Noctes Gallicanae

Poètes grecs

Théocrite de Syracuse


 

 


Yeñkritow õ Surakñsiow

 

Idylle VI. Les chanteurs bucoliques.

 

BoukoliastaÛ

DamoÛtaw xÈ D‹fniw õ boukñlow eÞw §na xÇron

tŒn Žg¡lan pñk', …Arate, sun‹gagon: ·w d' ù m¢n aétÇn

purrñw, ù d' ²mig¡neiow: ¤pÜ kr‹nan d¡ tin' mfv

¥sdñmenoi y¡reow m¡sÄ mati toi‹d' eidon.

Prtow d' rjato D‹fniw, ¤peÜ kaÜ prtow ¦risde.

Damétas et Daphnis le bouvier réunirent un jour, Aratos, leurs troupeaux dans le même pâturage ; l'un d’eux était enfant encore, et l'autre commençait à voir pousser sa barbe. Assis auprès d'une source, à midi, un jour d'été, ils chantèrent ainsi. Daphnis, l’auteur du défi, commença :

 

B‹llei toi Polæfame tò poÛmnion Gal‹teia

m‹loisin, dus¡rvta tòn aÞpñlon ndra kaleèsa:

kaÜ tæ nin oé poyñrhsya t‹lan t‹lan, ŽllŒ k‹yhsai

d¡a surÛsdvn. P‹lin ‘d' àde tŒn kæna b‹llei,

‘ toi tn ôývn §petai skopñw: “ d¢ ba£sdei

eÞw ‘la derkom¡na, tŒ d¡ nin kalŒ kæmata faÛnei

‘suxa kaxl‹zontow ¤p' aÞgialoÝo y¡oisan.

Fr‹zeo m¯ tw paidòw ¤pÜ kn‹maisin ôroæsú

¤j lòw ¤rxom¡naw, katŒ d¢ xrña kalòn Žmæjú.

†A d¢ kaÜ aétñye toi diayræptetai: Éw Žp' Žk‹nyaw

taÜ kapuraÜ xaÝtai, tò kalòn y¡row nÛka frægei,

kaÜ feægei fil¡onta kaÜ oé fil¡onta diÅkei,

kaÜ tòn Žpò grammw kineÝ lÛyon: · gŒr ¦rvti

poll‹kiw Î Polæfame tŒ m¯ kalŒ kalŒ p¡fantai.

Polyphème ! on lance des pommes à ton troupeau ! c’est Galatée, elle traite le chevrier de vilain amoureux ; et toi, tu ne la regardes pas, malheureux, malheureux, mais tu restes assis en jouant de doux airs avec ta syrinx.

Elle recommence, regarde, elle en jette à ta chienne qui te suit en gardant tes brebis et qui aboie en fixant la mer, et les belles vagues tranquilles laissent voir Galatée courant sur le rivage couvert d’écume. Prends garde que ta chienne ne se jette sur les jambes de la jeune fille lorsqu'elle sort de la mer et ne déchire sa jolie peau.

Mais la voilà qui d’elle-même minaude pour toi ; comme de l’acanthe l’aigrette desséchée lorsque brûle le bel été, elle te fuit si tu l’aimes et si tu ne l’aimes pas elle te poursuit, et pousse son pion hors de sa case.

Car bien souvent, sache-le, Polyphème, grâce à l’amour ce qui n’est pas beau paraît beau !

 

TÒ d' ¦pi DamoÛtaw Žneb‹lleto kaÜ t‹d' eiden:

Après lui Damétas commença à son tour à chanter ainsi :

 

Eädon naÜ tòn Pna tò poÛmnion nÛk' ¦balle,

koë m' ¦lay', oé tòn ¤mòn tòn §na glukæn, Ú poyorÒmi

¤w t¡low, aétŒr õ m‹ntiw õ T®lemow ¦xyr' Žgoreævn

¤xyrŒ f¡roi potÜ oäkon, ÷pvw tek¡essi ful‹ssoi.

