. Sirmond, Cossart et Labbé, qui ont fait entrer cette ordonnance dans le recueil des conciles, joignent deux autres articles qui regardent le même sujet, mais que M. Baluze en sépare et ne rapporte qu'à l'an 805.

On ignore à quelle année on doit rapporter le capitulaire suivant, divisé en 70 articles, quoiqu'il ait été publié avant la fin du huitième siècle. Il concerne la conservation et l'amélioration des fiefs du domaine du roi. Le prince y entre dans un grand détail de tout ce qui est nécessaire à l'entretien de sa maison, afin que tout y soit fourni en temps et lieu convenable, et d'en bannir par là la confusion et le désordre. Ce capitulaire°est suivi d'un autre fort court et mutilé touchant les devoirs des officiers du palais, de Ministerialibus Palatinis.

Après quoi viennent sous le titre de capitulaire les articles ajoutés à la loi des Lombards, et ceux qui en furent extraits pour leur donner une nouvelle autorité. Les uns au nombre de huit ne regardent que les affaires temporelles. A leur tête se lit une courte préface du prince, où il marque l'occasion et le temps auquel il fit cette addition, c'est-à-dire en 801. Les autres articles sont au nombre de 49, et concernent les matières ecclésiastiques et civiles : le rétablissement de la discipline dans le clergé et les cloîtres, les peines portées contre les homicides, et autres points semblables.

On rapporte à la même année 801 un article fait exprès pour engager les fidèles à rendre le respect qui est dû au siège apostolique, comme à celui qui a le plus d'autorité dans l'Église. Cette ordonnance est suivie d'un capitulaire compris en 22 articles, qui contient la plupart des devoirs d'un évêque et d'un prêtre.

Il y eut deux capitulaires l'année suivante 802, l'un de 41 articles, l'autre de 23. Ils furent faits pour servir d'instruction aux envoyés de l'empereur. Ces envoyés si célèbres dans l'histoire de ces temps-là, étaient choisis, comme l'explique le premier article du premier de ces deux capitulaires, entre les archevêques, les évêques, les abbés, ou même les seigneurs laïcs qui avaient plus de religion, pour veiller dans certains cantons qui leur étaient marqués, sur l'observation des lois et le maintien du bon ordre, tant par rapport au clergé qu'aux autres divers états du royaume. Dans ce premier capitulaire, qui est sans contredit un des plus beaux et des plus instructifs de tout le recueil, le prince descend dans un grand détail de tous les principaux devoirs, tant des envoyés mêmes, que des différents ordres de personnes, sur lesquels s'étendaient leur inspection. A la fin se lisent une petite description des lieux de leur territoire seulement par rapport à la France jusqu'à la Loire; et deux modèles du serment de fidélité que les sujets du prince devaient lui prêter.

Il ne parut point en aucune année du règne de Charlemagne un plus grand nombre de capitulaires qu'en 803. On en compte jusqu'à huit de cette date. Le premier contient 7 articles, presque les mêmes qui se trouvent dans d'autres capitulaires, surtout ceux qui regardent les évêques, la justification des prêtres accusés, la conservation des biens, privilèges et honneurs de l'Église. Un autre article prescrit que l'élection de l'évêque se fera par les suffrages du clergé et du peuple, suivant les règles du diocèse. Ce capitulaire fut confirmé dans un concile tenu à Aix-la-Chapelle, où l'on croit que Paulin patriarche d'Aquilée représentait le pape Léon III. A l'égard de l'article qui concerne la manière dont les prêtres accusés doivent être justifiés, il est suivi de deux autres, faits en d'autres temps, quoique la même année, pour l'expliquer et le corriger. Le second capitulaire de 803 comprend onze articles, que Charlemagne crut devoir ajouter à la loi salique. Ils sont répétés d'autres capitulaires. Le troisième compris en 29 articles et deux petits appendices qui se trouvent dans divers manuscrits, regarde divers règlements de police. Le quatrième concerne la loi des Ripuariens. Le cinquième, où il manque huit articles, est un supplément aux capitulaires précédents. On peut considérer le sixième comme un autre supplément aux capitulaires faits pour l'instruction des envoyés. Le septième qui est trop court, ne contient presque que des défenses générales de commettre le crime. Enfin se trouve dans le huitième la prière que le peuple fit à l'empereur dans l'assemblée de Worms, d'exempter les évêques et les prêtres du service de la guerre, et la réponse favorable du prince. Après quoi vient une défense aux prêtres de porter les armes ; une exposition des raisons qu'a eu ce prince de faire cette ordonnance et une autre défense de commettre des crimes capables d'attirer la malédiction de Dieu sur l'état.

En 804, Charlemagne publia un petit capitulaire pour régler quelques points de discipline, par rapport au clergé et à l'ordre monastique, en faveur des églises de Salz, aujourd'hui Salzbourg. Il est compris en huit articles, et adressé aux prêtres, à qui le prince en douze autres articles prescrit les obligations, indispensables de leur ministère. Il exige surtout qu'ils soient instruits de la science des écritures.

Ce capitulaire est suivi d'un diplôme donné la même année à Aix-la-Chapelle, en faveur de l'église d'Osnabruck en Westphalie, à laquelle le prince fait diverses donations, et où il établit à perpétuité des écoles pour le grec comme pour le latin.

Il parut quatre capitulaires en 805, faits ou publiés dans l'assemblée de Thionville. Le premier divisé en 16 articles est un des plus importants pour le renouvellement des Lettres, en ce qu'il prescrit la manière de lire; d'écrire, de chanter; qu'il ordonne l'étude de l'arithmétique de la science des temps, de la médecine ; et qu'il enjoint aux évêques, aux abbés et aux comtes d'avoir des notaires ou secrétaires qui sachent écrire correctement. Outre ces règlements, il en contient encore quelques autres qui regardent la discipline, particulièrement celle qui doit s'observer dans les cloîtres. Le second et le troisième capitulaires sont les mêmes presque mot à mot. Il n'y a guère de différence entre eux, que le renversement de quelques titres, et que l'un en contient 25, et l'autre seulement 24. Ce sont des règlements pleins de sagesse et de lumière qui concernent le bien public, aussi sont-ils adressés à tous les sujets du prince en général. Le quatrième capitulaire est compris en 16 articles presque tous tirés des précédents. Il fut donné à Jessé évêque d'Amiens, un des envoyés de l'empereur, pour en faire observer les règlements.

