Noctes Gallicanae

Poètes grecs

Théocrite de Syracuse


Cette pièce, l’idylle XXVII, ne serait pas de Théocrite, mais d’un imitateur ! Je ne sais d’ailleurs pas pourquoi.

Tant pis, on fait comme si…

 

Il s’agit bien sûr d’un concours de poésie, l’introduction et la première partie sont perdues ; il nous reste la prestation du berger qui récite ou chante un malicieux dialogue entre une bergère et un bouvier.

 


Yeñkritow õ Surakñsiow

 

 

Idylle XXVII. Conversation tendre.

 

ƒOaristæw

 

[. . . ]

ƒAkrotÛmh

TŒn pinutŒn „El¡nan P‹riw ´rpase boukñlow llow

D‹fniw

mllon ¥koÝs' „El¡na tòn boukñlon ¤ssÜ fileèsa

ƒAkrotÛmh

m¯ kauxÇ saturÛske kenòn tò fÛlama l¡gousin

D‹fniw

¦sti kaÜ ¤n keneoÝsi fil‹masin d¡a t¡rciw

Acrotimè

La sage Hélène, c’est Pâris qui l’a séduite, un bouvier comme toi.

Daphnis

Dis plutôt qu’elle était consentante en embrassant son bouvier !

Acrotimè

Calme-toi, petit satyre ! on dit que le baiser n’apporte rien.

Daphnis

Même aux baisers qui n’apportent rien on prend un doux plaisir.

 

ƒAkrotÛmh

tò stñma meu plænv kaÜ Žpoptæv tò fÛlama

D‹fniw

plæneiw xeÛlea seÝo; dÛdou p‹lin öfra fil‹sv

ƒAkrotÛmh

kalñn soi dam‹law fil¡ein oék zuga kÅran

Acrotimè

Je me nettoie la bouche et je recrache ton baiser.

Daphnis

Tu te nettoies les lèvres ? Donne-les encore pour que je t’embrasse.

Acrotimè

Tu ferais mieux t’embrasser tes génisses dressées qu’une jeune fille ignorante.

 

D‹fniw

m¯ kauxÇ t‹xa g‹r se par¡rxetai Éw önar ´bh

ƒAkrotÛmh

stafulÜw stafÛw ¤sti kaÜ oé =ñdon aïon ôleÝtai

D‹fniw

´de tÛ ghr‹skú; tñde pou m¡li kaÜ g‹la pÛnv

deèr' êpò tŒw kotÛnouw ána soÛ tina mèyon ¤n¡cv

ƒAkrotÛmh

oék ¤y¡lv kaÜ prÛn me par®pafew d¡ó mæyÄ

D‹fniw

deèr' êpò tŒw ptel¡aw án' ¤mw særiggow Žkoæsúw

ƒAkrotÛmh

t¯n sautoè fr¡na t¡rcon ôózæon oéd¢n Žr¡skei

Daphnis

Calme-toi ! Pense que ta jeunesse passe aussi vite qu’un rêve.

Acrotimè

Le raisin sec, c’est du raisin mûr et la rose séchée ne se perdra pas.

Daphnis

(à part) Pourquoi la laisser mûrir ? Ce que je bois, on dirait du miel ou lait.

(à la jeune fille) Viens sous les oliviers sauvages, que je te raconte une histoire.

Acrotimè

Je ne veux pas. Tu viens de m’enjôler avec une belle histoire.

Daphnis

Viens sous les ormes, que je te fasse écouter ma syrinx.

Acrotimè

Charme tes propres sens : rien de ce qui contrarie ne fait plaisir.

