Noctes Gallicanae
Epigraphie
latine
Epitaphes
littéraires
INSCRIPSIT TVMVLIS SEPTEM SCELERATA
VIRORVM
SE FECISSE CHLOE QVID POTE SIMPLICIVS
Sur les tombes de ses sept maris la
scélérate Chloé a fait inscrire
« Fait par Chloé ». Qu’a-t-on jamais
vu de plus sincère ?
Martial, IX, 15.
Auteurs
Sibi
MantVa me genVit Calabri me rapVere tenet nVnc
Parthenope Cecini pascVa rVra dVces
De Virgile pour lui-même (Suétone, Vie
de Virgile)
Mantoue
m’a vu naître, la Calabre m’a vu mourir, maintenant
Naples
me retient. J’ai chanté les pâturages, les champs, les héros.
Tibvlli (I, III)
Sibi
hic iacet immiti consvmptvs morte Tibvllvs
Messallam terra dvm seqvitvrqve mari
De Tibulle pour lui-même
Ci-gît
Tibulle, ravi par une mort cruelle,
pendant
qu’il suivait Messala sur terre et sur mer.
Sibi
Lygdamvs hic sitvs est dolor hvic et cvra neaerae
Conivgis
ereptae cavsa perire fvit
De
Lygdamus pour lui-même (Corpus Tibullianum)
Ci-gît Lygdamus. La douleur et le regret de Neaera
L’épouse qu’il a perdue furent les causes de sa mort.
Tibullo poetae
Te qvoqve Vergilio comitem non aeqva Tibvlle
Mors ivvenem
campos misit ad Elysios
ne foret avt elegis molles qvi fleret amores
avt caneret forti regia bella pede
De Domitius Marsius pour le poète Tibulle
(Corpus Tibullianum)
Toi
aussi, Tibulle, une mort injuste t’a envoyé
aux
côtés de Virgile vers les Champs Élysées,
pour
que plus personne ne pleure les tendres amours dans des vers élégiaques,
ou ne
chante les guerres royales sur le vers héroïque.
Sibi
Animula vagula blandula,
hospes comesque corporis,
quae nunc abibis in loca,
pallidula, rigida, nudula,
nec ut soles dabis jocos ?
De l’empereur Hadrien pour lui-même
Petite
âme, insaisissable et caressante,
hôte et
compagne de mon corps,
en
quels lieux vas-tu t’en aller,
pâlotte,
tendue, toute nue
où,
contrairement à ton habitude, tu ne pourras plus plaisanter ?
HADRIANI CAESARIS
Lascivus versu mente pudicus eras
De l’empereur Hadrien pour le poète
Voconius
Léger
dans tes vers, tu étais profond dans ton cœur.
Hanc tibi,
Fronto pater, genetrix Flaccilla, puellam
Oscula
commendo deliciasque meas,
Parvula ne
nigras horrescat Erotion umbras
Oraque
Tartarei prodigiosa canis.
Impletura
fuit sextae modo frigora brumae,
Vixisset
totidem ni minus illa dies.
Inter tam
veteres ludat lasciva patronos
Et nomen
blaeso garriat ore meum.
Mollia non
rigidus caespes tegat ossa nec illi ;
Terra,
gravis fueris : non fuit illa tibi.
De Martial pour une petite fille
A toi,
Fronton, mon père, à toi, Flacilla, ma mère, je recommande cette petite fille,
dont
les bisous faisaient mes délices,
pour
que la petite Erotion ne soit pas horrifiée par les ombres noires
et par
les gueules monstrueuses du chien de Tartare.
Elle
allait seulement voir la fin des rigueurs de son sixième hiver,
s’il
n’avait manqué à sa vie ce même nombre de jours.
Parmi des
protecteurs aussi âgés, qu’elle joue sans souci
et
balbutie mon nom de sa bouche qui zézaie.
Qu’un
gazon trop dur ne couvre pas ses os si tendres ;
terre,
ne lui sois pas pesante, elle ne l’a pas été pour toi.
