Charlemagne
Sa vie et ses écrits
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Je
reproduis ici les pages consacrées à Charlemagne dans la très complète
Histoire
littéraire de la France,
tome
IV,
par
des Religieux Bénédictins de la Congrégation de S. Maur, Paris, 1866.
I.
HISTOIRE DE SA VIE
II.
SES RÈGLEMENTS, SES LOIS ET AUTRES ÉCRITS.
CHARLEMAGNE
EMPEREUR
ET ROI DE FRANCE.
I
HISTOIRE DE SA VIE.
CHARLES, qui a mérité par excellence le titre de grand,
encore plus par ce qu'il a fait en faveur de l'Église et des Lettres, que par
ses victoires et ses conquêtes sans nombre, naquit à Aix-la-Chapelle le second
jour d'Avril 742.
Il était fils aîné de Pépin le Bref roi de France et de
la reine Bertrade. Il avait reçu de la nature un esprit aisé, ouvert et capable
des plus grandes choses, un air noble, majestueux et tous les autres agréments
extérieurs. A ces dons naturels, il sut joindre toutes les belles qualités acquises,
qui distinguent le plus le souverain, le capitaine, l'homme privé.
Sa jeunesse se passa aux exercices ordinaires aux
enfants de sa naissance ; et il avait plus de trente ans, lorsqu'il donna une
application sérieuse à l'étude. Dès 753 il fut couronné à Saint-Denis, avec
Carloman son frère puîné et le roi Pépin leur père, de la main du pape Étienne
III, et reçut en cette occasion le titre de Patrice des Romains.
A la mort de Pépin en 768, il fut proclamé roi avec son
frère; et ils gouvernèrent conjointement, jusqu'à ce que celui-ci le laissât
par sa mort en 771, seul maître de la monarchie française. Ses limites étaient
dès lors fort étendues. Mais en peu d'années, Charles les poussa du côté
d'Espagne jusqu'à l'Èbre, du côté d'Italie jusqu'à la Calabre, du côté des
autres pays de l'Orient et du nord jusqu'à la Vistule et la mer Baltique. Il
commença par la conquête de la Lombardie, dont il se fit couronner roi, et
porta le titre dans la suite. On ne doit pas cependant s'attendre que nous
entrions ici dans le détail de ses exploits militaires. Le dessein de notre
ouvrage ne le permet pas. On peut consulter sur ce sujet les annalistes du
temps, qui tous ne sont presque occupés qu'à décrire les traits de sa valeur et
les glorieux succès de ses entreprises.
Un des premiers soins du jeune monarque, après s'être
affermi sur le trône, en rangeant à leur devoir quelques princes voisins qui
voulaient remuer, fut de travailler à policer les peuples de ses états. Ce
dessein enveloppait nécessairement celui d'y ressusciter les Lettres éteintes
depuis longtemps. Charles commença par les étudier lui même. Il apprit la
grammaire, la rhétorique, la dialectique sous Pierre de Pise et Alcuin, qu'il
avait attirés en France ; et avec le secours de ces savants et de quelques
autres, nommément Paul Warnefride qu'il attira aussi à sa cour, il fit de
grands progrès dans les plus hautes sciences, particulièrement dans
l'astronomie. Il se rendit si habile dans le latin, qu'il le parlait aussi
parfaitement que le tudesque qui était sa langue maternelle. Il avait une telle
éloquence, et tant de grâce et de facilité à s'énoncer, qu'on l'aurait pris
pour un des premiers maîtres de l'art. Il étudia aussi la langue grecque ; mais
il l'entendait mieux qu'il ne la prononçait. On juge même qu'il possédait
l'hébreu, le syriaque, l'esclavon, sur ce qu'il n'eut jamais besoin
d'interprète pour entendre les ambassadeurs des nations où l'on parlait ces
langues étrangères.
Éginhard, le plus fidèle historien de notre monarque,
semble dire qu'avec toutes ces grandes connaissances il ne savait pas écrire.
Mais il y a toute apparence que cela doit s'entendre du grand caractère romain,
dont on renouvela l'usage sous son règne. Les termes dont se sert Éginhard,
portent à le prendre en ce sens. C'était à dessein de s'habituer à peindre ce
caractère que Charles avait toujours des tablettes sous son chevet, et que dans
les intervalles du sommeil il tâchait d'en former quelques lettres. Mais s'y
étant pris trop tard, il ne put jamais y réussir, sinon peut-être à peindre son
monogramme qui était en ce caractère. Nous disons peut-être, parce qu'il
pouvait en avoir une empreinte. Les paroles dont on dit qu'il accompagnait
quelquefois sa souscription au bas des traités, feraient juger que ce monogramme
était effectivement gravé sur le pommeau de son épée. « Je l'ai signé,
ajoutait-il, du pommeau de mon épée, et promets de le maintenir avec la
pointe. » Il est si vrai qu'il faut entendre de la sorte l'endroit
d'Éginhard, qu'il assure lui-même que Charles écrivit l'histoire des anciens
rois comprise en certain vers barbares. D'ailleurs, on conserve encore
aujourd'hui dans la bibliothèque de l'empereur, un manuscrit qui contient une
explication de l'épître aux Romains sous le nom d'Origène, corrigé de la propre
main de ce prince.
[Les pères du concile tenu dans l'église de sainte
Macre au diocèse de Reims en 881, ne croyaient pas non plus qu'Éginhard, dont
ils citent les paroles, eût voulu dire par-là que Charlemagne ne savait du tout
point écrire.]
On voit par là l'usage qu'il faisait de son savoir. Il
l'employait à corriger aussi les livres de la bible ; et dès l'an 788 il était
venu heureusement à bout d'en corriger plusieurs. Il travailla encore lui-même
sur la fin de ses jours à conférer la version latine des saints évangiles, avec
la version syriaque et l'original grec. Il composa même divers ouvrages, comme
on le verra par la suite. De sorte, suivant la remarque d'Alcuin l'un de ses
Maîtres, qu'on était dans l'étonnement de ce qu'un souverain, toujours occupé
des affaires de sa cour et du gouvernement d'un vaste royaume, pût encore
trouver du temps pour étudier et approfondir les plus hautes sciences.
C'était sans doute à dessein d'en ménager tous les
moments, que souvent lorsqu'on l'habillait, il jugeait les procès que ses
officiers ne pouvaient terminer, et donnait ses ordres pour ce qu'il y avait à
faire. De même pendant le repas il voulait, ou qu'on lui tînt des discours
propres à lui apprendre quelque chose, ou qu'on lui lût quelque bon livre. Il
se faisait ordinairement lire les annales des rois. Mais il se plaisait
particulièrement à la lecture des écrits de S. Augustin, et avait toujours le
volume de la Cité de Dieu au chevet de son lit.
Non seulement ce prince étudia les sciences et s'y rendit
habile ; mais il voulut que ses fils et petits-fils y fussent instruits,
préférablement à tout autre exercice, et se faisait lui-même un plaisir de les
y instruire, si nous en croyons l'historien Thégan. Les Seigneurs de sa cour
entrèrent dans le même goût ; et son palais devint par là une véritable école.
Mais il porta ses vues encore plus loin, et ne les borna à rien moins qu'à
rétablir et renouveler les sciences dans toute l'étendue de ses états, à en
policer les différents peuples, à y faire observer la règle et le bon ordre en
toutes choses. C'est à quoi il tournait toute son attention, lorsqu'il était
libre d'ennemis. C'est à quoi tendaient ces belles ordonnances qu'il publiait
de temps en temps, et le soin qu'il prit de retoucher les lois des Francs, et
de faire rédiger par écrit celles des autres nations de son obéissance.
Nous nous sommes assez étendus ailleurs sur les moyens
qu'employa ce sage prince pour réussir dans ce généreux dessein ; et nous ne le
répéterons pas ici. Seulement nous observerons qu'il exécuta à la lettre les
avis que Paulin d'Aquilée lui avait donnés à cet effet. Il ne cessa donc
jusqu'à la fin de ses jours d'exhorter les prélats à l'étude des saintes
écritures, afin d'y puiser une doctrine saine et une érudition convenable ; le
clergé à l'observation de la discipline ; les philosophes à la connaissance des
choses divines et humaines ; les moines à la régularité ; les grands à donner
de bons conseils ; les juges à la justice ; les guerriers aux armes ; les
supérieurs à l'humilité ; les inférieurs à l'obéissance ; tous à la vertu
et à la concorde. Par là ce grand monarque rendit son règne le plus florissant
qu'on eût vu depuis plusieurs siècles. Ses états étaient réglés comme sa
famille ; et sa famille l'était autant que sa propre conduite; où l'on
remarquait une sagesse pareille à celle qui éclatait dans ses discours; et qui
le faisait comparer à Salomon.
Rien n'échappait à sa vigilance ; et dès qu'il avait
connaissance de quelque abus, il tâchait aussitôt d'y apporter remède. Autant
il haïssait l'ignorance dans le clergé, autant il détestait la lâcheté dans la
noblesse. Les charges militaires et civiles n'étaient que pour ceux qui avaient
de la probité et de la valeur. Encore ne les donnait-il qu'avec un discernement
admirable, et n'en mettait jamais deux à la fois sur la même tête. De même il
ne poussait aux dignités ecclésiastiques que ceux qui réunissaient la science à
la piété. Il suffisait d'être ignorant ou sans religion pour en être exclu sans
retour.
La lecture assidue qu'il faisait des bons livres, lui
inspira une piété aussi solide qu'éclairée, qui le garantit de deux excès
également à craindre, la superstition et la nouveauté. Zélé pour le culte de
Dieu, il contribuait généreusement à l'étendre parmi les peuples de sa
domination, et ne semblait faire de nouvelles conquêtes que pour y faire
connaître et adorer cet Être souverain . Témoin la guerre de trente-trois ans
qu'il fit en Saxe. On vit en cette occasion, comme en beaucoup d'autres, que
son ardeur pour le salut de ses sujets n'était pas moins industrieuse qu'elle
était vive.