 

D‹fniw

feè feè tw PafÛaw xñlon ‘zeo kaÜ sæge kÅra

ƒAkrotÛmh

xair¡tv PafÛa mñnon álaow …Artemiw eàh

D‹fniw

m¯ l¡ge m¯ b‹llú se kaÜ ¤w lÛnon lluton ¦nyúw

ƒAkrotÛmh

ball¡tv Éw ¤y¡lú p‹lin …Artemiw mmin Žr®jei

D‹fniw

oé feægeiw tòn …Ervta tòn oé fæge pary¡now llh

ƒAkrotÛmh

feægv naÜ tòn Pna sç d¢ zugòn aÞ¢n ŽeÛraiw

m±pib‹lúw t¯n xeÝra kaÜ eÞs¡ti xeÝlow Žmæjv

D‹fniw

deimaÛnv m¯ d® se kakvt¡rÄ Žn¡ri dÅsv

ƒAkrotÛmh

polloÛ m' ¤mnÅonto nñÄ d' ¤mÒ oëtiw §ade

D‹fniw

eåw kaÜ ¤gÆ pollÇn mnhst¯r teòw ¤ny‹d' ßk‹nv

Daphnis

Aïe, aïe ! Crains la colère de la déesse de Paphos : elle s’abattre même sur toi, jeune fille !

Acrotimè

Grand bien fasse à la déesse de Paphos : il me suffit qu’Artémis me protège.

Daphnis

Ne dis pas cela ! Elle pourrait te frapper et tu te prendrais dans un filet inextricable.

Acrotimè

Qu’elle me frappe si elle veut, Artémis saura nous en tirer.

Daphnis

Tu n’échappes pas à l’Amour à qui aucune autre jeune fille n’a échappé.

Acrotimè

Je lui échappe, Pan m’est témoin. Mais toi, puisses-tu toujours porter son joug.

Enlève ta main… et si tu continues je te déchire la lèvre.

Daphnis

J’ai bien peur dans ce cas de devoir te laisser à un garçon pire que moi.

Acrotimè

Beaucoup m’ont désirée, aucun n’a ému mon cœur.

Daphnis

Eh bien moi, seul de tous ceux-là, c’est comme prétendant à ta main que je viens ici.

 

ƒAkrotÛmh

kaÜ tÛ fÛlow =¡jaimi; g‹moi pl®yousin ŽnÛaw

D‹fniw

oék ôdænhn oék lgow ¦xei g‹mow ŽllŒ xoreÛhn

ƒAkrotÛmh

naÜ m‹n fasi gunaÝkaw ¥oçw trom¡ein parakoÛtaw

D‹fniw

mllon ŽeÜ krat¡ousi tÛ kaÜ trom¡ousi gunaÝkew;

ƒAkrotÛmh

ÈdÛnein trom¡v xalepòn b¡low EÞleiyuÛhw

D‹fniw

ŽllŒ te¯ basÛleia mogostñkow …ArtemÛw ¤stin

ƒAkrotÛmh

ŽllŒ tekeÝn trom¡v m¯ kaÜ xrña kalòn ôl¡ssv

D‹fniw

¶n d¢ t¡kúw fÛla t¡kna n¡on f‹ow öceai uåaw

Acrotimè

Qu’est-ce que j’y peux, mon ami ? les mariages sont pleins de soucis.

Daphnis

Ce n’est ni chagrin ni douleur qu’apporte le mariage, mais harmonie.

Acrotimè

Ah oui ? On dit pourtant que les femmes tremblent devant leurs maris.

Daphnis

Dis plutôt qu’elles les dominent toujours. Et pourquoi les femmes trembleraient-elles ?

Acrotimè

Je tremble à l’idée de souffrir en accouchant. La flèche d’Eileithyia est redoutable.

Daphnis

Mais ta protectrice Artémis sait soulager les douleurs de l’accouchement.

Acrotimè

Mais j’ai peur de mettre un enfant au monde, peur de perdre aussi la fraîcheur de ma peau.

Daphnis

Si tu mets au monde des amours d’enfants, tu verras tes fils comme une lumière nouvelle !

 

ƒAkrotÛmh

kaÜ tÛ moi §dnon geiw g‹mou jion ¶ ¤pineæsv;

D‹fniw

psan tŒn Žg¡lan p‹nt' lsea kaÜ nomòn ¦jeiw

ƒAkrotÛmh

ömnue m¯ metŒ l¡ktra lipÆn Ž¡kousan ŽpenyeÝn

D‹fniw

oé maéton tòn Pna kaÜ ¶n ¤y¡lúw me diÇjai

ƒAkrotÛmh

teæxeiw moi yal‹mouw; teæxeiw kaÜ dÇma kaÜ aél‹w;

D‹fniw

teæxv soi yal‹mouw tŒ d¢ pÅea kalŒ nomeæv

ƒAkrotÛmh

patrÜ d¢ ghral¡Ä tÛna mŒn tÛna mèyon ¤n¡cv;

D‹fniw

aÞn®sei s¡o l¡ktron ¤p¯n ¤mòn oënom' Žkoæsú

Acrotimè

Et qu’est-ce que tu m’apportes en présent qui vaille que t’épouse si je m’incline ?

