Noctes Gallicanae

Lyriques grecs

Ausone

Épigrammes grecques


 

Ausone connaissait bien l’Anthologie grecque. Il a traduit en latin un certain nombre d’épigrammes, il en a composé lui même quelques-unes en grec.

Ces petits poèmes, j’en conviens, ne présentent pas un grand intérêt ; Tant pis, les voilà...


Decimi Magni Ausonii

 

XXVIII. Antisthenes cynicus philosophus.

Discipulus nulli melior, meliorve magister,

EÞw Žret¯n sun¡bh, kaÜ kunik¯n sofÛhn.

Dicere me verum novit, qui novit utrumque,

KaÜ yeòn ƒAlkeÛdhn, kaÜ kæna Diog¡nhn.

Antisthène, philosophe cynique.

Personne n’a eu disciple meilleur ou meilleur maître,

dans la pratique de la vertu, et de la sagesse cynique.

On sait que je dis vrai, si on les a connus l’un et l’autre :

Alcide le dieu et Diogène le chien.

Héraclès était loué par les Cyniques pour ses travaux contre le mal et la sottise.

 

XXIX. Libero Patri

AÞgæptou m¢n …Osiriw ¤gÅ, MusÇn d¢ Fan‹khw

B‹kxow ¤nÜ zvoÝsin, ¤nÜ fyim¡noiw ƒAódoneæw

Purogen¯w, DÛkervw, Titanol¡thw, Diñnusow.

A Liber pater.

Je suis Osiris en Égypte, Phanacès en Mysie,

Bacchus parmi les vivants, Aïdonée chez les trépassés,

Pyrogène, Dicéros, Titanolétès, Dionysos.

« Né du feu », « A deux cornes » et « Destructeur des Titans » sont trois épiclèses de Bacchus, Dionysos en Grèce et Liber Pater en Italie.

 

XXXI. In Corydonem marmoreum

Aàj, xÛmarow, p®rh,  poim¯n, =abdoèkow, ¤laÛh,

eäw lÛyow, ¤k p‹ntvn litòw ¤gÆ Korædvn

Paronomase: lÛyow « pierre » et litñw « petit ».

 

Sur un Corydon de marbre.

Chèvre, bouc, besace, berger, houlette, olivier :

une seule pierre ! dans tout cela je suis un petit Corydon.

 

XXXII. In simulacrum Sapphus.

Lesbia Pieriis Sappho soror addita Musis,

Eäm' ¤n‹th LurikÇn, ƒAonÛdvn  dek‹th.

Sur une statue de Sappho.

Moi, Sappho de Lesbos, donnée comme soeur aux Muses Piérides,

je suis la neuvième des lyriques, la dixième des Muses.

Les huit poètes lyriques sont d’ordinaire Pindare, Simonide, Stésichore, Ibycus, Alcman, Bacchylide, Anacréon et Alcée.

 

XL. De Chresto et Acindyno fratribus.

Xr°stow, ƒAkÛndunow eÞsÜn ŽdelfeoÜ, oÞktrŒ d¢ t¡kna,

Moribus ambo malis nomina falsa gerunt.

Oéd' oðtow xr°stow, oéd' oðtow ŽkÛndunòw ¤stin.

Una potest ambos littera corrigere.

Aàken Xr°stow §lú, kaÜ ƒAkÛndunow lf' Žpol¡ssú:

KÛndunow hic fiet, frater …Axrhstow erit.

Sur les frères Chrestos et Akindynos.

Chrestos et Akindynos sont frères, mais ce sont deux enfants lamentables ;

avec leur mauvaise conduite, ils portent tous deux bien mal leurs noms :

L’un n’est pas utile, l’autre n’est pas sans danger.

Une seule lettre peut les corriger l’un et l’autre nom.

Que Chrestos prenne un alpha, et qu’Akindynos perde un alpha,

ce dernier deviendra Kindynos (« dangereux »), et son frère Achrestos (« bon à rien »).

 

LXXXI. Ex graeco : ƒArx¯ tò misu pantñw.

Incipe : dimidium facti est coepisse. Supersit

Dimidium : rursum hoc incipe ; et efficies.

Sur un proverbe grec : Commencement vaut moitié du tout.

Commence : travail commencé est à moitié fait. Il reste

Une moitié : commence-la encore, et tu achèveras.

cf. Horace, Épîtres, I, 2, 40 :

Dimidium facti, qui coepit, habet ; sapere aude,

incipe...

