Noctes Gallicanae
Campagne de César
dans la Venétie armoricaine

 

 

 

Géographie des Gaules jusqu’au Ve siècle

 

 

CAMPAGNE DE CÉSAR

DANS LA VÉNÉTIE ARMORICAINE

 

NOUVEAUX ÉCLAIRCISSEMENTS

sur le livre III des commentaires.

 

Origine des Venètes armoricains. – Leur commerce avec les

îles britanniques avant la conquête romaine.

par

 

Aed LALLEMAND

Juge de paix du canton Est de Vannes,

Membre de la Société polymathique du Morbihan,

Ancien président de la Section archéologique.

 

 

 

 

VANNES,

IMPRIMERIE DE J.-M. GALLES,

1861.

 

 


 

CAMPAGNE DE CÉSAR

DANS LAVÉNÉTIE ARMORICAINE.

 

Nouveaux éclaircissements sur le livre III des Commentaires.

Réponses aux objections sur le travail publié dans l’Annuaire du Morbihan de 1860.

 

TABLE DES MATIÈRES

 

introduction

 

chapitre premier

 

Quel a été, sur le territoire des Nannètes, l’itinéraire de César s’avançant de ses campements chez les Andes vers la Venétie avec ses troupes de terre ?

 

César a-t-il quitté la Loire à Ancenis pour s’avancer sur la rive droite à travers le territoire des Nannètes ?

 

chapitre II

 

Les Venètes avant la conquête, avaient-ils une capitale ? Cette ville, que César n’a pas assiégée, a-t-elle été détruite par lui après la bataille navale ?

 

Dariorigon, Corbilon et Portus-Nannetum existaient-ils alors à l’état de villes ?

 

Qu’était-ce que le sénat des Venètes ?

 

César a-t-il détruit les villes des Venètes après la bataille navale ?

 

chapitre III

 

Le Morbihan est le port où a séjourné la flotte construite ad Veneticum bellum depuis la bataille navale jusqu’à la première expédition de César dans l’île de Bretagne.

 

Première expédition de César dans l’île de Bretagne.

 

Les peuples Belges ne faisaient pas le commerce ; les mercatores Venètes seuls en rapport avec les Bretons.

 

Seconde expédition de César dans l’île de Bretagne.

 

Chantiers de César in Meldis et sur la Seine.

 

chapitre IV

 

Commerce maritime des Venètes avant la conquête romaine. Changements apportés dans ce commerce par la conquête et la nouvelle organisation des Gaules, par Auguste, l’an 27 de J.-C.

 

Voyage de Pythéas de Marseille en Islande.

 

Où était situé Corbilon ?

 

Antiquité du commerce des Venètes avec les îles Britanniques.

 

Origine des Venètes armoricains.

 

Les Venètes de la mer Baltique.

 

Les Henètes d’Homère et de la Paphlagonie.

 

Les Venètes de l’île de Bretagne.

 

Les Venètes de l’Adriatique descendent des Venètes armoricains.

 

Les Venètes armoricains initiés au commerce par les Phéniciens.

 

Fondation de Marseille par les Phocéens.

 

Commerce des Carthaginois avec les îles Britanniques.

 

Nom de langue celtique conservé aux dialectes gaulois, leurs monuments doivent aussi s’appeler celtiques et non druidiques.

 

Les Celtes sont le peuple primitif ou autochtone de la Gaule.

 

Construction navale des Gaulois et des Grecs.

 

Transport de l’étain des îles Britanniques par les Venètes à Marseille et à Narbonne.

 

Navigation maritime et fluviale des Venètes.

 

Le commerce avec les îles Britanniques transporté chez les Belges après la conquête, par suite de la défaite des Venètes.

 

 

 

Fin de la table

 


CAMPAGNE DE CÉSAR

dans

LA VÉNÉTIE ARMORICAINE.

(L’an 56 avant J.-C.)


NOUVEAUX ÉCLAIRCISSEMENTS

sur le livre III des commentaires


 