Eiusdem puero (III, XIX)
Proxima centenis ostenditur ursa columnis,
exornant fictae qua platanona ferae.
Huius dum patulos adludens temptat
hiatus
pulcher Hylas, teneram mersit in ora
manum :
vipera sed caeco scelerata latebat in
aere
vivebatque anima deteriore fera.
Non sensit puer esse dolos, nisi dente recepto
dum perit. O facinus, falsa quod ursa fuit !
Du même pour un petit garçon
Proche
des Cent colonnes, on voit une ourse,
à
l’endroit où des statues de bêtes féroces ornent une allée de platanes.
Alors
que pour jouer il voulait sonder ce gouffre béant,
le bel
Hylas plongea la main dans la gueule de l’ourse.
Mais
une vipère funeste se cachait dans l’obscurité du bronze,
abritant
une âme plus mauvaise que celle du fauve.
L’enfant
ne prit conscience du piège qu’en mourant de la piqûre
de cette
dent. Malheur ! Il aurait mieux valu que l’ourse fût vivante !
Eiusdem Paridi histrioni (XI, XIII)
Quisquis Flaminiam teris, viator,
noli nobile praeterire marmor.
Urbis deliciae salesque Nili,
ars et gratia, lusus et voluptas,
Romani decus et dolor theatri
atque omnes Veneres Cupidinesque
hoc sunt condita, quo Paris, sepulchro.
Du même pour l’acteur Pâris
Toi qui
parcours la voie Flaminienne, voyageur,
ne
passe sans regarder ce marbre illustre.
Le
charme de Rome et l’esprit du Nil,
l’art
et le talent, la gaîté et le plaisir,
la
gloire et le chagrin du théâtre romain,
ainsi
que tout l’amour, toute la grâce,
reposent
dans ce tombeau où repose Pâris.
Eiusdem Scorpo agitatori (X,
LIII)
Ille ego sum Scorpus, clamosi gloria Circi,
Plausus, Roma, tui
deliciaeque breves
Invida quem Lachesis raptum trieteride nona
Dum numerat palmas,
credidit esse senem.
Du même pour le cocher Scorpus
Je suis
le fameux Scorpus, gloire du Cirque hurlant,
que tu
as applaudi, Rome, qui a fait tes brèves délices,
que la
jalouse Lachesis m’enlevant après neuf fois trois années,
parce
qu’elle avait compté mes palmes, a pris pour un vieillard.
Eiusdem Philaeno anui (IX, XXIX)
Saecula Nestoreae permensa, Philaeni,
senectae
rapta es ad infernas tam cito Ditis aquas?
Euboicae nondum numerabas longa Sibyllae
Tempora : maior erat mensibus illa tribus.
Heu quae lingua silet! Non illam mille catastae
vincebant, nec quae
turba Sarapin amat,
nec matutini cirrata caterva magistri,
nec quae Strymonio de grege ripa sonat.
Quae nunc Thessalico lunam deducere
rhombo,
quae sciet hos illos vendere lena
toros?
Sit tibi terra levis mollique tegaris harena,
ne tua non possint
eruere ossa canes.
Du même pour la vieille Philaenis
Philaenis,
tu t’es maintenue pendant les siècles d’une vieillesse digne de Nestor
et tu
as été si vite emportée vers les eaux infernales de Ditis ?
Tu ne
comptais pas encore de la Sybille de Cumes les longues
années,
elle était ton aînée de trois mois !
Hélas,
quelle langue vient de se taire ! Mille marchés d’esclaves
ne la
surpassaient pas, ni cette foule des adorateurs de Sérapis,
ni la
troupe frisée du maître d’école matinal,
ni la
berge qui retentit du bruit des vols de grues du Strymon.
Quelle
femme maintenant saura faire descendre la lune avec le rhombe thessalien ?
Quelle
maquerelle saura mettre en vente l’un ou l’autre lit conjugal ?
