Graffiti de Pompéi
Cauponae, popinae, thermopolia
« Auberges, bistrots et fast foods »
Directeur des fouilles de 1860 à
1875, Giuseppe Fiorelli a imaginé de diviser Pompéi en « arrondissements »
ou « régions » (en latin regio), chaque arrondissement se divisant
en îlots (insula) délimités par quatre rues, chaque
maison (aedes) de l’îlot recevant un numéro ;
ainsi la maison des Vettii se trouve dans le VIe arrondissement,
îlot 15, numéro 1, ce qui se note en abrégé VI, 15, 1, ou Reg. VI, ins. 15, aed. 1.
L’abréviation CIL IV (ou CIL 4, il faut que je mette de l’ordre
dans mes références !)
renvoie au volume IV du Corpus Inscriptionum Latinarum, recueil de
toutes les inscriptions latines antiques, initié au 19ème siècle par
des érudits allemands et régulièrement mis à jour. Quelques milliers de pages…
Les volumes du Corpus et les inscriptions dans chaque volume sont organisés
selon la localisation géographique des inscriptions : le volume IV est
consacré aux inscriptions pariétaires et doliaires de Pompéi et d’Herculanum
(les inscriptions monumentales ont été rassemblées dans le volume X), le volume
VI à la ville de Rome, le volume XII à la Gaule Narbonnaise, etc. Le volume IV
contient environ 12000 inscriptions classées rue par rue, maison par maison,
pièce par pièce.
Il est d’usage lorsqu’on recopie une
inscription antique de signaler les passages à la ligne par un trait
vertical ; je devrais écrire
M MariVm | aed faci | oro vos
mais je trouve plus esthétique de
respecter dans ma typographie les passages à la ligne.
M MariVm
aed faci
oro vos
L’abréviation Anth.
Palat. renvoie à l’Anthologie Palatine, ou Anthologie
Grecque. C’est un recueil de 4500 courts poèmes appelés épigrammes, composé
vers l’an 1000 et que nous a transmis un manuscrit dit « Palatinus ».
Le recueil rassemble les œuvres de plus de 300 poètes, depuis Tyrtée (et
peut-être même Homère) qui vivait au VIIe s. av. J.-C. jusqu’aux
contemporains de Justinien (VIe s. ap. J.-C.). Le livre I contient
les épigrammes chrétiennes, le livre V les épigrammes érotiques, le livre VI
les épigrammes dites « votives », le livre VII les épitaphes, le
livre IX les épigrammes « démonstratives » (par ex. inscriptions sur
la base de statues), le livre X les épigrammes morales, le livre XI les
épigrammes satiriques, le livre XIV les problèmes et devinettes.
L’abréviation AE suivie d’un
millésime renvoie à la revue l’Année épigraphique.
J’ai utilisé la police
Garamond Latin pour écrire le latin (vous pouvez la télécharger ici) et la police Athenian pour le grec (vous pouvez la télécharger
ici). J’ai utilisé des caractères de couleur marron pour les deux langues
anciennes, sauf les inscriptions peintes de Pompéi que je note en rouge, les graffitis en rouge foncé et les inscriptions
magiques sur tablettes de plomb en
gris.
Les citations et les textes
d’auteurs français apparaissent en caractères bleu foncé, mes propres traductions
en vert olive.
Comme je trouve l’italique
désagréable à lire sur l’écran, j’ai préféré souligner les titres d’ouvrages.
J’ai considéré que le mot
« graffiti » était singulier et appelait un pluriel
« graffitis ». « Graffite » me semble bizarre ; quant
à dire « un graffito, des graffiti », pourquoi pas « je viens de
faire tomber un spaghetto sur ma chemise propre ! » ?
Je ne résiste
pas au plaisir de commencer par cette inscription célèbre, bien qu’elle ne
vienne pas de Pompéi :
L CALIDIVS EROTICVS
SIBI ET FANNIAE VOLVPTATI V F
COPO COMPVTEMVS HABES VINI
I PANI
A I PVLMENTAR A II CONVENIT PVELL
A VIII ET HOC CONVENIT FAENVM
MVLO A II ISTE MVLVS ME AD FACTVM
DABIT
CIL 9, 2689, AE 1983, 329
Lucius
Calidius Eroticus sibi et Fanniae Voluptati vivus fecit.
– Copo,
computemus !
– Habes
vini sextarium I, panis asse I, pulmentarium assibus II.
– Convenit.
– Puellam
assibus VIII.
– Et hoc
convenit.
– Faenum
mulo assibus II.
– Iste
mulus me ad factum dabit !
Lucius
Calidius Eroticus a fait élever cette stèle de son vivant pour lui et pour
Fannia Voluptas.
– Patron,
faisons les comptes !
– Tu
as un setier de vin, 1 as de pain, 2 as de soupe.
– D’accord.
– La
fille, 8 as.
– Toujours
d’accord.
– 2
as de foin pour ton mulet.
– Ce
fichu mulet me mettra sur la paille ! (mot à mot : m’enverra tourner la meule)