L'année suivante 806 en vit paraître six autres. Le premier est le partage que Charlemagne fit entre ses trois fils, Charles, Pépin et Louis, pour prévenir les différends qu'ils auraient pu avoir à sa mort. Mais il n'eut pas lieu, pour les raisons qu’on a dites ailleurs. Le second capitulaire comprend en huit articles des additions que le prince jugea à propos de faire aux lois déjà. établies. Le troisième et le quatrième sont fort courts, et répétés presque en entier d'autres capitulaires précédents. Ils furent donnés aux envoyés pour les notifier aux peuples et les faire exécuter. Le cinquième intitulé le capitulaire de Noyon, fut aussi dressé pour les envoyés, et contient d'excellentes instructions pour le maintien du bon ordre dans l'église et dans l'état, particulièrement pour réprimer la cupidité, et pourvoir au besoin des pauvres en temps de famine. Le sixième et dernier capitulaire de 806 ne comprend que des règlements généraux touchant la discipline ecclésiastique, l'observation des fêtes, des jeûnes de carême, des prières publiques.

On ne trouve qu'un seul capitulaire de l'année 807. Il fut fait à Aix-la-Chapelle, et résume en sept articles la manière dont chaque peuple doit prendre les armes pour la défense des places qu'il doit secourir, et de quelle sorte on doit réparer les murs des églises ou chapelles, fournir à leurs luminaires, etc.

On en a trois, mais fort courts, de l'année suivante 808. Encore le premier et le troisième ne paraissent être que des sommaires de titres touchant des matières partie ecclésiastiques, parties séculières, qu'on avait touchées dans d'autres capitulaires. Le second compris en sept articles, est aussi répété d'autres capitulaires qui regardent le civil.

Les deux qu'on nous a conservés de l'an 809, sont mixtes, comme plusieurs autres, concernant l'église. et l'état. La plupart des articles qu'ils contiennent sont encore pris d'autres capitulaires précédents. Il est marqué que le premier des deux, dont il est ici question, fut fait et publié à Aix-la-Chapelle, peut-être dans le concile que Charlemagne, selon quelques auteurs, y assembla au mois de Novembre de la même année. Mais il ne nous reste rien autre chose de ses actes. On croit que la question sur la procession du S. Esprit y fut agitée, et que le résultat donna occasion à la seconde lettre sous le nom de ce prince au pape Léon III. La lettre, dont on parlera dans la suite, roule effectivement sur cette matière ; mais elle ne porte point de marques qu'elle ait été écrite, cette année-là.

Le recueil que nous suivons, ne nous présente que trois petits capitulaires de l'année 810. Le premier divisé en 28 articles, est autant en faveur de la police séculière que de la discipline ecclésiastique. On y exhorte les vieillards à donner aux jeunes gens bon exemple en toutes choses ; les prêtres à instruire les peuples et à les porter à la pratique des bonnes oeuvres, nommément de l'aumône, afin de détourner les effets de la colère de Dieu. Le second ne contient que les simples titres ou sommaires de 16 articles, et le troisième n'est qu'une petite instruction pour les envoyés du prince où la cause des pauvres n'est pas oubliée, non plus que dans plusieurs autres.

Outre la lettre circulaire de Charlemagne sur les cérémonies du baptême, et son testament qui est un illustre monument de sa piété, de son amour pour la paix et de sa tendresse pour les pauvres, ce prince toujours attentif au bien spirituel et temporel de ses sujets, publia à cet effet trois capitulaires en l'année 811. Les deux premiers contiennent des questions sur diverses matières, touchant le bon gouvernement ecclésiastique et politique, sur lesquelles il exigeait que les évêques, les abbés, les comtes ou gouverneurs lui donnassent leurs avis, afin de les mettre par-là dans la nécessité de s'instruire de ce qu'ils étaient obligés de ne pas ignorer. Le troisième est une liste des prétextes dont on couvrait divers abus qui se glissaient contre les lois ecclésiastiques et civiles. Ces capitulaires sont fort utiles pour connaître les mœurs du siècle et la vertu de l'empereur, et les deux premiers servirent comme de boussole à cinq conciles qui se tinrent deux ans après.

L'année suivante 812, Charles publia trois autres capitulaires, avec une ordonnance en faveur de quelques Espagnols qui s'étaient réfugiés en France. Le premier et le second capitulaire roulent presque entièrement sur le service que les sujets de l'empereur doivent pour la guerre. Le troisième détaille les différentes manières de terminer les procès.

En 813 il y eut aussi trois capitulaires, dont on ne connaissait que le premier avant M. Baluze, qui a tiré les deux autres de l'obscurité où ils étaient cachés. Ce premier capitulaire est des plus importants. On apprend des annales de Moissac de quelle manière il fut dressé. Charlemagne, dans un parlement qu'il tint à Aix-la-Chapelle au commencement de la même année, avait ordonné qu'il y aurait cinq conciles dans les principales métropoles de son royaume : à Mayence, à Reims, à Tours, à Arles et à Châlons-sur-Saône pour la province de Lyon, et que ce qu'on y aurait résolu lui serait rapporté. Ces cinq conciles se tinrent effectivement ; et l'on y prit pour sujet des décisions qu'on y fit, les questions proposées par le prince dans les deux premiers capitulaires de 811, dont on a parlé. De sorte que les cinq assemblées se rencontreront à faire presque les mêmes règlements. Chacune d'elles les envoya ensuite à l'empereur, qui les fit examiner en sa présence à Aix-la-Chapelle au mois de Septembre de la même année, et en choisit 26 articles, auxquels il en ajouta deux nouveaux pour former le capitulaire en question. Les deux articles qui ne se trouvent pas entre les canons des cinq conciles, regardent, l'un les prêtres qui pour de l'argent découvraient les voleurs sur leur confession, et l'autre le droit de faïde, fameux dans les lois barbares ; c'est-à-dire le droit qu'avaient les parents d'un homme tué de venger sa mort par celle du meurtrier. Le premier des cinq conciles, suivant la date, est celui d'Arles qui commença le sixième des ides, ou le dixième jour de mai, dans la basilique de S. Etienne. On ne le compte ordinairement que pour le sixième de ceux qui ont été célébrés dans cette ville ; mais il en est le huitième selon nous. Jean, archevêque du lieu, et Nebridius de Narbonne, l'un et l'autre du nombre des envoyés du prince, y présidèrent. Il s'y fit vingt-six canons, dont le premier est une profession abrégée de ce qu'on doit croire. Tous les autres ne sont pas moins intéressants, et tendent à établir une exacte discipline dans le clergé et les cloîtres, une bonne intelligence et un heureux concert entre les évêques, les comtes et les juges, afin de pouvoir agir plus efficacement pour le maintien de la justice et de la paix. Ils insistent particulièrement à porter les évêques et les prêtres à s'instruire pour être en état d'instruire les autres. Ils veulent aussi que les parents instruisent leurs enfants, et les parrains ceux qu'ils ont tenus sur les fonts du Baptême. Pour motif de ces engagements, ils établissent que l'ignorance est la source de toutes les erreurs. Le concile de Reims, le second de cette ville dont il nous reste des actes, suivit de près celui d'Arles, s'étant tenu à la mi-Mai. Vulfaire, archevêque diocésain, y présida ; et l'on y fit 44 canons, dont la plupart concernent l'instruction des prêtres, des diacres et des sou diacres. Il y en a trois employés à tacher de retrancher tonte occasion de parjures, qui se multipliaient alors, comme il paraît par là.