Dans l’Annuaire du Morbihan, de 1860, nous avons étudié le plan de campagne de César dans la Vénétie armoricaine, la troisième de ses campagnes dans la Gaules. Cette étude nous a montré, non une guerre d’invasion à travers la territoire des Nannètes et le siège d’une ville, Dariorigue, capitale des Venètes, que plusieurs historiens ont cru y voir, mais César, suivi pas à pas avec ses Commentaires, prenant son point de départ de son campement chez les Andes, où il faisait construire ses galères dans le port alors le plus voisin de l’Océan, descendant la Loire par la rive gauche sur le territoire des Pictones, peuple qui s’étendait à cette époque sur la côte de l’Océan jusqu’à la Loire (Strabon liv. IV, p. 190 et Ptolémée liv. II, édit. de Bertius, p. 46) ; passant sur la rive droite, à l’aide des navires gaulois qu’il avait exigés des Pictones, des Santones et autres peuples pacifiés, à l’embouchure de la Loire, où ils devaient faire leur jonction avec les galères qu’on y construisait ; reconnaissant ces côtes inconnues aux Romains et conquérant à la flotte, chargée de ses approvisionnements, en attaquant successivement les oppida de la presqu’île de Guérande, du bourg de Batz, du Croisic, de Piriac, de Pénestin, des ports et des lieux de refuge sur cette mer vaste et orageuse ; puis traversant la Vilaine à son embouchure même, et sans y entrer, former, en s’emparant des oppida de Penlan, de Pénerff, de Penvins, de la pointe Saint-Jacques, et de Port-Navalo, autour de la presqu’île de Rhuis, cette grande ligne de circonvallation qui renfermait dans le Morbihan toute la puissance maritime des Venètes et de l’Armorique. Ainsi, dans l’expédition de Crimée, les troupes de terre de la France et de l’Angleterre cernèrent, sur les côtes de Sébastopol, toutes les forces maritimes de la Russie dans la Mer-Noire.

 

Après avoir fixé le lieu où s’est livrée, sous les yeux de César et à la vue de son armée, la bataille navale qui mit fin à cette campagne, et avoir déterminé le véritable sens à donner au Mare conclusum des Commentaires, nous avons recherché l’origine et le berceau de cette ville, Dariorigue, dont parle Ptolémée au IIe siècle comme de la capitale des Venètes.

 

Notre travail nous a valu les encouragements les plus flatteurs, les suffrages les plus honorables ; mais, comme tout ce qui sort des préjugés aveuglément reçus et adoptés, de la routine acquérant si facilement droit de prescription, nous ne pouvions espérer de la voir accepter sans contestation. Des objections nous ont été présentées : quelques-unes nous paraissent assez sérieuses pour nous obliger à y répondre. C’est ce que nous allons faire dans les articles suivants qui serviront de complément aux premiers.

 


 

I.

 

Quel a été, sur le territoire des Nannètes, l’itinéraire de César s’avançant de ses campements chez les Andes vers la Venétie avec ses troupes de terre ?

 

César a-t-il quitté la Loire à Ancenis pour s’avancer sur la rive droite à travers le territoire des Nannètes ?

 

 

 

Quel a été, sur le territoire des Nannètes, l’itinéraire de César s’avançant de ses campements chez les Andes vers la Vénétie avec ses troupes de terre ?

 

 

 

….. In Venetos proficisci jubet, ipse eo pedestribus contendit (Lib. III-11)

 

 

 

César a-t-il traversé en ligne droite les quinze ou vingt lieues de pays qui séparent la Loire de la Vilaine pour pénétrer dans la Vénétie, après avoir passé la Vilaine à quelques lieues de son embouchure, comme on semble le croire généralement ; ou bien, comme nous pensons l’avoir établi dans notre opuscule intitulé Campagne de César dans la Vénétie armoricaine, l’an 56 avant J.-C., pages 9, 26, 29 et 89, César s’est-il borné à conquérir par terre, mais sans s’y avancer, sur le littoral de l’Océan, des ports de refuge et des abris pour sa flotte, et à pénétrer dans la Vénétie, en passant la Vilaine à son embouchure même, sans entrer dans cette rivière ?

 

Telle est la question à laquelle nous nous proposons de revenir avec plus de précision afin de répondre à une première objection.

 

Pour bien comprendre le plan de campagne de César dans la Vénétie, il ne faut point s'écarter du texte des Commentaires. Dans les récits du proconsul lui-même, quelque concis qu'ils soient, nous trouverons la description exacte des lieux qu'il a parcourus, le résumé des opérations qui ont signalé cette campagne. Suivons-le donc pas à pas ou mot pour mot, si nous ne voulons perdre la voie. Pas de conjecture, pas de carrière à notre imagination ; le champ en serait trop vaste : il nous égarerait. C’est le graphium qui a écrit les Commentaires qui doit tracer sur la carte des Gaules l'itinéraire et les étapes de César, si nous voulons être exact. Les transformations du sol même après dix-huit cents ans, permettent encore d'y retrouver, non les ruines et des débris de constructions militaires nécessairement emportées par elles, mais les accidents de terrain et les positions stratégiques si bien décrites par l'habile conquérant.

 

Le point de départ de César est le quartier d'hiver de Crassus, chez les Andes : c'était le plus près de l'Océan.

 

Publius Crassus adolescens cum legione septima proximus mare Oceanum in Andibus hiemarat (lib. III-7)

 

Naves interim longas aedificari in flumine Ligeri, quod influit Oceanum comparari jubet (lib. III-9).