Est hic munda Ceres, est Amor, est Bromius
on a ici Cérès toute pure, on a l’Amour,
on a Bacchus
« du bon pain, des filles et du vin »
Astòw ¤moÜ kaÜ jeÝnow eÜ
fÛlow: oé gr ¤reunn
tÛw pñyen ±¢ tÛnvn ¤stÜ filojenÛhw
Pour moi, que tu sois d'ici ou
d'ailleurs, tu es mon hôte: demander
qui tu es, d'où tu viens, qui sont tes
aïeux, ça ne fait pas partie de l'hospitalité.
Macédonius le consul, inscrit sur la façade d’une
auberge de Cibyre, Anth. Palat., IX, 648.
Ecce, inquam, Veneris hortator
et armiger Liber advenit ultro. Vinum istud hodie sorbamus omne, quod nobis
restinguat pudoris ignaviam et alacrem vigorem libidinis incutiat. Hac enim
sitarchia navigium Veneris indiget sola, ut in nocte pervigili et oleo lucerna
et vino calix abundet.
Voici celui qui donne du courage à Vénus : Liber vient ici de lui-même lui servir d’écuyer. Il faut que nous buvions aujourd'hui tout ce vin, pour éteindre en nous les retenues de la pudeur et nous inspirer dans nos ébats amoureux entrain et vigueur. Les seules provisions de bord dont a besoin le navire de Vénus, pendant une nuit sans sommeil, sont de l’huile plein la lampe et du vin plein la coupe. Apulée, Métamorphoses, II, 11. Trad. de Pierre Grimal.

Popina, caupona et thermopolium

Au sens
propre, la popina, mot d’origine osque, formé sur la même racine que le verbe coquo, « cuire », désigne la gargote où l’on peut
casser la croûte rapidement, debout au comptoir ou assis sur une sorte de
tabouret (sella, Martial parle de sellariola popina, « le bistrot à bancs » [V, 70]) et pour pas cher.

La caupona, mot d’origine obscure, signifie plutôt
« restaurant, auberge » ; le même mot s’emploie pour servir de
féminin à caupo, « aubergiste ». La prononciation populaire était copo, copona. Ce radical a disparu des langues romanes, mais a
survécu, au sens de « faire du commerce » dans l’allemand « kaufen ». Ouverte sur la rue comme la popina elle offre au passant son large comptoir (1) couvert
de morceaux de marbre (les stèles cassées par le tremblement de terre de 62 ont
servi à en restaurer un certain nombre) ; du comptoir émergent les cols
des dolia, énormes récipients de terre cuite qui contenaient les boissons et les
plats préparés. La caupona disposait d’une arrière-salle ou d’un jardin (2) où
le client pouvait se faire servir un repas complet, éventuellement égayé par la
prestation de danseuses dont la vertu ne résistait pas à l’attrait de quelques
as. Certaines de ces auberges disposaient aussi de tables de jeu (3). Enfin, un
certain nombre d’entre elles proposaient des chambres à louer. La réserve (4)
quelquefois encombrée d’amphores servait peut-être aussi de logement
occasionnel au patron.

Thermopolium enfin est un mot à consonance grecque (mais pas plus
grec que nos parkings et autres campings ne sont anglais !)
qui signifie « commerce de denrées chaudes », à la fois boutique de
traiteur (je pense aux take away anglais), snack bar et fast food.


Les noms des
patrons sont connus par les affiches électorales peintes sur la façade. La
clientèle de passage connaissait ainsi la couleur politique de l’établissement,
ce qui, on le verra, pouvait éviter des gaffes fâcheuses.
On connaît un
certain nombre d’enseignes, la plus célèbre étant celle de l’établissement
d’Euxinus, Eëjeinow, « l’Hospitalier » et Justus avec son phénix et ses paons,
entre lesquels on lit :

Phoenix felix (est)
– et tu (sis) !
CIL IV,
9850
Heureux le Phénix.
– Toi aussi !

