Noctes Gallicanae

Einhardi

Vita Karoli Magni

 


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Guerres d’Aquitaine et de Lombardie (773-774)

 

Charlemagne passa presque toute sa vie à faire la guerre. Dans les quarante-cinq années de son règne, on compte une soixantaine d'expéditions. Il lui fallait donc une forte armée. Voici comment elle était organisée : tout grand propriétaire devait servir en personne, et, de plus, amener avec lui un certain nombre de soldats équipés pris parmi ses paysans. Il en amenait d'autant plus qu'il était plus riche. Le service militaire était ainsi une sorte d'impôt sur la fortune.

Malet et Isaac, L’histoire, tome 1, Marabout Histoire.

 


 

Caput V

Omnium bellorum, quae gessit, primo Aquitanicum, a patre inchoatum, sed nondum finitum, quia cito peragi posse videbatur, fratre adhuc vivo, etiam et auxilium ferre rogato, suscepit. Et licet eum frater promisso frustrasset auxilio, susceptam expeditionem strenuissime exsecutus non prius incepto desistere aut semel suscepto labori cedere voluit, quam hoc quod efficere moliebatur, perseverantia quadam ac iugitate perfecto fine concluderet. Nam et Hunoldum, qui post Waifarii mortem Aquitaniam occupare bellumque iam poene peractum reparare temptaverat, Aquitaniam relinquere et Wasconiam petere coegit. Quem tamen ibi consistere non sustinens, transmisso amne Garonna et aedificato castro Frontiaco, Lupo Wasconum duci per legatos mandat ut perfugam reddat ; quod ni festinato faciat, bello se eum expostulaturum. Sed Lupus saniori usus consilio non solum Hunoldum reddidit, sed etiam se ipsum cum provincia cui praeerat eius potestati permisit.

De toutes les guerres qu’il fit, c’est celle d’Aquitaine qu’il entreprit en premier : commencée par son père qui ne l’avait pas menée à terme, elle paraissait pouvoir être rapidement achevée. Il l’entreprit du vivant même de son frère à qui il demanda de lui venir en aide. Et bien que son frère l’eût privé de l’aide promise, il acheva avec la plus grande énergie la campagne qu’il avait entreprise : il ne voulait pas renoncer à la tâche qu’il avait commencée ou s’en détacher une fois qu’il l’avait entreprise avant d’avoir entièrement achevé par son indiscutable persévérance et son opiniâtreté ce qu’il s’était proposé d’accomplir. C’est ainsi qu’il força Hunold, qui avait essayé après la mort de Waifar de s’emparer de l’Aquitaine et de reprendre la guerre alors presque terminée, à abandonner l’Aquitaine et à se retirer en Gascogne. Cependant, il ne le laissa pas s’y installer : il traverse la Garonne, construit le château de Fronsac, fait demander par des ambassadeurs au duc de Gascogne Lupus de lui livrer le fugitif ; si ce n’était pas fait rapidement, il le réclamerait par les armes. Mais Lupus prit une décision encore plus sage : non seulement il livra Hunold, mais encore il se plaça lui-même avec la province qu’il dirigeait sous l’autorité de Charles.

 

Caput VI

Conpositis in Aquitania rebus eoque bello finito, regni quoque socio iam rebus humanis exempto, rogatu et precibus Hadriani Romanae urbis episcopi exoratus bellum contra Langobardos suscepit. Quod prius quidem et a patre eius, Stephano papa supplicante, cum magna difficultate susceptum est ; quia quidam e primoribus Francorum, cum quibus consultare solebat, adeo voluntati eius renisi sunt, ut se regem deserturos domumque redituros libera voce proclamarent. Susceptum tamen est tunc contra Haistulfum regem et celerrime conpletum. Sed licet sibi et patri belli suscipiendi similis ac potius eadem causa subesse videretur, haud simili tamen et labore certatum et fine constat esse conpletum.

Les affaires d’Aquitaine réglées et cette guerre terminée, son associé au trône ayant alors quitté le monde des hommes, il se laissa fléchir par les instances et les prières d’Hadrien, évêque de la ville de Rome, et entreprit une guerre contre les Lombards. Guerre qui avait déjà été entreprise par son propre père à la demande pressante du pape Étienne, avec les plus grandes difficultés. Certains des plus influents parmi les Francs, dont il prenait habituellement le conseil, s’étaient à ce point opposés à sa volonté qu’ils avaient fait savoir publiquement qu’ils allaient quitter la cour du roi et retourner chez eux. On entreprit pourtant cette guerre contre le roi Astolf et on la termina très rapidement. Mais, si on peut penser que pour entreprendre cette guerre Charles et son père avaient des raisons comparables, ou plus exactement les mêmes, on sait au contraire que ce n’est pas dans des conditions comparables que la guerre s’est déroulée et s’est finalement achevée.

Pippinus siquidem Haistulfum regem paucorum dierum obsidione apud Ticenum conpulit et obsides dare et erepta Romanis oppida atque castella restituere atque, ut reddita non repeterentur, sacramento fidem facere ; Karolus vero post inchoatum a se bellum non prius destitit quam et Desiderium regem, quem longa obsidione fatigaverat, in deditionem susciperet, filium eius Adalgisum, in quem spes omnium inclinatae videbantur, non solum regno, sed etiam Italia excedere conpelleret, omnia Romanis erepta restitueret, Hruodgausum Foroiuliani ducatus praefectum res novas molientem opprimeret totamque Italiam suae ditioni subiugaret subactaeque filium suum Pippinum regem inponeret.