 

On a supposé, dit à ce sujet M. Bizeul (Bulletin de la Société Archéologique de Nantes, t. I, 2e liv. p.115), que ces navires avaient été construits en Anjou, in Andibus, parce que c'était là que le jeune P. Crassus avait passé l'hiver avec la septième légion. C'est une conjecture que l’on peut admettre comme telle mais que l'on ne devrait pas transformer en affirmation, comme l'ont fait quelques historiens. On peut croire aussi que ce dût être là que se rendit César lorsqu'il vint pour commander en personne l'expédition contre les Venètes. Ipse ... ad exercitum contendit, et de plus que, pour se porter avec ses troupes vers le Morbihan il traversa le pays des Nannètes.

 

Nous l'avons dit, nous ne voudrions pas faire de conjectures, même avec notre savant doyen, quelque confiance que nous inspire sa critique ordinairement si éclairée, nous craindrions de nous égarer, comme nous pensons qu’il le fait ici relativement au passage à travers le pays des Nannètes.

 

Le point de départ de César est clairement indiqué par les textes suivants : « plusieurs des peuples situés au-delà du Rhin envoyèrent des députés à César (à la fin de sa seconde campagne, l’an 57 avant J.-C.) pour lui offrir de se soumettre et de donner des otages. César, pressé de se rendre en Italie et en Illyrie, leur dit de revenir au commencement de l’été. Il mit ses troupes en quartier d’hiver chez les Carnutes, les Andes et les Turons, et il partit pour l’Italie, liv. II – 35.

 

Puis, racontant comment tout-à-coup la guerre se ralluma dans la Gaule, il nous dit au liv. III-7 :

 

« Voici à quelle occasion : le jeune Publius Crassus hivernait avec la septième légion, chez les Andes, près de l’Océan. Comme il manquait de vivres, il avait envoyé chez les peuples voisins des préfets et plusieurs tribuns militaires pour demander des subsistances. T. Terrasidius chez les Unelli, M. Trébius Gallus chez les Curiosolites, Q. Velanius, avec Silius, chez les Venètes.

 

Les envoyés Romains sont arrêtés par les peuples de l’Armorique qui ne veulent les rendre qu’en échange des otages donnés à Crassus l’automne précédent, et la grande ligue maritime se forme. liv. III-8.

 

« César était très-éloigné lorsqu’il fut instruit de ces faits par Crassus ; il ordonna de construire des galères sur la Loire qui se jette dans l'Océan, de lever des rameurs de la Province, de rassembler des matelots et des pilotes. Ces ordres furent promptement exécutés. Lui-même, dès que la saison le permet, se rend à l’armée. » Liv. III-9

 

Où César revient-il ainsi rejoindre son armée ? dans les campements des Carnutes, des Andes et des Turons, où il l'avait laissée au commencement de l'hiver. Ses légions ne les avaient pas quittés depuis : c'est donc là qu’il les retrouve au printemps, quand il vient faire ses dispositions pour la campagne qui va s’ouvrir.

 

Où sont construites; ces galères, longae naves, comme il l’a ordonné in flumine Ligeri quod influit Oceanum ? si ce n'est dans le quartier de Crassus qui a reçu cet ordre, proximus mare Oceanum in Andibus.

 

Enfin d'où César partira-t-il pour se rendre dans la Vénétie? Après avoir distribué son armée et envoyé Labienus, son lieutenant, avec de la cavalerie chez les Trévires, Crassus en Aquitaine, avec douze cohortes légionnaires et une cavalerie nombreuse, Titurius Sabinus, avec trois légions chez les Unelli; les Curiosolites et les Lexovii ; après avoir donné au jeune Décimus Brutus le commandement de sa flotte et des vaisseaux gaulois qu'il avait exigés des Pictones et des Santones et des autres peuples pacifiés; avec ordre de se rendre au plus tôt chez les Venètes, il y marche lui-même avec les troupes de terre. » liv III-11. César n'est-il pas alors proximus mare Oceanum in Andibus ?

 

Le point de départ chez les Andes n'est donc point une conjecture : il est fixé expressément par les textes.

 

 

 

De ce point de départ ainsi fixé, par quelle voie César s’est-il dirigé avec ses troupes de terre vers la Vénétie ? Quittant la Loire à Ancenis, s’est-il avancé sur la rive droite, à travers le territoire des Nannètes, vers la Vilaine, pour la passer à la hauteur de la Roche-Bernard, suivant le tracé de la route actuelle de Nantes à Vannes, comme on le suppose généralement ?

 

Démontrons que ce trajet est en contradiction avec les textes des Commentaires et avec le plan de campagne que César s’était tracé.

