Noctes
Gallicanae
EGINHARD
Vie et oeuvres
HISTOIRE LITERAIRE DE LA FRANCE
où l’on traite
DE L'ORIGINE ET DU PROGRÈS, DE LA DÉCADENCE
et du rétablissement des Sciences parmi les Gaulois et parmi les
François; Du goût et du génie des uns et des autres pour les Letres en chaque
siécle; De leurs anciennes Ecoles; De l'établissement des Universités en
France; Des principaux Colleges; Des Académies des Sciences et des Belles
Letres; Des meilleures Bibliothéques anciennes et modernes; Des plus célebres
Imprimeries; et de tout ce qui a un rapport particulier à la Literature.
avec
Les Eloges historiques des Gaulois et des François qui s'y sont
fait quelque réputation, Le Catalogue et la Chronologie de leurs Ecrits; Des
Remarques historiques et Critiques sur les principaux Ouvrages; Le dénombrement
des différentes Editions
Le tout justifié par les citations des
Auteurs originaux.
PAR DES RELIGIEUX BENEDICTINS DE LA
CONGREGATION DE S. MAUR.
TOME IV
qui comprend les huitième et neuvième
Siécles de l'Eglise.
nouvelle Edition, conforme à la précédente
et revue
Par M. PAULIN PARIS, Membre de l'Institut.
A PARIS,
Librairie de VICTOR PALMÉ, 25, rue de
Grenelle-Saint-Germain.
MDCCCLXVI
(source : Gallica, site de la BNF)
HISTOIRE DE SA VIE.
EGINHARD, l'un des plus savants hommes de son siècle,
et des plus grands seigneurs de la cour de Charlemagne, était de la France
orientale. On ne connaît point précisément le lieu de sa naissance, et il ne le
désigne lui-même qu'en général, par un pays barbare où la langue des Romains
n'était point cultivée. Il était tout jeune, lorsque le roi Charles l'attira à
sa cour, où il prit soin de le faire élever avec les princes ses fils, qui
l'honorèrent toujours de leur amitié. Éginhard fit tant de progrès dans les
lettres, et donna tant de preuves de son mérite, que Charles le choisit pour
son secrétaire. C'est en ce même sens, selon un moderne, qu'on doit entendre
ceux des anciens qui le font chapelain ou archichapelain de ce prince, ne
prenant point ce terme à la rigueur, mais comme venant de capella, qui signifie quelquefois le
lieu où l'on conservait les archives des rois.
[Il est peu de noms qui se trouve si diversement écrits dans les auteurs, que celui Éginhard, sait par corruption, inadvertance ou autrement. Il y est nommé tantôt Einard, Einhard, Heinard, d'autres fois Aenard, Ainard, Eiard, Adelme, Adhemar, Adelin, Hemar, Enchard, Einchard, etc.]
Charlemagne
donna encore à Éginhard de plus grandes marques de son estime et de son amitié,
en lui accordant en mariage sa fille Imma. Cette alliance, il est vrai, a passé
pour un paradoxe dans l'esprit de plusieurs savants.
[Entre les cinq filles légitimes Éginhard donne à Charlemagne, il ne nomme point Imma sa femme, non plus qu'entre ses trois autres filles naturelles : ce qui contribue le plus à faire douter qu’Imma fût fille de ce prince. Il faut convenir que cette preuve, quoique purement négative, est forte. Mais est-elle suffisante pour contrebalancer les preuves positives qu'on a du même fait?]
Mais il est
difficile de se refuser aux preuves qui l'établissent. Il est certain d'une
part, sans avoir recours aux annales de Lauresheim, Éginhard est qualifié
gendre de Charlemagne dans des manuscrits anciens, et que de l'autre il avait
réellement épousé une femme nommée Imma, à laquelle Loup de Ferrières donne le
titre « de très noble », nobilissimae illius feminae : titre qu'on ne donnait alors qu'aux personnes issues du
sang royal. Ajoutez à cela, Éginhard écrivant à l'empereur Lothaire, le traite
de neveu, neptitatem tuam. Il eut de
cette princesse au moins un fils nommé Vussin, qui embrassa depuis la vie
monastique, comme il paraît par les avis que lui donne son père dans une de ses
lettres.
A toutes ces marques de distinction dont Éginhard fut
honoré, Charlemagne ajouta encore la charge de surintendant de ses bâtiments,
dont il le revêtit. On juge par là Éginhard n'avait pas acquis moins de
connaissance des beaux arts, que de la belle littérature. Tant de crédit à la
cour, tant de capacité ne laissent aucun lieu de douter, Éginhard ne fût
souvent employé dans les plus importantes négociations. Cependant on ne le voit
paraître en ces rencontres qu'une seule fois à Rome, où il fut député en 806
pour faire confirmer par le pape Léon III le premier testament de
l'empereur:son maître.
Après la mort de ce prince, Louis le Débonnaire son
successeur eut pour Éginhard la même estime et le même attachement. Il lui
confia l'éducation de Lothaire son fils, qui fut empereur dans la suite, et lui
donna à lui et à sa femme deux terres en Germanie, dont ils cédèrent une à
l'abbaye de Lauresheim, et l'autre servit à fonder le monastère de Selgenstat.