En effet, Pépin ayant assiégé quelques jours le roi Astolf à Pavie l’avait forcé à donner des otages, à restituer aux Romains les places fortes et les châteaux qu’il avait occupés et à engager sa parole sous serment qu’il ne les reprendrait pas après les avoir rendues ; Charles au contraire ayant entrepris la guerre ne lui mit pas fin avant d’avoir reçu la soumission du roi Didier en personne, qu’il avait épuisé dans un long siège ; d’avoir forcé son fils Adalgis, dans lequel tous les Lombards avaient placé leurs espoirs, à quitter non seulement son royaume mais encore l’Italie ; de leur avoir fait restituer aux Romains tout ce qu’ils leur avaient enlevé ; d’avoir écrasé Ruodgas, préfet de la duché de Frioul, qui préparait une insurrection ; d’avoir soumis toute l’Italie à son autorité et imposé à l’Italie soumise son fils Pépin comme roi.

Italiam intranti quam difficilis Alpium transitus fuerit, quantoque Francorum labore invia montium iuga et eminentes in caelum scopuli atque asperae cautes superatae sint, hoc loco describerem, nisi vitae illius modum, potius quam bellorum quae gessit eventus, memoriae mandare praesenti opere animo esset propositum. Finis tamen huius belli fuit subacta Italia et rex Desiderius perpetuo exilio deportatus et filius eius Adalgisus Italia pulsus et res a Langobardorum regibus ereptae Hadriano Romanae ecclesiae rectori restitutae.

A quel point fut difficile son passage des Alpes pour entrer en Italie, au prix de combien de souffrances les Francs réussirent à franchir les sommets inaccessibles, les pics qui se dressent vers le ciel et les rochers aigus, je le raconterais volontiers si je n’avais pas décidé de limiter mon propos dans le présent ouvrage à perpétuer le souvenir de son genre de vie plutôt que du résultat des guerres qu’il a faites. Précisons néanmoins que la conséquence de cette guerre fut la soumission de l’Italie, la déportation du roi Didier vers l’exil perpétuel, l’expulsion d’Italie de son fils Adalgis et la restitution des conquêtes des rois lombards à Hadrien, guide de l’église romaine.

 

Guerre contre Astolf : 773-774.

Hadrien Ier, pape de 772 à 795.

Guerre contre Didier : 773-774.

Insurrection de Ruodgas ou Hruodgaus, duc de Frioul : 776.

Pépin, roi d’Italie en 781.

 

Les Lombards étaient des Germains. D'abord établis dans la Hongrie actuelle, ils en furent chassés par l'arrivée de peuplades mongoles apparentées aux Huns. Ils traversèrent les Alpes et, peu après la mort de Justinien, ils s'installèrent dans la région qui, de leur nom, s'appelle encore la Lombardie. Puis, lentement, par à-coups, ils commencèrent la conquête de l'Italie péninsulaire. Vers le milieu du VIIIe siècle, ils enlevèrent aux Byzantins le duché de Ravenne, le long de la mer Adriatique, et marchèrent sur Rome.

Pour résister aux Lombards, le pape Étienne III, alors engagé dans un violent conflit avec l'empereur sur des questions religieuses, ne pouvait espérer de Byzance aucun secours. Il se tourna vers Pépin le Bref, le reconnut comme roi légitime en Gaule et implora son aide (754).

Pépin le Bref sut se montrer reconnaissant. Il marcha contre les Lombards, leur enleva le duché de Ravenne et, au lieu de le rendre à son légitime propriétaire, l'empereur d'Orient, il le donna au pape (756). On a vu que déjà celui-ci possédait en fait le duché de Rome. Ainsi se constituèrent les États de l'Église.

Cet appel d'Étienne III à Pépin le Bref est un des événements les plus importants de l'histoire de l'Europe. Il inaugura l'alliance des rois de France et de la Papauté; il fit du pape un souverain temporel qui outre son pouvoir religieux eut désormais des terres et des sujets comme les autres rois. Enfin l'usurpation par Étienne II d'une partie de l'Italie byzantine creusa plus profondément le fossé qui séparait Rome de Byzance et elle prépara la rupture définitive entre le pape et le patriarche de Constantinople. Cette rupture, que l'on appelle le schisme grec, se produisit 300 ans plus tard, vers 1050 ap. J.-C.; elle dressa l'une en face de l'autre deux Églises rivales : l'Église catholique d'Occident et l'Église catholique d'Orient ou Église grecque et le schisme dure encore.

[...]

Charlemagne continua la lutte commencée par Pépin le Bref contre les Lombards, les Musulmans, les tribus germaniques païennes.

Les Lombards espéraient une revanche; ils bloquaient Ravenne et menaçaient Rome. A l'appel du pape, Charlemagne descendit en Italie, battit et déposa leur roi Didier. Il lui enleva la fameuse couronne de fer1 et prit le titre de roi des Lombards (774).

1. Ainsi appelée parce quelle aurait été en partie forgée, disait-on, avec le fer des clous qui fixèrent Jésus à la Croix.

Malet et Isaac, L’histoire, tome 1, Marabout Histoire.

 


Suite de la Vie de Charlemagne

 


Éginhard : introduction