Il y a plus de choses à dire sur le concile de Mayence. Il s'assembla le cinquième des ides, ou le neuvième jour de Juin, dans le cloître du monastère de S. Alban. Hildebalde qualifié archevêque du palais, parce qu'il était archevêque de Cologne et archichapelain, et Riculfe et Arnou archevêques, l'un de Mayence, et l'autre de Saltzsbourg, et Bernaire évêque de Vormes, qui prennent tous quatre le titre d'envoyés du prince, présidèrent à ce concile. Il s'y trouva vingt-six autres prélats, vingt-cinq abbés et plusieurs laïcs de marque. Afin de procéder avec plus d'ordre, on divisa toute l'assemblée en trois classes. Les évêques formaient la première, et s'appliquèrent à lire l'écriture, les canons et divers ouvrages des Pères, pour trouver les moyens de conserver la discipline de l'Église, et de remédier aux abus qui s'y étaient glissés. La seconde classe était composée des abbés et des moines choisis, qui consultèrent avec soin la règle de St. Benoît, pour y découvrir de quoi remédier à l'observance monastique. Enfin, la troisième classe était des comtes et des juges, qui examinèrent les lois séculières en vue de rétablir le bon ordre dans le gouvernement civil. Cette manière de procéder dans ce concile, nous instruit de ce qui se pratiqua apparemment dans les autres. On y dressa 55 canons, qui répondent plus directement que ceux des autres quatre assemblées, aux questions proposées par l'empereur en 811.

Presque tous ces canons sont remarquables pour les sages règlements qu'ils contiennent. On y insiste fortement sur l'instruction, voulant que les parents aient soin d'envoyer leurs enfants aux écoles ; que lorsque l'évêque sera absent ou malade, il y ait toujours quelqu'un pour prêcher en sa place les dimanches et fêtes suivant la portée du peuple ; que les chanoines s'appliquent tellement à l'étude, qu'ils se rendent capables d'instruire les peuples. Dans la liste qu'on y donne des fêtes qu'on célébrait alors, au moins dans la métropole de Mayence on marque celles de l'assomption de la sainte Vierge, de S. Michel, de S. Remi, de S. Martin. On y recommande l'observation du jeûne des quatre temps, et l'on y prescrit celle des Rogations en y marchant nu-pieds avec la cendre et le cilice.

Ni le jour ni le mois auxquels se tint le concile de Tours ne sont point marqués. C'est le troisième célébré dans cette ville dont nous ayons les actes. Il s'y lit 51 canons, dont plusieurs sont employés à établir la nécessité de s'instruire par rapport aux ecclésiastiques, surtout les évêques et les prêtres. Il voudrait que les premiers apprissent par cœur, s'il était possible, les saints évangiles avec les épîtres de S. Paul, et qu’ils fissent une lecture assidue des explications que les pères en ont publiées, aussi bien que de leurs autres écrits, nommément le pastoral de S. Grégoire et les saints canons. Il ordonne encore que chaque évêque y aura des homélies contenant les instructions nécessaires pour son troupeau, et qu'il prendra soin de les traduire clairement en langue romaine, rustique et en tudesque, afin que tout le monde les puisse entendre. Nous avons parlé ailleurs de l'usage de ces deux langues en France; et l'on voit par là combien il y était commun, et que le latin n’était plus entendu de la plupart du peuple. En général ce concile entre dans un grand détail de ce qui concerne la discipline de l'Église et le bon ordre dans les cloîtres et parmi les simples fidèles. Il oblige ceux-ci à communier trois fois l’an, ce qui montre que la piété était bien tombée, et veut qu'on les avertisse d'entrer dans l'église sans bruit, sans tumulte, et de s'abstenir pendant la messe, non seulement de discours inutiles, mais aussi de mauvaises pensées. Le vingt-deuxième canon prouve ce que nous avons dit ailleurs de la multiplicité des pénitentiels au commencement de ce siècle. Il y en avait un si grand nombre et si différents entre eux, qu'on ne savait auquel s’en tenir.

On ne nous a point conservé, non plus que de celui de Tours, ni le jour ni le mois de la tenue du concile de la province de Lyon. Il s'assembla à Chalons-sur-Saône, et fut le second de ceux qui se sont tenus dans cette ville. On y fit 66 canons, dont plusieurs renchérissent sur l'obligation qu'ont les évêques et les autres ecclésiastiques de s'instruire eux-mêmes, et d'instruire les peuples confiés à leurs soins. Sur ce principe, ils ordonnent l’établissement des écoles, conformément à ce que l’empereur avait prescrit à ce sujet, afin que les clercs apprennent les bonnes Lettres et les saintes Écritures. Il est peu de conciles dans ce siècle-là qui se soient plus clairement expliqués sur les Sacrements, et les dispositions nécessaires pour les recevoir.