Éginhard ne tarda pas à prendre le parti de la piété, qu'il mettait au-dessus
de tout le reste, et pour s'y donner tout entier, il se sépara de sa femme,
qu'il ne regarda plus que nomme sa sœur, et fit sa principale occupation du
gouvernement des monastères dont le prince le chargea. Il eut d'abord celui de
Fontenelle, qu'il résigna en 823 à Ansegise son ami, après l'avoir gouverné
sept ans presque entiers. Il eut ensuite ceux de S. Pierre et de
S. Bavon à Gand, mais il fixa sa demeure à sa terre de Mulinheim,
lorsqu'il l'eut convertie en un monastère, qui prit le nom de Selingestad ou
Selgenstat, et dont il fut le premier abbé.
Des reliques de S. Marcellin et S. Pierre
martyrs, qu'il reçut de Rome en 827 par le moyen de Ratlaïc son secrétaire,
donnèrent occasion à ce nouvel établissement.
On voit par quelques-unes de ses lettres combien
Éginhard se donna de mouvements, pour élever à l'honneur de ces saints martyrs
une église qui répondit à la célébrité de leur nom. On voit par d'autres
combien il était attentif à leur rendre ses assiduités et ses devoirs. Il se
trouvait néanmoins obligé de les interrompre plus souvent qu'il n'aurait
souhaité, pour aller à la cour, où l'on ne pouvait encore se passer de lui. Il
vint enfin un temps où il s'en dégoûta jusqu'au point qu'il ne prenait même
aucun plaisir d'en apprendre des nouvelles. Ce fut apparemment à l'occasion des
guerres civiles survenues entre les princes régnants. Éginhard, bien loin d'y
tremper le moins du monde, n'oublia rien pour conjurer l'orage dès sa
naissance. Sitôt qu'il eut appris le noir dessein que tramait l'empereur
Lothaire, il lui écrivit une lettre forte et pressante pour tâcher de l'en
détourner. Il prouva encore mieux par là que par sa longue lettre à
l'impératrice Hermengarde, qu'il n'avait eu aucune part, comme cette princesse
l'en accusait, aux premiers troubles qui s'élevèrent dans l'État sous son
règne.
Éginhard ayant entièrement renoncé à la cour, se
concentra dans son monastère de Selgenstat. Là tout occupé de l'étude et des
exercices de piété, il n'eut plus de commerce au dehors, qu'avec les gens de
Lettres. Le jeune Loup, depuis abbé de Ferrières, et alors étudiant à Fulde au
diocèse de Mayence comme Selgenstat, fut celui avec qui notre savant abbé
contracta plus volontiers des liaisons. Ce jeune élève, dont le mérite naissant
commençait dès lors à briller, comprit sans peine de quel avantage lui serait l'amitié
d'un homme si célèbre. Il la rechercha, et réussit aisément à l'acquérir. Il
consultait ordinairement depuis Éginhard sur les difficultés qui se
rencontraient dans ses études. Il en empruntait les livres qui lui manquaient,
et témoignait ne rien souhaiter plus ardemment que de passer quelques jours
près de sa personne. Enfin il apprit de lui tant de bonnes choses, qu'il le
regardait comme un de ses maîtres. Éginhard, par retour, l'aimait comme son
fils et son élève, et alla jusqu'à lui dédier un de ses écrits.
Quoiqu'il y eût déjà longtemps Éginhard fût séparé de
sa femme, il ne laissa pas d'être inconsolable à la nouvelle de sa mort. Il
conjectura dès lors que la sienne n'était pas éloignée ; et en ayant eu
quelqu'autre pressentiment, il pensa sérieusement à s'y préparer, et engagea
par avance ses amis à prier pour le repos de son âme. Il ne survécut sa femme
guère plus que de deux ans, et mourut en l’année 839. Il fut enterré dans
l'église de son monastère, comme il paraît par l'épitaphe suivante, qui est de
la façon de Raban, alors abbé de Fulde, et où il faut avoir moins d’égard à la
poésie qu'à l'histoire.
ÉPITAPHE
Te peto, qui hoc templum ingrederis, ne noscere
spernas,
Quid locus hic habeat,
quidque tenens moneat.
Conditus ecce jacet tumulo vir nobilis isto,
Einhardus
nomen cui genitor dederat.
Ingenio hic prudens, probus actu, atque ore facundus
Extitit, ac multis arte fuit
utilis.
Quem Carolus princeps propria nutrivit in aula,
Per quem et confecit multa
satis opera.
Nam horum sanctorum condigno
functus honore,
Exquirens Romae corpora
duxit et huc,
Ut multis prosint precibus, curaque medelae,
Ipsiusque animæ regna poli
tribuant.
Christe Deus hominem salvator, rector et auctor,
Aeternam huic requiem da
super astra pius.
On voit ici qu'au défaut des beautés de la poésie,
l'auteur de la pièce a réussi à nous y tracer les principaux caractères
Éginhard : la noblesse de son extraction, sa qualité d'élève d'un
empereur, son esprit, sa prudence, l'intégrité de ses mœurs, sa piété, son
éloquence, son habileté dans les beaux arts. D'autres écrivains du même temps
ont cru devoir aussi rendre quelque témoignage à son rare mérite. Walafride
Strabon, dans une épigramme qu'il a consacrée à sa mémoire, assure que malgré
sa petite taille, on admirait en lui les talents des plus grands hommes, et que
la connaissance qu'il avait des beaux arts, en avait fait un autre Beseléel.
Le chroniqueur de Fontenelle nous le donne pour un
homme consommé dans toutes sortes de sciences, viro undecunque
doctissimo.
L'on verra par le détail de ses ouvrages, que si ce jugement est un peu
exagéré, Éginhard avait au moins acquis tout le savoir qu'on pouvait acquérir
alors.