Que la
terre te soit légère et puisses-tu être recouverte d’un sable friable,
pour
que les chiens ne puissent pas ne pas déterrer tes ossements.
Eiusdem Antistio quodam Rustico (IX, XXX)
Cappadocum saevis Antistius occidit oris
Rusticus. O tristi
crimine terra nocens!
Rettulit ossa sinu cari Nigrina mariti
et questa est longas
non satis esse vias;
cumque daret sanctam tumulis, quibus invidet, urnam,
visa sibi est rapto
bis viduata viro.
Du même pour un certain Antistius Rusticus
Il est
tombé sur les rivages sinistres de la Cappadoce,
Antistius
Rusticus. Terre coupable d’un crime déplorable !
Nigrina
a rapporté dans son sein les ossements de son cher mari
et se
plaignait que les routes ne fussent pas assez longues.
Et
comme elle confiait l’urne sacrée aux tombeaux qu’elle jalouse,
il lui
sembla qu’on lui enlevait son mari pour la deuxième fois, la laissant deux fois
veuve.
Eiusdem colono quodam brevi (XI, XIV)
Heredes, nolite brevem sepelire colonum:
nam terra est illi quantulacumque gravis.
Du même pour un tout petit fermier
Héritiers,
ne donnez pas de sépulture au tout petit fermier :
car la
terre est lourde pour lui, même s’il y en a bien peu.
PETRONII IN SATIRICON LIBRIS (LXXI)
Titulus Trimalchionis sibi
C POMPEIVS TRIMALCHIO MAECENATIANVS HIC REQVIESCIT
HVIC SEVIRATVS ABSENTI DECRETVS EST
CVM POSSET IN OMNIBVS DECVRIIS ROMAE ESSE TAMEN NOLVIT
PIVS FORTIS FIDELIS EX PARVO CREVIT SESTERTIVM RELIQVIT
TRECENTIES
NEC VNQVAM PHILOSOPHVM AVDIVIT
VALE
ET TV»
H M H N S
De Pétrone, dans le Satiricon :
épitaphe de Trimalchion par lui-même
Ci-gît
Gaius Pompeius Trimalchio Meceniatus.
Il fut
élu sévir en son absence.
Il
aurait pu appartenir à toutes les décuries de Rome mais il ne le voulut pas.
Respectueux
de ses engagements, courageux, homme de parole, il partit de peu et laissa
trente millions de sesterces
et ne
fut jamais élève des philosophes.
Adieu.
– Adieu
à toi aussi.
Ce
monument ne fait pas partie de l’héritage.
TRIVM POETARVM INLVSTRIVM EPIGRAMMATA
Trium pœtarum inlustrium epigrammata,
Cn. Naevii, Plauti, M. Pacuvii, quae ipsi fecerunt et incidenda
sepulcro suo reliquerunt, nobilitatis eorum gratia et venustatis scribenda in
commentariis esse duxi[t Aulus Gellius, I, XXIV].
Epigramma Naevii plenum superbiae Campanae, quod testimonium
iustum esse potuisset, nisi ab ipso dictum esset :
IMMORTALES MORTALES SI FORET FAS FLERE,
FLERENT DIVAE CAMENAE NAEVIVM PŒTAM.
ITAQVE POSTQVAM EST ORCHO TRADITVS THESAVRO,
OBLITI SVNT ROMAE LOQVIER LINGVA LATINA.
Epigramma Plauti, quod dubitassemus an Plauti foret, nisi a
M. Varrone positum esset in libro de Pœtis primo :
POSTQVAM EST MORTEM APTVS PLAVTVS, COMŒDIA LVGET
SCAENA EST DESERTA, DEIN RISVS, LVDVS IOCVSQVE
ET NVMERI INNVMERI SIMVL OMNES COLLACRIMARVNT.
Epigramma Pacuvii verecundissimum et purissimum dignumque eius
elegantissima gravitate :
ADVLESCENS, TAMETSI PROPERAS, TE HOC SAXVM ROGAT
VT SESE ASPICIAS, DEINDE QVOD SCRIPTVM EST LEGAS.