On voit par ce qu’il dit sur la pénitence publique, qu'elle commençait alors à tomber. Il se plaint des pénitentiels, qui flattaient les pécheurs en imposant pour de grands péchés des pénitences légères et inusitées. Dès lors on y substituait par abus les pèlerinages aux travaux pénibles et salutaires de la pénitence : ce que le concile blâme, surtout dans les clercs sans blâmer néanmoins les pèlerinages, pourvu qu'on les accompagne de prières, d'aumônes et de la correction de ses mœurs. Tout ce qu'il dit sur la pénitence est plein de lumière et de sagesse. Ses autres décrets ne sont pas moins estimables, non plus que ceux des autres conciles tenus la même année. On peut dire que depuis la fin du sixième siècle on n'avait point vu paraître de plus excellents règlements.

Tels furent les conciles d'où Charlemagne tira son premier capitulaire de 813. Dans un manuscrit de Gand, il se trouve augmenté de deux articles répétés d'autres capitulaires, mais qui ne se lisent point ailleurs. Le second capitulaire de la même année, compris en 20 articles, concerne particulièrement l'administration de la justice séculaire, et a été tiré de la loi salique, des lois romaines et des gombettes. Le troisième qui comprend 46 articles, fut fait, comme il semble, dans une assemblée d'Aix-la-Chapelle tenue au mois de septembre. A s'en tenir au titre, on croirait que les règlements qu'il annonce regardent tous des points importants de la discipline ecclésiastique. Mais ils ne traitent dans la vérité que des peines portées contre l'homicide, le rapt, le vol, le parjure et le violement des autres lois civiles.

 

Outre tous ces capitulaires qui ont une date fixe, il y en a cinq autres du même prince dont l'année est incertaine. Ils n'avaient point encore paru avant l'édition de A. Baluze, qui les a tirés de divers manuscrits. Le premier et les deux derniers semblent faits pour servir d'instruction aux envoyés du prince, qui étaient chargés de veiller sur le maintien du bon ordre dans les divers états du royaume. Les 59 articles que contient le premier sont pris en abrégé de plusieurs autres capitulaires, et concernent la discipline, tant ecclésiastique que monastique. Il n'y en a que neuf dans le cinquième capitulaire, qui d'ailleurs n'est pas entier ; mais ils sont beaucoup plus étendus que les 59 du précédent. Les évêques, les prêtres et les autres ecclésiastiques y trouvent une règle abrégée de conduite, digne de la sainteté de leur caractère. A l'égard du quatrième divisé en treize petits articles, répétés d'autres ordonnances, il roule tout entier sur l'observation des lois civiles. Il est marqué que le second et le troisième furent faits de concert avec Louis fils de l'empereur et les plus habiles évêques de leurs états. Ils concernent l'un et l'autre les biens et les privilèges de l'Église, et l'honneur de ses ministres. Le troisième est en partie une répétition du précèdent et du huitième de l'an 803, où il est parlé de l'exemption accordée aux évêques et aux prêtres de porter les armes pour le service de l'empereur.

Ce sont là tous les capitulaires de Charlemagne recueillis par M. Baluze. Il y en a encore quelques autres, dont on rendra compte, après qu'on aura dit un mot des recueils qui ont précédé celui de M. Baluze, et de leurs éditions.

Vers 827, environ quatorze ans après la mort de Charlemagne, Anségise, abbé de Fontenelle, travailla à une collection des capitulaires de ce prince, auxquels il en joignit plusieurs de Louis le Débonnaire, et divisa son ouvrage en quatre livres. Le premier et le troisième sont employés à rapporter ceux qui appartiennent à Charlemagne ; et le second avec le quatrième contiennent ceux de l'empereur Louis. Outre cette division entre les capitulaires de ces deux princes, Anségise en a établi une autre pour distinguer les matières dont ils traitent. Il a donc destiné les deux premiers livres aux règlements ecclésiastiques, et les deux autres aux ordonnances qui concernent le civil, et qu'il nomme Leges mundanae.

Au bout de quelques années, Benoît, diacre de l'église de Mayence, s'étant aperçu qu'il était échappé à la connaissance d'Anségise grand nombre de capitulaires, tant de Charlemagne et de Louis le Débonnaire, que de Pépin et de Carloman, se mit en devoir de les recueillir. Il exécuta ce dessein, et en forma trois livres qu'il ajouta aux quatre précédents. Mais quelque soin qu'il apportât à donner une collection exacte et entière, il n'y réussit pas si parfaitement, qu'il ne laissât après lui de quoi faire plusieurs additions à ceux de l'empereur Louis en particulier. La collection de Benoît commença à paraître, comme l'on croit, vers l’an 845.

[les éditions des capitulaires]

Deux ans après, l'empereur Lothaire I, fils de Louis le Débonnaire, publia un autre recueil des mêmes capitulaires. Mais celui-ci n'en est qu'un abrégé fait avec choix, et ne contient rien qui ne soit dans la collection d'Anségise, sinon le capitulaire que Lothaire y ajouta pour confirmer ceux qu'il avait recueillis, ou fait recueillir. Ce recueil est cependant celui qui a été le premier mis sous la presse. En 1545 il fut imprimé à Ingolstat chez Alexandre Veissehorn, par les soins de Gui Amerpach, qui les dédia à l'empereur Charles-Quint et Ferdinand roi des Romains. Jean Busée jésuite le fit depuis réimprimer à la suite des lettres d'Hincmar qui parurent à Mayence en 1602, et Goldast l'inséra ensuite parmi les coutumes et lois impériales, imprimées à Francfort en 1643.

Les collections d'Anségise et de Benoît sont beaucoup plus considérables, et ont été tout autrement célèbres.

Sitôt que la première fut sortie des mains de son auteur, Louis le Débonnaire l'adopta et la revêtit de son autorité. Charles le Chauve son fils la citait comme ayant force de loi dans l'usage public, et comme le code des lois des Français. L'autre collection n'avait pas acquis moins d'autorité dès le milieu du siècle où elles parurent, non seulement dans le royaume de Germanie, mais aussi dans celui de France. C'est de là qu'Herard archevêque de Tours tira le fonds des capitulaires qu'il publia alors, Isaac évêque de Langres en fit autant quelque temps après. En un mot, cette collection est fort célèbre dans les auteurs du même siècle, et des suivants, tels qu'Incmar, Reginon, Fulbert, Ive de Chartres.