Q Postum M Cerrinium
aed ovf
Euxinus rog
nec sine Iusto scr Hinnulus
CIL IV, 9851
Élisez Quintus Postumius et Marcus
Cerrinius édiles.
Euxinus vous les recommande, non sans
l’accord de Justus. Peint par Hinnulus.
Masculus,
« le Mâle », dirigeait un bistrot situé (Reg. 1, ins. 7, n. 13) dans
une petite rue par ailleurs tranquille. On peut imaginer en effet Masculus et
sa clientèle assez bruyants. À côté d’engagements de rédaction tout à fait
banale,
Q Postumium Proculum
aed d r p Masculus rog
CIL IV,
7238
Masculus vous recommande Quintus
Postumius Proculus comme édile : il est digne de gérer la collectivité.
Ceium aed
[Masc]u[l]us cupit
CIL IV,
7239
Masculus désire que Ceius soit élu
édile.
le style
vigoureux de celle-ci révèle l’ambiance de l’établissement :
Cn Helvium
Sabinum aed d r p o f
Masculus cum codatis ubiq(ue)
CIL IV,
7240
Élisez Gnaeus Helvius Sabinus édile, il
est digne de gérer la collectivité.
Masculus et tous ceux qui ont une queue
vous le recommandent.
Bien que le
mot latin caudatus, « pourvu d’une queue », ne soit pas
attesté ailleurs en ce sens, le Priape représenté non loin de l’inscription
suffit à lever les doutes.
Si Masculus
sait rendre service à sa clientèle :
C Masc(ul)o s(alutem)
[gr]atias ago qam plurimas va
CIL IV,
7382
Salut et mille mercis à Gaius Masculus.
Salut.
il n’en
suscite pas moins quelques jalousies, prudemment inscrites sur le mur des
latrines voisines du bistrot :
Masclus vincet
vicit Iovia SH CC
N
Apri
XXI
CIL IV,
8169
Masculus gagnera ; il a gagné pour
les fêtes de Jupiter 200 sesterces.
[le reste du graffiti se
laisse difficilement interpréter : « pour les nones d’avril, 21
... » ?]
Le plus connu
des thermopolia de Pompéi reste sans conteste celui que dirigeait
Asellina dans le rue de l’Abondance. L’âne, asinus, monture de
Silène, était réputé dans l’Antiquité gréco-romaine pour sa lubricité. Le nom
de la patronne, « Petite ânesse », suffit à donner le ton de son
établissement.
Un escalier
conduisait aux chambres de l’étage où les serveuses de l’établissement, les Asellinae, « les Petites ânesses », se livraient à la
prostitution : la Pompéienne Cuculla,
« le Capuchon » ; la Grecque Aéglé
(Aàglh : « Lumière du jour ») ; la Juive Maria ; l’Orientale Zmyrina
(« de Smyrne »).
Ici encore,
la façade recouverte d’affiches emmêlées laisse imaginer un certain tapage.
Ces dames
proclament, avec leur patronne ou en leur nom propre, leur engagement en faveur
de tel ou tel candidat :
Ceium Secundum
IIv i d Asellina rog
CIL IV,
7873
Ceius Secundus duumvir. Asellina vous le
recommande
C. Lollium
Fuscum IIvir v a s p p
Asellinas rogant
nec sine Zmyrina
CIL IV,
7863
Votez Lollius Fuscus comme duumvir
chargé de la voirie et de l’entretien des bâtiments civils et religieux. Les
« Asellinas » vous le recommandent sans oublier Zmyrina.
Cn Helvium Sabinum
aed d r p ovf Aegle rogat
CIL IV,
7862
Gnaeus Helvius Sabinus édile. Il est
digne de gérer la collectivité. Votez pour lui. Aeglé vous le recommande.
Cn Helvium Sabinum
aed d r p ovf Maria rogat
CIL IV,
7866
Gnaeus Helvius Sabinus édile. Il est
digne de gérer les affaires publiques. Maria vous le recommande.
Mais ce genre
de recommandation ne satisfaisait pas certains candidats : Polybius le
boulanger, candidat au duumvirat, fait effacer le nom de ces demoiselles.
Pourtant, sous la peinture blanche le nom en rouge se devine encore : la
publicité peut toucher sa cible mais l’honneur est sauf !
C Iulium Polybium
IIvir Zmyrina rog
CIL IV,
7864
Zmyrina vous recommande Gaius Julius Polybius
comme édile.
C. Iulium Polybium
IIvir Cuculla rog
CIL IV,
7841
Cuculla vous recommande Gaius Julius Polybius
comme duumvir.
Popidium Secundum aed Pherusa rog
CIL IV,
7749
Élisez Popidius Secundus édile. Pherusa
vous le recommande.
F¡rousa, « Celle qui supporte »
Popidium Secundum
aed d r p ovf Hermes
cupit
CIL IV,
7489
Popidius Secundus édile. Il est digne de
gérer les affaires publiques. Hermès le veut.
Tullius adeptus
CIL IV,
7306b
Tullius a atteint son but.
Ti Cla(udium Verum)
Fufid(ius Successus rog)
CIL IV,
7308
Fufidius Successus vous recommande
Tiberius Claudius Verus.
Ti Claud(ium Verum)
Fufidius rog)
CIL IV, 7308b
Fufidius Successus vous recommande
Tiberius Claudius Verus.
Capel(lam Fufidi Successe) fac
rogat
CIL IV, 7308c
Fufidius Successus, appelle à voter pour
Capella,
il te le demande.
Ceium Secu ndu II vir ovf
Pallas rog
CIL IV, 7307
Ceius Secundus duumvir. Votez pour lui.
Pallas vous le recommande.
On relève des
inscriptions déjà anciennes :
Meliss(a)e(um) rog(amus)
CIL IV, 7306c
Melissaeus
[duumvir]. Nous
vous le recommandons.
On sait que Cn Melissaeus
Aper a exercé le duumvirat en 3-4 ap. J.-C.
Caecilium Capell aed drp ovf
Fufidius Successus Serenum aed d r p ovf
C Numitorium aed ovf
Serenum Successus Fufidius rogat
Lucretium d r p ovf

CIL IV,
7305
Caecilius Capella édile, il est digne de
gérer les affaires publiques. Votez pour lui.
Serenus édile. Il est digne de gérer les
affaires publiques. Fufidius Successus vous le recommande.
Gaius Numitorius édile. Votez pour lui.
Serenus [édile]. Fufidius vous le
recommande.
Lucretius duumvir. Il est digne de gérer
les affaires publiques. Votez pour lui.
Les quatre premières lignes
ont été écrites en 77, la cinquième en 78.
Hédoné, ²don®, « Jouissance ». Tout un programme !
Edone dicit :
assibus (singulis) hic bibitur ; dipundium si dederis,
meliora bibes !
quartos si dederis, vina Falerna bibes !
Calos Castrens
Edoné dit :
ici on boit pour un as. Si tu en donnes
deux, tu bois du meilleur.
Si tu donnes quatre as, tu boiras du
Falerne !
CIL IV,
1679. Voir ci-dessous « le vin ».