Un autre auteur contemporain du précédent, le qualifie
d’homme le plus prudent de son siècle. Aimoin de Fleuri, qui avoue avoir
beaucoup profité de ses écrits, quoiqu'il ne l’ait connu que sous le nom
d'Adhemar, nous le représente comme un moine aussi distingué par sa noblesse
que par sa science et sa-piété. Vossius réfléchissant sur les observations
astronomiques Éginhard a insérées dans ses Annales, conclut de leur justesse, que
l'auteur était versé dans l'astronomie.
L'ancien bréviaire de S. Vendrille marque la
commémoraison Éginhard au 18 de mai et ce monastère fait encore sa fête au 20
de février, peut-être sans beaucoup de fondement.
SES ECRITS.
On ne s'est pas toujours accordé à donner à Éginhard
tous les écrits qui lui appartiennent. Il s'est même trouvé quelques auteurs
qui ont douté que celui qui est le plus incontestablement de lui; fût
véritablement son ouvrage. Entrons dans le détail.
Nous avons Éginhard la Vie de Charlemagne son seigneur et son
nourricier, comme il le qualifie lui-même. Expressions qui forment un préjugé
favorable pour l'auteur, qui se montre par-là fort au fait de l'histoire qu'il
voulait transmettre à la postérité. Il est vrai que sachant que la langue
latine ne lui était pas naturelle, et que d'ailleurs Cicéron, qu'il cite, ne
veut pas qu'on s'émancipe d'écrire pour le public, si l'on n'a les talents
nécessaires pour y réussir, il hésita sur l'exécution de son entreprise. Mais
craignant d'une part qu'on ne laissât ensevelies dans l'oubli les actions de ce
grand prince, et voyant de l'autre que personne n'en était mieux instruit que
lui, il passa sur toutes les autres considérations pour se livrer au noble
désir de le faire connaître à la postérité, et de lui témoigner par là sa juste
reconnaissance.
[Dans
la chronique de l'abbé d'Ausberg, édition de Basie, 1537, p. 173, où il est
parlé Éginhard comme auteur de la vie de Charlemagne on a ajouté à la marge, vel ut alii volunt, Tacuinus. Vossius, dans le dernier endroit qu'on en a cité;
doute aussi de la même chose par ces paroles, vel ut alius, qu'il oppose à Éginhard]
On ignore le temps précis auquel Éginhard composa cet
ouvrage. Il semble toutefois qu'il n'y avait que peu d'années qu'il était sorti
de ses mains, lorsqu'il tomba entre celles de Loup de Ferrières, qui était
encore jeune et étudiant à Fulde vers l'an 834 ou 835. Le témoignage de cet
écrivain, ami particulier Éginhard, suffirait seul pour lui assurer la
possession où il est de cet ouvrage. L'auteur s'y est borné à représenter la
vie privée de Charlemagne, réservant sa vie publique pour un autre écrit, dont
on parlera dans la suite. Il avertit même qu'il n'y dira rien ni de sa
naissance ni du temps de sa jeunesse, parce qu'il n'en trouvait rien d'écrit,
et qu'il n'y avait plus personne en vie de ceux qui auraient pu l'en instruire.
On doit juger par-là Éginhard n'exécuta son dessein que plusieurs années après
la mort de son héros.
Il paraît qu'il s'est proposé de diviser son ouvrage en
deux livres ou deux parties, tel qu'il se trouve dans quelques manuscrits de la
bibliothèque impériale.
Dans la
première partie, l'auteur donne une idée abrégée des grands exploits de
Charlemagne; de manière que sans entrer dans aucun détail, il en dit assez pour
faire connaître en général les guerres qu'il a eu à soutenir, comment il les a
terminées toujours à son avantage, la crainte, l'estime et le respect qu'il
avait imprimé aux autres princes, soit voisins ou éloignés, à quel degré de
grandeur et de gloire il s'était élevé, et combien il avait étendu les limites
de son empire. Éginhard emploie la seconde partie à décrire les inclinations,
les mœurs, les actions domestiques de Charlemagne, sa manière d'élever ses
enfants, de gouverner ses états, et enfin sa mort. Il termine son histoire par
le dernier testament de ce prince, qu'il rapporte en son entier.
Sigebert et Vossius, suivis de quelques autres savants,
reconnaissent cette histoire de Charlemagne pour un ouvrage d'autant plus
sincère, Éginhard avait vécu plus familièrement avec ce prince. Il n'y a que
l'auteur de l'esprit de Gerson, qui ait déclaré sur cet article une
guerre mortelle à notre écrivain. S'il faut l'en croire, c'est un adulateur, un
homme partial, ignorant dans l'histoire et la chronologie, en un mot un
imposteur infâme. Mais sa passion est trop noire et trop marquée, pour qu'on
fasse attention aux injures dont il charge un illustre écrivain, qui a mérité
les éloges de toute sa postérité. Aussi M. Bayle, qui rapporte quelques traits
de cette censure outrée, a soin d'en relever quelques- uns avec son sel
ordinaire. Ce n'est pas à dire au reste que cette histoire de Charlemagne par Éginhard
soit sans défaut, et qu'elle suffise pour nous faire connaître parfaitement ce
prince. Quoique l'auteur s'y soit principalement attaché à nous représenter la
vie privée de son héros, il y a omis plusieurs faits de cette nature.