Ces deux collections réunies ensemble et faisant sept livres, furent d'abord réimprimées à Paris en 1548 in-12.

Mais Jean du Tillet évêque de S. Brieuc, puis de Meaux, qui dirigea l'édition, ne la poussa que jusqu'au 289 chapitre du sixième livre. En 1557, Basile-Jean Herold fit entrer dans son code des lois anciennes, imprimé à Basle, la collection d'Anségise, dont le quatrième livre se trouve tronqué et imparfait dans cette édition, où il y a d'ailleurs peu d'ordre. Fabricius, s'il n'y a faute dans son texte, en marque une édition faite dès 1550.

Au bout de trente-huit ans, le savant Pierre Pithou forma le dessein de donner une édition plus parfaite des sept livres des capitulaires, et l'exécuta l'an 1588 en un volume in-8°. qui parut à Paris avec un glossaire pour expliquer les mots barbares, et les additions au recueil d'Anségise et de Benoît, divisées en quatre livres. Cette édition n'est pas néanmoins si exacte, que, M. Baluze n'y fasse observer plusieurs fautes. C’est apparemment ce qui porta François Pithou en publier une autre sur celle de son frère et de du Tillet. Celle-ci fut encore faite à Paris l'an 1603, en même volume que la précédente, avec les mêmes ornements et quelques capitulaires de Charles le Chauve et d'autres rois français. L'éditeur, malgré ses soins, ne réussit point parfaitement, remarque M. Baluze, à nous donner un texte exact et correct. Il s'y trouve effectivement des endroits interpolés et corrompus, sous prétexte de les avoir voulu corriger.

Cette édition cependant, toute vicieuse qu'elle est, servit de modèle à Frideric Lindenbrog, pour réimprimer les capitulaires dans le code des lois anciennes, qu'il publia d'après Herold à Francfort en 1613. Elle fut renouvelée, elle-même séparément en un volume in-8°, qui parut à Paris les années 1620 et 1640.

Après toutes ces éditions, M. Baluze entreprit de travailler à une plus entière et plus complète. Il fit faire et fit lui-même à cet effet toutes les recherches possibles dans les meilleures bibliothèques de France, d'Italie et d'Allemagne, où il recouvra heureusement quantité de manuscrits, sur lesquels il revit et réforma le texte des imprimés, et qui lui fournirent grand nombre de capitulaires qui avaient échappé à tous les collecteurs précédents. Tant de richesses mirent le nouvel éditeur en état de donner le recueil le plus parfait qui eût encore paru. Il est divisé en deux volumes in-folio, et imprimé à Paris chez François Muguet, directeur de l'imprimerie royale, en 1677.

Les pièces que contient le premier volume, y sont rangées suivant l'ordre chronologique. D'abord se présente tout ce que l'éditeur a pu recouvrer d'ordonnances, d'édits, de règlements, de lois, etc. publiés par nos rois de la première race, depuis Childebert I. Pièces entre lesquelles se trouvent les lois des Ripuariens, des Allemans, des Bavarois, et desquelles, comme de presque toutes les autres, nous avons rendu compte dans le cours de notre histoire du sixième et septième siècle. Après quoi viennent quelques capitulaires de Carloman et de Pépin le Bref, desquels nous avons aussi parlé en donnant une notion des conciles tenus au siècle suivant.

On trouve ensuite le recueil des capitulaires de Charlemagne qui occupe la principale partie dû volume. Il y en a quantité, comme on l'a déjà dit, qui n'avaient jamais été imprimés. Tous y sont rapportés suivant les années de leur date, autant que l'Éditeur l'a pu découvrir; et c'est dans cet ordre que nous en avons fait l'énumération. Entre ces capitulaires, M. Baluze a inséré quelques lettres et autres monuments qui appartiennent à Charlemagne, et dont nous allons bientôt rendre compte. A ce recueil succède celui de Louis le Débonnaire, dont on parlera plus au long en son lieu.

En l'un et l'autre sont placés deux capitulaires de Pépin roi d'Italie fils de Charlemagne. L'un compris en 37 articles, dans le dernier desquels il y a quelques lacunes, fut publié, comme l'on croit, en 793, après que la révolte d'Italie eut été apaisée et les auteurs punis. Ce sont autant de règlements en faveur de la discipline ecclésiastique et de la police séculière. Ce premier capitulaire n'avait point encore été imprimé. Le second, qui tend aux mêmes fins, a été tiré de la loi des Lombards, et contient vingt-neuf articles.

A la suite des capitulaires de l'empereur Louis viennent les collections d'Anségise et de Benoît, avec les quatre additions qui y ont été faites. Les canons d'Isaac évêque de Langres et les capitulaires d'Herard archevêque de Tours, terminent le premier volume de la nouvelle édition.

A la tête du second volume sont placés les capitulaires de Charles le Chauve, suivis de ceux des rois ses successeurs, qu'on a pu déterrer, jusqu'à Charles le Simple et l'empereur Louis II du nom. Viennent ensuite les formules de Marculfe, avec quelques autres, dont on a déjà rendu compte pour la plupart. Comme l'éditeur a inséré la loi salique dans les capitulaires -de Charlemagne, parce que ce prince lavait fait retoucher, il a cru devoir imprimer dans son second volume le glossaire qu'a fait M. Pithôu pour expliquer les termes les plus grossiers de cette loi. Ce glossaire et ce-lui du même auteur en faveur des capitulaires, sont les morceaux par où M. Baluze commence son recueil de remarques et d'observations sur sa nouvelle édition. A ces glossaires succèdent les notes du P. Sirmond sur les capitulaires; celles du célèbre M. Bignon sur les formules de Marculfe ; et enfin celles de M. Baluze sur tout le corps des capitulaires, dans lesquelles on trouve autant de lumière que d'érudition. Un appendice, où l'éditeur a recueilli plus de cent soixante monuments de l'antiquité qui peuvent beaucoup servir à éclaircir l'histoire du neuvième siècle, fait la clôture du second volume de son édition, qui est d'ailleurs fort bien conditionnée pour le papier et le caractère. Il n'a pas négligé de l'orner de vignettes convenables, de tables alphabétiques à la fin de chaque volume, de notes marginales, sur-tout dans le premier volume, à la tête duquel se lit une savante préface, ou l'éditeur rend raison de toute l'économie de son dessein.