Daphnis

Tout mon troupeau, toutes mes plantations et tout mon pâturage seront à toi.

Acrotimè

Jure que quand tu auras couché avec moi tu me laisseras pas, que tu ne partiras pas contre ma volonté ?

Daphnis

Juré sur Pan en personne ! et même si tu veux me chasser.

Acrotimè

Tu me construis les chambres, tu construis aussi la grande salle et les dépendances ?

Daphnis

Je te construis les chambres ; et je mets tes moutons dans un beau pâturage.

Acrotimè

A mon vieux père, quelle histoire, quelle histoire vais-je donc raconter ?

Daphnis

Il sera ravi que tu couches avec moi dès qu’il aura entendu mon nom.

 

ƒAkrotÛmh

oënoma sòn l¡ge t°no kaÜ oënoma poll‹ki t¡rpei

D‹fniw

D‹fniw ¤gÅ LukÛdaw d¢ pat®r m¯thr d¢ NoraÛh

ƒAkrotÛmh

¤j eéhgen¡vn Žll' oé s¡yen eÞmÜ xereÛvn

D‹fniw

oäd' ƒAkrotÛmh ¤ssÛ pat¯r d¡ toÛ ¤sti Men‹lkaw

Acrotimè

Ce nom, ton nom, dis-le moi : le nom apporte souvent un charme supplémentaire.

Daphnis

Moi, c’est Daphnis, mon père c’est Lycidas, ma mère c’est Noraiè.

Acrotimè

Tu es de bonne famille, mais je ne suis pas d’un rang inférieur au tien.

Daphnis

Je sais : tu es Acrotimè et ton père c’est Ménalcas.

 

ƒAkrotÛmh

deÝjon ¤moÜ teòn lsow ÷pú s¡yen ástatai aél‹

D‹fniw

deèr' àde pÇw Žnyeèsin ¤maÜ =adinaÜ kup‹rissoi

ƒAkrotÛmh

aägew ¤maÜ bñskete t boukñlv ¦rga no®sv

D‹fniw

taèroi kalŒ n¡mesy' ána pary¡nÄ lsea deÛjv

ƒAkrotÛmh

tÛ =¡zeiw saturÛske; tÛ d' ¦ndoyen ‘cao mazÇn;

D‹fniw

mla teŒ pr‹tista t‹de xno‹onta did‹jv

ƒAkrotÛmh

narkÇ naÜ tò Pna te¯n p‹lin ¦jele xeÝra

Acrotimè

Montre-moi ta plantation, allons voir où se trouve ta maison.

Daphnis

Allons-y ! Regarde comme mes cyprès élancés croissent bien.

Acrotimè

Mes chèvres, paissez : je vais faire connaissance des ouvrages du bouvier.

Daphnis

Mes taureaux, broutez bien, que je montre mes plantations à la jeune fille.

Acrotimè

Que fais-tu, petit satyre ? Pourquoi touches-tu mes seins là-dedans ?

Daphnis

Je vais donner à tes pommes mûrissantes leur toute première leçon.

Acrotimè

Je défaille… Au nom de Pan, ôte ta main de là.

 

D‹fniw

y‹rsei kÇra fÛla tÛ moi ¦tremew; Éw m‹la deil‹

ƒAkrotÛmh

b‹lleiw eÞw Žm‹ran me kaÜ eámata kalŒ miaÛneiw

D‹fniw

Žll' êpò soçw p¡plouw palòn n‹kow ±nÛde b‹llv

ƒAkrotÛmh

feè feè kaÜ tŒn mÛtran Žp¡sxisaw ¤w tÛ d' ¦lusaw;