On en marque deux entre autres qui lui ont échappé, et
qui se trouvent dans un manuscrit de l'abbaye de S. Ived de Braine, ordre
de Prémontré, au diocèse de Soissons. Le premier de ces faits est la défaite
d'un ours, qui fit donner à Charles le surnom de grand. L'autre regarde sainte
Amelberge, qui, après avoir évité la poursuite de ce prince, se consacra à
Dieu.
Quant au style de l'écrit Éginhard, Loup de Ferrières,
qui était bien capable d'en juger, ne pouvait assez l'admirer. Il avoue à
l'auteur, sans prétendre le flatter, qu'il y trouvait l'élégance, la clarté, la
netteté, la précision et les autres beautés qu'il recherchait dans les ouvrages
des anciens.
Les
critiques qui sont venus dans la suite, n'ont point démenti ce jugement; et il
est au moins vrai de dire Éginhard, pour un homme du neuvième siècle, écrivait
avec beaucoup d'éloquence. C'est ce qui a fait croire à quelques-uns, que le
premier éditeur Éginhard en avait un peu poli le style. Mais d'autres observent
que cette conjecture est démentie par les anciens manuscrits.
Le titre de l'ouvrage se trouve différent dans les
divers manuscrits, ce qui a été suivi dans les imprimés. On lit dans les uns, vita
et gesta Caroli,
etc. Dans d'autres, seulement vita, etc. ou seulement gesta, etc. Dans ceux-ci, vita
et conversatio,
etc. On remarque aussi que la préface en entier manque dans quelques-uns, et
que d'autres ne présentent pas même le nom de l'auteur. Il y a jusqu'à cinq
manuscrits de cette histoire dans la bibliothèque impériale, dont l'un paraît
être du temps même Éginhard Il est de la main d'un Gerwolde clerc du palais,
qui a mis à la fin six vers élégiaques de sa façon, adressés, comme il semble,
à Louis le Débonnaire, pour l'usage duquel il avait copié cette histoire. M.
Lambecius a fait imprimer ce sixain, croyant être le premier qui le donnait au
public. Mais Duchesne l'avait déjà publié; et Dom Mabillon l'a encore donné
dans la suite. Gerwolde y donne à entendre que ce n'était pas là la seule pièce
qu'il eût faite à la louange du prince à qui il l'adresse.
Nous avons grand nombre d'éditions de la vie de
Charlemagne par Éginhard On est redevable de la première à Herman de Novenare
comte de l'Empire germanique, qui la publia à Cologne chez Jean Soter l'an 1521
in-4°. Cette édition est rare, mais elle n'est pas des plus fidèles. L'éditeur
y a joint les Annales, qu'on a reconnu depuis appartenir à Éginhard, et a mis à
la tête un petit discours sur l'origine et le pays des anciens Francs, avec un
épître dédicatoire à l'empereur Charles-Quint.
Gesner et Possevin attestent que la même vie fut
réimprimée à Basle in-folio l'an 1532. Cette édition fut suivie d'une autre qui
parut au même endroit en 1551, dans l'histoire de Germanie in-folio de Beatus
Rhenanus.
L'ouvrage Éginhard fut remis sous la presse à Cologne
en un volume in-12 séparé, auquel ses Annales se trouvent jointes. Mais l'année
de cette édition est marquée par les uns en 1561, et par d'autres en 1562. Elle
paraît avoir été faite sur celle de 1521. Juste Reuber mit la même histoire à
la tête de ses anciens écrivains d'Allemagne, qu'il publia in-folio à Francfort
en 1584. Marquard Fréher la fit entrer depuis dans son recueil d'historiens de
France, qui parut in-folio à Hanaw en 1613. Cet éditeur, dans l'avertissement à
la tête de son recueil, où il donne un abrégé, de la vie Éginhard, observe ce
que Gesner et quelques-autres avaient déjà observé, que c'est à faux et sans
nul fondement que des écrivains ont tenté de faire honneur de cette histoire au
célèbre Alcuin.
L'édition qui en avait paru à Cologne en 1521 avec
les Annales, fut renouvelée à Leipsik en 1616 in-4°. chez Henning Grocius. En
1631, Georges Helwich la publia de nouveau à Francfort, avec un commentaire de
sa façon.
Au bout de cinq ans, Duchesne en ayant revu le texte
sur cinq manuscrits, la fit entrer dans le second volume de ses Historiens
de France, qui vit le jour en 1636. Bollandus profitant des éditions
précédentes, qu'il eut soin de revoir sur deux autres manuscrits, inséra
l'ouvrage avec des notes de sa façon dans le second volume de son mois de
Janvier, qui sortit des presses en 1643. L'année suivante 1644, le texte
Éginhard fut réimprimé à Strasbourg chez Jean-Philippe Malbius in-4° avec
l'histoire de Charlemagne par Jean-Joachim Erantzius, et une préface de
Jean-Henri Boëder.
En 1667, Jean-Frédéric Besselius en donna une nouvelle
édition, enrichie de ses remarques, qui parut à Helmstad en même volume que la
précédente. A toutes ces éditions M. Lambecius méditait en 1669 d'en ajouter
une autre, sur les cinq manuscrits de la bibliothèque de l'empereur dont on a
parlé. Mais il ne paraît point qu'il ait exécuté son dessein projeté. M.
Heinecclus donna place à l'ouvrage Éginhard entre ses écrivains de Germanie
qu'il publia in-folio à Francfort en 1707.