Il serait difficile de faire une juste énumération de
toutes les églises, de tous les monastères et autres saints lieux; ou qu'il
fonda et bâtit de nouveau, ou qu'il rétablit, dota, enrichit. L'Église romaine
eut le plus de part à ses pieuses libéralités. L’on a vu ce qu'il fit en faveur
du chant ecclésiastique. Il avait tant d'attrait pour les offices divins, qu'il
y était très assidu, et se levait même la nuit pour y assister. Son amour pour
l'Église était incomparable. Que de conciles il assembla, où de concert avec
les évêques et les seigneurs de ses états il faisait ces beaux règlements, dont
plusieurs ne font que rappeler les anciens canons qui concernent le dogme, la
morale, la discipline. Il ouvrait ordinairement lui-même ces saintes assemblées
par un discours toujours éloquent ; car il aimait à parler en public, et se
faisait volontiers honneur de ses études. Il n'oublia rien pour éteindre les
hérésies, et pacifier les troubles qui agitaient l'Église. Ce fut autant par
ses soins que par les écrits des Théologiens de son règne, que furent extirpées
les erreurs d'Élipand et de Félix.
Ses charités envers les pauvres de son royaume étaient
immenses et s'étendaient même jusque sur les chrétiens d'Afrique, d'Égypte, de
Syrie et de Palestine. L’hôpital qu'il établit à Jérusalem avec une riche
bibliothèque pour servir aux pèlerins qui y iraient des pays d'Occident, est
une autre preuve de sa pieuse magnificence. La compassion pour les chrétiens d'Espagne
opprimés par les Sarrasins, l'engagea à y aller en personne pour les délivrer
de la tyrannie de ces barbares. Les souverains pontifes, comme les autres,
eurent part aux effets de sa générosité et de sa protection. Il délivra de
leurs ennemis et vengea les papes Adrien Ier et Léon III, qu'il
rétablit sur leur siège. Ce fut sans doute cette tendre piété qui, jointe à sa
valeur, fit donner à ce grand prince de son vivant le surnom de David, sous
lequel il est particulièrement connu dans les écrits d'Alcuin.
Il avait trente-deux ans et quelques mois de règne,
lorsqu'en 800 se trouvant à Rome, il y fut couronné Empereur le jour de Noël,
et proclamé Auguste : titre qu'il porta depuis au lieu de celui de Patrice, et
qu'il fit passer à ses descendants. Mais il ne se servit de la nouvelle
autorité qu'il put lui donner, auprès des princes étrangers, soit chrétiens ou
infidèles, que pour rendre les uns favorables à l'Église, et procurer quelque
consolation aux chrétiens qui se trouvaient sous la domination des autres.
En 806, il convoqua une assemblée à Thionville; où
voulant prévenir en bon père et en sage prince les divisions que pourrait
causer sa mort entre ses héritiers, il régla leurs partages. Mais ce testament
ne pouvant avoir lieu à cause de la mort de Charles son aîné et de Pépin son
second fils, survenue depuis, Charles en fit un autre, dans lequel se proposant
le même but que dans le premier, il se proposa encore de faire des aumônes
suivant l'usage des chrétiens.
Telle fut en abrégé la vie de ce grand monarque, en qui
les vertus héroïques et chrétiennes, que nous y avons fait remarquer, ne
laissèrent pas de se trouver ternies par quelques défauts. On lui reproche
particulièrement d'avoir eu trop de passion pour les femmes, et d'avoir répandu
beaucoup de sang en diverses guerres entreprises par ambition. Défauts presque
inséparables de la fragilité humaine en la personne des souverains ! Défauts au
reste que ce pieux empereur tâcha d'expier les dernières années de sa vie par
la pratique de toutes sortes de bonnes œuvres, et par d'austères pénitences
dans l'exercice desquelles il mourut le vingt-huitième de Janvier 814. Son
corps fut inhumé dans l'église d'Aix-la-Chapelle, qu'il avait fait construire
sous l'invocation de la sainte Vierge. On éleva sur son tombeau un arcade dorée
avec l'épitaphe suivante, qui est bien simple pour un si grand prince.
ÉPITAPHE.
SUB HOC CONDITORIO SITUM EST CORPUS KAROLI MAGNI
ATQUE ORTHODOSI IMPERATORIS, QUI REGNUM FRANCORUM NOBILITER AMPLIAVIT, ET PER
ANNOS XLVII FELICITER REXIT. DECESSIT SEPTUAGENARIUS ANNO AB INCARNATIONE
DOMINI DCCCXIV INDICTIONE VII, V CALEND. FEBRUARIAS.
Cette épitaphe rapportée par Éginhard, ne donne à
Charlemagne que l'âge de 70 ans. Mais il en avait vécu 71 et dix mois, moins
cinq jours. Il avait épousé cinq femmes, dont il eut trois garçons et plusieurs
filles, sans compter les autres enfants que lui donnèrent ses autres femmes du
second rang. Les trois fils légitimes furent Charles, Carloman, à qui le pape
Adrien changea ce nom contre celui de Pépin, et Louis le dernier des trois. Les
deux premiers moururent avant leur père, comme on l'a dit ; et Louis, qu'il
avait fait couronner empereur l'année de sa mort, lui succéda à l'empire et au
royaume de France, et s'est fait connaître sous le nom de Louis le Débonnaire.
Quelques taches qui se fussent trouvées dans la vie de
Charlemagne, l'empereur Frédéric Barbe-Rousse ne laissa pas de le faire
canoniser au douzième siècle. C'est en conséquence qu'on a inséré son nom avec
la qualité de confesseur dans plusieurs martyrologes de France, d'Allemagne et
d’Italie. On a même fait la fête en plusieurs églises ; et quelques nations
dans l'université de Paris le reconnaissent pour leur patron. Encore à présent
à Aix-la-Chapelle on fait son office un jour de chaque mois. Mais ce qu'il y a
de surprenant, c'est qu'on s'y serve de leçons tirées des actes fabuleux du
faux Turpin. Après tout, quand sa mémoire ne se conserverait pas dans les
fastes ecclésiastiques, il laissa tant de monuments de sa magnificence, de sa
piété, de ses grandes lumières, qu'on peut dire que son nom ne mourra jamais.
II.
SES RÈGLEMENTS, SES LOIS ET AUTRES ÉCRITS.
On ne connaît point de rois français qui ait laissé à
la postérité plus de monuments de son savoir, que Charlemagne. Aussi est-il le
premier et le plus glorieux restaurateur des Lettres en France : titre qui
suffirait seul pour immortaliser sa mémoire. Entre les écrits qui nous restent
de lui, il y en a de plusieurs sortes.
Les plus connus comme les plus importants sont ses
capitulaires.
C'est ainsi qu'on nomme les ordonnances ou règlements
pleins de lumière et d'équité, faits pour établir le bon ordre dans les divers
états de la monarchie. Les uns regardent les matières ecclésiastiques, les
autres celles qui sont purement civiles. Tantôt c’était les conciles qui les
faisaient, et le prince les autorisait. Tantôt c'était le prince qui les ayant
dressés et fait confirmer par les évêques et les grands du royaume, les
publiait pour être observés dans ses états. De sorte que ces capitulaires
enferment presque tous les canons ou décrets, qui furent arrêtés dans les
conciles qui se tinrent durant le règne de Charlemagne, comme les actes de ces
conciles ne sont presque formés eux-mêmes que de ces capitulaires. On ne peut
donc rendre compte des uns, sans rentrer dans quelque détail des autres ; et
c'est pourquoi nous avons attendu que nous en fussions ici, pour parler des
conciles tenus à la fin du siècle précédent et au commencement de celui qui
nous occupe.
Benoît, diacre de l'église de Mayence, nous apprend de
quelle manière on procédait pour dresser ces capitulaires. C'était
ordinairement les plus habiles entre le clergé qui étaient chargés de
recueillir des livres de l'écriture, des anciens canons et des autres lois les
plus autorisées de l'Église, ce qu'il y aurait de plus convenable pour le
gouvernement de l'état. De ces extraits on composait les capitulaires, divisés
par chapitres ou articles ; et l'on y faisait entrer tout ce qui avait rapport,
suivant les besoins présents, tant à la religion et aux bonnes mœurs, qu'à
l'exercice de la justice ecclésiastique et séculière.
Le cardinal Baronius s'était imaginé que Charlemagne,
malgré la longueur d'un règne de trente-sept ans, n'avait fait qu'un très petit
nombre de capitulaires. Mais c'est une opinion que M. Daluze a solidement
réfutée, et qui ne peut se soutenir contre ce qu'il en a publié, et que
d'autres ont recouvré après lui. L'on y voit effectivement, qu'il nous en reste
plus de soixante, que ce grand prince publia depuis 769 jusqu’en septembre 813.
On croit le premier du recueil du commencement de son
règne. Il est divisé en dix-huit articles, et tend à rétablir et conserver la
discipline de l'Église. Il fut fait, comme il y est marqué, à la prière de ses
sujets, particulièrement des évêques et du clergé.
Le second fut publié à Héristal au mois de Mars 779, et
concerne en partie la discipline ecclésiastique et la police séculière. Il est
compris en 23 articles. Mais dans la collection des conciles où on l'a inséré,
il en contient 24, sur quoi M. Daluze observe que le onzième ajouté dans ces
éditions ne se trouve dans aucun manuscrit, et qu'il ne l'a lu que dans le
recueil du P. Simond. On ne saurait assurer si ce fut dans la même assemblée
que fut faite l'ordonnance ou constitution qui suit le capitulaire précédent,
et qui ordonne des messes et autres prières avec des aumônes pour le roi, son
armée et les besoins publics.
