Lyriques
grecs
Cratès de Thèbes
Cratès de
Thèbes a vécu autour de 325 av. J.-C.
Lorsqu’il
devient disciple de Diogène le Cynique, il se débarrasse de tous ses
biens :
Krthw polæei
t Krthtow ána m¯ t Krthtow krat®sú tòn Krthta.
ce qui signifie quelque chose comme « Régis se débarrasse des biens de Régis pour
que les biens de Régis ne régissent pas Régis ».
Il aurait dit
en voyant la statue d’or de Phrynè par Praxitèle que les Thespiens avaient fait élever à Delphes sur
une colonne d’or :

T°w tÇn Ell®nvn krasÛaw nyhma.
« Monument à l’intempérance des
Grecs ! »
Krthw õ YhbaÝow
TÛyei mageÛrÄ
mnw d¡k' ÞatrÒ draxm®n
kñlaki tlanta
p¡nte sumboælÄ kapnñn
pñrnú tlanton
filosñfÄ triÅbolon
Note bien : dix mines pour
le cuisinier, une drachme pour le médecin,
Pour le flatteur cinq talents,
pour le conseiller de la fumée,
Pour la putain un talent, pour
le philosophe trois oboles.
Soit,
en convertissant toutes les sommes en drachmes (une drachme représente le
salaire quotidien d’un ouvrier athénien du 5ème siècle), 1000 d.
pour le cuisinier, 30 000 pour le flatteur, 6000 pour la putain et ½ pour
le philosophe !
õ gr xrñnow m' ¦kemce t¡ktvn m¢ sofñw
panta d' ¤rgazñmenow syen¡stera
ÈneÛdisw moi g®raw Éw kakòn m¡ga
oð m¯ tuxñnti ynatñw ¤sy' ² zhmÛa
oð pntew ¤piyumoèmen: n d' ¦lyú pot¡
niÅmey' oìtvw ¤sm¢n xristoi fæsei
La vieillesse
Le
temps m’a recourbé, ce grand charpentier
Qui
travaille à rendre toutes choses plus faibles.
Tu me
reproches ma vieillesse comme une maladie grave,
Pour
celui qui ne l’attrape pas, le châtiment est la mort,
Tout
le monde la désire, mais si un jour elle arrive,
Nous
nous en plaignons : que nous sommes ingrats de nature !
Xalepòn gen¡syai
limòn ¤pÜ tÒ drgmati
Kñgxon kaÜ kæamon
sænag' ggei, kn tde drsúw
=hódÛvw st®seiw
penÛaw ky' ¥taÝre trñpaion
Oék oäsya p®ra dænamin
²lÛkhn ¦xei
y¡rmvn te xoÝnij
kaÜ tò mhdenòw m¡lein
La
faim
Il
est insupportable d’être affamé à l’époque des moissons.
Jette
dans une marmite coques et fèves, et si tu le fais,
Tu
érigeras du haut de ta misère, mon ami, un trophée.
Tu
ne sais pas quelle force peuvent avoir un sac à dos,
Une
ration de lupins et aucun souci de rien !
Ervta paæei
limñw eÞ d¢ m® xrñnow
¤n d¢ toætoiw
m¯ dænú xr°syai, brñxow
Le
désir amoureux
Le
désir amoureux est supprimé par la faim, si ce n’est pas ton cas, par le temps,
Si
ni l’un ni l’autre ne peuvent te servir, alors la corde !
Taèt' ¦xvn ÷ss' ¦mayon
kaÜ ¤frñntisa kaÜ met MousÇn
s¡mn ' ¤dhn:
t d¢ poll kaÜ ölbia tèfow ¦marcen.
Une
fumée les a prises
Voilà
ce que je possède : tout ce que je sais et tout ce que je pense, et ce qu’
auprès des Muses
J’ai
appris de splendide. Quant à mes importantes richesses, une fumée les a prises.
Dans
l’Anthologie les derniers mots du 3ème vers sont : tfow ¦marcen « un tombeau les a
prises ».
Cratès pratique non
sans bonheur la parodie des vers homériques. Je me suis amusé dans la
traduction que je propose à parodier l’admirable traduction de Victor Bérard.
Stilpon lui dit un jour d’hiver qu’il aurait bien
besoin d’un nouveau manteau : dokeÝw moi xreÛan ¦xein ßmatÛou kainoè
mais les mots ßmatÛou kainoè
peuvent aussi s’entendre ßmatÛou kaÜ noè « d’un manteau et d’un peu de tête » !
Double sens auquel Cratès répond :
KaÜ m¯n StÛlpvn'
eÞseÝdon xal¡p' lge' ¦xonta
¤n Megroisi
÷yi fasÜ Tufv¡ow ¦mmenai eénw
¦ny' ¦t' ¤rÛzesken
pol¡ew d' mf' aétòn ¥taÝroi:
t¯n d' ret¯n
par grmma diÅkontew kat¡tribon
Je
vis aussi Stilpos en proie à ses tourments,
A
Mégare (ou dans ses palais) où l’on dit que se trouve la couche de
Typhée,
Là il
se querellait entouré de nombreux compagnons.
Ils
passaient leur vie poursuivant la vertu en permutant les lettres.