Peu d'années après en 1711, M. Schminke en fit paraître
une autre édition à Utrecht chez Guillaume VandeWater. Elle est in-4° et
préférable à toutes celles qui l'ont précédée. Le texte en a été revu sur dix
éditions différentes et sur cinq manuscrits. Outre ses nouvelles notes,
l'éditeur y a joint celles de Besselius, dont on a parlé, une partie de celles
de Bollandus, et les observations de Melchior Goldast sur Éginhard, qui
n'avaient jamais paru dans le public.
A la suite vient une dissertation de Marquard sur la
taille de Charlemagne, avec les notes de Theilemare. Tout cela est terminé par
le petit discours du comte de Novenare qu'on a indiqué ailleurs, et les
variantes que l'éditeur a tirées des manuscrits.
Après tant d'éditions de la vie de Charlemagne par
Éginhard, Dom Jean Weinckens, prieur de l'abbaye de Selgenstat, l'a encore
publié, avec quelques autres ouvrages du même auteur, dans un volume in-folio
qui parut à Francfort en 1714 sous ce titre : Eginhartus
quondam Caroli Magni cancellarius, dein ecclesiae Selingestadiensis fundator,
nunc autem illustratus, etc.
Nous avons deux traductions en notre langue de
l'ouvrage Éginhard La première a été faite par les soins d'Elie Vinet, et
imprimée in-8°. à Poitiers chez Enguilbert de Marnef en 1558. L'autre est de la
façon de M. Cousin président en la cour des monnaies, qui l'a mise à la
tête de son histoire de l'empire d'Occident, imprimée à Paris en 1683 et
1689.
Éginhard a aussi composé des annales de France, que
divers éditeurs et quelques critiques ont voulu transporter à un autre
écrivain. Mais les savants ne font presque plus de difficulté de les regarder
comme son ouvrage. Il est certain qu'Odilon moine de S. Médard à Soissons, qui
n’écrivait au commencement du dixième siècle, reconnaît Éginhard avait composé
un ouvrage de cette nature, dans lequel il parlait de la translation de S.
Sébastien en France; et des miracles qui la suivirent. Or ces circonstances se
trouvent dans les annales qui portent le nom Éginhard dans l'édition de
Duchesne. C'est le même ouvrage qu'Aimoin de Fleuri désigne, et dont il avoue avoir
beaucoup profité pour écrire son histoire, quoiqu'il donne à son auteur le nom
d'Adhemar. Ce qui sert beaucoup à fortifier le sentiment qui attribue des
annales à Éginhard, c'est que celles qu'on lui donne se trouvent immédiatement,
et sans aucun titre, à la suite de la vie de Charlemagne dans un des anciens manuscrits
de la bibliothèque de l'empereur; dont on a parlé. Le comte de Novenare,
premier éditeur de cette vie, les avait aussi trouvées à la suite dans son
manuscrit. Deux ou trois faibles raisons ont le plus contribué à infirmer
l'opinion que nous soutenons ici. Premièrement on a vu que ce comte, qui est le
premier éditeur de ces annales, comme de la vie de Charlemagne, les donnait à
un certain moine bénédictin inconnu d'ailleurs. En second lieu, on a cru devoir
suivre d'autres éditeurs qui leur ont fait porter le nom d'Ademar, d'Adelme ou
Adelin, qu'on a cru devoir distinguer Éginhard, quoique ce soit le même. Enfin
l'éloge Éginhard qui se lit sur l'an 827 dans quelques éditions de ces annales,
et où il est qualifié le plus sage des hommes de son siècle, a fait trop
facilement conclure que cet ouvrage ne pouvait être Éginhard Mais on devait
observer que cet éloge ne se lit point ni dans la première édition de
l'ouvrage, ni dans les meilleures qui l'ont suivie, non plus que dans le
manuscrit sur lequel Duchesne a revu la sienne. Aussi a-t-on reconnu depuis que
cet endroit y avait été ajouté d'ailleurs après coup.
Pour ce qui est de la difficulté, qui a fait plus d'impression
sur l'esprit du P. le Cointe, et qui est prise de ce que l'auteur sur l'an 774
nomme Lauresheim son monastère; comme s'il en avait été moine, Duchesne en tire
une conséquence toute opposée à celle du P. le Cointe. Cet éditeur ajoute qu'il
y a tant de conformité entre le style de ces annales et celui de la vie de
Charlemagne, qu'on y reconnaît sans peine la même main. Il faut avouer que de
toutes les annales qui nous restent de ce temps-là, il n'y en a point qui
soient mieux écrites que celles dont il est ici question. Il n'y en a point non
plus qui méritent mieux qu'on leur ajoute foi; puisque l’auteur était
contemporain, ou presque contemporain des événements qu'il y rapporte. Plus il
approche du temps où il écrivait, plus il est étendu, autant que les faits lui
en fournissent la matière.
Ces annales contiennent l'histoire des règnes de Pépin
le Bref, de Charlemagne et partie de Louis le Débonnaire, depuis l'année 741
jusqu'à Noël 829, et font par conséquent un corps d'histoire d'environ quatre-vingt-sept
ans. Il est vrai que dans quelques éditions elles comprennent une ou deux
années de moins. C'est là Éginhard donne la vie publique de Charlemagne, comme
il a représenté sa vie privée dans l'ouvrage précédent. Non seulement il est
au-dessus des autres annalistes de son siècle pour la clarté et la pureté de
son style, mais aussi en ce qu'il entre dans un plus grand détails des faits et
de leurs circonstances.
En rendant compte de la vie de Charlemagne par notre
auteur, nous avons déjà marqué plusieurs éditions de ses annales qui ont
presque toujours été imprimées à sa suite. Il ne reste plus qu'à en faire
connaître quelques autres, et à faire observer les principales différences qui
se trouvent entre elles.