On peut
imaginer que ces bistrots étaient fréquentés par des collèges, associations
diverses, et des bandes de copains qui parfois, comme chez Fufidius Successus
tenaient à laisser le souvenir de leur passage :

CIL IV,
7309
On lit :
« Fortunatus, Felix, G(aius) Iuli{a}us (au lieu de Julius) Trophimus, G(aius) Marcius Fortunatus, G(aius) Castricius Seno, D(ecimus) Iul[iu]s Eunus ». Un « bonjour la compagnie » : havetis. Enfin un personnage dont il est difficile de dire
s’il est homme ou femme, mais qui en tout cas paraît jeune souhaite à quelqu’un
(ou à lui-même ?) de revenir sain et sauf : salvom venire.
Chez Hédoné
se réunissait le club des seri bibi « tard-buveurs » qui s’engage pour les
élections de 79 contre la candidature de Vatia à l’édilité :
M Cerrinium
Vatiam aed ovf seri bibi
universi rogant
scr Florus cum Fructo ... | ...
CIL IV, 581
Marcus Cerrinius
Vatia édile ; les tard-buveurs
à l’unanimité votent pour lui.
Peint par Florus avec Faustus…
On exprime
parfois une opinion sévère sur un homme politique ou un autre habitué :
Rgulus fel(lat)
CIL IV,
8461
Regulus est un enfoiré. (« Regulus
suce »)
Le plus
souvent on se borne à graver son nom dans le stuc pour laisser un souvenir de
son passage :
fuit
M Clodius hic
[cum] Primio
CIL IV, 2147, Reg 7 ins 12 n 15
Marcus Clodius est passé ici avec
Primius.
Arruntius
hic fuit
cum Tiburtino
CIL IV, 8480, Reg 2 ins 02 n 03
Arruntius est passé par ici avec
Tiburtinus.
Comme celui
du patron apparaît aussi, il est possible que ces noms gravés aient servi à
noter les points de chacun, au charbon ou à la craie, pour les parties de dés
ou de latrunculi, ainsi chez Masculus :
Ma(s)cu...
Ing(enuus ?)
Soter
Secundus
C Maecenas Celerivia
Cremes Papi(rius) Clodius Primus
CIL IV,
8165 à 08168
Masculus Ingenuus, Soter et Secundus. Gaius
Maecenas Celerivia. Chremes,
Papirius, Clodius, Primus.
Il arrive que
les ardoises, dettes de jeu ou de boisson, soient gravées elles aussi :
[...]X IIII IV
CIL IV,
10076
commune X III
Successus X III
Nicepor sex
Amunus X IV
Cresimu vern[a ?] X IV
CIL IV, 3964
La compagnie, 3 deniers ;
Successus 3 deniers,
Nicepor six,
Amunus 4 deniers,
Cresimus l’esclave 4 deniers.
Nicepor est à lire Nicéphore (Nikhfñrow), tout comme Cresimus est à lire Chésimos (Xr®simow).
Derrière le
nom de Nicéphore, il y a de toute évidence une correction : l’auteur du
graffiti avait commencé à écrire SH pour « sesterces » et a corrigé
en X, abréviation de denier.