HIC SVNT PŒTAE PACVVI MARCI SITA
OSSA. HOC VOLEBAM NESCIVS NE ESSES. VALE.
Épitaphes de trois poètes illustres
Ces
trois épitaphes de poètes illustres, Gnaeus Naevius, Plaute et Marcus Pacuvius,
qu’ils ont composées eux-mêmes et qu’ils ont laissées pour être gravées sur
leurs tombeaux, j’ai pensé qu’en raison de la notoriété de leurs auteurs et de
leur charme elles devaient figurer dans mes notes. (Aulu-Gelle).
Épitaphe
de Naevius, pleine de l’orgueil campanien qui aurait pu fournir un témoignage
exact sur lui, si elle n’avait été écrite par lui-même :
Si pleurer les mortels aux immortels était permis,
Elles pleureraient, les divines Camènes, le poète
Naevius.
Ainsi depuis qu’il fut remis au trésor d’Orchus
On ne sait plus à Rome parler la langue latine.
Épitaphe
de Plaute, que nous aurions hésité à attribuer à Plaute, si Varron ne l’avait
pas placée dans le premier livre de son Sur les poètes :
Depuis que de la mort Plaute est l’hôte, la comédie
est en deuil,
Le théâtre reste désert ; rires, jeux de scène ,
bons mots,
Et rythmes innombrables, tous ensemble ont éclaté en
pleurs.
Épitaphe
de Pacuvius, très digne, très pure et qui correspond bien à son sérieux si
raffiné :
Jeune homme, même si tu es pressé, cette pierre te
demande
De la regarder et de lire l’inscription qu’elle
porte.
Ici se trouvent du poète Marcus Pacuvius
Les ossements. Cela, je voulais que tu ne l’ignores
pas. Adieu.
Cynthiae
hic carmen media dignum me scribe columna
sed breve quod currens vector ab urbe legat.
hic TIBVRTINA iacet AVREA CYNTHIA TERRA
ACCESSIT RIPAE LAVS ANIENE TVAE
De Properce pour Cynthia
Là, au milieu de la colonne, écris un poème digne de
moi
Mais assez bref pour qu’un cavalier qui quitte la
ville au galop puisse le lire :
CI-GÎT CYNTHIA LA BELLE EN TERRE TIBURTINE ;
ANIO, VOICI UNE GLOIRE DE PLUS POUR TA RIVE.
CICERONIS in
Tusculanarum disputationum libro V, XXXV
Ex quo Sardanapalli,
opulentissimi Syriae regis, error agnoscitur, qui incidi iussit in busto
HAEC HABEO QVAE EDI QVAEQVE EXSATVRATA LIBIDO
HAVSIT AT ILLA IACENT MVLTA ET PRAECLARA RELICTA
« Quid
aliud, inquit Aristoteles, in bovis non in regis sepulcro inscriberes ? »
Dans le livre V des Tusculanes de Cicéron
C’est à cela qu’on se rend compte de l’erreur de
Sardanapale, le très riche roi de Syrie, qui fit graver sur son mausolée :
J’emporte avec moi ce que
j’ai mangé et ce que j’ai tiré de l’assouvissement de mes désirs
amoureux, mais restent
derrière moi les nombreux trésors que j’ai laissés.
Ce qui fit dire à Aristote : « Que
pourrait-on inscrire d’autre sur la tombe d’une vache plutôt que sur celle d’un
roi ? ».
Le texte grec nous a été transmis par Athénée :
keÝn' ¦xv ÷ss' ¦fagon kaÜ ¤fæbrisa kaÜ sçn ¦rvti
t¡rpn' ¦payon t d¢ poll kaÜ ölbia pta l¡leiptai
J'emporte avec moi ce que j'ai mangé, les plaisirs que
j’ai donnés et reçus
grâce à l’amour, quant à mes nombreuses richesses,
elles sont perdues.