Dans l'édition de Juste Reuber elles sont poussées
jusqu'en 812. Mais ce qu'il y a de plus dans les autres éditions, a été pris de
l'astronome historien de Louis le Débonnaire. C'est l'unique fondement qu'a eu
cet éditeur pour les attribuer à ce dernier écrivain : attribution que
Lambecius a paru d'abord approuver, mais qu'il a ensuite abandonnée, pour
rendre l'ouvrage à son véritable auteur.
Après Reuber, Pierre Pithou publia les mêmes annales
dans son recueil de douze historiens contemporains, imprimé à Paris en 1588,
puis à Francfort en 1594. Elles y portent en tête le nom d'Adhemar ou Adeline,
et se trouvent sous le même titre dans d'autres recueils imprimés au même
endroit en 1600 et 1624.
Dès 1613 Marquard Fréher les incorpora dans sa
collection d'historiens de France, en les donnant, comme M. Pithou, à Adelme
moine bénédictin, que d'autres, dit-il, nomment Adhemar. En 1636, Duchesne les
fit réimprimer au second volume de son recueil, en les rendant à Éginhard, à
qui il prouve dans un petit avertissement qu'elles appartiennent. Son édition
est faite sur celle qu'en publia en 1521 le comte de Novenare, et qui est la
première de l'ouvrage. Mais il eut soin dans la suite d'en revoir le texte sur
un manuscrit du cardinal Georges d'Armagnac, qui lui fut communiqué par M. de
Peirese, et dont il a rapporté les variantes à la fin du volume.
La différence qui se rencontre entre cette édition et
celle de Fréher, consiste en ce que d'une part Fréher a mis un sommaire de sa
façon à la tête de chaque année ou chaque chapitre ; et que de l'autre on lit
dans son édition plusieurs traits qui ne sont pas dans celle de Duchesne. Aussi
Fréher s'est-il cru obligé d'avertir, qu'un moine de S. Germain avait inséré
dans l'exemplaire dont il s'est servi, plusieurs choses étrangères qui
regardent son monastère en particulier, et quelques autres. Voici un exemple de
ces dernières additions, pris de ce qui est dit sur l'année 827. Le texte dans
Duchesne porte simplement que cette même année les corps de S. Marcellin et de
S. Pierre furent apportés de Rome en France. Dans Fréher il est ajouté que ce
fut Hemard, et à la marge on lit Heinard, que d'autres nomment Einhard qui
envoya à Rome pour cette translation ; et tout de suite l'auteur de l'addition
lui donne l'éloge suivant, tiré de l'astronome historien de Louis le Débonnaire
: Sui temporis
prudentissimus virorum, sanctæ devotionis incitatus ardore.
Depuis l'édition de Duchesne on s'est accordé à rendre
ces annales à Éginhard, si l'on en excepte le P. le Cointe. MM. Heineccius et
Leuckfelde les lui donnent dans leur recueil d'historiens d'Allemagne, qui
parut in-folio à Francfort en 1707. M. le président Cousin les a aussi
traduites sous son nom, à la suite de la vie de Charlemagne; mais il n'a pas
poussé sa traduction au-delà de la mort de ce prince.
Tous les gens de Lettres qui connaissent l'histoire en
vers que le poète anonyme de Paderborn nous a laissée de Charlemagne, savent
qu'il a tiré le fonds de son ouvrage des annales dont on vient de rendre
compte.
Il y a aussi Éginhard un recueil de lettres, qui est
important pour l'histoire de son siècle. Aussi Duchesne l'a-t-il inséré parmi
les monuments de ses historiens de France. Ces lettres sont au nombre de
soixante-dix, et pour la plupart adressées à des évêques, des abbés, des
seigneurs de la cour, sur des affaires particulières à la vérité, mais qui ont
trait à l'histoire générale. Éginhard le plus souvent n'y prend point d'autre
qualité que celle de pécheur. C'est ce qu'il fait surtout dans celles qu'il
écrit aux évêques. A la tête de quelques-autres il se qualifie abbé, ce qui
nous autorise à lui en donner le titre. On en compte dans le recueil trois ou
quatre qui sont écrites au nom et en la personne de Louis le Débonnaire; on
jugerait par là Éginhard aurait exercé quelque temps sous ce prince la charge
de secrétaire, comme il avait fait sous Charlemagne.
Entre toutes ces lettres, celles qui méritent le plus
d'attention, sont la 30, la 34, la 62. La trentième nous apprend que l'auteur
avait un fils nommé Vussin, qui s'était consacré à Dieu, et qui savait allier
les exercices de la piété chrétienne avec l'étude des sciences et des beaux
arts, particulièrement de l'architecture. Éginhard lui donne à ce sujet
d'excellents avis, qui sont une grande preuve de la vertu du père. Quoiqu'il
l'aidât lui-même de ses lumières pour accélérer son progrès dans l'étude, il a
soin de l'exhorter à préférer la piété et les bonnes mœurs à tout le reste;
parce, dit-il, que sans cela tous les arts libéraux sont vains, et même
nuisibles aux serviteurs de Dieu, et que la charité édifie, au lieu que la
science ne fait qu'enfler le cœur.