 

Si nous continuons en effet le livre III-12, César, immédiatement après avoir annoncé son départ pour la Venétie avec ses troupes de terre, s’exprime ainsi :

 

« La plupart des oppida de cette côte sont situés sur des langues de terre et des promontoires. Ils n’offrent d’accès ni aux piétons quand la mer est haute, ni aux navires lorsque le reflux laisse à sec sur le sable. On ne pouvait donc facilement les assiéger. Si, après de pénibles travaux, on parvenait à contenir la mer par des digues et à élever une terrasse jusqu’à la hauteur des murs, les assiégés, lorsqu’ils désespéraient de leu fortune, rassemblaient leurs nombreux vaisseaux, y transportaient tous leurs biens et se retiraient dans d’autres oppida voisins où la nature leur offrait les mêmes moyens de défense. Durant une grande partie de l’été, cette manœuvre fut d’autant plus facile que notre flotte était retenue par les vents contraires et pouvait à peine naviguer sur une mer vaste, ouverte, sujette à de hautes marées et presque entièrement dépourvue de ports. »

 

C’est donc par le littoral qu’ont eu lieu, pendant une grande partie de l’été, les opérations des troupes de terre de César ; c’est là seulement que nous trouverons ces oppida in extremis lingulis promontoriisque, inaccessibles aux piétons à marée haute, cum ex alto se aestus incitavisset. C’est le texte même des Commentaires qui nous attache au rivage de l’Océan, et nous ne pouvons pénétrer dans les terres plus avant que la mer sans perdre les traces de César qui ne s’en est jamais éloigné.

 

Plus avant, nous ne retrouverions plus ces chemins sur terre, interceptés par les marées, pedestria itinera concisa aestuariis, dont il est parlé au livre III 9, dans l’énumération des avantages des lieux auxquels se confiaient les Venètes.

 

Si les troupes de terre, en suivant le littoral, n’avaient pas dû opérer de conserve avec la flotte, naviguant de cap en cap, pourquoi ajouter dans la même phrase : « Les chemins sur terre étaient interceptés par les marées et la navigation difficile sur une mer dont les ports étaient rares et peu connus. Ils espéraient (les Venètes) que le manque de vivres nous empêcherait de faire chez eux un long séjour, et lors même que leur attente serait trompée, ils étaient toujours les plus puissants sur mer. Les Romains n’avaient point de marine; ils ignoraient les rades, les ports, les îles des parages où il feraient la guerre (liv. III-9). »

 

Chaque membre de phrase relatif aux troupes de terre est suivi d’un autre qui a rapport à la marine : nouvelle preuve qu’elles ne devaient pas agir séparément. Les premiers efforts des troupes de terre ne pouvaient avoir pour but que d’explorer ces côtes inconnues des Romains, de chercher pour la flotte, qui seule pouvait leur procurer des subsistances, des rades, des lieux de refuge sur l’Océan, afin de pénétrer dans la Vénétie où César avait résolu de porter un grand coup et d’anéantir la puissance maritime des Gaules.

 

Etait-il nécessaire pour y parvenir de s'avancer par terre à travers le territoire des Nannètes ? César ne les nomme qu'une seule fois pour dire qu'ils entrèrent dans la ligne des Venètes contre 1es Romains (liv . III - 9). Leur territoire était situé sur la rive droite de la Loire, et celui des Pictones sur la rive gauche ; ces deux peuples faisaient alors partie de la Gaule Celtique. « Les Pictones, nous dit Strabon, liv. IV, p. 190, occupaient toute la côte de l'Océan, depuis le pays des Santones jusqu’à la Loire, en sorte que ce fleuve avait son embouchure entre les Pictones et les Nannètes (1). »

 


 

(1) Prow de tv Vkeanv, Santonoi kai Piktonew, oi men tv Garouna paroikountew, oi de tv Leighri; o de Leighr metaju Piktonvn te kai Namnitvn ekballei.

 


 

C'était à l’embouchure de la Loire que les vaisseaux gaulois exigés par César des Pictones, des Santones et des autres peuples pacifiés, devaient faire leur jonction avec les galères construites sur la Loire chez les Andes, et dont Brutus devait prendre le commandement afin de se rendre au plus tôt chez les Venètes. Ces alliés fournissaient des matelots et des pilotes, mais surtout des vivres dont le refus par les Nannètes et les Venètes était la cause de la guerre. Des navires de transport étaient à la disposition de César pour faire passer ses troupes de terre sur la rive droite à l'embouchure de la Loire, afin d'explorer cette côte en attendant que ses galères fussent prêtes et le contexte des Commentaires indique que c'est ce qu’il a fait, lorsqu’il dit au livre III-2, « il envoie avec de la cavalerie, Labienus chez les Trévires, Crassus en Aquitaine, Sabinus, avec trois légions, chez les Unellii, les Curiosolites et les Lexovii ; il donne au jeune Decimus Brutus le commandement de la flotte et des vaisseaux gaulois qu'il avait exigés des Pictones, des Santones et autres pays pacifiés, et lui dit de se rendre au plus tôt chez les Venètes. Il y marche lui-même avec les troupes de terre. »

 

Pourquoi César, au lieu de descendre la Loire, avec ses troupes de terre, par la rive gauche sur le territoire allié des Pictones, où il faisait ses approvisionnements et pouvait les tirer de Lemonum (Poitiers), leur capitale, dont Hirtius fait mention au livre VIII des Commentaires, comme s’étant signalée par son attachement au parti des Romains, et où Duriacus se vit assiégé, par ce motif, cinq ans plus tard, par Dumnacus chef des Andes, après la prise d’Alesia et l’insurrection des peuples gaulois, qui Oceanum attingunt, pourquoi, disons-nous, César aurait-il préféré à cette rive gauche la rive droite et le territoire hostile des Nannètes ?