Quelque parfaite, au reste, que sait cette nouvelle édition, il semble que M. Baluze ait négligé d'y faire entrer divers règlements de Charlemagne, qui se trouvent dans le recueil de Goldast ; faute peut-être de l'avoir consulté. Il n'y a point inséré la collection faite par l'empereur Lothaire, de laquelle nous avons déjà fait mention. Il est vrai qu'elle ne contient rien qui ne se lise dans celle d'Anségise ; mais il parait qu'on aurait dû lui faire le môme honneur qu'a celle-ci, et à l'autre du diacre Benoît.

Voici quelques autres capitulaires qui sont dans Goldast, et ne se trouvent pas dans M. Baluze.

1. Une constitution de Charlemagne en date de l'an 786, par laquelle il accorde aux comtes qui l'avaient accompagné en Espagne dans la guerre contre les Sarrasins, des terres considérables en Thuringe, avec le droit de faire travailler à leur profit aux mines d'or et d'argent qui s'y trouvaient.

2. Une autre constitution rapportée et confirmée par les empereurs Frédéric I et II, touchant le siège de l'empire d'Occident, que Charlemagne, suivant cette constitution, fixe à Aix-la-Chapelle, dont il fait un petit abrégé de l'histoire, en reprenant les choses d'origine. Mais à dire ce que nous en pensons, cette pièce, quoique réimprimée dans Bollandus et autorisée par deux empereurs, nous paraît un peu suspecte.

3. Le fragment d'une troisième constitution publiée en 777 dans l'assemblée des états, après que les Saxons eurent été subjugués. Ce fragment regarde les privilèges des nobles entre les Français et les Germains.

4. Un capitulaire compris en dix-huit articles, et donné dans une autre assemblée qui se tint au mois de Mars 780. Plusieurs de ces articles sont répétés du capitulaire de 779, imprimé dans M. Baluze ; mais la plupart manquent dans son édition. Tous, excepté le 5 et 6, concernent la discipline ecclésiastique. Le dernier, qui est le plus prolixe, contient une triste description des crimes énormes qui se commettaient alors trop communément en France, en Italie, et qui avaient attiré sur les peuples divers fléaux de la colère de Dieu. Le prince y menace de punir ces crimes, suivant la rigueur des lois romaines, qui était la peine du feu, si l'on ne cessait de les commettre.

Goldast rapporte encore quelques autres pièces, qu'il attribue à Charlemagne. Mais la plupart sont très peu de chose. Nous parlerons plus bas de celles qui nous paraissent le mériter.

 

Depuis que l'édition de M. Daluze est sortie des presses, divers savants, en visitant les meilleures bibliothèques de l'Europe, ont recouvré quelques nouveaux capitulaires du même prince, qui n'avaient pas encore été imprimés.

Dom Mabillon, dans le cours de son voyage d'Italie, en a trouvé deux de cette nature, qu'il a publiés au premier tome de son Museum Italicum. Les principaux règlements qu'ils contiennent tendent à faire observer une exacte discipline dans les monastères, et à réprimer la négligence des juges à rendre la justice aux sujets du roi. M. Eccard dans son recueil de lois imprimé à Francfort et à Leipsick en 1720, a inséré quelques capitulaires de Charlemagne qui regardent particulièrement la cause des veuves et des orphelins, et qui n'avaient jamais paru au grand jour.

Dom Martene et Dom Durand ont aussi tiré de l'obscurité trois nouveaux capitulaires du même prince. Un manuscrit du neuvième siècle appartenant autrefois au monastère de S. Paul à Rome, et à présent à la bibliothèque du cardinal Chigi, a fourni les deux premiers. L'un compris en 34 articles regarde la discipline ecclésiastique et le gouvernement civil. L'autre divisé en cinq articles ne concerne que les affaires temporelles. Il n'y paraît point de date, mais il est assez visible d'ailleurs qu'ils furent publiés avant que Charlemagne fût parvenu à l'empire. La défense qui y est faite de la chasse aux évêques, aux prêtres et aux diacres, aux abbés et aux moines, fait voir que la bonne discipline était considérablement tombée dans les cloîtres comme dans le clergé. Le troisième capitulaire est encore plus intéressant que les deux autres. C'est une instruction adressée aux envoyés du prince, par une espèce de lettre circulaire qui se lit à la tête, avec les noms de plusieurs de ces envoyés.

L'instruction regarde uniquement le clergé, sur lequel le prince, qui était alors empereur, les exhorte fortement à veiller, afin que les règles y soient exactement observées. II veut qu'ils aient une attention particulière à ce que les ecclésiastiques soient fournis des livres nécessaires pour Ies fonctions de leur ministère. On voit par quelques-uns des articles de ce capitulaire, qui en comprend vingt, que la pénitence commençait dès lors à tomber sensiblement, et que quelques prêtres négligeaient de mêler de l'eau avec le vin dans le sacrifice de l'autel.

Tout ce que nous venons de dire sur les capitulaires de Charlemagne suffit pour faire juger de l'estime qu'ils méritent. M. du Pin à la fin de son huitième siècle, et M. l'abbé Fleuri au quarante-troisième livre et les suivants de son histoire ecclésiastique, en ont fait un précis tout propre à en donner une idée fort avantageuse. Le P. le Cointe en a inséré presque tous ceux qui étaient connus de son temps, dans le sixième et septième volume de ses annales ecclésiastiques de France, où ils se trouvent le plus souvent éclaircis par de courtes remarques. Travail qui lui a d'autant plus coûté, que l'édition de M. Baluze n'avait pas encore paru.

Dom Mabillon dans ses annales en a usé comme le P. le Cointe, à l'égard des capitulaires qui concernent la discipline monastique.