La lettre 34 est écrite à l'empereur Lothaire, qui
méditait dès lors le perfide dessein qu'il fit bientôt éclore. Éginhard y
emploie toutes sortes de motifs et les raisons les plus fortes pour l'en
détourner, et l'engager à demeurer dans le devoir et la subordination envers
l'empereur son père. C'est de cette lettre que nous apprenons, que Lothaire
avait reçu son éducation Éginhard, et qu'il était son neveu qua propter admonendum
censui neptitatem vestram. Quelques critiques, qui ne sont pas pour l'alliance Éginhard
contracta avec Imma ou Emme tante de Lothaire, voudraient qu'on lût ici pietatem, au lieu de neptitatem. Mais il ne suffit pas de
vouloir simplement qu'une chose soit telle, pour qu'elle le soit en effet ;
il faut l'établir par de bonnes preuves, et c'est ce qu'on ne fait pas. Il
faudrait ici l'autorité de quelque manuscrit plus ancien que celui qu'a suivi
l'éditeur; et on ne le produit point.
La soixante-deuxième lettre, qui est la dernière et la
plus longue de tout le recueil, est une réponse à I'impératrice Hermengarde,
femme de Louis le Débonnaire. Éginhard s'y justifie avec autant de respect que
de fermeté, de plusieurs accusations dont cette princesse le chargeait,
particulièrement d'avoir eu quelque part aux premiers troubles qui agitèrent
l'État après la mort de Charlemagne. Cette lettre fut écrite en 816 ou 817,
plusieurs années avant la 34. On voit par là qu'on n'a pas eu égard à l'ordre
chronologique en dirigeant ce recueil.
A ces soixante-deux lettres il en faut joindre une
autre du même auteur, qui se trouve parmi celles de Loup de Ferrières, où elle
est la troisième. C'est une réponse à la lettre que celui-ci avait écrite à
Éginhard sur la mort d'Imma sa femme.
On y voit l'extrême affliction que lui causa cette
mort. Loup était alors à Fulde, où il perfectionnait ses études. On a trois
autres de ses lettres écrites à Éginhard, qui en supposent autant de la part de
ce dernier. Mais ces réponses nous manquent; et ce ne sont pas sans doute les seules
lettres de notre auteur qu'on a négligé de nous conserver. Peut-être Dom Dean
Weinckens en a-t-il recouvré quelque-unes dans son Eginhartus illustratus et
vindicatus
imprimé, comme on l'a dit, en 1714. Le titre paraît le promettre ; mais nous
n'avons encore pu voir ce recueil pour nous en assurer par nous-mêmes.
4°. Éginhard nous a laissé un autre ouvrage de sa
façon, que Baronius regarde comme un illustre monument de ce grand homme, dont
l'autorité est tout à fait indubitable. C'est l'histoire de l'invention, de la
translation des martyrs S. Marcellin prêtre et S. Pierre exorciste de Rome en
France, et des miracles dont elles furent suivies. L'auteur avait été témoin
oculaire de la plupart de ces merveilles opérées par l'intercession des saints
martyrs, comme dépositaire d'une grande partie de leurs reliques, dont il avait
fait part à diverses églises.
L'ouvrage est divisé en quatre livres, et imprimé de la
sorte dans le supplément à Surius par Mosander, qui s'en déclare le premier
éditeur. Il a été réimprimé depuis sur l'édition précédente et un manuscrit de
la reine de Suède, par les soins des continuateurs de Bollandus, qui l'ont
illustré de notes et de savantes observations préliminaires, et en ont changé
la division des livres en chapitres. Il y a beaucoup d'apparence que cette
histoire fût un des derniers ouvrages Éginhard, Ce qui en fait porter ce
jugement, c'est que d'une part la translation des saintes reliques se fit en
827, comme on l'a déjà vu, et que de l'autre la relation des miracles qui y est
jointe, suppose qu'il s'était écoulé un temps considérable depuis cette époque.
A la suite de l'histoire dans l'ancien manuscrit, sur
lequel Mosander l'a fait imprimer, s'est trouvé un long poème en vers
ïambiques, qui contient les actes des mêmes saints martyrs. Cet éditeur l'a
publié avec l'histoire précédente, et lui a fait porter le nom, Éginhard, sans
d'autres preuves que sur ce qu'il suivait sans nom d'auteur l'histoire de la
translation et des miracles, qui est reconnue pour être une production de la
plume Éginhard Mais Dom Mabillon assure avoir vu ce poème sous le nom Éginhard,
et sous le titre suivant, dans un manuscrit de la bibliothèque de Fleuri, ou S.
Benoît-sur-Loire : Incipit rythmus Einhardi viri eruditissimi de passione Christi
martyrum Marcellini et Petri. L'on voit que les actes en prose de ces saints martyrs ont fourni
la matière au poème. L'auteur les y a suivis assez exactement, autant que son
genre d'écrire l'a pu permettre. Du reste sa poésie, qui n'est pas toujours
conforme aux règles, ne vaut pas la prose de ses autres écrits. Les
continuateurs de Bollandus ont réimprimé cette pièce sur la seule édition de
Mosander, preuve qu'ils ne l'ont pas trouvée dans les manuscrits, et l'ont
placée à la tête de l'histoire de la translation, au lieu que dans l'autre
édition elle se trouve à sa suite. Dom Weinckens l'aura apparemment jointe à
l'histoire de la translation et des miracles dans son Eginhartus illustratus qui parut en 1714.