En 788, le prince se trouvant à Ratisbonne, comme l'on
croit, fit un petit capitulaire compris en huit articles, pour réprimer divers
abus, la plupart sous des peines pécuniaires.
L'année suivante 789 vit éclore quatre à cinq autres
capitulaires. Le premier et le plus considérable, qui contient 80 articles, ou
82 suivant les éditions des conciles, fut publié à Aix-la-Chapelle. Il roule
presque tout entier sur la religion. L'on y trouve en abrégé un règlement pour
les mœurs, tant des ecclésiastiques, des moines et des vierges consacrées à
Dieu, que des simples fidèles. On y ordonne l'établissement de petites écoles.
A la tête se lit une préface du prince, où adressant la parole aux évêques et
autres pasteurs des églises, il leur montre de quelle utilité il est, que la
puissance séculiers concoure avec la puissance ecclésiastique pour établir le règne
de Jésus-Christ. Les deux Capitulaires suivants de la même année sont fort
courts. L'un ne comprend que seize petits articles touchant les moines, presque
tous tirés de la règle de St. Benoît, et l'autre vingt-un qui règlent autant de
points de discipline, par rapport au clergé et à l'ordre monastique. On y
défend le sort des saints avec d'autres superstitions et le baptême des
cloches. Suivent deux autres articles séparés, dont le premier regarde la
nature des témoignages, et l'autre la découverte d'un trésor. Le quatrième
capitulaire est une constitution pour établir des évêchés en Saxe, où le prince
avait fait prêcher l'évangile depuis quelques années. Il est suivi d'une
ordonnance pour établir Trutmanne gouverneur dans une partie de ce pays
conquis, avec la qualité de comte. Le cinquième et dernier de la même année
comprend en 34 articles autant de règlements pour contenir les Saxons dans le
devoir, et les obliger à vivre en chrétiens. Le huitième de ces règlements
paraît étrange, en ce qu'il les contraint à se faire baptiser sous peine de
mort. Les pères Labbé et Cossart qui renvoient ce capitulaire à l'année 797,
n'y comptent que 33 articles. Il y a une édition séparée in-12 de ces
capitulaires pour la Saxe, faite sur un manuscrit du Vatican par M. Holstenius.
En 793, après la mort de la reine Hildegarde, le roi
Charles publia un petit capitulaire en 17 articles, pour régler les affaires
d'Italie.
Celui de l'année suivante est tout autrement important.
Il fut fait dans le grand concile de Francfort. Mais avant que d'en rendre
compte, il est à propos de dire un mot d'un autre concile tenu en Bavière dès
l'an 772, dont il ne se trouve rien dans les capitulaires que nous parcourons
ici. Ce concile, ne fut point nombreux. Il n'y assista que cinq à six évêques
et douze abbés, qui témoignent avoir été assemblés par Tassillon duc de
Bavière, afin de procurer l'observation des règles à l'égard des évêques et du
clergé, des abbés, des moines, des religieuses, et de maintenir en vigueur des
lois civiles. A cet effet ils firent treize canons touchant la discipline
ecclésiastique, et seize touchant la police séculière.
Le capitulaire de Francfort est compris en 54 articles,
qui forment les canons du concile qui s'y tint alors, où néanmoins on en compte
56, à raison des deux premiers qui contiennent les principaux sujets de la
convocation de cette assemblée, et qui manquent dans le recueil des
capitulaires. De là on peut conclure que ces capitulaires sont moins l'ouvrage
de Charlemagne que du concile. On prétend qu'il s'y trouva environ trois cents
évêques, tant des Gaules, d’Italie et de Germanie, que d'Espagne et
d'Angleterre. Il est moins vrai qu'il y en assista un grand nombre de tous les
pays de la domination du roi, qui s'y trouva en personne avec Alcuin son maître,
dont le concile fit l'éloge, en lui accordant son amitié et l'union de ses
prières. Théophilacte et Etienne, légats du pape Adrien I, y assistèrent aussi
; et l'on a dit ailleurs que Paulin patriarche d'Aquilée y fut un grand
personnage.
On commença par y condamner l'hérésie d'Élipand de
Tolède et de Félix d'Urgel, touchant l'adoption qu'ils attribuaient au fils de
Dieu. C'est ce que porte le premier canon en déclarant que le concile était
assemblé de l'autorité du pape et par le commandement du roi. Cette hérésie
avait déjà attiré quelques écrits, et en attira encore davantage dans la suite,
comme on l'a pu remarquer dans le cours de l'histoire de ce siècle.
Ensuite on passa à la question touchant le culte qu'on
doit aux images. C'était le second et le principal sujet de la convocation du
concile ; et l'on condamna le sentiment qu'on attribuait au second concile de
Nicée, d'exiger qu'on rendit aux images l'adoration comme à la sainte Trinité.
Cette dispute donna naissance aux livres Carolins, et à quelques autres
ouvrages dont on parlera dans la suite. Les autres canons de l'assemblée, ou
articles du capitulaire, roulent sur divers sujets de discipline, et rapportent
plusieurs particularités de ce qui se passa en ce concile, comme la
réconciliation de Tassilon duc de Bavière, la déposition d'un faux évêque nommé
Gerbod, la manière singulière dont un évêque nommé Pierre se justifia du crime
de perfidie. On apprend par le quatorzième article, ou seizième canon que la
cupidité commençait à se glisser dans les cloîtres, et que dès lors on y
vendait et achetait la profession monastique. C'est ce que le concile proscrit,
en ordonnant de recevoir les sujets qui se présenteront ; conformément à
l'esprit de la règle de St. Benoît.
Outre les canons dont on vient de donner une légère
idée, les actes du concile contiennent diverses autres pièces. On y trouve
d'abord une lettre du pape aux évêques d'Espagne, ensuite un traité dogmatique
au nom des évêques d'Italie, qui y réfutèrent l'erreur d'Élipand par la plume
de Paulin d'Aquilée; une lettre synodique au nom de tous les évêques de
Germanie, des Gaules et d'Aquitaine, adressée à tous les évêques et fidèles
d'Espagne, enfin une lettre du roi Charles à Élipand et aux autres évêques
Espagnols qui pensaient comme lui.
Le recueil de M. Baluze ne présente aucun capitulaire
sur les années qui suivirent le concile de Francfort, jusqu'en 797 qu'il en
produit un compris en onze articles. Il fut fait dans une assemblée d'évêques,
d'abbés et de Seigneurs, tenue à Aix-la-Chapelle le vingt-huitième d'Octobre de
la même année. Il regarde les Saxons, et ne roule presque que sur certaines
amendes pécuniaires, contre ceux de cette nation qui violeraient les lois du
royaume.
Après le retour des envoyés de Charles vers le pape
Léon en 799, pour le consulter sur quelques difficultés; particulièrement sur
ce qui regarde les évêques, ce prince publia en cinq articles un capitulaire
qui tend à les supprimer en France, et limite pour la suite leur pouvoir aux
simples fonctions de prêtre.
Suit une ordonnance pour enjoindre aux grands du
royaume, aux magistrats, et autres, de rendre aux évêques et autres
ecclésiastiques respectivement l'obéissance et l'Honneur qui leur sont dus
suivant les canons. Les PP. Sirmond, Cossart et Labbé, qui ont fait entrer
cette ordonnance dans le recueil des conciles, joignent deux autres articles
qui regardent le même sujet, mais que M. Baluze en sépare et ne rapporte qu'à
l'an 805.
On ignore à quelle année on doit rapporter le
capitulaire suivant, divisé en 70 articles, quoiqu'il ait été publié avant la
fin du huitième siècle. Il concerne la conservation et l'amélioration des fiefs
du domaine du roi. Le prince y entre dans un grand détail de tout ce qui est
nécessaire à l'entretien de sa maison, afin que tout y soit fourni en temps et
lieu convenable, et d'en bannir par là la confusion et le désordre. Ce
capitulaire°est suivi d'un autre fort court et mutilé touchant les devoirs des
officiers du palais, de Ministerialibus Palatinis.
Après quoi viennent sous le titre de capitulaire les
articles ajoutés à la loi des Lombards, et ceux qui en furent extraits pour
leur donner une nouvelle autorité. Les uns au nombre de huit ne regardent que
les affaires temporelles. A leur tête se lit une courte préface du prince, où
il marque l'occasion et le temps auquel il fit cette addition, c'est-à-dire en
801. Les autres articles sont au nombre de 49, et concernent les matières
ecclésiastiques et civiles : le rétablissement de la discipline dans le clergé
et les cloîtres, les peines portées contre les homicides, et autres points
semblables.
On rapporte à la même année 801 un article fait exprès
pour engager les fidèles à rendre le respect qui est dû au siège apostolique,
comme à celui qui a le plus d'autorité dans l'Église. Cette ordonnance est
suivie d'un capitulaire compris en 22 articles, qui contient la plupart des
devoirs d'un évêque et d'un prêtre.
Il y eut deux capitulaires l'année suivante 802, l'un
de 41 articles, l'autre de 23. Ils furent faits pour servir d'instruction aux
envoyés de l'empereur. Ces envoyés si célèbres dans l'histoire de ces temps-là,
étaient choisis, comme l'explique le premier article du premier de ces deux
capitulaires, entre les archevêques, les évêques, les abbés, ou même les
seigneurs laïcs qui avaient plus de religion, pour veiller dans certains
cantons qui leur étaient marqués, sur l'observation des lois et le maintien du
bon ordre, tant par rapport au clergé qu'aux autres divers états du royaume.