 

Sans doute, avec deux légions, il pouvait passer partout et n’avait rien à craindre des Nannètes réfugiés avec leurs navires chez les Venètes ; mais César savait qu’ils avaient retiré les grains des campagnes dans les oppida, frumenta ex agris in oppida comportant, lib. III-9 ; pourquoi aurait-il mis vingt ou trente lieues de pays ravagé entre lui et sa flotte, avec laquelle il n’eût pu combiner ses mouvements ; et comment aurait-il pu ravitailler ses troupes pendant une partie de l’été, en abandonnant ses communications avec les peuples alliés ? Une pareille faute stratégique ne peut être gratuitement imputée au plus grand capitaine des temps anciens.

 

Serait-ce pour passer la Vilaine à gué, afin d’entrer sur le territoire des Venètes par la voie de terre parce que sa flotte n'était pas prête pour opérer son transport ? Mais alors ce n’est pas seulement sur le territoire des Nannètes qu’il faudra s'avancer pour trouver un gué sur la Vilaine, mais encore sur celui des Redones, peuple hostile aussi et de la ligue ennemie. Sur cette rive droite de la Loire, si César fût entré dans les terres, il se jetait dans des forêts impénétrables, suivant les documents du moyen-âge, et nous en retrouvons encore des vestiges dans les forêts du Cellier, d’Ancenis, de Saffré, du Gâvre, de Saint-Gildas des Bois, de la Bretesche ; s'il s'était rapproché des rives du fleuve, il tombait dans des marais impraticables, à peine desséchés de nos jours : les marais de Donges, de la Grande-Brière, etc. Enfin, ce passage d’une rivière aussi considérable que la Vilaine, toujours dangereux en présence de l'ennemi, en admettant qu’il se fût effectué sans résistance, n'a pu avoir lieu, à quelques lieues de son embouchure, qu'en y jetant un pont ou à l'aide de navires de transport ; comment ceux-ci auraient-ils pu remonter cette rivière, dont les Venètes, plus puissants sur mer, tenaient l’entrée bloquée ?

 

Si un pont a été jeté, si des radeaux ont été construits, comment n’en trouvons-nous aucune trace dans les Commentaires, qui décrivent si complaisamment toutes les opérations de cette campagne ? Il y a plus, la Vilaine paraît inconnue à César ; et, comme nous le faisait remarquer M. Bizeul, ni César, ni Strabon, ni Dion Cassius, ni aucun des historiens qui ont suivi les Commentaires ne parlent de la Vilaine, Herius, Hriow ; c'est Ptolémée, au IIe siècle qui, le premier des géographes, la nomme ainsi.

 

Le trajet de César dans l'intérieur des terres, sur la rive droite, à travers le territoire des Nannètes qui sépare la Loire de la Vilaine est donc une conjecture sans fondement, en opposition avec les textes et le plan de campagne de César. C'est un préjugé qui s’explique par l’idée préconçue que César va attaquer les Venètes, non la puissance maritime des Gaules concentrée dans le Morbihan, comme un port naturel, attaquable seulement par le littoral, mais assiéger par terre une ville fortifiée, Dariorigue, la capitale des Venètes. Ni la capitale des Venètes ni la Vilaine ne sont nommées dans les Commentaires, parce que ni l’une ni l’autre n'est comprise dans les opérations militaires de cette campagne.

 

Descendant la Loire par la rive gauche sur le territoire des Pictones, peuple allié, César passe ce fleuve à son embouchure sur les navires gaulois qu'il y avait rassemblés pour aller attaquer, sur la rive droite, dans la presqu’île de Guérande, les oppida du bourg de Batz et du Croisic, dont la prise lui ouvre une rade sur l’Océan, vers la Vénétie ; la prise de l’oppidum de Piriac lui livre la baie de Pennebé ; les Gaulois repoussés de l'oppidum de Pénestin, César est à l’embouchure de la Vilaine, d'où il passe dans la Vénétie en attaquant l'oppidum de Penlan, et se dirigeant par Pénerff, Penvins et la côte de St-Gildas, dans la presqu'île de Rhuis, jusqu'à l’entrée du Morbihan, où sont réunies toutes les forces maritimes de l'Armorique, contre lesquelles César ne pouvant plus rien fut contraint d'attendre la coopération de sa flotte, liv. III-14.