ƒAllŒ kaÜ aétòw ¤gÆ knÛzvn p‹lin oé poyñrhmi,

Žll' llan tinŒ famÜ gunaÝk' ¦xen: “ d' Žýoisa

zaloÝ m' Î PaiŒn kaÜ t‹ketai, ¤k d¢ yal‹ssaw

oÞstreÝ paptaÛnoisa pot' ntra te kaÜ potÜ poÛmnaw.

SÛja d' êlakteÝn nin kaÜ t˜ kunÛ: kaÜ gŒr ÷k' ³rvn

aétw, ¤knuz°to pot' ÞsxÛa =ægxow ¦xoisa.

Taèta d' àsvw ¤sorÇsa poeènt‹ me poll‹ki, pemceÝ

ggelon, aétŒr ¤gÆ kl&jÇ yæraw, ¦ste k' ômñssú

aét‹ moi storeseÝn kalŒ d¡mnia tsd' ¤pÜ n‹sv.

KaÜ g‹r yhn oéd' eädow ¦xv kakñn, Ëw me l¡gonti:

· gŒr prn ¤w pñnton ¤s¡blepon, ·w d¢ gal‹na,

kaÜ kalŒ m¢n tŒ g¡neia, kalŒ d¡ meu mÛa kÅra,

Éw par' ¡mÜn k¡kritai, katefaÛneto, tÇn d¡ t' ôdñntvn

leukot¡ra aégŒ ParÛaw êp¡faine lÛyoio.

„Vw m¯ baskanyÇ d¡, trÜw eÞw ¤mòn ¦ptusa kñlpon:

taèta gŒr graÛa me KotuttarÜw ¤jedÛdaje

“ prn Žm‹ntessi par' „IppokÛvni potaælei.

J'ai vu, par le dieu Pan, lorsqu’elle a attaqué mon troupeau et cela ne m’a pas échappé, ni à mon unique trésor. Puissé-je grâce à lui conserver la vue jusqu’à la fin ! Et que le devin Télémos qui prédit des malheurs emporte ses malheurs chez lui afin de les garder pour ses enfants.

Mais moi, moi aussi, je l’énerve à mon tour en ne la regardant pas ; mais je dis que j’ai une autre femme ; en entendant cela, elle devient jalouse de moi, ô Péan ! et elle fond ! elle sort de la mer, piquée au vif et jette des regards inquiets sur ma grotte et sur mes brebis.

J’ai sifflé aussi mon chien pour qu’il la poursuive de ses aboiements : car lorsque je m’empressais auprès d’elle, il jappait doucement en pressant son museau sur sa cuisse.

Il se peut qu’à force de me voir agir ainsi elle m’envoie un message… de mon côté je verrouillerai mes portes jusqu’à ce qu’elle m’ait promis d’étendre pour moi une belle couche sur cette île.

Et puis, c’est vrai, je n’ai pas vilaine apparence, comme on le prétend : j’ai regardé récemment dans la mer, elle était immobile, et ma barbe s’est reflétée, belle, et mon unique prunelle s’est reflétée, belle, autant que je puisse en juger, et l’éclat de mes dents se montrait plus blanc que la pierre de Paros.

Pour conjurer le mauvais sort, j’ai craché trois fois sur ma poitrine, c’est la vieille Cottytaris qui m’a enseigné cela il y a quelque temps pendant qu’elle accompagnait de la flûte les moissonneurs chez Hippocoon.

 

Tñss' eÞpÆn tòn D‹fnin õ DamoÛtaw ¤fÛlhse,

xÈ m¢n tÒ særigg' õ d¢ tÒ kalòn aélòn ¦dvken.

Aëlei DamoÛtaw, særisde d¢ D‹fniw õ boætaw:

Èrxeènt' ¤n  malak˜ taÜ pñrtiew aétÛka poÛ&,

nÛkhn mŒn oéd‹llow, Žn®ssatoi d' ¤g¡nonto.

 

Ayant ainsi chanté, Damétas embrassa Daphnis. Il lui donna sa syrinx, l’autre lui donna sa belle flûte. Damétas joue de la flûte, Daphnis le bouvier joue de la syrinx ; les génisses aussitôt dansèrent sur la tendre verdure, ni l’un ni l’autre n’obtint la victoire, il étaient invincibles.

 

 


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Théocrite

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