Dans ce premier capitulaire, qui est sans contredit un des plus beaux et des
plus instructifs de tout le recueil, le prince descend dans un grand détail de
tous les principaux devoirs, tant des envoyés mêmes, que des différents ordres
de personnes, sur lesquels s'étendaient leur inspection. A la fin se lisent une
petite description des lieux de leur territoire seulement par rapport à la
France jusqu'à la Loire; et deux modèles du serment de fidélité que les sujets
du prince devaient lui prêter.
Il ne parut point en aucune année du règne de
Charlemagne un plus grand nombre de capitulaires qu'en 803. On en compte
jusqu'à huit de cette date. Le premier contient 7 articles, presque les mêmes
qui se trouvent dans d'autres capitulaires, surtout ceux qui regardent les
évêques, la justification des prêtres accusés, la conservation des biens,
privilèges et honneurs de l'Église. Un autre article prescrit que l'élection de
l'évêque se fera par les suffrages du clergé et du peuple, suivant les règles
du diocèse. Ce capitulaire fut confirmé dans un concile tenu à Aix-la-Chapelle,
où l'on croit que Paulin patriarche d'Aquilée représentait le pape Léon III. A
l'égard de l'article qui concerne la manière dont les prêtres accusés doivent
être justifiés, il est suivi de deux autres, faits en d'autres temps, quoique
la même année, pour l'expliquer et le corriger. Le second capitulaire de 803
comprend onze articles, que Charlemagne crut devoir ajouter à la loi salique.
Ils sont répétés d'autres capitulaires. Le troisième compris en 29 articles et
deux petits appendices qui se trouvent dans divers manuscrits, regarde divers
règlements de police. Le quatrième concerne la loi des Ripuariens. Le
cinquième, où il manque huit articles, est un supplément aux capitulaires
précédents. On peut considérer le sixième comme un autre supplément aux capitulaires
faits pour l'instruction des envoyés. Le septième qui est trop court, ne
contient presque que des défenses générales de commettre le crime. Enfin se
trouve dans le huitième la prière que le peuple fit à l'empereur dans
l'assemblée de Worms, d'exempter les évêques et les prêtres du service de la
guerre, et la réponse favorable du prince. Après quoi vient une défense aux
prêtres de porter les armes ; une exposition des raisons qu'a eu ce prince de
faire cette ordonnance et une autre défense de commettre des crimes capables
d'attirer la malédiction de Dieu sur l'état.
En 804, Charlemagne publia un petit capitulaire pour
régler quelques points de discipline, par rapport au clergé et à l'ordre
monastique, en faveur des églises de Salz, aujourd'hui Salzbourg. Il est
compris en huit articles, et adressé aux prêtres, à qui le prince en douze
autres articles prescrit les obligations, indispensables de leur ministère. Il
exige surtout qu'ils soient instruits de la science des écritures.
Ce capitulaire est suivi d'un diplôme donné la même
année à Aix-la-Chapelle, en faveur de l'église d'Osnabruck en Westphalie, à
laquelle le prince fait diverses donations, et où il établit à perpétuité des
écoles pour le grec comme pour le latin.
Il parut quatre capitulaires en 805, faits ou publiés
dans l'assemblée de Thionville. Le premier divisé en 16 articles est un des
plus importants pour le renouvellement des Lettres, en ce qu'il prescrit la
manière de lire; d'écrire, de chanter; qu'il ordonne l'étude de l'arithmétique de
la science des temps, de la médecine ; et qu'il enjoint aux évêques, aux abbés
et aux comtes d'avoir des notaires ou secrétaires qui sachent écrire
correctement. Outre ces règlements, il en contient encore quelques autres qui
regardent la discipline, particulièrement celle qui doit s'observer dans les
cloîtres. Le second et le troisième capitulaires sont les mêmes presque mot à
mot. Il n'y a guère de différence entre eux, que le renversement de quelques
titres, et que l'un en contient 25, et l'autre seulement 24. Ce sont des
règlements pleins de sagesse et de lumière qui concernent le bien public, aussi
sont-ils adressés à tous les sujets du prince en général. Le quatrième
capitulaire est compris en 16 articles presque tous tirés des précédents. Il
fut donné à Jessé évêque d'Amiens, un des envoyés de l'empereur, pour en faire
observer les règlements.
L'année suivante 806 en vit paraître six autres. Le
premier est le partage que Charlemagne fit entre ses trois fils, Charles, Pépin
et Louis, pour prévenir les différends qu'ils auraient pu avoir à sa mort. Mais
il n'eut pas lieu, pour les raisons qu’on a dites ailleurs. Le second
capitulaire comprend en huit articles des additions que le prince jugea à
propos de faire aux lois déjà. établies. Le troisième et le quatrième sont fort
courts, et répétés presque en entier d'autres capitulaires précédents. Ils
furent donnés aux envoyés pour les notifier aux peuples et les faire exécuter.
Le cinquième intitulé le capitulaire de Noyon, fut aussi dressé pour les envoyés,
et contient d'excellentes instructions pour le maintien du bon ordre dans
l'église et dans l'état, particulièrement pour réprimer la cupidité, et
pourvoir au besoin des pauvres en temps de famine. Le sixième et dernier
capitulaire de 806 ne comprend que des règlements généraux touchant la
discipline ecclésiastique, l'observation des fêtes, des jeûnes de carême, des
prières publiques.
On ne trouve qu'un seul capitulaire de l'année 807. Il
fut fait à Aix-la-Chapelle, et résume en sept articles la manière dont chaque
peuple doit prendre les armes pour la défense des places qu'il doit secourir,
et de quelle sorte on doit réparer les murs des églises ou chapelles, fournir à
leurs luminaires, etc.
On en a trois, mais fort courts, de l'année suivante
808. Encore le premier et le troisième ne paraissent être que des sommaires de
titres touchant des matières partie ecclésiastiques, parties séculières, qu'on
avait touchées dans d'autres capitulaires. Le second compris en sept articles,
est aussi répété d'autres capitulaires qui regardent le civil.
Les deux qu'on nous a conservés de l'an 809, sont
mixtes, comme plusieurs autres, concernant l'église. et l'état. La plupart des
articles qu'ils contiennent sont encore pris d'autres capitulaires précédents.
Il est marqué que le premier des deux, dont il est ici question, fut fait et
publié à Aix-la-Chapelle, peut-être dans le concile que Charlemagne, selon
quelques auteurs, y assembla au mois de Novembre de la même année. Mais il ne
nous reste rien autre chose de ses actes. On croit que la question sur la
procession du S. Esprit y fut agitée, et que le résultat donna occasion à la
seconde lettre sous le nom de ce prince au pape Léon III. La lettre, dont on
parlera dans la suite, roule effectivement sur cette matière ; mais elle ne
porte point de marques qu'elle ait été écrite, cette année-là.
Le recueil que nous suivons, ne nous présente que trois
petits capitulaires de l'année 810. Le premier divisé en 28 articles, est
autant en faveur de la police séculière que de la discipline ecclésiastique. On
y exhorte les vieillards à donner aux jeunes gens bon exemple en toutes choses
; les prêtres à instruire les peuples et à les porter à la pratique des bonnes
oeuvres, nommément de l'aumône, afin de détourner les effets de la colère de
Dieu. Le second ne contient que les simples titres ou sommaires de 16 articles,
et le troisième n'est qu'une petite instruction pour les envoyés du prince où
la cause des pauvres n'est pas oubliée, non plus que dans plusieurs autres.
Outre la lettre circulaire de Charlemagne sur les
cérémonies du baptême, et son testament qui est un illustre monument de sa
piété, de son amour pour la paix et de sa tendresse pour les pauvres, ce prince
toujours attentif au bien spirituel et temporel de ses sujets, publia à cet
effet trois capitulaires en l'année 811. Les deux premiers contiennent des
questions sur diverses matières, touchant le bon gouvernement ecclésiastique et
politique, sur lesquelles il exigeait que les évêques, les abbés, les comtes ou
gouverneurs lui donnassent leurs avis, afin de les mettre par-là dans la
nécessité de s'instruire de ce qu'ils étaient obligés de ne pas ignorer. Le
troisième est une liste des prétextes dont on couvrait divers abus qui se
glissaient contre les lois ecclésiastiques et civiles. Ces capitulaires sont
fort utiles pour connaître les mœurs du siècle et la vertu de l'empereur, et
les deux premiers servirent comme de boussole à cinq conciles qui se tinrent
deux ans après.
L'année suivante 812, Charles publia trois autres
capitulaires, avec une ordonnance en faveur de quelques Espagnols qui s'étaient
réfugiés en France. Le premier et le second capitulaire roulent presque
entièrement sur le service que les sujets de l'empereur doivent pour la guerre.
Le troisième détaille les différentes manières de terminer les procès.
En 813 il y eut aussi trois capitulaires, dont on ne
connaissait que le premier avant M. Baluze, qui a tiré les deux autres de
l'obscurité où ils étaient cachés. Ce premier capitulaire est des plus importants.