est Bromius

Dans la
maison de l’Ours (Via degli Augustali, Reg 7 ins 2 n 45), une inscription
gravée annonce les tarifs pratiqués :
invicte Castres
habeas propiteos
deos tvos tresit
e et qvi leges
calos edone
valeat qvi legerit
Edone dicit
assibvs hic
bibitvr dipvndivm
si dederis meliora
bibes qvartvs
si dederis vina f
falerna bib calos Castrens
CIL IV,
1679
invicte Castrens, habeas propitios deos tuos tres !
Item et qui leges !
Calos Hedone !
Valeat qui legerit !
Edone dicit :
assibus (singulis) hic bibitur ; dipundium si dederis,
meliora bibes !
quartos si dederis, vina Falerna bibes !
Calos Castrens
Beau militaire (militaire invaincu), que
tes trois dieux te soient favorables !
Et à toi aussi qui lis ça.
Hourra pour Hédoné !
Longue vie à qui lira !
Edoné dit :
ici on boit pour un as. Si tu en donnes
deux, tu bois du meilleur.
Si tu donnes quatre as, tu boiras du
Falerne !
Hourra, militaire !
calos doit sans doute se
comprendre comme kalÇw, « parfaitement
bien ».
quartus / quartos, difficile à lire et à interpréter : peut-être une abréviation
pour quaternos asses ?
Qui sont les trois dieux qui devraient protéger le passant ?
Zangemeister pensait à Jupiter, Neptune et Pluton. Je pencherais, étant donné
le contexte, pour Cérès, Vénus et Bacchus.
Columelle,
auteur d’un De re rustica,
« L’agriculture », nous donne une idée du prix du vin à la
production :
Quippe ut deterrimi generis
sint vineae, tamen si cultae, singulos utique culleos vini singula earum iugera
peraequabunt ; utque trecentis nummis quadragenae urnae veneant, quod
minimum pretium est annonae ; consummant tamen septem cullei sestertia duo
milia et centum nummos... Sed nos exstirpanda vineta censemus, quorum singula
iugera minus quam ternos culleos praebent.
« Même
avec des vignes de très mauvaise qualité, à condition toutefois qu’elles soient
entretenues, on obtient un culleus de vin par jugère, de sorte qu’on peut le
vendre trois cents sesterces les quarante urnes ; ce qui nous fait un
total de deux mille cent sesterces pour les sept cullei... Mais j’estime qu’il
faut arracher la vigne qui produit moins de trois cullei au jugère. »
Le culleus valait une amphore
ou quarante urnes, c’est-à-dire 26,25 litres
environ.
Selon
Columelle, un jugère de vigne devait produire au moins trois cullei, une amphore de vin devait donc, si l’on
garde le prix de 300 sesterces par culleus, rapporter au producteur environ
5 HS.
Le vin dans
les cabarets était vendu au sextuarius,
« setier », qui valait 1/48ème d’amphore.
Hédonè tirant
48 mesures d’une amphore, son prix d’achat peut être estimé à moins d’un
demi-as par setier.
On paie sa tournée
Presque en
face de la maison des Vettii, dans un petit bistrot, se trouve une peinture qui
représente quelques scènes de la vie quotidienne d’une caupona. Il s’agit d’une véritable bande dessinée où des
hommes et des femmes, clients et serveuses, commentent leurs gestes dans un
latin qui ne brille pas par la correction de sa syntaxe : le sens général
se laisse facilement deviner, mais certaines tournures de phrase et certains
termes ont suscité diverses interprétations :
qui vol(et)
sumat
Oceane
veni bibe
CIL IV,
3494
Qui voudra se serve.
Oceanus, viens boire.
On râle
La qualité du
vin ne satisfait pas toujours le client qui grave sur le mur un distique
vengeur, mais pas très régulier :
talia te fallant
utinam medacia copo
tu vedes acuam et
bibes ipse merum
talia | te fal|lant ¦ uti|nam
men|dacia | copo
tu ven|dïs aqù|äm
| et bibis | ipse me|rum
Que de telles tricheries
te perdent, patron !
Tu vends de l’eau et
toi tu bois du bon vin.
CIL IV,
3948
N’oublions pas
que le vin se buvait coupé d’eau chaude ou froide. On voit dans un bistrot une
fresque qui représente un esclave en train de servir un soldat qui lui
dit :
DA FRIDAM PVSILLVM
CIL IV, 1291
c’est-à-dire da paullum aquae frigidae
Donne un peu d’eau froide.
Un habitant
de Nucéria de son côté a sans doute eu à se plaindre du vin que lui a servi
Statius ; il grave en grosses lettres en face de la caupona :