 

Lois et règlements

Il est hors de difficulté, que les principales lois que fit Charlemagne, sont comprises dans ses capitulaires. Il ne laissa pas cependant de travailler sur les anciennes lois établies avant lui par ses prédécesseurs, et autres. Il retoucha ou fit retoucher, comme on l'a dit, la loi Salique; et c'est pour cette raison que M. Baluze l'a insérée dans ses capitulaires. On a parlé de onze articles qu'il y ajouta en 803. Mezeray prétend même qu'il y fit une addition de 23 ordonnances ou règlements. On ne peut guère douter que ce sage prince ne rendît le même service aux autres anciennes lois à l'usage des différents peuples de son empire. Et c'est peut-être tout ce que signifie l'endroit du monument imprimé dans Goldast, où il est dit que Charlemagne établit des lois pour les Saxons, les Suèves, les Francs, les Ripuariens; les peuples du Norique ou Bavarois, et les Saliens. Si nous nous en rapportons à un ancien annaliste, qui s'est beaucoup étendu sur les actions de ce grand prince, il faudra dire qu'il avait fait un code de toutes ces différentes lois. Cet écrivain nous apprend en effet, que Charlemagne à l'issue d'un concile tenu à Aix-la-Chapelle au mois d'octobre 802, où il avait fait revoir la liturgie romaine par les évêques, assembla les ducs, les comtes et le reste du peuple chrétien avec les jurisconsultes, et qu'en leur présence il fit corriger les lois de son royaume, suivant ce qu'il jugea le plus convenable. Qu'il en forma un recueil, qu'il fit distribuer aux juges, pour s'y conformer en rendant la justice à ses sujets. Peut-être aussi ne doit-on entendre par là que quelque recueil de ses principaux capitulaires, nommément de ceux qui étaient pour l'instruction de ses envoyés.

 

Lettres

Le plus important recueil des écrits de Charlemagne après ses capitulaires, est sans doute celui de ses lettres. Il est vrai qu'elles se trouvent fort dispersées ; mais nous allons tâcher de les réunir dans la notion que nous nous proposons d'en donner.

La plus longue, comme la plus intéressante, est celle qu'il écrivit en son nom à Elipand de Tolède et aux autres évêques d'Espagne, à l'issue du grand concile de Francfort en 791. Ce qui donna particulièrement occasion à cette lettre fut celle que ces prélats avaient adressée à Charlemagne, pour le prier de faire examiner en sa présence l'écrit qu'ils lui adressaient pour soutenir leurs erreurs touchant l'adoption qu'il attribuaient à Jésus-Christ, et que le concile venait de condamner. Après un assez long prélude sur les avantages de l'unanimité de sentiments en fait de religion, et sur l'excellence de la foi catholique, le prince leur témoigne sa douleur de l'oppression qu'ils souffraient entre les infidèles, qui étaient les Sarrasins ; mais qu'il était tout autrement touché de l'erreur qui régnait parmi eux. Il leur annonce qu'elle a été unanimement condamnée dans un concile de toutes les églises de son obéissance. Qu'il leur envoie les écrits faits à ce sujet, c'est-à-dire la lettre du pape Adrien, le traité de Paulin d'Aquilée, où il parle au nom des autres évêques d'Italie, la lettre synodique des évêques des Gaules, de Germanie et de la Grande-Bretagne, où ils trouveraient une réponse à leurs objections. Que leur écrit a été exactement lu et examiné dans le concile, où l'on a décidé ce qu'il fallait croire sur ce sujet. II les conjure ensuite d'embrasser cette décision en esprit de paix, et de ne pas s'estimer plus savants que l'Église universelle ; leur déclarant au reste que s'ils ne renoncent à leur erreur, ils seront regardés comme hérétiques et excommuniés. Cette lettre est aussi bien écrite que tout autre monument de ce temps-là. Elle ne respire que la charité et le zèle de voir tous les membres de l'Église réunis dans une même croyance. Le prince la finit par une belle profession de foi sur les principaux mystères de la religion, particulièrement celui de la sainte Trinité, où il rejette expressément la prétendue adoption des Espagnols. Outre les divers recueils des conciles où l'on a inséré cette lettre, elle se trouve encore dans le premier volume des constitutions impériales recueillies par Goldast.

Le même éditeur dans son second tome a fait imprimer sous le titre d'Édit ou ordonnance de Charlemagne touchant la sainte Trinité et la foi catholique, une autre profession de foi, différente de celle qui termine la lettre, et avec laquelle néanmoins elle convient en plusieurs points. Elles conviennent, l'une et l'autre en ce qu'on suppose qu'elles ont été publiées toutes deux dans le même concile de Francfort. Elles conviennent encore dans l'ordre des articles, et en plusieurs expressions et sentiments qui sont les mêmes. Elles établissent l'une et l'autre la procession du St. Esprit comme procédant du Père et du Fils. Elles rejettent l'une et l'autre la fausse adoption attribuée à Jésus-Christ, et l'épilogue de l'une et de l'autre serait presque le même, si celui de la profession, qui porte le titre d'Édit, n'était pas tronqué. Mais elles différent l'une de l'autre, en ce que celle qui est séparée de la lettre s'étend plus sur quelques articles, et qu'elle condamne nommément plusieurs hérésies, dont l'autre ne fait aucune mention. Telles sont celles de Photon, d'Eutychès, de Jovinien, des Manichéens, et autres.

Une autre lettre des mieux écrites de Charlemagne, est celle où il rend raison des noms de Septuagésime, de Sexagésime et Quinquagésime, qu'on donne aux trois dimanches qui précédent le carême. Il ne prend dans l'inscription que les titres de roi des Français, empereur des Lombards et patrice des Romains : ce qui montre que la lettre fut écrite avant que l'auteur fût parvenu à l'empire. C'est une réponse à Alcuin, qui avait traité le même sujet dans une lettre adressée au prince, qu'il priait de lui faire savoir ce qu'il pensait sur cette question. Si Charlemagne n'y donne pas des raisons plus satisfaisantes que n'avait fait Alcuin, il y fait au moins paraître une érudition peu commune en ce temps-là. On y peut apprendre diverses choses sur les jours d'abstinence et de jeûne, alors en usage dans différents pays. Cette lettre imprimée entre les vies d'Alcuin, se trouve aussi dans le recueil des constitutions impériales par Coldast, où elle est même plus entière. Il y manque effectivement à la fin dans l'autre édition, l'endroit par où le prince répond à l'application qu'Alcuin fait des paroles de la reine de Saba à Salomon. Cette même lettre ainsi tronquée avait été imprimée dès 1560 à Anvers, avec quelques autres fragments du même prince, par les soins de Wolfgang Lazius : recueil qui parut de nouveau à Ingolstadt en 1580. On l'a aussi insérée parmi les auteurs qui traitent des offices divins imprimés à Rome en 591, et ailleurs auparavant. Ce qui manque à cette lettre dans l'édition des oeuvres d’Alcuin et les autres, se trouve dans la chronique de Centule.