On apprend des annales de Moissac de quelle manière il fut dressé. Charlemagne,
dans un parlement qu'il tint à Aix-la-Chapelle au commencement de la même
année, avait ordonné qu'il y aurait cinq conciles dans les principales
métropoles de son royaume : à Mayence, à Reims, à Tours, à Arles et à
Châlons-sur-Saône pour la province de Lyon, et que ce qu'on y aurait résolu lui
serait rapporté. Ces cinq conciles se tinrent effectivement ; et l'on y prit
pour sujet des décisions qu'on y fit, les questions proposées par le prince
dans les deux premiers capitulaires de 811, dont on a parlé. De sorte que les
cinq assemblées se rencontreront à faire presque les mêmes règlements. Chacune
d'elles les envoya ensuite à l'empereur, qui les fit examiner en sa présence à
Aix-la-Chapelle au mois de Septembre de la même année, et en choisit 26
articles, auxquels il en ajouta deux nouveaux pour former le capitulaire en
question. Les deux articles qui ne se trouvent pas entre les canons des cinq
conciles, regardent, l'un les prêtres qui pour de l'argent découvraient les
voleurs sur leur confession, et l'autre le droit de faïde, fameux dans les lois
barbares ; c'est-à-dire le droit qu'avaient les parents d'un homme tué de
venger sa mort par celle du meurtrier. Le premier des cinq conciles, suivant la
date, est celui d'Arles qui commença le sixième des ides, ou le dixième jour de
mai, dans la basilique de S. Etienne. On ne le compte ordinairement que pour le
sixième de ceux qui ont été célébrés dans cette ville ; mais il en est le
huitième selon nous. Jean, archevêque du lieu, et Nebridius de Narbonne, l'un
et l'autre du nombre des envoyés du prince, y présidèrent. Il s'y fit vingt-six
canons, dont le premier est une profession abrégée de ce qu'on doit croire.
Tous les autres ne sont pas moins intéressants, et tendent à établir une exacte
discipline dans le clergé et les cloîtres, une bonne intelligence et un heureux
concert entre les évêques, les comtes et les juges, afin de pouvoir agir plus
efficacement pour le maintien de la justice et de la paix. Ils insistent
particulièrement à porter les évêques et les prêtres à s'instruire pour être en
état d'instruire les autres. Ils veulent aussi que les parents instruisent
leurs enfants, et les parrains ceux qu'ils ont tenus sur les fonts du Baptême.
Pour motif de ces engagements, ils établissent que l'ignorance est la source de
toutes les erreurs. Le concile de Reims, le second de cette ville dont il nous
reste des actes, suivit de près celui d'Arles, s'étant tenu à la mi-Mai. Vulfaire,
archevêque diocésain, y présida ; et l'on y fit 44 canons, dont la plupart
concernent l'instruction des prêtres, des diacres et des sou diacres. Il y en a
trois employés à tacher de retrancher tonte occasion de parjures, qui se
multipliaient alors, comme il paraît par là.
Il y a plus de choses à dire sur le concile de Mayence.
Il s'assembla le cinquième des ides, ou le neuvième jour de Juin, dans le
cloître du monastère de S. Alban. Hildebalde qualifié archevêque du palais,
parce qu'il était archevêque de Cologne et archichapelain, et Riculfe et Arnou
archevêques, l'un de Mayence, et l'autre de Saltzsbourg, et Bernaire évêque de
Vormes, qui prennent tous quatre le titre d'envoyés du prince, présidèrent à ce
concile. Il s'y trouva vingt-six autres prélats, vingt-cinq abbés et plusieurs
laïcs de marque. Afin de procéder avec plus d'ordre, on divisa toute
l'assemblée en trois classes. Les évêques formaient la première, et
s'appliquèrent à lire l'écriture, les canons et divers ouvrages des Pères, pour
trouver les moyens de conserver la discipline de l'Église, et de remédier aux
abus qui s'y étaient glissés. La seconde classe était composée des abbés et des
moines choisis, qui consultèrent avec soin la règle de St. Benoît, pour y
découvrir de quoi remédier à l'observance monastique. Enfin, la troisième
classe était des comtes et des juges, qui examinèrent les lois séculières en
vue de rétablir le bon ordre dans le gouvernement civil. Cette manière de
procéder dans ce concile, nous instruit de ce qui se pratiqua apparemment dans
les autres. On y dressa 55 canons, qui répondent plus directement que ceux des
autres quatre assemblées, aux questions proposées par l'empereur en 811.
Presque tous ces canons sont remarquables pour les
sages règlements qu'ils contiennent. On y insiste fortement sur l'instruction,
voulant que les parents aient soin d'envoyer leurs enfants aux écoles ; que
lorsque l'évêque sera absent ou malade, il y ait toujours quelqu'un pour
prêcher en sa place les dimanches et fêtes suivant la portée du peuple ; que
les chanoines s'appliquent tellement à l'étude, qu'ils se rendent capables
d'instruire les peuples. Dans la liste qu'on y donne des fêtes qu'on célébrait
alors, au moins dans la métropole de Mayence on marque celles de l'assomption
de la sainte Vierge, de S. Michel, de S. Remi, de S. Martin. On y recommande
l'observation du jeûne des quatre temps, et l'on y prescrit celle des Rogations
en y marchant nu-pieds avec la cendre et le cilice.
Ni le jour
ni le mois auxquels se tint le concile de Tours ne sont point marqués. C'est le
troisième célébré dans cette ville dont nous ayons les actes. Il s'y lit 51
canons, dont plusieurs sont employés à établir la nécessité de s'instruire par
rapport aux ecclésiastiques, surtout les évêques et les prêtres. Il voudrait
que les premiers apprissent par cœur, s'il était possible, les saints évangiles
avec les épîtres de S. Paul, et qu’ils fissent une lecture assidue des
explications que les pères en ont publiées, aussi bien que de leurs autres
écrits, nommément le pastoral de S. Grégoire et les saints canons. Il ordonne
encore que chaque évêque y aura des homélies contenant les instructions
nécessaires pour son troupeau, et qu'il prendra soin de les traduire clairement
en langue romaine, rustique et en tudesque, afin que tout le monde les puisse
entendre. Nous avons parlé ailleurs de l'usage de ces deux langues en France;
et l'on voit par là combien il y était commun, et que le latin n’était plus
entendu de la plupart du peuple. En général ce concile entre dans un grand
détail de ce qui concerne la discipline de l'Église et le bon ordre dans les
cloîtres et parmi les simples fidèles. Il oblige ceux-ci à communier trois fois
l’an, ce qui montre que la piété était bien tombée, et veut qu'on les avertisse
d'entrer dans l'église sans bruit, sans tumulte, et de s'abstenir pendant la
messe, non seulement de discours inutiles, mais aussi de mauvaises pensées. Le
vingt-deuxième canon prouve ce que nous avons dit ailleurs de la multiplicité
des pénitentiels au commencement de ce siècle. Il y en avait un si grand nombre
et si différents entre eux, qu'on ne savait auquel s’en tenir.
On ne nous a point conservé, non plus que de celui de
Tours, ni le jour ni le mois de la tenue du concile de la province de Lyon. Il
s'assembla à Chalons-sur-Saône, et fut le second de ceux qui se sont tenus dans
cette ville. On y fit 66 canons, dont plusieurs renchérissent sur l'obligation
qu'ont les évêques et les autres ecclésiastiques de s'instruire eux-mêmes, et
d'instruire les peuples confiés à leurs soins. Sur ce principe, ils ordonnent
l’établissement des écoles, conformément à ce que l’empereur avait prescrit à
ce sujet, afin que les clercs apprennent les bonnes Lettres et les saintes
Écritures. Il est peu de conciles dans ce siècle-là qui se soient plus
clairement expliqués sur les Sacrements, et les dispositions nécessaires pour
les recevoir.
On voit par ce qu’il dit sur la pénitence publique,
qu'elle commençait alors à tomber. Il se plaint des pénitentiels, qui
flattaient les pécheurs en imposant pour de grands péchés des pénitences
légères et inusitées. Dès lors on y substituait par abus les pèlerinages aux
travaux pénibles et salutaires de la pénitence : ce que le concile blâme,
surtout dans les clercs sans blâmer néanmoins les pèlerinages, pourvu qu'on les
accompagne de prières, d'aumônes et de la correction de ses mœurs. Tout ce
qu'il dit sur la pénitence est plein de lumière et de sagesse. Ses autres
décrets ne sont pas moins estimables, non plus que ceux des autres conciles
tenus la même année. On peut dire que depuis la fin du sixième siècle on
n'avait point vu paraître de plus excellents règlements.
Tels furent les conciles d'où Charlemagne tira son
premier capitulaire de 813. Dans un manuscrit de Gand, il se trouve augmenté de
deux articles répétés d'autres capitulaires, mais qui ne se lisent point
ailleurs. Le second capitulaire de la même année, compris en 20 articles,
concerne particulièrement l'administration de la justice séculaire, et a été
tiré de la loi salique, des lois romaines et des gombettes. Le troisième qui
comprend 46 articles, fut fait, comme il semble, dans une assemblée
d'Aix-la-Chapelle tenue au mois de septembre. A s'en tenir au titre, on
croirait que les règlements qu'il annonce regardent tous des points importants
de la discipline ecclésiastique. Mais ils ne traitent dans la vérité que des
peines portées contre l'homicide, le rapt, le vol, le parjure et le violement
des autres lois civiles.
Outre tous ces capitulaires qui ont une date fixe, il y
en a cinq autres du même prince dont l'année est incertaine. Ils n'avaient
point encore paru avant l'édition de A. Baluze, qui les a tirés de divers
manuscrits. Le premier et les deux derniers semblent faits pour servir
d'instruction aux envoyés du prince, qui étaient chargés de veiller sur le
maintien du bon ordre dans les divers états du royaume. Les 59 articles que
contient le premier sont pris en abrégé de plusieurs autres capitulaires, et
concernent la discipline, tant ecclésiastique que monastique. Il n'y en a que
neuf dans le cinquième capitulaire, qui d'ailleurs n'est pas entier ; mais ils
sont beaucoup plus étendus que les 59 du précédent. Les évêques, les prêtres et
les autres ecclésiastiques y trouvent une règle abrégée de conduite, digne de
la sainteté de leur caractère. A l'égard du quatrième divisé en treize petits
articles, répétés d'autres ordonnances, il roule tout entier sur l'observation
des lois civiles. Il est marqué que le second et le troisième furent faits de
concert avec Louis fils de l'empereur et les plus habiles évêques de leurs
états. Ils concernent l'un et l'autre les biens et les privilèges de l'Église,
et l'honneur de ses ministres. Le troisième est en partie une répétition du
précèdent et du huitième de l'an 803, où il est parlé de l'exemption accordée
aux évêques et aux prêtres de porter les armes pour le service de l'empereur.