Ga Sabinius Statio plurima sal
Viator Pompeis pane gustas
Nuceriae bibes
Nuceri... melius ( ?)
CIL IV, 8903
Bien le bonjour de Gaius Sabinus à
Statius.
Voyageur, déguste le pain à Pompéi,
va boire à Nuceria,
à Nuceria c’est meilleur.
Les clients
d’Athictius par contre paraissent plutôt satisfaits :
avete utres sumus
CIL IV,
8492
Salut à tous : on est plein comme
des outres.
est munda Ceres
On grignote en buvant son vin :
oliva condita
XVII K Novembres
CIL IV,
8489
olives préparées le 17 des calendes de
novembre (16 octobre).
Préparation des
olives VERTES.
OLIVARVM
CONDITVRAE
Recette de Columelle (XII, 47)
Acerbam pauseam mense Septembri vel
Octobri, dum adhuc vindemia est, contundere ; et aqua calida paululum
maceratam exprime, faeniculique seminibus et lentisci cum cocto sale modice
permixtam reconde in fideliam, et mustum quam recentissimum infunde ; tum
fasciculum viridis faeniculi superpositum merge ut olivae premantur et ius
superemineat. Sic curata oliva tertio die possis uti.
Au mois de septembre ou octobre, au moment de la vendange, écraser
les olives vertes ; enlever un peu l’amertume dans un peu d’eau chaude et
les presser. Mettre dans une jarre avec un mélange de graines de fenouil et de
lentisque et une petite quantité de sel torréfié. Mouiller de moût aussi frais
que possible. Recouvrir le tout en plongeant un bouquet de tiges de fenouil de
façon à presser les olives et faire remonter le jus. On peut consommer les
olives ainsi préparées au bout de trois jours.
Recettes de Caton (De agri cultura,
117-119)
Oleae albae quo modo condiantur. Antequam nigrae
fiant, contundantur et in aquam deiciantur. Crebro aquam mutet. Deinde, ubi
satis maceratae erunt, exprimat et in acetum coiciat et oleum addat, salis
selibram in modium olearum. Feniculum et lentiscum seorsum condat in acetum. Si
una admiscere voles, cito utito. In orculam calcato. Manibus siccis, cum uti
voles, sumito.
Comment préparer les
olives vertes. Avant qu’elles ne deviennent noires, les concasser et les jeter
dans l’eau. Changer l’eau souvent. Ensuite, lorsqu’elles seront bien adoucies,
les presser et les jeter dans le vinaigre et ajouter de l’huile avec une
demi-livre de sel (165 g) par modius (8,75 l) d’olives. Préparer à part du
fenouil et du mastic (lentisque) au vinaigre. Si on veut ajouter ce mélange aux
olives, elles sont à consommer rapidement. Les tasser dans un récipient en
terre. Les puiser avec les mains sèches au moment de les servir.
Oleam albam, quam secundum vindemiam uti voles,
sic condito. Musti tantundem addito, quantum aceti. Cetera item condito ita uti supra scriptum est.
Comment préparer les
olives vertes à consommer après la vendange. Ajouter autant de moût que de
vinaigre. Pour le reste, procéder comme décrit ci-dessus.
Epityrum album nigrum variumque sic facito. Ex oleis albis nigris
variisque nuculeos eicito. Sic condito : concidito ipsas, addito oleum, acetum, coriandrum,
cuminum, feniculum, rutam, mentam. In orculam condito, oleum supra siet. Ita utito.
Préparation d’olives triturées, vertes, noires ou bigarrées.
Dénoyauter les olives vertes, noires ou bigarrées. Procéder ainsi : broyer
la chair, ajouter de l’huile, du vinaigre, de la coriandre, du cumin, du
fenouil, de la rue, de la menthe. Conserver dans un récipient en terre,
recouvrir d’huile. Servir directement.
Il semble
que la manière de préparer les olives n’a guère changé :
Sous le mûrier de Massacan, chevauchant un banc, face à face,
Ugolin et le Papet aplatissaient d’un léger coup de maillet de grosses olives
vertes : ils préparaient un « jaron d’olives cassées ». Marcel
Pagnol, Jean de Florette.

Comment on prépare les olives "tsakistès" (concassées)
Ces olives sont cueillies vertes, au début du mois d’octobre, avant
de devenir huileuses (de mûrir) tout à fait. On les concasse soigneusement en
prenant garde à ne pas casser les noyaux. Autrement dit, on les frappe une par
une avec un petit marteau (de préférence en bois) pour ouvrir la pulpe sans la
détacher du noyau. On leur enlève l’amertume pendant dix jours en les trempant
dans de l’eau changée quotidiennement. Quand elles sont douces, on les met dans
de la saumure qu’on prépare avec 1 litre d’eau tiède et 100g. de sel pour 1kg
d’olives. On y ajoute une demi-tasse de jus de citron ainsi que diverses
plantes aromatiques, telles qu’origan, coriandre, fenouil, des tranches de
citron, du piment fort etc. La surface peut être couverte d’ 1cm d’huile. Les
olives concassées doivent être consommées assez rapidement, car petit à petit,
elles perdent leur couleur et peuvent aussi moisir. On peut les servir garnies
de coriandre, d’ail pilé, de sauce à l’huile et au citron et de rondelles de
citron.
Purée d'olives au fenouil et à la menthe
1 tasse d'olives noires dénoyautées
2 cuillerées de fenouil haché ou 1 cuillerée de
graines de fenouil torréfiées et concassées
1 gousse d'ail
2 cuillerées de menthe
1 piment fort
1 cuillerée de jus de
citron ou d'orange
1 cuillerée de bon
vinaigre
4 cuillerées d'huile d'olive
On passe tous les ingrédients au mixer pour en
faire une pâte. On garde la purée d'olives au réfrigérateur et on l'utilise 2 ou 3 heures
après. Elle peut se conserver plusieurs jours.
Ces deux recettes sont tirées du beau livre de N. et M. Psilakis, La civilisation de l’olivier,
Huile d’olive, Héraclion.
On casse la
croûte ou on dîne :


Deo nolo cenam v(e)nde(re)
chirograp(h)um s(ripsit? ) ...
CIL IV,
8490
Je ne vendrais pas ce dîner à un dieu.
Écrit autographe par ....
Nuc(...?)
biber(es) XIIII
singa(m) II
panem III
orrellas III XII
thymatla IIII VIII
LI

Nuc... ( ?) ; boissons
14 ; saindoux 2 ; pain 3 ; 3 boulettes 12 ; 4 saucisses 8.
Total 51( ?).
[biberes = poculenta ;
singa = axungia ;
orrella = offella ;
thymatla = tomacula]
CIL IV, 10674, Herculanum, thermae maritimae
Le total
des sommes inscrites sur la partie conservée de l’inscription s’élève à 39 as.
Le
premier mot peut se lire nuces, « des noix », ou encore Nuceriae, « à
Nuceria » ; je pense plutôt, compte tenu de la disposition de
l’inscription, à un nom propre.
Un
groupe de vingt amis, sous la conduite d’Euphorus, Eëforow, « Prosper », perpétuent peut-être le
souvenir de deux dîners dans un bistrot :
XVII K Feb
Eu(porus ?)
omn(es) XX
XI K Feb
Eupor(us)
omnes XX
CIL IV, 8491
Le 17 des calendes de février (16 janvier)
Euphorus et les vingt au complet.
Le 11 des calendes de février (22
janvier) Euphorus et les vingt au complet.
(h)abemus in cena
pullum piscem
pernam paonem
vena tores (=venationes?)