 

Dans cet itinéraire, nous ne nous sommes point écarté des chemins par terre coupés par les marées ; César s'est toujours maintenu en communication avec sa flotte et les peuples alliés ; nous ne sortons pas du plan de campagne tel qu'il est tracé par les Commentaires, et nous n’y rencontrons ni la Vilaine ni la capitale des Venètes qui n'y sont point nommées.

 

Mais on insiste : un peuple qui avait un sénat, nous dit-on, devait avoir un lieu quelconque de réunion pour recevoir les envoyés des autres nations ? ce lieu c'était la capitale des Venètes : où était-elle ? ville ouverte, abandonnée, c’est pourquoi César n’en parle pas.

 

D'autres, frappés de la grandeur et de l'importance des monuments celtiques que l'on admire à Locmariaker, persistent à y voir la capitale des Venètes, détruite par César après la bataille navale ; cette capitale aurait été alors transportée à l'autre extrémité du Morbihan, et serait devenue la Dariorigue de Ptolémée.

 

Examinons le plus ou moins de fondement de ces conjectures. Ce sera le sujet d’un second article.

 

 


 

II.

 

Les Venètes avant la conquête, avaient-ils une capitale ? Cette ville, que César n’a pas assiégée, a-t-elle été détruite par lui après la bataille navale ?

 

Dariorigon, Corbilon et Portus-Nannetum existaient-ils alors à l’état de villes ?

 

Qu’était-ce que le sénat des Venètes ?

 

César a-t-il détruit les villes des Venètes après la bataille navale ?

 

 

 

Les Venètes, avant la conquête, avaient-ils une capitale ? Cette ville, que César n'a pas assiégée,
a-t-elle été détruite par lui après la bataille navale ?

 

 

 

« Si par capitale en entend une ville où réside un souverain, ne cherchons pas quelle était la capitale des Venètes, car ils étaient républicains. Il est vrai que parmi eux les affaires publiques étaient administrées par un sénat, qui devait siéger quelque part. Mais comme le génie de la liberté est ombrageux, qui sait si, pour empêcher tout lieu particulier d’acquérir trop d'éclat et de prépondérance, ils n'obligeaient pas ce corps administratif de siéger succesivement dans toutes les villes de la cité. » L’abbé Mahé, Essai sur les antiquités du département du Morbihan, p. 7. - Vannes, 1825.

 

Ces susceptibilités républicaines sont d'un autre âge ; à une autre époque aussi appartiennent ces rivalités entre les villes d'une même cité que l'on a appelées plus tard : rivalités de clocher. Au temps de César c'était bien assez, hélas, de ces divisions intestines de peuple à peuple, de cité à cité qui livraient aux Romains la Gaule fractionnée et déchirée par ses propres enfants. La ligue des cités armoricaines fut le premier réveil patriotique de ces peuples, la première tentative d'union pour la défense commune de leur liberté et de leur indépendance.

 

Recherchons dans les seuls documents contemporains et les institutions des Gaulois antérieures à la conquête, si un peuple, ou une cité civitas (ce mot n'avait pas alors d'autre signification) aussi puissant que les Venètes ne devait pas avoir une capitale.

 

Peu de cités gauloises, à cette époque, avaient des villes, urbes. Dans les huit livres des Commentaires, les principales villes qui y sont nommées sont appelées oppida. César nous donne les noms de vingt-huit ou trente, de toutes celles qu'il rencontre dans ses opérations militaires1.

 


 

1 Voir la 1ère partie et Annuaire de 1860, p. 11, 12 et suivantes.

 


 

Une seule, Avaricum, la ville des Bituriges est appelée urbs. C'est lorsque Vercingétorix, après avoir essuyé successivement tant de revers à Vellaunodunum, Château-Laudon (Artaud) ; à Genabum, Orléans ; à Noviodunum Biturigum, Neuvi-sur-Baranjou (Artaud), convoque un conseil, et afin de priver les Romains de vivres et de fourrages, engage à incendier les habitations et les bourgs, vicos et aedificia incendi oportere, et les oppida que leur position ou la faiblesse de leurs fortifications ne préservent pas de tout péril, oppida quae non munitione et loci natura ab omni sint periculo tuta, liv. VII-14. Mais lorsqu’il s'agit d'incendier Avaricum, les Bituriges se jettent aux pieds des autres Gaulois, ils demandent « qu’on ne les force pas à brûler, de leurs mains, une des plus belles villes de la Gaule, l'ornement et le soutien de tout le pays. Ne pulcherrimam prope totius Galliae urbem, quae et praesidio et ornamento sit civitati, suis manibus succendere cogerentur, lib. VII-17.

 

Dans toutes les autres circonstances les villes des Gaulois sont appelées oppida, et Avaricum elle-même, considérée comme place forte, est aussi un oppidum, la plus grande et la plus forte place des Bituriges sur le territoire le plus fertile. Caesar ad Avaricum quod erat maximum munitissimumque in finibus Biturigum atque agri fertilissima regione profectus est, liv. VII-13. Les agglomérations de population sont désignées sous le nom de vici ; les lieux d’habitations, les maisons, les édifices publics sous celui de aedificia, liv. IV-4 et 19, liv. V-12, liv VII-14, etc.