Ce sont là tous les capitulaires de Charlemagne
recueillis par M. Baluze. Il y en a encore quelques autres, dont on rendra
compte, après qu'on aura dit un mot des recueils qui ont précédé celui de M.
Baluze, et de leurs éditions.
Vers 827, environ quatorze ans après la mort de
Charlemagne, Anségise, abbé de Fontenelle, travailla à une collection des
capitulaires de ce prince, auxquels il en joignit plusieurs de Louis le Débonnaire,
et divisa son ouvrage en quatre livres. Le premier et le troisième sont
employés à rapporter ceux qui appartiennent à Charlemagne ; et le second avec
le quatrième contiennent ceux de l'empereur Louis. Outre cette division entre
les capitulaires de ces deux princes, Anségise en a établi une autre pour
distinguer les matières dont ils traitent. Il a donc destiné les deux premiers
livres aux règlements ecclésiastiques, et les deux autres aux ordonnances qui
concernent le civil, et qu'il nomme Leges mundanae.
Au bout de
quelques années, Benoît, diacre de l'église de Mayence, s'étant aperçu qu'il
était échappé à la connaissance d'Anségise grand nombre de capitulaires, tant
de Charlemagne et de Louis le Débonnaire, que de Pépin et de Carloman, se mit
en devoir de les recueillir. Il exécuta ce dessein, et en forma trois livres
qu'il ajouta aux quatre précédents. Mais quelque soin qu'il apportât à donner
une collection exacte et entière, il n'y réussit pas si parfaitement, qu'il ne
laissât après lui de quoi faire plusieurs additions à ceux de l'empereur Louis
en particulier. La collection de Benoît commença à paraître, comme l'on croit,
vers l’an 845.
[les
éditions des capitulaires]
Deux
ans après, l'empereur Lothaire I, fils de Louis le Débonnaire, publia un autre
recueil des mêmes capitulaires. Mais celui-ci n'en est qu'un abrégé fait avec
choix, et ne contient rien qui ne soit dans la collection d'Anségise, sinon le
capitulaire que Lothaire y ajouta pour confirmer ceux qu'il avait recueillis,
ou fait recueillir. Ce recueil est cependant celui qui a été le premier mis
sous la presse. En 1545 il fut imprimé à Ingolstat chez Alexandre Veissehorn,
par les soins de Gui Amerpach, qui les dédia à l'empereur Charles-Quint et
Ferdinand roi des Romains. Jean Busée jésuite le fit depuis réimprimer à la
suite des lettres d'Hincmar qui parurent à Mayence en 1602, et Goldast l'inséra
ensuite parmi les coutumes et lois impériales, imprimées à Francfort en 1643.
Les
collections d'Anségise et de Benoît sont beaucoup plus considérables, et ont
été tout autrement célèbres.
Sitôt que
la première fut sortie des mains de son auteur, Louis le Débonnaire l'adopta et
la revêtit de son autorité. Charles le Chauve son fils la citait comme ayant
force de loi dans l'usage public, et comme le code des lois des Français.
L'autre collection n'avait pas acquis moins d'autorité dès le milieu du siècle
où elles parurent, non seulement dans le royaume de Germanie, mais aussi dans
celui de France. C'est de là qu'Herard archevêque de Tours tira le fonds des
capitulaires qu'il publia alors, Isaac évêque de Langres en fit autant quelque
temps après. En un mot, cette collection est fort célèbre dans les auteurs du
même siècle, et des suivants, tels qu'Incmar, Reginon, Fulbert, Ive de
Chartres.
Ces
deux collections réunies ensemble et faisant sept livres, furent d'abord
réimprimées à Paris en 1548 in-12.
Mais
Jean du Tillet évêque de S. Brieuc, puis de Meaux, qui dirigea l'édition, ne la
poussa que jusqu'au 289 chapitre du sixième livre. En 1557, Basile-Jean Herold
fit entrer dans son code des lois anciennes, imprimé à Basle, la collection
d'Anségise, dont le quatrième livre se trouve tronqué et imparfait dans cette
édition, où il y a d'ailleurs peu d'ordre. Fabricius, s'il n'y a faute dans son
texte, en marque une édition faite dès 1550.
Au
bout de trente-huit ans, le savant Pierre Pithou forma le dessein de donner une
édition plus parfaite des sept livres des capitulaires, et l'exécuta l'an 1588
en un volume in-8°. qui parut à Paris avec un glossaire pour expliquer les mots
barbares, et les additions au recueil d'Anségise et de Benoît, divisées en
quatre livres. Cette édition n'est pas néanmoins si exacte, que, M. Baluze n'y
fasse observer plusieurs fautes. C’est apparemment ce qui porta François Pithou
en publier une autre sur celle de son frère et de du Tillet. Celle-ci fut
encore faite à Paris l'an 1603, en même volume que la précédente, avec les
mêmes ornements et quelques capitulaires de Charles le Chauve et d'autres rois
français. L'éditeur, malgré ses soins, ne réussit point parfaitement, remarque
M. Baluze, à nous donner un texte exact et correct. Il s'y trouve effectivement
des endroits interpolés et corrompus, sous prétexte de les avoir voulu
corriger.
Cette
édition cependant, toute vicieuse qu'elle est, servit de modèle à Frideric
Lindenbrog, pour réimprimer les capitulaires dans le code des lois anciennes,
qu'il publia d'après Herold à Francfort en 1613. Elle fut renouvelée, elle-même
séparément en un volume in-8°, qui parut à Paris les années 1620 et 1640.
Après
toutes ces éditions, M. Baluze entreprit de travailler à une plus entière et
plus complète. Il fit faire et fit lui-même à cet effet toutes les recherches
possibles dans les meilleures bibliothèques de France, d'Italie et d'Allemagne,
où il recouvra heureusement quantité de manuscrits, sur lesquels il revit et
réforma le texte des imprimés, et qui lui fournirent grand nombre de
capitulaires qui avaient échappé à tous les collecteurs précédents. Tant de
richesses mirent le nouvel éditeur en état de donner le recueil le plus parfait
qui eût encore paru. Il est divisé en deux volumes in-folio, et imprimé à Paris
chez François Muguet, directeur de l'imprimerie royale, en 1677.
Les
pièces que contient le premier volume, y sont rangées suivant l'ordre
chronologique. D'abord se présente tout ce que l'éditeur a pu recouvrer
d'ordonnances, d'édits, de règlements, de lois, etc. publiés par nos rois de la
première race, depuis Childebert I. Pièces entre lesquelles se trouvent les
lois des Ripuariens, des Allemans, des Bavarois, et desquelles, comme de
presque toutes les autres, nous avons rendu compte dans le cours de notre
histoire du sixième et septième siècle. Après quoi viennent quelques
capitulaires de Carloman et de Pépin le Bref, desquels nous avons aussi parlé
en donnant une notion des conciles tenus au siècle suivant.
On
trouve ensuite le recueil des capitulaires de Charlemagne qui occupe la
principale partie dû volume. Il y en a quantité, comme on l'a déjà dit, qui
n'avaient jamais été imprimés. Tous y sont rapportés suivant les années de leur
date, autant que l'Éditeur l'a pu découvrir; et c'est dans cet ordre que nous
en avons fait l'énumération. Entre ces capitulaires, M. Baluze a inséré
quelques lettres et autres monuments qui appartiennent à Charlemagne, et dont
nous allons bientôt rendre compte. A ce recueil succède celui de Louis le
Débonnaire, dont on parlera plus au long en son lieu.
En
l'un et l'autre sont placés deux capitulaires de Pépin roi d'Italie fils de
Charlemagne. L'un compris en 37 articles, dans le dernier desquels il y a
quelques lacunes, fut publié, comme l'on croit, en 793, après que la révolte
d'Italie eut été apaisée et les auteurs punis. Ce sont autant de règlements en
faveur de la discipline ecclésiastique et de la police séculière. Ce premier
capitulaire n'avait point encore été imprimé. Le second, qui tend aux mêmes
fins, a été tiré de la loi des Lombards, et contient vingt-neuf articles.
A la
suite des capitulaires de l'empereur Louis viennent les collections d'Anségise et
de Benoît, avec les quatre additions qui y ont été faites. Les canons d'Isaac
évêque de Langres et les capitulaires d'Herard archevêque de Tours, terminent
le premier volume de la nouvelle édition.
A la
tête du second volume sont placés les capitulaires de Charles le Chauve, suivis
de ceux des rois ses successeurs, qu'on a pu déterrer, jusqu'à Charles le
Simple et l'empereur Louis II du nom. Viennent ensuite les formules de
Marculfe, avec quelques autres, dont on a déjà rendu compte pour la plupart. Comme
l'éditeur a inséré la loi salique dans les capitulaires -de Charlemagne, parce
que ce prince lavait fait retoucher, il a cru devoir imprimer dans son second
volume le glossaire qu'a fait M. Pithôu pour expliquer les termes les plus
grossiers de cette loi. Ce glossaire et ce-lui du même auteur en faveur des
capitulaires, sont les morceaux par où M. Baluze commence son recueil de
remarques et d'observations sur sa nouvelle édition. A ces glossaires succèdent
les notes du P. Sirmond sur les capitulaires; celles du célèbre M. Bignon sur
les formules de Marculfe ; et enfin celles de M. Baluze sur tout le corps des
capitulaires, dans lesquelles on trouve autant de lumière que d'érudition. Un
appendice, où l'éditeur a recueilli plus de cent soixante monuments de l'antiquité
qui peuvent beaucoup servir à éclaircir l'histoire du neuvième siècle, fait la
clôture du second volume de son édition, qui est d'ailleurs fort bien
conditionnée pour le papier et le caractère. Il n'a pas négligé de l'orner de
vignettes convenables, de tables alphabétiques à la fin de chaque volume, de
notes marginales, sur-tout dans le premier volume, à la tête duquel se lit une
savante préface, ou l'éditeur rend raison de toute l'économie de son dessein.