KaÜ m¯n Tntalon eÞseÝdon xal¡p' lge' ¦xonta
Je vis aussi Tantale en proie à ses tourments (Odyssée,
XI, 582 ou 593 « Sisyphe »)
eÞn ArÛmoiw ÷yi fasÜ Tufv¡ow ¦mmenai eénw
Chez les Arimes où l’on dit que se trouve la couche
de Typhée (Iliade, II, 783)
keÛsetai oéthyeÛw pol¡ew d' mf' aétòn ¥taÝroi:
Il tombera blessé entouré de nombreux
compagnons (Iliade, VIII, 537)
Le dernier vers indique une
contrepèterie (t par grmma skÅmata dont
parle Aristote dans sa Rhétorique,1412a en précisant deÝ d¢ mfñtera proshkñntow lexy°nai
« il faut que les deux mots offrent un sens
satisfaisant »). Faut-il comprendre, au lieu de t¯n d' ret¯n, t¯n d' ¤rat®n « leur désir
amoureux » ?
Tufveæw ou
TufÇn : Typhée ou Typhon, l’un des géants.
KaÜ m¯n Mikælon eÞseÝdon
[xal¡p' lge' ¦xonta]
tÇn ¤rÛvn jaÛnonta
gunaÝk te sugjaÛnousan
tòn limòn feægontaw
¤n aÞn» dhóot°ti
Je vis
aussi Micylos [en proie à ses tourments],
Tissant
un peu de laine et comme lui sa femme,
Fuyant
devant la faim en cette lutte atroce.
Plutarque, qui nous a conservé ces vers, n’a pas pris la peine, semble-t-il,
de compléter le premier, je l’ai fait entre crochets.
xeÝraw ¤moÜ ôr¡gontaw ¤n aÞn» dhóot°ti
Ils me tendaient les mains en cette lutte atroce (Odyssée,
XII, 257)
Micylos est un pauvre tisserand chez Lucien.
P®rh tiw pñliw ¤stÜ
m¡sÄ ¤nÜ oànopi tæfÄ
kal¯ kaÜ pÛeira
perÛrrupow oéd¢n ¦xousa
eÞw ¶n oëte tiw eÞspleÝ
n¯r mvròw parsitow
oëte lÛxnow pñrnúw
¤pagallñmenow pug»si
ll yæmon
kaÜ skñrda f¡rei kaÜ sèka kaÜ rtouw
¤j ¸w oé polemoèsi
pròw ll®louw perÜ toætvn
oéx ÷pla k¡kthntai
perÜ k¡rmatow oé perÜ dñjhw
Au
large en la fumée vineuse est une ville
Aussi
belle que riche, isolée par la crasse, c’est la ville de Besace qui ne possède
rien.
Vers
elle jamais ne vogue quelque fou parasite,
Ni
jouisseur amateur de fesses de putains,
Mais
elle porte thym, ail, et figues et pains,
Ceux
qui y vivent ne guerroient pas entre eux pour aussi peu,
Et
n’ont jamais acquis d’armes pour quelques sous ni pour une réputation.
Kr®th tiw gaÝ' ¤stÜ m¡sÄ ¤nÜ oànopi tæfÄ
kal¯ kaÜ pÛeira perÛrrutow: ¤n d' nyrvpoi
Au large en la mer vineuse est une
terre
Aussi belle que riche, isolée par les
flots, c’est la terre de Crète aux hommes [innombrables] (Odyssée,
XIX, 172-173)
Au 4ème vers, lÛxnow se
comprend comme « gourmand de »
mais aussi comme « qui lèche » !
Vkeanñw ÷sper
g¡nesiw pntessi t¡tuktai
ndrsin
±d¢ yeoÝw pleÛsthn ¤pÜ gaÝan áhsin
Océan
qui se trouve être le père de toutes choses
Des
hommes comme des dieux, couvre la plus grande partie de la terre.
Vkeanoè ÷sper g¡nesiw pntessi t¡tuktai
. . . de l’Océan qui se trouve être le
père de toutes choses (Iliade, XIV, 246)
Cratès a ajouté un vers au texte homérique, mais la
citation qui nous a été transmise par Plutarque est trop brève pour se prêter à
plus de commentaires.
Mnhmosænhw kaÜ
Zhnòw OlumpÛou gla t¡kna
Moèsai PierÛdew klèt¡ moi eéxom¡nÄ:
xñrton ¤m» sunexÇw
dñte gast¡ri ´te moi aÞeÜ
xvrÜw doulosænhw litòn ¦yhke bÛon
[...]
Èf¡limon d¢ fÛloiw m¯ gkukeròn tÛyete.
xr®mata d' oék ¤y¡lv
sungein klut, kanyrou ölbon
mærmhkñw t' fenow xr®mata maiñmenos
ll
dikaiosænhw met¡xein kaÜ ploèton gineÝn
eëforon eëkthton tÛmion eÞw ret®n
tÇn d¢ tuxÆn Erm°n
kaÜ Moæsaw ßlsom' gnw
oé dapnaiw truferaÝw ll' retaÝw
õsÛaiw
exaucez
ma prière
Nobles
filles de Mémoire et de Zeus Olympien,
Muses
de Piérie, exaucez ma prière.
Donnez
à mon ventre sa ration quotidienne, lui qui m’a
Toujours
permis de mener une vie frugale bien loin des esclavages.
. .
.
Permettez-moi
pour mes amis d’être utile plutôt qu’agréable,
Les
richesses orgueilleuses, je ne veux pas en amasser, désirant pour richesses
Le
bonheur d’un scarabée et la fortune d’une fourmi,
Mais
je veux partager la justice et emmener ce bien
Léger
à transporter, facile à gagner, précieux pour élever l’âme.
Si
j’obtiens cela, je sacrifierai à Hermès et aux Muses bien nées
Non
de coûteuses dépenses, mais des actes conformes à la loi divine.
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