 

La cité des Venètes est aussi appelée Venetia dans les Commentaires, liv. III-9. Naves in Venetiam ubi Caesarem primum bellum gesturum constabat, quam plurimas possunt, cogunt. Aucun nom n'est donné aux ports, en petit nombre, que les Venètes occupaient sur cette mer vaste et orageuse, d'où ils rendaient tributaires presque tous ceux qui naviguaient dans ces parages. Paucis portubus interjectis, quas tenent ipsi, omnes eo mari uti consuerunt habent vectigales, liv. III-8 ; aux oppida qu’ils ont dans lesquels ils ont retiré leurs grains, oppida muniunt, frumenta ex agris in oppida comportant, liv. III-9. César les assiége pendant une grande partie de l'été mais, à l'aide de leurs navires, quand ils désespèrent de leur fortune, ils transportent tous leurs biens dans d'autres oppida voisins sua deportabant omnia, seque in proxima oppida recipiebant, liv. III-12.

 

Des ports, pour abriter leur flotte, des oppida pour en défendre l’approche, voilà ce que nous montrent les Commentaires, chez les Venètes ; mais nulle part cette, capitale, urbs,. que l'on voulait placer à Vannes ou à Locmariaker et surtout cette Dariorigue du IIe siècle que l'on ne peut faire assiéger par César sans anachronisme et sans se mettre en contradiction avec le texte des Commentaires, ceux de Strabon et de Dion Cassius1.

 


 

1 V. la 1ère partie et Annuaire de 1860, p. 18 et suiv.

 


 

Ce n'est pas seulement parce que César, Strabon et Dion Cassius n’en parlent pas que nous disons que Corbilon, Dariorigue et Portus - Nannetum n'existaient pas à l'état de ville au temps de la conquête, c'est parce que leur existence est incompatible avec les récits des Commentaires et, ceux-ci en main, nous croyons en avoir donné la démonstration.

 

Comment en effet concilier avec l'existence de ces deux ports, Corbilon et Portus-Nannetum, sur la Loire, la construction des galères romaines in Andibus, et leur descente sans résistance jusqu'à l’embouchure de ce fleuve pour se rendre chez les Venètes ? par l’abandon et la fuite des Nannètes. Mais alors, maître de deux ports dans la Basse-Loire, de chantiers de construction, César n'eût pas été obligé de faire construire ses galères dans la Haute-Loire, proximus mare Oceanum in Andibus. Cette fuite, cet abandon de deux ports et d’une partie de leur territoire, de toute la rive droite de la Loire, par les Nannètes, était un fait trop important pour être passé sous silence ; toute lutte, toute résistance sur ces points, au commencement de la campagne eussent été indiquées, ne fût-ce que par deux mots. César, se dirigeant vers les Boïens, assiège Vellaunodunum, ville des Sénonais, afin de ne point laisser derrière lui d'ennemis qui gênassent le transport des vivres, ne quem post se hostem relinqueret quo expeditiore re frumentaria uteretur, lib. VII-11. Se dirigeant vers les Venètes, il ne pouvait laisser derrière lui sur la Loire, sans s'en emparer, Portus Nannetum ou Corbilon, qui eussent empêché ses vivres ou ses galères de passer. Si donc les Commentaires se taisent, c'est que Corbilon n'existait plus et que Portus Nannetum n'existait pas encore, César nous le dit expressément : les Venètes étaient les seuls maîtres sur ces côtes, eux seuls possédaient le petit nombre de ports qui s'y trouvaient.

 

Mais cette cité, Venetia, dont la puissance s'étendait au loin et était la plus grande sur toute cette contrée maritime, hujus civitatis est longe amplissima auctoritas omnis orae maritimae regionum earum, non seulement avait des ports pour construire et abriter ces nombreux navires sur lesquels naviguaient, jusqu'en Bretagne, les Venètes, qui surpassaient tous les autres par leur science et leur habileté dans la navigation, quod et naves habent Veneti plurimas, quibus in Britanniam navigare consuerunt et scientia atque usu nauticarum rerum reliquos antecedunt, liv. III-8 ; non seulement elle possédait un grand nombre d’oppida successivement assiégés par César pendant une partie de l'été, mais elle avait un sénat ; or le lieu où siégeait ce sénat devait être la capitale des Venètes.

 

 

 

Il ne faut pas s'exagérer l'importance de ce sénat des Venètes si cruellement mis à mal par César après la défaite de leur flotte, pour exercer sa vengeance sous le prétexte de faire respecter, par les barbares le droit des ambassadeurs, jus legatorum, liv. III-17.