Quelque
parfaite, au reste, que sait cette nouvelle édition, il semble que M. Baluze
ait négligé d'y faire entrer divers règlements de Charlemagne, qui se trouvent
dans le recueil de Goldast ; faute peut-être de l'avoir consulté. Il n'y a
point inséré la collection faite par l'empereur Lothaire, de laquelle nous
avons déjà fait mention. Il est vrai qu'elle ne contient rien qui ne se lise
dans celle d'Anségise ; mais il parait qu'on aurait dû lui faire le môme
honneur qu'a celle-ci, et à l'autre du diacre Benoît.
Voici quelques autres capitulaires qui sont dans
Goldast, et ne se trouvent pas dans M. Baluze.
1. Une constitution de Charlemagne en date de l'an 786,
par laquelle il accorde aux comtes qui l'avaient accompagné en Espagne dans la
guerre contre les Sarrasins, des terres considérables en Thuringe, avec le
droit de faire travailler à leur profit aux mines d'or et d'argent qui s'y
trouvaient.
2. Une
autre constitution rapportée et confirmée par les empereurs Frédéric I et II,
touchant le siège de l'empire d'Occident, que Charlemagne, suivant cette
constitution, fixe à Aix-la-Chapelle, dont il fait un petit abrégé de
l'histoire, en reprenant les choses d'origine. Mais à dire ce que nous en
pensons, cette pièce, quoique réimprimée dans Bollandus et autorisée par deux empereurs,
nous paraît un peu suspecte.
3. Le fragment d'une troisième constitution publiée en
777 dans l'assemblée des états, après que les Saxons eurent été subjugués. Ce
fragment regarde les privilèges des nobles entre les Français et les Germains.
4. Un
capitulaire compris en dix-huit articles, et donné dans une autre assemblée qui
se tint au mois de Mars 780. Plusieurs de ces articles sont répétés du
capitulaire de 779, imprimé dans M. Baluze ; mais la plupart manquent dans son
édition. Tous, excepté le 5 et 6, concernent la discipline ecclésiastique. Le
dernier, qui est le plus prolixe, contient une triste description des crimes
énormes qui se commettaient alors trop communément en France, en Italie, et qui
avaient attiré sur les peuples divers fléaux de la colère de Dieu. Le prince y
menace de punir ces crimes, suivant la rigueur des lois romaines, qui était la
peine du feu, si l'on ne cessait de les commettre.
Goldast rapporte encore quelques autres pièces, qu'il
attribue à Charlemagne. Mais la plupart sont très peu de chose. Nous parlerons
plus bas de celles qui nous paraissent le mériter.
Depuis que l'édition de M. Daluze est sortie des
presses, divers savants, en visitant les meilleures bibliothèques de l'Europe,
ont recouvré quelques nouveaux capitulaires du même prince, qui n'avaient pas
encore été imprimés.
Dom Mabillon, dans le cours de son voyage d'Italie, en
a trouvé deux de cette nature, qu'il a publiés au premier tome de son Museum Italicum. Les principaux règlements
qu'ils contiennent tendent à faire observer une exacte discipline dans les
monastères, et à réprimer la négligence des juges à rendre la justice aux
sujets du roi. M. Eccard dans son recueil de lois imprimé à Francfort et à
Leipsick en 1720, a inséré quelques capitulaires de Charlemagne qui regardent
particulièrement la cause des veuves et des orphelins, et qui n'avaient jamais
paru au grand jour.
Dom Martene et Dom Durand ont aussi tiré de l'obscurité
trois nouveaux capitulaires du même prince. Un manuscrit du neuvième siècle
appartenant autrefois au monastère de S. Paul à Rome, et à présent à la
bibliothèque du cardinal Chigi, a fourni les deux premiers. L'un compris en 34
articles regarde la discipline ecclésiastique et le gouvernement civil. L'autre
divisé en cinq articles ne concerne que les affaires temporelles. Il n'y paraît
point de date, mais il est assez visible d'ailleurs qu'ils furent publiés avant
que Charlemagne fût parvenu à l'empire. La défense qui y est faite de la chasse
aux évêques, aux prêtres et aux diacres, aux abbés et aux moines, fait voir que
la bonne discipline était considérablement tombée dans les cloîtres comme dans
le clergé. Le troisième capitulaire est encore plus intéressant que les deux
autres. C'est une instruction adressée aux envoyés du prince, par une espèce de
lettre circulaire qui se lit à la tête, avec les noms de plusieurs de ces
envoyés.
L'instruction regarde uniquement le clergé, sur lequel
le prince, qui était alors empereur, les exhorte fortement à veiller, afin que
les règles y soient exactement observées. II veut qu'ils aient une attention
particulière à ce que les ecclésiastiques soient fournis des livres nécessaires
pour Ies fonctions de leur ministère. On voit par quelques-uns des articles de
ce capitulaire, qui en comprend vingt, que la pénitence commençait dès lors à
tomber sensiblement, et que quelques prêtres négligeaient de mêler de l'eau
avec le vin dans le sacrifice de l'autel.
Tout ce que nous venons de dire sur les capitulaires de
Charlemagne suffit pour faire juger de l'estime qu'ils méritent. M. du Pin à la
fin de son huitième siècle, et M. l'abbé Fleuri au quarante-troisième livre et
les suivants de son histoire ecclésiastique, en ont fait un précis tout propre
à en donner une idée fort avantageuse. Le P. le Cointe en a inséré presque tous
ceux qui étaient connus de son temps, dans le sixième et septième volume de ses
annales ecclésiastiques de France, où ils se trouvent le plus souvent éclaircis
par de courtes remarques. Travail qui lui a d'autant plus coûté, que l'édition de
M. Baluze n'avait pas encore paru.
Dom Mabillon dans ses annales en a usé comme le P. le
Cointe, à l'égard des capitulaires qui concernent la discipline monastique.
Il est hors de difficulté, que les principales lois que
fit Charlemagne, sont comprises dans ses capitulaires. Il ne laissa pas
cependant de travailler sur les anciennes lois établies avant lui par ses
prédécesseurs, et autres. Il retoucha ou fit retoucher, comme on l'a dit, la
loi Salique; et c'est pour cette raison que M. Baluze l'a insérée dans ses
capitulaires. On a parlé de onze articles qu'il y ajouta en 803. Mezeray
prétend même qu'il y fit une addition de 23 ordonnances ou règlements. On ne
peut guère douter que ce sage prince ne rendît le même service aux autres anciennes
lois à l'usage des différents peuples de son empire. Et c'est peut-être tout ce
que signifie l'endroit du monument imprimé dans Goldast, où il est dit que
Charlemagne établit des lois pour les Saxons, les Suèves, les Francs, les
Ripuariens; les peuples du Norique ou Bavarois, et les Saliens. Si nous nous en
rapportons à un ancien annaliste, qui s'est beaucoup étendu sur les actions de
ce grand prince, il faudra dire qu'il avait fait un code de toutes ces
différentes lois. Cet écrivain nous apprend en effet, que Charlemagne à l'issue
d'un concile tenu à Aix-la-Chapelle au mois d'octobre 802, où il avait fait
revoir la liturgie romaine par les évêques, assembla les ducs, les comtes et le
reste du peuple chrétien avec les jurisconsultes, et qu'en leur présence il fit
corriger les lois de son royaume, suivant ce qu'il jugea le plus convenable.
Qu'il en forma un recueil, qu'il fit distribuer aux juges, pour s'y conformer
en rendant la justice à ses sujets. Peut-être aussi ne doit-on entendre par là
que quelque recueil de ses principaux capitulaires, nommément de ceux qui
étaient pour l'instruction de ses envoyés.
Le plus important recueil des écrits de Charlemagne
après ses capitulaires, est sans doute celui de ses lettres. Il est vrai
qu'elles se trouvent fort dispersées ; mais nous allons tâcher de les réunir
dans la notion que nous nous proposons d'en donner.
La plus longue, comme la plus intéressante, est celle
qu'il écrivit en son nom à Elipand de Tolède et aux autres évêques d'Espagne, à
l'issue du grand concile de Francfort en 791. Ce qui donna particulièrement
occasion à cette lettre fut celle que ces prélats avaient adressée à
Charlemagne, pour le prier de faire examiner en sa présence l'écrit qu'ils lui
adressaient pour soutenir leurs erreurs touchant l'adoption qu'il attribuaient
à Jésus-Christ, et que le concile venait de condamner. Après un assez long
prélude sur les avantages de l'unanimité de sentiments en fait de religion, et
sur l'excellence de la foi catholique, le prince leur témoigne sa douleur de
l'oppression qu'ils souffraient entre les infidèles, qui étaient les Sarrasins
; mais qu'il était tout autrement touché de l'erreur qui régnait parmi eux. Il
leur annonce qu'elle a été unanimement condamnée dans un concile de toutes les églises
de son obéissance. Qu'il leur envoie les écrits faits à ce sujet, c'est-à-dire
la lettre du pape Adrien, le traité de Paulin d'Aquilée, où il parle au nom des
autres évêques d'Italie, la lettre synodique des évêques des Gaules, de
Germanie et de la Grande-Bretagne, où ils trouveraient une réponse à leurs
objections. Que leur écrit a été exactement lu et examiné dans le concile, où
l'on a décidé ce qu'il fallait croire sur ce sujet. II les conjure ensuite
d'embrasser cette décision en esprit de paix, et de ne pas s'estimer plus
savants que l'Église universelle ; leur déclarant au reste que s'ils ne
renoncent à leur erreur, ils seront regardés comme hérétiques et excommuniés.