table de
jeu, Pompéi ( ?)
Nous avons pour le dîner
poulet, poisson,
jambon, paon,
gibier ( ?).
On s’occupe en mangeant
Des
graffitis trouvés dans les thermes d’Herculanum précisent cette image des repas
dans les restaurants de l’époque :
duo sodales hic fuerunt et cum diu malum
ministrum in omnia haberent
nomine Epaphroditum vix tarde
eum foras exigerunt
consumpserunt persuavissime cum futuere HS CVS

CIL IV,
10675
On était ici à deux copains, et comme on a eu trop longtemps un
mauvais serveur à tout point de vue, un nommé Epaphrodite, on a fini par le mettre
dehors et on a dépensé bien agréablement, baise comprise, 105,5 sesterces.
Apelles cubicularius
cum Dextro Caesar(is)
pranderunt hic iucundissime et
futuere simul

CIL IV,
10677
Apelles, le valet de chambre, avec Dexter, esclave de César
(c’est-à-dire de l’État), ont dîné ici très agréablement et ont baisé en même
temps.
Apelles Mus cum fratre Dextro
amabiliter futuimus bis
bina(s)

CIL IV,
10678
Apelles Mus (« la Souris ») avec son frère Dexter, on a
baisé affectueusement deux fois deux filles chacun.
Vieille tradition si l’on en croit Catulle (13) :
Cenabis bene, mi Fabulle, apud me
paucis, si tibi di favent, diebus,
si tecum attuleris bonam atque magnam
cenam, non sine candida puella
et vino et sale et omnibus cachinnis...
Tu dîneras bien, mon
cher Fabullus, chez moi
dans quelques jours,
si les dieux le veulent,
si tu apportes avec
toi de bonnes et copieuses
victuailles, sans
oublier une fille bien blanche
et du vin et du sel et
tout ce qui fait rire...
est Amor
|
mulus hic muscellas docuit CIL IV,
2016 Ici un mulet a éduqué de fines
mouches. |
muscella est donné par le Gaffiot
comme un « diminutif de mula, petite mule », avec
référence au graffiti ci-dessus et une référence biblique (VL. 2 Reg 13,29)
que je n’ai pas retrouvée.
muscella a servi également de
diminutif à musca, « la mouche ».
Avant
de retrouver le pâle souvenir des accortes soubrettes de Pompéi, écoutons
Syrisca « la Syrienne » appâter le client dans son auberge.
Elle
est, elle aussi, d’origine orientale, comme les demoiselles d’Asellina, comme
Palmyra, Nicerata ou Euplia. Certes Virgile, si ce joli poème est bien de lui,
la fait parler en vers. Mais comment ne pas s’exprimer en mesure quand on danse
en même temps au rythme des castagnettes que l’on fait claquer sur son
coude ? Je suis sûr que les employées chargées d’attirer le passant (je
n’ai pas dit racoler !), un peu comme le font les employés des restaurants
grecs de la rue de la Huchette, étaient parfaitement capables de réciter ou
peut-être d’improviser des distiques, certes plus ou moins réguliers et moins
raffinés que ceux de Virgile. Des prostituées parlant en vers ? Pourquoi
pas ? Après tout, les graffitis métriques sont nombreux à Pompéi. Voilà un
art qui s’est perdu !
Imaginons…
Nous
arrivons à Pompéi après avoir longtemps marché sous le soleil de cette fin
d’été. Notre âne est couvert de transpiration et nous avons la gorge desséchée
par la poussière. Une auberge... musique de castagnettes... un coup d’œil à
l’intérieur en passant...
Copa Surisca, caput Graeca redimita
mitella,
crispum
sub crotalo docta movere latus,
ebria fumosa saltat lasciva taberna,
ad cubitum raucos excutiens
calamos :
Syrisca l’aubergiste, la tête coiffée de
son bonnet grec,
agitant
en experte ses hanches ondulantes au rythme des castagnettes,
exécute sans retenue une danse
suggestive dans sa taverne enfumée
en
frappant sur son coude ses roseaux qui claquent sèchement.
« Quid iuvat aestivo defessum pulvere abesse ?
quam potius bibulo decubuisse toro ?
« A quoi bon rester dehors étouffant dans la poussière de
l’été
quand on peut
s’allonger sur un matelas bien frais ?
Sunt topia et kalybae, cyathi, rosa, tibia, chordae,
et triclinia umbrosis frigida
harundinibus.
En et Maenalio quae garrit dulce sub antro
rustica
pastoris fistula in ore sonat.
« On a un jardin et des tonnelles, des jarres, des roses,
des flûtes, des lyres
et des salles
fraîches couvertes de roseaux.
Voilà aussi gazouillant doucement dans la grotte du Ménale
la syrinx qui
chante à la bouche du berger.
Est et vappa, cado nuper defusa picato,
et strepitans rauco murmure rivus
aquae.