 

« Tandis que ces événements se passaient chez les Venètes, ajoutent immédiatement les Commentaires, liv. III-17, Q. Titurius Sabinus arrivait sur les terres des Unelli, pays de Coutances, avec les troupes que César lui avait confiées. Viridorix était à la tête de ces peuples, et avait le commandement de tous les états révoltés ; il avait rassemblé une armée formidable. Depuis peu de jours, les Aulerci, peuple du Maine ; les Eburovices, peuple d'Evreux ; les Lexovii, peup,le de Lizieux, après avoir égorgé leur sénat, senatu suo interfecto, qui s’opposait à la guerre, avaient fermé leurs portes et s’étaient joints à Viridorix. »

 

Les plus petits peuples avaient donc aussi leur sénat. Ces sénats n'étaient que de simples conseils dans chaque cité armoricaine, et le lieu de leur réunion était partout où s’assemblaient les chefs, les principaux de la cité, suivant les besoins et les circonstances. Le sénat des Venètes pouvait s'assembler dans l'un ou l’autre des ports ou des oppida dont parlent les Commentaires, sans que pour cela ils eussent une capitale, c'est-à-dire une ville plus importante que les autres, siège unique de leur puissance.

 

Nous l'avons dit1 si les Venètes, comme les Bituriges dans Avaricum, avaient eu une

 


 

1 V. la 1ère partie et Annuaire de 1860, p. 11, 14, 15 et 16.

 


 

capitale, arsenal unique renfermant tous leurs chantiers de construction, tout ce qui était nécessaire pour l'armement et l'équipement de leur flotte ea quae ad usum navium pertinent, un entrepôt général contenant toutes les richesses, produit de leur commerce, un oppidum mieux fortifié que les autres contenant tous leurs approvisionnements maximum munitissimumque, César l'eût assiégée parce que sa prise l'eût rendu maître de tout le pays : quod eo recepto, Biturigum se in potestatem reducturum confidebat. Cette capitale, une fois au pouvoir de César, que devenait la flotte des Venètes ? En admettant qu'elle fût sortie du port, elle ne pouvait y rentrer pour renouveler ses approvisionnements, pour s'abriter contre les gros temps et les tempêtes.

 

Si la capitale des Venètes avait été située où est Vannes, où est Locmariaker, l’une et l’autre inaccessibles par terre, un peu plus tôt, un peu plus tard, César pouvait s'en rendre maître avec ses légions, il l'eût assiégée, il l'eût prise, mais aussi il l'eût dit. Il n'eût pas été contraint de laisser à sa flotte, dans laquelle il avait si peu de confiance et à son lieutenant Brutus à décider du sort de la campagne.

 

Les nécessités stratégiques sont de tous les temps. Lorsque les flottes française et anglaise eurent contraint de nos jours la flotte russe à se renfermer dans le port de Sébastopol, et quand celle-ci, au lieu d’aller au-devant de l’ennemi, eût rendu la voie de mer impraticable en coulant ses vaisseaux à l'entrée du port, les armées de terre des puissances alliées furent obligées de la circonvenir, en assiégeant et en prenant d'assaut la tour Malakoff, le grand redan, l'arsenal de Sébastopol, comme César les oppida des Venètes ; mais les forts et la ville prise, le coup était porté. le but atteint, c'en était fait de la flotte russe et de sa puissance maritime sur cette mer.

 

En présence de ce grand port naturel des Venètes que l’on a appelé Morbihan, mais que César nomme Venetia, de cette rade assez vaste pour renfermer toute la puissance maritime des Gaules, naves in Venetiam ubi Caesarem primum bellum gesturum constabat, quam plurimas possunt, cogunt, liv.III-9, offrant dans ses îles, dans les rivières de Vannes, d’Auray et de la Trinité-Carnac, des ports pour abriter leurs vaisseaux pendant les tempêtes de l'équinoxe, retenant la flotte romaine à l'embouchure de la Loire, liv. III-12, ces oppida, où ils pouvaient successivement transporter indifféremment tous leurs biens, leurs approvisionnements et leurs troupes de terre ; le plan de campagne de César lui était imposé par la nature des lieux ; il n'y avait pas de capitale à assiéger et à prendre avec ses légions, mais une flotte à attaquer et à vaincre sur mer, pour cela César fut obligé de se confier à la sienne et à sa bonne fortune qui lui livra la flotte gauloise.

 

 

 

« Le résultat de cette victoire fut de mettre fin à la guerre des Venètes et de tous les états maritimes de cette côte. Car toute la jeunesse et même tous les hommes d’un âge mûr, distingués par leur rang ou leur caractère, s’y trouvaient réunis. Ils avaient rassemblé dans un même lieu tout ce qu'ils avaient de vaisseaux ; cette perte ne leur laissait aucun moyen de retraite ou de défense ; c'est pourquoi ils remirent à César leurs personnes et tous leurs biens. César crut devoir en faire un exemple sévère, qui apprît aux barbares à respecter désormais le droit sacré des ambassadeurs. Il fit mourir tout le sén