Noctes Gallicanae
Epigraphie latine
Beaucoup d’épitaphes à partir du règne d’Auguste ont été rédigées plus ou moins sur le même modèle.
DIS
MANIBVS
SACRVM
DIDIAE CHARIDI
VIXIT ANNIS VII
MENS X DIEBVS VII
A DIDIVS MNESTER
PRAECO
A FORO
FILIAE DVLCISSIMAE ET
NONIAE CHARIDI
MATRI EIVS ET SIBI
ET SVIS LIBERT LIBERTABVSQ
SVIS POSTERISQ EORVM
IN FRONT P II S IN AGR P II
Transcription développée :
Dis Manibus ½ sacrum ½ Didiae Charidi ½ vixit annis VII ½ mens(ibus) X
diebus VII ½ A(ulus) Didius Mnester ½ praeco a foro ½ filiae dulcissimae et ½ Noniae Charidi ½ matri eius et sibi et ½ suis libert(is) libertabusq(ue) ½ suis
posterisq(ue) eorum ½ in front(e) p(edes) II s(emis) in
agr(o) p(edes) II
Traduction :
Consacré
aux dieux mânes. À Didia Charis [Xriw, au
datif Xriti]. Elle a vécu sept ans, dix mois, sept jours.
Aulus Didius Mnester, crieur public au forum, a fait construire ce tombeau pour
sa fille si douce, pour Nonia Charis, la mère de cette enfant, pour lui-même,
pour ses affranchis hommes et femmes ainsi que leurs descendants. En
façade : deux pieds et demi, en profondeur deux pieds. (L’Année
Épigraphique, 1912, 224)
Les inscriptions funéraires commencent souvent par une adresse « aux dieux Mânes » : D(IS) M(ANIBVS) ou D(IS) M(ANIBVS) S(ACRVM). Les deux lettres D M se trouvent soit en haut de l’inscription, soit de part et d’autre.
Suit le nom du défunt, au génitif (« aux dieux mânes d’Untel »), au datif (DIDIAE CHARIDI « aux dieux Mânes et à Didia Charis »), ou encore tout simplement au nominatif, le Dis Manibus étant alors devenu une simple formule ; ce nominatif sert souvent sujet au verbe vixit (voir le paragraphe suivant) ou à une formule du type H(ic) S(itus) E(st) « Ici se trouve ». Le nom du défunt peut comporter des indications d’état civil et être précisé par la mention de sa profession.
Ici se trouve parfois indiqué l’âge du défunt, en années, mois, jours et même dans certaines épitaphes (surtout dans le cas d’un jeune enfant) en heures : le verbe V(ixit) a pour sujet le nom du défunt s’il a été indiqué au nominatif ; ce nom est repris par un pronom relatif ou demeure implicite, comme dans cet exemple, s’il a été indiqué précédemment au génitif ou au datif. L’indication de l’âge peut aussi figurer en fin d’épitaphe ou se trouver tout simplement omise.
Viennent alors, au nominatif, les renseignements relatifs à l’identité de celui qui a fait « ériger le tombeau ». Les verbes P(osuit) ou F(ecit) sont souvent sous-entendus, le complément d’objet MONVMENTVM ne se rencontre pratiquement jamais.
Quelques mots au datif (compléments de posuit ou fecit) précisent le lien qui unissait le défunt à la personne qui a fait ériger le tombeau : filiae dulcissimae, coniugi amantissimo « à un époux (ou une épouse) très affectueux », filio pientissimo « à un fils si affectueux », etc.
On se préoccupe parfois de faire élever le monument familial de son vivant, soit par simple prévoyance, ce qui s’exprime par l’adjectif vivus, soit à l’occasion du premier décès dans une famille, comme dans cet exemple.
Suivent parfois une laudatio, « éloge funèbre » ou des indications sur les circonstances de la mort si elles valent la peine d’être racontées, ou encore quelques phrases qui expriment la douleur des proches. Cette laudatio est souvent composée en vers, hexamètres ou distiques élégiaques.
L’inscription peut se terminer, comme ici, par la mention des dimensions du monument ou par une formule comme Hoc Monumentum Heredem Non Sequitur.
La tombe reste la propriété inaliénable du défunt et l’esprit procédurier des Romains prend soin de le mentionner : H(oc) M(onumentum) H(eredem) N(on) S(equitur) « ce tombeau ne fait pas partie de l’héritage ». On peut préciser aussi dans quelles conditions le tombeau a été construit : (EX) D(ecreto) D(ecurionum) « par décision du conseil municipal », L(oco) P(ublico) D(ato) D(ecreto) D(ecurionum) « sur un terrain public donné par décision du conseil municipal », T(estamento) (illius) « selon le testament du défunt », etc.
F/FIL |
Filius / filia
|
fils / fille |
|
N |
Nepos
|
précédé du prénom au génitif de l’aïeul |
|
PRON |
Pronepos
|
précédé du prénom au génitif du bisaïeul |
|
ABN |
Abnepos
|
précédé du prénom au génitif du trisaïeul |
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D M |
Dis Manibus
|
Aux dieux mânes (de) + gén. ou dat. |
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L/LIB |
Libertus
|
affranchi |
|
PVBL AVG N
PVBL |
Publicus
Augusti Nostri Publicus
|
avec un nom propre : « esclave public » esclave public affranchi par un empereur |
|
M/MEM |
Memoriae
|
À la mémoire de |
|
V A M D HO |
Vixit __ Annos __ Menses
__Dies __Horas
|
Il/elle a vécu __ années, __
mois, __ jours, __ heures. |
|
EX D D |
Ex Decreto Decurionum
|
Par décision du conseil
municipal |
|
L P D D D |
Locus Publicus Datus Decreto Decurionum
|
Terrain communal donné par
décision du conseil municipal |
|
IN
F/FR/FRO P |
In Fronte Pedes __
|
__ pieds en façade |
|
IN A/AG P |
In Agro Pedes __
|
__ pieds en largeur |
|
H M H N S |
Hoc Monumentum Heredem
Non Sequitur
|
Ce monument ne fait pas
partie de l’héritage |
|
H M S S H
N S |
Hoc Monumentum Sive
Sepulcrum Heredem Non Sequitur
|
Ce monument ou tombeau ne
fait pas partie de l’héritage |
|
S T T L |
Sit Tibi Terra Levis
|
Que la terre te soit légère |