Lambecius ayant trouvé dans un manuscrit de la
bibliothèque de l'empereur, le 316 entre les latins et le vingtième entre ceux
qui appartiennent au règne de Charlemagne, une chronique abrégée depuis le
commencement du monde jusqu'en l'année 809, assure, sans hésiter, que c'est un
ouvrage Éginhard C'est ce qu'il établit sur divers raisonnements, qui rendent
au moins son sentiment assez probable. Cet écrit au reste n'est qu'un abrégé
très succinct des six âges du monde par le vénérable Bède, que l'abréviateur a
conduit jusqu'à la quarante-deuxième année du règne de Charlemagne, et la
neuvième de son empire. Depuis la création du monde jusqu'à cette époque, il ne
compte que 4761 ans, ne faisant naître Jésus-Christ qu'en l'année du monde
3852. M. Lambecius a cru devoir faire imprimer cet abrégé, tel qu'il l'a trouvé
dans son manuscrit, où il est sans nom d'auteur. Duchesne l'avait déjà publié,
sans rien dire de l'écrivain a qui il peut appartenir. La différence qu'il y a
entre l'une et l'autre édition, consiste en ce que dans Lambecius l'auteur a
mis à la fin une courte supputation des temps pour trouver le jour de Pâque,
suivant les diverses manières de compter les temps, ce qui manque dans
l'édition de Duchesne. Mais par une espèce de dédommagement, l'abrégé en
question y est immédiatement suivi de très courtes annales, qui commencent en
691 et finissent en 810 inclusivement. S'il y a des preuves pour donner à
Éginhard l'abrégé chronologique, il ne paraît pas qu'il y en ait pour lui
attribuer également ces annales, à moins qu'on ne dise qu'elles peuvent être le
plan de celles qu'il travailla davantage dans la suite, et qu'il poussa plus
loin, quoiqu'il ne les fit commencer qu'à l'année 711.
Dom Mabillon conjecture avec fondement, que l'ancien
plan du monastère de S. Gal et toutes ses officines qu'il a fait graver dans
ses annales, et dont Canisius fait un petit éloge, est de la façon d 'Éginhard
Il porte le même jugement des vers dont il était accompagné, et que le même
Canisius a donnés au public. Ce sont ordinairement des monastiques; quelquefois
des distiques ou des quatrains pour orner les autels, le baptistère,
l'appartement des hôtes, des pauvres, le lieu destiné, aux écoles, en un mot,
toutes les officines, les moindres comme les autres. Le plan fut dressé du
temps de l'abbé Gosbert qui gouverna ce monastère depuis 816 jusqu'en 837, et à
qui l'auteur parle en le lui adressant, comme ayant quelque autorité sur lui,
soit d'ancienneté ou de dignité, circonstances qui tendent à fortifier le
sentiment de Dom Mabillon.
Éginhard dans l'histoire de la translation de S. Marcellin
et de S. Pierre, et les annales de Fulde, peut-être d'après lui., font mention
d'un écrit qui contenait des avis compris en douze articles et davantage,
auquel il avait fait quelques remarques ou additions. On croyait que ces avis
avaient été révélés à un aveugle nommé Albric parle ministère de l'archange
Gabriel, pour Éginhard les présentât à Louis le Débonnaire, qu'ils regardaient
personnellement.
Notre auteur en rapporte l'Histoire sur la bonne foi de
Ratlaïc son secrétaire, de qui il la tenait, et qui la savait de l'aveugle
même, ayant été depuis témoin oculaire du signe miraculeux, que l'ange donna
pour constater que les avis venaient de lui. Éginhard s'acquitta fidèlement de
la commission, et assure que l'empereur suivit en partie les avis en question.
Il promettait alors de détailler dans un autre ouvrage ce que contenaient ces
avis ;. mais s'il l'a exécuté, l'ouvrage est perdu, aussi bien que l'écrit qui
contenait les avis et les observations Éginhard
Le traité qu'il avait composé sur le culte que l'on
doit rendre à la croix, de oranda cruce, a eu le même sort. Nous ne connaissons celui-ci que par une
lettre de Loup abbé de Ferrières, à qui l'auteur, alors abbé de Selgenstat, le
dédia, lorsque Loup étudiait encore à Fulde. Il semble que les questions que
Loup proposait à Éginhard, et les éclaircissements qu'il lui demandait sur ces
difficultés, donnèrent occasion à cet écrit. Loup le regardait comme un ouvrage
très utile.
Sigebert nous apprend Éginhard avait composé un autre
écrit, qui n'est point venu jusqu'à nous, non plus que les deux précédents. Il
avait fait à l'égard du psautier gallican, qui était à l'usage des églises de
France, ce que le vénérable Bède avait déjà exécuté à l'égard du psautier
hébraïque, dont il avait choisi les versets qui contiennent des prières plus
touchantes pour en former un recueil.
Adam chanoine de l'église de Brème, qui écrivait avant
la fin du onzième siècle, au chapitre 130 de son histoire ecclésiastique de
Saxe, attribue à Éginhard une histoire des Saxons, et en rapporte même quelques
fragments au chapitre IV et les trois suivants de son ouvrage. C'est là tout ce
qui nous reste de cet autre écrit de notre auteur.
C'est sans doute Éginhard qu’entend parler l'astronome
historien de Louis le Débonnaire, quoique son texte porte Adhemar, lorsqu'il
dit que ce qu'il rapporte dans la vie de ce prince jusqu'au commencement de son
empire, il l'avait appris par la relation de cet historien. Ce qui prouve que
c'est Éginhard qu'il s'agit ici, c'est que l'astronome ajoute que cet historien
avait été nourri avec le même prince. De sorte que le commencement de la vie de
Louis le Débonnaire est autant, et même plus, l'ouvrage Éginhard que de
l'astronome.