Noctes Gallicanae

Lyriques grecs

Philoxène de Cythère


Philoxène de Cythère a vécu de 435 à 380 environ. Il ne reste que quelques rares fragments de ses 24 dithyrambes et de son poème sur Galatée et le Cyclope.

 

Personnage sans doute haut en couleurs, il avait laissé le souvenir d’un fabuleux mangeur de poisson (êperbol» l¡gousi . . . gegon¡nai ôcof‹gon) : il aurait acheté à Syracuse un poulpe de deux coudées, l’aurait préparé et l’aurait mangé à lui seul (sauf la tête !). Au médecin qui l’avertissait de mettre ses affaires en ordre car il ne lui restait que quelques heures à vivre (êpò duspecÛaw « à cause de l’indigestion »), il répondit qu’il dédiait ses dithyrambes aux Muses et conclut par ces mots : toè poulæpodñw moi tò kat‹loipon Žpñdote « apporte-moi le reste de poulpe ! » (d’après Athénée).

 

Philoxène ne manquait pas non plus de caractère : il le prouva à la cour de Denys le Tyran.

katŒ tò sumpñsion Žnagnvsy¡ntvn tÇn toè tur‹nnou poihm‹tvn moxyhrÇn öntvn ¤phrvt®yh perÜ tÇn poihm‹tvn tÛna krÛsin ¦xoi. ƒApokrinam¡nou d' aétoè parrhsivd¡steron, õ m¢n tærannow proskñcaw toÝw =hyeÝsi, kaÜ katamemc‹menow ÷ti diŒ fyñnon ¤blasf®mhse, pros¡taje toÝw êphr¡taiw paraxr°ma Žp‹gein eÞw tŒw latomÛaw.

Pendant le banquet, on lut les poèmes du tyran : ils étaient mauvais. On demanda à Philoxène ce qu’il pensait de ces poèmes. Il répondit sans le moindre détour, le tyran fut blessé de ses paroles, l’accusa de dire du mal de lui par jalousie et ordonna à ses gardes de le conduire immédiatement dans les carrières (les célèbres « latomies » de Syracuse, voir Cicéron, De suppliciis).

 

T» d' êsteraÛ& tÇn fÛlvn parakaloæntvn suggnÅmhn doènai tÒ Filoj¡nÄ, diallageÜw aétÒ p‹lin toçw aétoçw par¡laben ¤pÜ tò sumpñsion. ProbaÛnontow d¢ toè pñtou, kaÜ p‹lin toè DionusÛou kauxvm¡nou perÜ tÇn ÞdÛvn poihm‹tvn, kaÛ tinaw stÛxouw tÇn dokoæntvn ¤piteteèxyai proenegkam¡nou, kaÜ ¤pervtÇntow "poÝ‹ tin‹ soi faÛnetai tŒ poi®mata êp‹rxein;" llo m¢n oéd¢n eäpe, toçw d' êphr¡taw toè DionusÛou proskales‹menow ¤k¡leusen aêtòn ŽpagageÝn eÞw tŒw latomÛaw.

Le lendemain, ses amis prièrent Denys de donner son pardon à Philoxène. Réconcilié avec lui, il réinvita les mêmes personnes à un banquet. On avait déjà beaucoup bu, et Denys recommença à se glorifier de ses propres poèmes et à citer quelques-uns de ses vers qui lui paraissaient sortir de l’ordinaire. Il demanda à Philoxène : « Comment trouves-tu mes poèmes ? » Il ne dit pas un mot mais appela les gardes de Denys et leur demanda de le conduire aux carrières. Diodore de Sicile, XV, 6.


Denys-Polyphème et Philoxène-Ulysse :

 

Sunem¡yue d¢ tÒ Filoj¡nÄ ²d¡vw õ Dionæsiow. ƒEpeÜ d¢ t¯n ¤rvm¡nhn Gal‹teian ¤fvr‹yh diafyeÛrvn, eÞw tŒw latomÛaw ¤nebl®yh: ¤n aåw poiÇn tòn Kæklvpa sun¡yhke tòn mèyon eÞw tò perÜ aêtòn genñmenon p‹yow, tòn m¢n Dionæsion Kæklvpa êposths‹menow, t¯n d' aélhtrÛda Gal‹teian, ¥autòn d' ƒOduss¡a. (Athénée, 1, 7a)

Denys s’enivrait volontiers avec Philoxène. Mais lorsque ce dernier fut surpris en train de séduire sa maîtresse Galatée, il fut jeté dans les carrières. C’est là qu’il composa son Cyclope en construisant son récit sur la passion qu’il vivait lui-même : il peignit Denys sous les traits du Cyclope, la joueuse de flûte en Galatée et lui-même en Ulysse.

 

Ajoutons que la vengeance littéraire de Philoxène est d’autant plus féroce que

kaÜ aétòw õ Dionæsiow oék Èjudñrkei

Denys lui-même n’avait pas une excellente vue !

 

Quoi qu’il en soit, Philoxène n’avait pas imaginé cette histoire : Bacchylide aurait traité le même sujet, mais en suivant une tradition selon laquelle Polyphème aurait eu un fils de Galatée, Galatos, et ce Galatos ou Galatès ou Galas serait l’ancêtre des Galates. D’autres versions du mythe donnent au couple trois fils : Galatos, Celtos et Illyrios !

 

Ovide a lui aussi raconté une version de cette histoire dans les Métamorphoses.

 


Filñjenow õ Kuy®riow

 

Kæklvc µ Gal‹teia

Ù kalliprñsvpe xruseobñstruxe Gal‹teia

xaritñfvne y‹low 'ErÅtvn

Le Cyclope ou Galatée

Galatée au beau visage, aux tresses d’or,

À la voix gracieuse, enfant des Amours.

 


aétoÜ gŒr diŒ Parnassoè

xrusorñfvn Numf¡vn eàsv

yal‹mvn

…eux-mêmes à travers le Parnasse,

à l’intérieur des chambres à plafond d’or

des Nymphes…

 


sumbaloèmaÛ ti m¡low êmÝn eÞw ¦rvta

Je vais interpréter pour vous un chant en l’honneur de l’amour.

 

 

 

voyez l’idylle XI de Théocrite.

 


 

 

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