On a la moitié de l’ouvrage quand on a commencé, sois raisonnable, courage :

Commence ! ...

 

LXXXII. Ex graeco, „A x‹riw bradæpouw xariw x‹riw.

Gratia, quae tarda est, ingrata est ; gratia namque

Quum fieri properat, gratia grata magis.

Sur un proverbe grec : Bienfait qui traîne les pieds est bienfait mal fait.

Un bienfait qui tarde n’est pas un bien fait. Car, si le bienfait

arrive vite, le bien fait fait mieux.

 

LXXXVIII. De dodra potione.

Dñdra pñtow kaÜ Žriymòw, ¦xv m¡li, oänon, ¦laion,

…Arton, law, bot‹nh, zvmòn, ìdvr, p¡peri.

La boisson « dodra ».

Je suis dodra, un breuvage et un nombre ; j’ai miel, vin, huile,

pain, sel, herbe, jus, eau, poivre.

dodrans : 9/12 d’as d’où dodra ou dodralis potio : neuf ingrédients.

Ausone consacre plusieurs épigrammes à cette boisson ou potion.

 

CXXVI. In Eunum.

Laýw, …Ervw et …Ituw, XeÛrvn,  et …Ervw, …Ituw  alter,

Nomina si scribis, prima elementa adime :

Ut facias verbum, quod tu facis, Eune magister.

Dicere me Latium non decet opprobrium.

Contre Eunus.

Laïs, Eros et Itys, Chiron et Eros et encore Itys :

en écrivant ces noms, enlèves-en la première lettre,

pour obtenir le mot qui dit ce tu fais, maître Ennus :

il n’est pas convenable que je dise ce gros mot en latin.

L’initiale des sept mots donne bien évidemment leÛxei : « lingit, il lèche » ; Laýw et …Ervw n’appellent pas de commentaire, XeÛrvn peut s’interpréter comme l’antonyme de Žgayñw mais dans ce contexte, je le rapprocherais volontiers de xeÛr, peut-être en l’accentuant xeirÇn ; quant à …Ituw, il signifie sans doute possible "en érection", voyez les Þyæfalloi de l'hymne à Bacchus.

 

CXXVIII. Ad eumdem pedagogum liguritorem.

Eunus Syriscus inguinum liguritor,

Opicus magister (sic eum docet Phyllis)

Muliebre membrum quadriangulum cernit

Triquetro coactu D litteram ducit.

De valle femorum altrinsecus pares rugas,

Mediumque, fissi rima qua patet, callem

C dicit esse : nam trifissilis forma est.

Cui ipse linguam quum dedit suam, L est,

Veramque in illis esse F notam sentit.

Quid, imperite, F putas ibi scriptum,

Ubi locari I convenit longum ?

Miselle doctor,  tibi sit obsceno,

Tuumque nomen Y sectilis signet.

Contre le même, pédagogue et lécheur.

Eunus, le petit Syrien, lècheur de bas-ventres,

docteur opique, grâce aux leçons de Phyllis,

voit le sexe féminin sous quatre angles.

En l’écartant sur trois coins, il trace la lettre D.

En remontant de la vallée des cuisses, les rides égales de chaque côté,

et le sentier qui les coupe par le milieu quand la fissure de la fente est ouverte

font selon lui un C, car il a la forme d’une triple fente.

Quand il lui donne sa langue, c’est un L,

et il sent en ces lieux que le vraie lettre est F.

Comment, ignorant, tu crois qu’un F est écrit là

où il convient de planter un I long ?

Malheureux petit prof ! tu mérites un  pour tes obscénités,

et qu’un Y fendu marque ton nom !

Les Opiques étaient une peuplade italienne, proche des Osques, considérée par les Romains comme particulièrement grossière et débauchée.

Je laisse le lecteur se représenter le D et le C...

Le L évoque bien sûr le leÛxei de l’épigramme précédente, mais aussi les cuisses écartées.

Le F traduit l’interjection de dégoût Phu ou Phui, bien attestée chez Plaute.

Le I longum, initiale de Þyæw évoque un phallus.

La ligature  (pour ou) évoque la corde du pendu et le Y nigrum, initiale de y‹natow « la mort » accompagne le nom des morts.

 


Ausone