Il y a trois lettres de Charlemagne à Offa roi des Merciens. La première, qu'on croit écrite en 774, est pour lui donner avis de ses conquêtes en Saxe, et de la conversion des peuples du pays à la religion chrétienne. Il en prend occasion de l'exhorter à vivre en bonne intelligence avec lui.

La seconde fut écrite aussitôt après la nouvelle de la mort du pape Adrien ou dès la fin de l'an 795, ou au commencement de l'année suivante. Charles y fait mention des présents qu'il envoyait aux églises d'Angleterre, pour les engager à prier pour le repos de l'âme de ce pontife. Il en avait joint quelques autres pour Offa même : un baudrier, une épée et deux manteaux de soie. Il promet à ce prince toutes sortes de sûreté, tant pour les pèlerins qui allant d'Angleterre à Rome passeraient par la France, que pour ceux des Anglais qui trafiqueraient dans l'étendue de ses états.

La troisième est la 85 parmi celles d'Alcuin. Charles, qui n'était pas encore empereur, l'écrivit à l'occasion d'un prêtre Hibernois qu'il renvoyait dans son diocèse, après avoir fait quelque résidence dans celui de Cologne. II prie Offa, qu'il qualifie son frère et son ami, de l'y faire conduire, afin qu'il y soit jugé sur une accusation dont les évêques français n'avaient pas voulu connaître. Il s'agissait d'avoir mangé de la chair en carême, et d'avoir par là violé le jeûne.

Speelman, dans son recueil des conciles d'Angleterre rapporte d'après Mathieu de Westminster une lettre comme écrite à Offa par Charlemagne, au sujet de l'adoration des images. Mais d'habiles critiques jugent par la manière fade dont elle est écrite, qu'elle n'a rien du style de ce prince que l'inscription, et qu'elle est indigne de lui.

Celle qu'il écrivit pour l'établissement des écoles est circulaire, comme il paraît par sa teneur et surtout par la fin. On la croit écrite en 787. L'exemplaire qui nous en reste, et qui se trouve dans le recueil des capitulaires, les collections générales des conciles et ailleurs, est adressée à Baugulf abbé de Fulda. Par cette lettre, le prince veut que dans toutes les églises épiscopales et tous les monastères de son obéissance on ouvre des écoles pour l'instruction de la jeunesse, et qu'on ait soin de mettre à leur tête des personnes habiles et capables d'instruire les autres. Mais avant que de prescrire un établissement aussi utile, il commence par prouver solidement les suites funestes de l'ignorance; les avantages et la nécessité de la connaissance des Lettres.

Le zèle de Charles pour avancer le grand ouvrage du renouvellement des études l'ayant porté à prendre tous les moyens pour y réussir, l'engagea entre autres choses à faire dresser un lectionnaire ou homiliaire pour servir aux offices de l'église. Paul Warnefride, diacre d'Aquilée, fut chargé de ce dessein ; et après qu'il l'eut exécuté, le prince mit à la tête une lettre en forme de préface, pour exhorter à l'étude. Et afin de mieux piquer l'émulation de ses lecteurs, il se donne lui-même pour exemple, et rapporte quelques traits de ce qu'il avait déjà fait en faveur de la littérature. Dom Mabillon a réimprimé cette lettre, parce qu'il l'avait recouvrée plus entière, et qu'il la jugeait très rare, ne se trouvant, comme il lui semblait, que dans l'édition de l'homiliaire faite à Spire en 1432. Mais elle se trouve aussi dans l'édition de Cologne de l'année 1539. Depuis, M. Baluze l'a insérée dans le recueil des capitulaires ; et Dom Mabillon après I'avoir donné dans le premier volume de ses analectes, l'a répétée dans ses annales. Elle est au reste si belle et si édifiante qu'elle ne saurait être trop répandue. Elle fut écrite, comme on croit, en 788; et le nom de Charlemagne qu'elle porte est apparemment cause que Sigebert a fait honneur à ce prince du lectionnaire même, comme s'il l'avait dirigé.

Peu de temps après, Charles écrivit une autre lettre encore plus importante que la précédente. On en ignore la date précise; quoiqu'il soit constant qu'elle fut écrite avant la fin du huitième siècle. On en est redevable à Dom Mabillon, qui l'a tirée d'un manuscrit de Richenou. Elle est intitulée : De gratia septiformis Spiritus, des sept dons du Saint-Esprit, et nous est une nouvelle preuve de l'ingénieux moyen qu'employait Charlemagne pour engager les évêques et les autres ecclésiastiques de son obéissance, à s'appliquer à une étude convenable. Il paraît effectivement par cette lettre, que le prince avait proposé aux évêques diverses questions sur le sujet dont elle traite. HILTIBALDE de Cologne, MAGINHART de Rouen, AGIN de Bergame, GERHOHUS d'Eichstat, et HARTRIGII de Toulouse y répondirent chacun par un écrit qu'ils envoyèrent au prince, et qui ne paraissent plus nulle part. Charles ayant reçu ces réponses, en prit occasion d'écrire à ces prélats la lettre dont il est ici question. D'abord il y fait une petite récapitulation de leurs écrits. Il s'agissait en particulier de savoir si les justes de l'ancienne loi avaient tous reçu les sept dons du St. Esprit. Ces prélats avaient avancé que chacun d'eux en avait reçu quelque partie. Mais Charles fait voir qu'un des dons du Saint-Esprit ne peut être sans les autres dans un homme juste, et montre ensuite l'enchaînement qu'ils ont entre eux, et les effets qu'ils produisent en ceux qui en sont gratifiés. A la fin de la lettre se lisent deux petits fragments, qui paraissent en avoir été détachés, on ne saurait dire pourquoi et comment. Mais il est visible qu'ils appartiennent à la pièce. C'est pour prouver par l'exemple de St. Pierre et de quelques autres apôtres, de quelle manière on peut connaître que le Saint-Esprit communique ses dons. On peut dire que ce monument est précieux, et une preuve de la piété et du savoir de son auteur. Il y a dans le style autant de simplicité que de noblesse.