Noctes Gallicanae

Lyriques grecs

 

Épigrammes satiriques


Le mot grec skÇmma désigne à la fois la "plaisanterie" et la "moquerie", la "vacherie" dans la mesure où elle fait rire les autres. La traduction par "satirique" n'a pour seul mérite que d'être traditionnelle. Le livre XI de l'Anthologie rassemble les épigrammes que l'on racontait tout en buvant (sumpotikŒ) et les épigrammes satiriques à proprement parler, celles dont en latin Martial s'est fait une spécialité et qui consistent à se payer, en lui donnant un nom conventionnel, la tête de quelqu'un que tout un chacun reconnaît inévitablement (voir « La besace » de La Fontaine !). A tort ou à raison, j'ai essayé de séparer les deux catégories.

 

J'ai réuni ici quelques épigrammes d'un goût parfois discutable, plaisanteries de fin de banquet qui ont traversé les âges, sinon dans leur forme ou leur lettre, du moins dans leur inspiration.

 

Les auteurs nous sont mal connus. On les imagine mettant en vers les histoires drôles qui couraient çà et là, à moins que les histoires drôles à l'époque ne se soient racontées déjà versifiées.

 

Lucilius et Nicarchos (Nicarque) ont dû vivre à l'époque de Néron, c'est-à-dire une génération avant Martial qui les avait certainement lus.

 

Cette page est consacrée aux blagues de plus ou moins bon goût, et plutôt moins que plus. Les lecteurs délicats sont invités à changer de page !


 

SumpotikŒ ¤pigr‹mmata

 

MakhdonÛou Yessalonik¡vw

Macédonios de Thessalonique

 

'Exy¡w moi sun¡pine gun® perÜ ¸w lñgow ¦rrei

oéx êgi®w paÝdew yraæsate tŒw kælikaw

Hier j'ai passé la soirée à boire avec une femme sur laquelle on raconte

des choses un peu malsaines. Les garçons, cassez les coupes!

Comprenons qu’elles sont polluées !

 

'AmmvnÛdou

Ammonidès

 

'Antip‹tran gumn¯n eà tiw P‹ryoisin ¦deijen

¦ktoyen ’n sthlÇn `„Hrakl¡ouw ¦fugon

Si on avait montré Antipatra à poil aux Parthes,

ils auraient fui au-delà des colonnes d'Hercule.

Anth. XI, 201.

 

ƒAntip‹trou

Antipater

 

Oé pros¡xv kaÛtoi pistoÛ tinew ŽllŒ metajæ

pròw Diñw eà me fÛleiw P‹mfile m® me fÛlei

Ça ne m'intéresse pas, même s'il y a des gens de bonne foi, mais entre temps

au nom de Dieu, si tu m'aimes, Pamphile, ne m'embrasse pas.

[suite de jeux de mots: le radical fil- signifie à la fois "aimer" et "embrasser", Pamphile signifie "qui aime tout"]

 

„Esthkòw tò KÛmvnow ÞdÆn p¡ow eäf' õ PrÛhpow:

oàmoi êpò ynhtoè leÛpomai Žy‹natow

Quand il vit le membre de Cimon en érection, Priape dit :

« Aïe ! je suis dépassé par un mortel, moi, un immortel ! »

Anth. XI, 224.

 

'Ammi‹nou

Ammianos

 

Oéx ÷ti tñn k‹lamon leÛxeiw diŒ toètñ se misÇ

Žll' ÷ti toèto poieÝw kaÜ dÛxa toè kal‹mou

Ce n'est pas parce que tu lèches le roseau que je te méprise,

c'est parce que tu le fais aussi sans l'accord du roseau.

Anth. XI, 222.

 

Mele‹grou

Méléagre

 

EÞ bineÝ FaborÝnow ŽpisteÝw mhk¡t' ŽpÛstei

aétñw moi bineÝn ¤p' ÞdÛÄ stñmati

Tu te demandes si Favorinus baise ou non? Ne te le demande plus.

Lui-même m'a dit qu'il baisait de sa propre bouche.

Anth. XI, 223.

 

dhla

anonymes

 

'Alfeioè stñma feège fileÝ kñlpouw 'Areyoæshw

prhn¯w ¤mpÛptvn lmuròn ¤w p¡lagow

Fuis la bouche d’Alphée, aime les replis d'Aréthuse

tombant la tête la première dans une mer qui sent le sel.

Anth. XI, 220.

[On sait que le fleuve Alphée était amoureux de la source Aréthuse,

mais Alphée et Aréthuse se comprennent aussi comme des anthroponymes.]

Kñnvn dÛphxuw ² gun¯ d¢ tess‹rvn

¤n t» klÛnú d¢ tÇn podÇn Þsoum¡nvn

skñpei Kñnvnow poè tñ xeÝlow ¦rxetai

Conon fait deux coudées, sa femme en fait quatre.

quand ils sont dans leur lit, les pieds au même niveau,

imagine un peu où arrive la lèvre de Conon.

(attribué parfois à l'empereur Julien l'Apostat)

XEILVN kaÜ LEIXVN àsa gr‹mmata: ¤w tÛ d¢ toèto;

leÛxei gŒr XeÛlvn kn àsa k’n nisa

Chélant et léchant ont les mêmes lettres, mais à quoi bon une différence ?

car il lèche, Chélant, que ce soient les mêmes choses ou pas les mêmes.

Anth. XI, 222.

 


Épigrammes grecques : sommaire

 

 

 

 

 

 

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Dernière mise à jour: 08/12/02