Nithardi
Historiarum librorum IV
Sacramenta apud Argentariam testata
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Les
serments de Strasbourg
...ut finis optatus libri secundi
adfuit, per omnia finire hoc opus animus decrevit ; sed ne forte quilibet
quocumque modo deceptus res nostro in tempore gestas, praeterquam exactae sunt,
narrare praesumat, ex his quibus interfui tertium libellum ut adderem acquievi.
Je m'étais résolu, lorsque j'eus atteint la fin tant
désirée du second Livre, à terminer là cet ouvrage ; mais, de peur que
quelqu'un, trompé de manière ou d'autre, ne veuille rapporter les événement de
notre temps autrement qu'ils ne sont arrivés, j'ai consenti à ajouter un troisième
Livre sur les choses auxquelles j'ai assisté.

III.5.
Ergo XVI. Kal. Martii Lodhuwicus et
Karolus in civitate quae olim Argentaria vocabatur, nunc autem Strazburg vulgo
dicitur, convenerunt et sacramenta, quae subter notata sunt, Lodhuwicus Romana,
Karolus vero Teudisca lingua iuraverunt. Ac sic ante sacramentum circumfusam
plebem, alter Teudisca, alter Romana lingua allocuti sunt. Lodhuwicus autem, quia maior natu, prior exorsus sic
coepit :
Le
16 des calendes de mars (14 février), donc, Louis et Charles se retrouvent dans
la ville qui autrefois s’appelait Argentaria et qui de nos jours est dite
Strasbourg en langue vulgaire, et prêtèrent les serments qui sont reproduits
ci-après, Louis en langue romane et Charles en langue tudesque. Mais avant son
serment, devant la plèbe assemblée, l’un en langue tudesque, l’autre en langue
romane, ils prononcèrent le discours suivant. Parce qu’il était l’aîné, Louis
commença le premier son exorde en ces termes :
Quotiens Lodharius me et hunc fratrem
meum post obitum patris nostri insectando usque ad internecionem delere conatus
sit, nostis. Cum autem nec fraternitas nec Christianitas nec quodlibet ingenium,
salva iustitia ut pax inter nos esset, adiuvare posset, tandem coacti rem ad
iudicium omnipotentis Dei detulimus, ut suo nutu, quid cuique deberetur,
contenti essemus. In quo nos, sicut nostis, per misericordiam Dei victores
exstitimus, is autem victus una cum suis quo valuit secessit. Hinc vero
fraterno amore correpti nec non et super populum Christianum compassi persequi
atque delere illos noluimus, sed hactenus sicut et antea, ut saltem deinde
cuique sua iustitia cederetur, mandavimus. At ille post haec non contentus
iudicio divino, sed hostili manu iterum et me et hunc fratrem meum persequi non
cessat, insuper et populum nostrum incendiis, rapinis caedibusque
devastat ; quam ob rem nunc necessitate coacti convenimus et, quoniam vos
de nostra stabili fide ac firma fraternitate dubitare credimus, hoc sacramentum
inter nos in conspectu vestro iurare decrevimus. Non qualibet iniqua cupiditate
illecti hoc agimus, sed ut certiores, si Deus nobis vestro adiutorio quietem
dederit, de communi profectu simus. Si autem, quod absit, sacramentum, quod
fratri meo iuravero, violare praesumpsero, a subditione mea nec non et a
iuramento, quod mihi iurastis, unumquemque vestrum absolvo.
« Combien
de fois, depuis la mort de notre père, Lothaire s’est efforcé de nous perdre,
mon frère ici présent et moi, en s’acharnant jusqu’au crime, vous le savez.
Mais puisque ni sentiment fraternel, ni sentiment chrétien, ni un quelque moyen
que ce soit n’ont pu, alors que le droit était bafoué, contribuer à maintenir
la paix entre nous, nous nous sommes réunis enfin pour porter l’affaire devant
la justice de Dieu tout-puissant, afin de nous soumettre à ce qu’il indiquerait
comme étant dû à chacun. Dans ce jugement, c’est nous, comme vous le savez, qui
par la miséricorde de Dieu sommes sortis vainqueurs, c’est lui qui, vaincu,
s’est sauvé avec ses alliés là où il se sentait en sécurité. Or, là dessus,
étreints par l’amour fraternel et non sans éprouver de pitié pour le peuple
chrétien, nous avons renoncé à les poursuivre et à les anéantir, mais nous nous
sommes bornés comme auparavant à négocier pour obtenir au moins qu’à l’avenir
le bon droit de chacun soit reconnu. Mais lui, après tout cela, refusant de se
soumettre au jugement divin, recommence avec des sentiments hostiles à s’acharner
sur moi et sur mon frère ici présent et en outre accable notre peuple
d’incendies, de pillages et de crimes. C’est pourquoi, forcés par les
circonstances, nous nous réunissons aujourd’hui et dans la mesure où nous
pensons que vous doutez du caractère irrévocable de notre parole et de la
solidité de nos sentiments fraternels, nous avons décidé de nous prêter
mutuellement serment sous vos yeux. Si nous agissons ainsi, ce n’est pas parce
que nous avons été saisis d’une quelconque ambition injuste, mais pour être
plus assurés, si Dieu avec votre aide nous donne un retour à une situation
apaisée, du succès commun. Si toutefois, ce qu’à Dieu ne plaise, j’entreprends
de violer le serment que je vais prêter à mon frère, je délie chacun d’entre
vous des liens de vassalité qui l’attachent à moi ainsi que de la foi que vous
m’avez jurée ».