Cette lettre est aussi bien écrite que tout autre monument de ce temps-là. Elle
ne respire que la charité et le zèle de voir tous les membres de l'Église
réunis dans une même croyance. Le prince la finit par une belle profession de
foi sur les principaux mystères de la religion, particulièrement celui de la
sainte Trinité, où il rejette expressément la prétendue adoption des Espagnols.
Outre les divers recueils des conciles où l'on a inséré cette lettre, elle se
trouve encore dans le premier volume des constitutions impériales recueillies
par Goldast.
Le même éditeur dans son second tome a fait imprimer
sous le titre d'Édit ou ordonnance de Charlemagne touchant la sainte Trinité et
la foi catholique, une autre profession de foi, différente de celle qui termine
la lettre, et avec laquelle néanmoins elle convient en plusieurs points. Elles
conviennent, l'une et l'autre en ce qu'on suppose qu'elles ont été publiées
toutes deux dans le même concile de Francfort. Elles conviennent encore dans
l'ordre des articles, et en plusieurs expressions et sentiments qui sont les
mêmes. Elles établissent l'une et l'autre la procession du St. Esprit comme
procédant du Père et du Fils. Elles rejettent l'une et l'autre la fausse
adoption attribuée à Jésus-Christ, et l'épilogue de l'une et de l'autre serait
presque le même, si celui de la profession, qui porte le titre d'Édit, n'était
pas tronqué. Mais elles différent l'une de l'autre, en ce que celle qui est
séparée de la lettre s'étend plus sur quelques articles, et qu'elle condamne
nommément plusieurs hérésies, dont l'autre ne fait aucune mention. Telles sont
celles de Photon, d'Eutychès, de Jovinien, des Manichéens, et autres.
Une autre lettre des mieux écrites de Charlemagne, est
celle où il rend raison des noms de Septuagésime, de Sexagésime et
Quinquagésime, qu'on donne aux trois dimanches qui précédent le carême. Il ne
prend dans l'inscription que les titres de roi des Français, empereur des
Lombards et patrice des Romains : ce qui montre que la lettre fut écrite avant
que l'auteur fût parvenu à l'empire. C'est une réponse à Alcuin, qui avait
traité le même sujet dans une lettre adressée au prince, qu'il priait de lui
faire savoir ce qu'il pensait sur cette question. Si Charlemagne n'y donne pas
des raisons plus satisfaisantes que n'avait fait Alcuin, il y fait au moins
paraître une érudition peu commune en ce temps-là. On y peut apprendre diverses
choses sur les jours d'abstinence et de jeûne, alors en usage dans différents
pays. Cette lettre imprimée entre les vies d'Alcuin, se trouve aussi dans le
recueil des constitutions impériales par Coldast, où elle est même plus
entière. Il y manque effectivement à la fin dans l'autre édition, l'endroit par
où le prince répond à l'application qu'Alcuin fait des paroles de la reine de
Saba à Salomon. Cette même lettre ainsi tronquée avait été imprimée dès 1560 à
Anvers, avec quelques autres fragments du même prince, par les soins de
Wolfgang Lazius : recueil qui parut de nouveau à Ingolstadt en 1580. On l'a
aussi insérée parmi les auteurs qui traitent des offices divins imprimés à Rome
en 591, et ailleurs auparavant. Ce qui manque à cette lettre dans l'édition des
oeuvres d’Alcuin et les autres, se trouve dans la chronique de Centule.
Il y a trois lettres de Charlemagne à Offa roi des
Merciens. La première, qu'on croit écrite en 774, est pour lui donner avis de
ses conquêtes en Saxe, et de la conversion des peuples du pays à la religion
chrétienne. Il en prend occasion de l'exhorter à vivre en bonne intelligence
avec lui.
La seconde fut écrite aussitôt après la nouvelle de la
mort du pape Adrien ou dès la fin de l'an 795, ou au commencement de l'année
suivante. Charles y fait mention des présents qu'il envoyait aux églises
d'Angleterre, pour les engager à prier pour le repos de l'âme de ce pontife. Il
en avait joint quelques autres pour Offa même : un baudrier, une épée et deux
manteaux de soie. Il promet à ce prince toutes sortes de sûreté, tant pour les
pèlerins qui allant d'Angleterre à Rome passeraient par la France, que pour
ceux des Anglais qui trafiqueraient dans l'étendue de ses états.
La troisième est la 85 parmi celles d'Alcuin. Charles,
qui n'était pas encore empereur, l'écrivit à l'occasion d'un prêtre Hibernois
qu'il renvoyait dans son diocèse, après avoir fait quelque résidence dans celui
de Cologne. II prie Offa, qu'il qualifie son frère et son ami, de l'y faire
conduire, afin qu'il y soit jugé sur une accusation dont les évêques français
n'avaient pas voulu connaître. Il s'agissait d'avoir mangé de la chair en
carême, et d'avoir par là violé le jeûne.
Speelman, dans son recueil des conciles d'Angleterre rapporte
d'après Mathieu de Westminster une lettre comme écrite à Offa par Charlemagne,
au sujet de l'adoration des images. Mais d'habiles critiques jugent par la
manière fade dont elle est écrite, qu'elle n'a rien du style de ce prince que
l'inscription, et qu'elle est indigne de lui.
Celle qu'il écrivit pour l'établissement des écoles est
circulaire, comme il paraît par sa teneur et surtout par la fin. On la croit
écrite en 787. L'exemplaire qui nous en reste, et qui se trouve dans le recueil
des capitulaires, les collections générales des conciles et ailleurs, est
adressée à Baugulf abbé de Fulda. Par cette lettre, le prince veut que dans
toutes les églises épiscopales et tous les monastères de son obéissance on
ouvre des écoles pour l'instruction de la jeunesse, et qu'on ait soin de mettre
à leur tête des personnes habiles et capables d'instruire les autres. Mais
avant que de prescrire un établissement aussi utile, il commence par prouver
solidement les suites funestes de l'ignorance; les avantages et la nécessité de
la connaissance des Lettres.
Le zèle de
Charles pour avancer le grand ouvrage du renouvellement des études l'ayant
porté à prendre tous les moyens pour y réussir, l'engagea entre autres choses à
faire dresser un lectionnaire ou homiliaire pour servir aux offices de
l'église. Paul Warnefride, diacre d'Aquilée, fut chargé de ce dessein ; et
après qu'il l'eut exécuté, le prince mit à la tête une lettre en forme de
préface, pour exhorter à l'étude. Et afin de mieux piquer l'émulation de ses
lecteurs, il se donne lui-même pour exemple, et rapporte quelques traits de ce
qu'il avait déjà fait en faveur de la littérature. Dom Mabillon a réimprimé
cette lettre, parce qu'il l'avait recouvrée plus entière, et qu'il la jugeait
très rare, ne se trouvant, comme il lui semblait, que dans l'édition de
l'homiliaire faite à Spire en 1432. Mais elle se trouve aussi dans l'édition de
Cologne de l'année 1539. Depuis, M. Baluze l'a insérée dans le recueil des
capitulaires ; et Dom Mabillon après I'avoir donné dans le premier volume de
ses analectes, l'a répétée dans ses annales. Elle est au reste si belle et si
édifiante qu'elle ne saurait être trop répandue. Elle fut écrite, comme on
croit, en 788; et le nom de Charlemagne qu'elle porte est apparemment cause que
Sigebert a fait honneur à ce prince du lectionnaire même, comme s'il l'avait
dirigé.
Peu de temps après, Charles écrivit une autre lettre
encore plus importante que la précédente. On en ignore la date précise;
quoiqu'il soit constant qu'elle fut écrite avant la fin du huitième siècle. On
en est redevable à Dom Mabillon, qui l'a tirée d'un manuscrit de Richenou. Elle
est intitulée : De
gratia septiformis Spiritus, des sept dons du Saint-Esprit, et nous est une nouvelle preuve de
l'ingénieux moyen qu'employait Charlemagne pour engager les évêques et les
autres ecclésiastiques de son obéissance, à s'appliquer à une étude convenable.
Il paraît effectivement par cette lettre, que le prince avait proposé aux
évêques diverses questions sur le sujet dont elle traite. HILTIBALDE de
Cologne, MAGINHART de Rouen, AGIN de Bergame, GERHOHUS d'Eichstat, et HARTRIGII
de Toulouse y répondirent chacun par un écrit qu'ils envoyèrent au prince, et
qui ne paraissent plus nulle part. Charles ayant reçu ces réponses, en prit
occasion d'écrire à ces prélats la lettre dont il est ici question. D'abord il
y fait une petite récapitulation de leurs écrits. Il s'agissait en particulier
de savoir si les justes de l'ancienne loi avaient tous reçu les sept dons du
St. Esprit. Ces prélats avaient avancé que chacun d'eux en avait reçu quelque
partie. Mais Charles fait voir qu'un des dons du Saint-Esprit ne peut être sans
les autres dans un homme juste, et montre ensuite l'enchaînement qu'ils ont
entre eux, et les effets qu'ils produisent en ceux qui en sont gratifiés. A la
fin de la lettre se lisent deux petits fragments, qui paraissent en avoir été
détachés, on ne saurait dire pourquoi et comment. Mais il est visible qu'ils
appartiennent à la pièce. C'est pour prouver par l'exemple de St. Pierre et de
quelques autres apôtres, de quelle manière on peut connaître que le
Saint-Esprit communique ses dons. On peut dire que ce monument est précieux, et
une preuve de la piété et du savoir de son auteur. Il y a dans le style autant
de simplicité que de noblesse.