D‹fniw

t˜ PafÛ& pr‹tiston ¤gÆ tñde dÇron ôp‹ssv

ƒAkrotÛmh

mÛmne t‹lan t‹xa tÛw toi ¤p¡rxetai ·xon Žkoæv

D‹fniw

Žll®laiw lal¡ousi teòn g‹mon aß kup‹rissoi

ƒAkrotÛmh

Žmpexñnhn poÛhsaw ¤m¯n =‹kow eÞmÜ d¢ gumn‹

D‹fniw

llhn Žmpexñnhn t°w s°w toi meÛzona dÅsv

ƒAkrotÛmh

f¹w moi p‹nta dñmen t‹xa d' ìsteron oéd' ‘la doÛhw

D‹fniw

aày' aétŒn dun‹man kaÜ tŒn cuxŒn ¤pib‹llein

Daphnis

Sois tranquille, jeune fille aimée, pourquoi trembles-tu devant moi ?

Acrotimè

Tu me jettes dans un fossé et tu salis mes beaux habits.

Daphnis

Mais sous tes voiles, voilà, regarde, je jette une tendre fourrure.

Acrotimè

Aïe, aïe ! et tu as déchiré ma ceinture… pourquoi l’as-tu défaite ?

Daphnis

A la déesse de Paphos, c’est là le tout premier présent que je vais consacrer.

Acrotimè

Attends un peu… pauvre de moi… je crois que… oui, on vient, j’entends du bruit.

Daphnis

Ce sont les cyprès qui bavardent entre eux de ton mariage.

Acrotimè

Tu as mis mes dessous en lambeaux et je suis toute nue !

Daphnis

Je te donnerai d’autres dessous, plus amples que les tiens !

Acrotimè

Tu dis que tu vas tout me donner, mais peut-être qu’après tu ne me donneras même pas un grain de sel.

Daphnis

Si seulement je pouvais te donner aussi en partage mon âme tout entière !

 

ƒAkrotÛmh

…Artemi m¯ nem¡sa soÝw =®masi oék¡ti pist»

D‹fniw

=¡jv pñrtin …Ervti kaÜ aét˜ bÇn ƒAfrodÛt&

ƒAkrotÛmh

pary¡now ¦nya b¡bhka gun¯ d' eÞw oäkon Žf¡rpv

D‹fniw

ŽllŒ gun¯ m®thr tek¡vn trofñw oék¡ti kÅra

Acrotimè

Artémis, ne te fâche pas contre celle qui est désormais infidèle à ton enseignement.

Daphnis

Je vais sacrifier un veau à l’Amour et une vache à la déesse Aphrodite.

Acrotimè

Vierge je suis venue ici, femme je m’en retourne à la maison.

Daphnis

Oui, femme, mère, mettant un enfant au monde et l’allaitant, plus du tout petite fille.

 

Poim®n

Íw oã m¢n xloeroÝsin Þainñmenoi mel¡essin

Žll®loiw ciyærizon Žn¡stato fÅriow eén®

xµ m¢n Žnegrom¡nh p‹lin ¦stixe mla nomeæein

ömmasi aÞdom¡noiw kradÛh d¡ oß ¦ndon Þ‹nyh

ùw d' ¤pÜ taureÛaw Žg¡law kexarhm¡now eénw

Le berger

C’est ainsi qu’après avoir tiré plaisir de leurs corps en pleine jeunesse,

Ils chuchotaient entre eux. Leur étreinte furtive s’achevait.

Reprenant ses esprits elle s’en retourna faire paître ses brebis,

Un peu de honte aux yeux mais au fond d’elle son cœur était heureux ;

Et lui s’en retourna vers son troupeau de taureaux, charmé par cette étreinte.

 

KrÛthw

d¡xnuso tŒn særigga teŒn p‹lin ölbie poÛman

t˜ kaÜ poimnagÇn ¥t¡ran skecÅmeya molp‹n

L’arbitre

Prends ta syrinx une fois encore, bienheureux berger,

Pour que nous écoutions et jugions un autre chant du maître des troupeaux.

 


rxete boukolikw MoÝsai fÛlai rxet' Žoidw

Théocrite

Idylle III, une Sérénade

Idylle VI, les Chanteurs bucoliques

Idylle XI, le Cyclope

Épigrammes de Théocrite

Bion

Moschos