Cumque Karolus haec eadem verba Romana
lingua perorasset, Lodhuwicus, quoniam maior natu erat, prior haec deinde se
servaturum testatus est :
Lorsque
Charles eut fini de prononcer les mêmes mots en langue romane, Louis, parce
qu’il était l’aîné, attesta devant les troupes qu’il respecterait à l’avenir
les paroles suivantes :
Pro Deo amur et pro Christian poblo et
nostro commun saluament, d'ist di in auant, in quant Deus sauir et podir me
dunat, si saluarai eo cist meon fradre Karlo et in aiudha et in cadhuna cosa,
si cum om per dreit son fradra salvar dift, in o quid il mi altre si
fazet ; et ab Ludher nul plaid numquam prindrai, qui meon uol cist meon
fradre Karle in damno sit.
« Pour
l’amour de Dieu, pour la sécurité du peuple chrétien et notre commune sécurité,
à partir de ce jour, dans la mesure où Dieu me donne savoir et pouvoir,
j’assurerai la sécurité de mon frère Charles ici présent en lui apportant aide
et toute autre chose, ainsi qu’un homme doit assurer de droit la sécurité de
son frère, ceci à condition qu’il en fasse autant envers moi. Et avec Lothaire
je ne conclurai jamais aucun accord qui cause préjudice à mon frère Charles ici
présent ».
Quod cum Lodhuwicus explesset, Karolus
Teudisca lingua sic haec eadem verba testatus est :
Lorsque
Louis eut terminé, Charles attesta ainsi devant les troupes qu’il respecterait
à l’avenir ces mêmes paroles :
In Godes minna ind in thes Christianes
folches ind unser bedhero gealtnissi, fon thesemo dage frammordes, so fram so
mir Got gewizci indi mahd furgibit, so haldih tesan minan bruodher, soso man
mit rehtu sinan bruodher seal, in thiu thaz er mig sosoma duo ; indi mit
Ludheren in nohheiniu thing ne geganga, zhe minan willon imo ce scadhen werhen.
« Pour
l’amour de Dieu, pour la sécurité du peuple chrétien et notre commune sécurité,
à partir de ce jour, dans la mesure où Dieu me donne savoir et pouvoir,
j’assurerai la sécurité de mon frère ici présent en lui apportant aide et toute
autre chose, ainsi qu’un homme doit assurer de droit la sécurité de son frère,
ceci à condition qu’il en fasse autant envers moi. Et avec Lothaire je ne
conclurai jamais aucun accord qui cause préjudice à mon frère ici
présent ».
Sacramentum autem, quod utrorumque
populus, quique propria lingua, testatus est, Romana lingua sic se habet :
Quant
au serment que le peuple de chaque roi prêta chacun dans sa propre langue, il
se présente ainsi en langue romane :
Si Lodhuuigs sagrament, que son fradre
Karlo iurat, conservat, et Karlus meos sendra de suo part lo fraint, si io
returnar non l'int pois, ne io ne nels cui eo returnar int pois, in nulla
aiudha contra Lodhuuuig nun li iu er.
Si
Louis respecte le serment qu’il prête à son frère Charles, et si Charles mon
seigneur l’enfreint de son côté, si je ne puis l’en détourner, ni moi, ni nul
que j’en puis détourner, je ne lui serai de nulle aide contre Louis.
Teudisca
autem lingua :
Il
se présente ainsi en langue tudesque :
Oba Karl then eid, then er sinemo bruodher
Ludhuwige gesuor, geleistit, indi Ludhuwig min herro, then er imo gesuor,
forbrihchit, ob ih inan es irwenden ne mag, noh ih noh thero nohhein, then ih
es arwenden mag, widhar Karle imo ce follusti ne wirdhit.
Si
Charles respecte le serment qu’il prête à son frère Louis, et si Louis mon
seigneur l’enfreint de son côté, si je ne puis l’en détourner, ni moi, ni nul
que j’en puis détourner, je ne lui serai de nulle aide contre Charles.
Quibus peractis Lodhuwicus Rhenotenus per
Spiram et Karolus iuxta Wasagum per Wizzunburg Warmatiam iter direxit.
Ceci
accompli, Louis se mit en route pour Worms en suivant le Rhin par Spires,
Charles le long des Vosges par Wissembourg.

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Capitulaires |
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de |
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Charlemagne |
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Nithard, I, 2 |
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Nithard, III, 5 |
Les serments de Strasbourg |