Sunt et cum croceo violae de flore corollae
sertaque purpurea lutea mixta rosa
et quae virgineo libata Achelois ab amne
lilia
vimineis attulit in calathis.
« On a aussi de la piquette qui vient d’être tirée d’un
vase enduit de poix
et un cours d’eau
qui murmure bruyamment de son souffle rauque.
On a aussi des couronnes de violettes tressées avec du safran
et de jaunes
guirlandes mêlées de roses rouges.
et des lys qu’une Nymphe a cueillis dans un ruisseau immaculé
et qu’elle a
apportés dans des paniers d’osier.
Sunt et caseoli, quos iuncea fiscina siccat,
sunt autumnali cerea pruna die
castaneaeque nuces et suave rubentia mala,
est hic munda Ceres, est Amor, est
Bromius.
« On a aussi de petits fromages séchés sur une claie de
jonc,
on a des prunes
blondes de la saison d’automne,
des châtaignes et des noix et des pommes qui tendrement
rougissent,
on a ici Cérès
toute pure, on a l’Amour, on a Bacchus.
Sunt et mora cruenta et lentis uva racemis,
et pendet iunco caeruleus cucumis.
Est tuguri custos, armatus falce saligna,
sed non et vasto est inguine terribilis.
« On a aussi des mûres rouges sang et du raisin en grappes
juteuses,
et le melon
gris-bleu suspendu à sa tige.
La chaumière a un gardien, armé de sa faux en bois de saule,
mais pas si
effrayant malgré son dard énorme !
Huc,Calybita,veni : lassus iam sudat asellus ;
parce illi : Vestae delicium est
asinus.
Nunc cantu crebro rumpunt arbusta
cicadae,
nunc varia in gelida sede lacerta
latet :
si sapis, aestivo recubans nunc prolue vitro,
seu vis crystalli ferre novos calices.
« Viens ici, mon joli ! ton âne est fatigué, il
transpire,
épargne-le :
l’âne est le préféré de Vesta.
c’est l’heure où les cigales épuisent les bosquets de leur chant
incessant,
c’est l’heure où
le lézard tacheté se cache dans la fraîcheur de son trou :
un peu de bons sens, viens t’allonger et te rincer d’une coupe
estivale en verre,
tu veux peut-être
qu’on t’apporte des coupes de cristal toutes neuves !
Hic age pampinea fessus requiesce sub umbra,
et gravidum roseo necte caput
strophio,
formosum tenerae decerpens ora puellae.
A pereat, cui sunt prisca
supercilia !
Quid cineri ingrato servas bene olentia serta ?
anne coronato vis lapide ista
tegi ?
Allez, tu es fatigué, repose-toi ici à l’ombre de la vigne,
et entoure ta tête
lourde d’une couronne de roses,
elle retrouve son charme en cueillant les lèvres d’une tendre
jeune fille.
Ah, que périssent
les puritains à la mode d’autrefois !
Pourquoi mets-tu de côté les guirlandes odorantes pour une
cendre ingrate ?
Tu voudrais que
ton corps soit enseveli sous une pierre couronnée ?
– Pone merum et talos. Pereat qui crastina curat !
Mors aurem vellens "vivite ait,
venio". »
– Apporte du vin et les dés ! Périsse qui se soucie du
lendemain !
La Mort nous tire
l’oreille en disant "Vivez, je viens !" »
Indiscutablement,
le rôle premier des serveuses est d’attirer la clientèle et de la pousser à
consommer :
Palmhira si[t]ifera
CIL IV,
8475
Palmyra qui donne soif !
Par d¢
TurrhnoÝw ¤ktñpvw truf®sasin ßstoreÝ TÛmaiow ¤n t» a' ÷ti aß yerpainai
gumnaÜ toÝw ndrsi diakonoèntai. Timée rapporte dans son livre I que chez les Étrusques,
jouisseurs invétérés, les petites esclaves servent les hommes toutes nues. Athénée, Le
dîner des sophistes, 517d.
La
tradition a dû s’en perdre à Pompéi. Les serveuses n’en sont pas moins l’objet
de toutes les plaisanteries et l’enjeu de bien des paris :
Rest(it)utus [dicit]
Restetuta
pone tunica(m)
rogo redes
pilosa(m) co(nnum)

CIL IV,
3951
Restitutus dit :
« Restituta,
enlève ta tunique,
s’il te plaît, et reviens-nous
avec ta chatte poilu (sic) [à
l’air]. »
Ecriture et syntaxe
maladroites ou avinées ou les deux ?
Il semble aussi que le
graffiti ait été raturé et surchargé.
[...]matrenia culibonia
CIL IV,
8473
... Matrenia au beau cul.
le mot culibonia se prête à d’autres
interprétations !
Il
semblerait même que les servantes d’auberge aient déchaîné chez les clients des
passions amoureuses. Que ce soit en toute sincérité de leur part ou
professionnellement, il est bien difficile de le dire.
Isthmus Successe ubique salute et quod te rogavi
et quod {u}iurasti
CIL IV,
2015
Le bonjour de Isthmus à Successa où
qu’elle soit :
ce que je t’ai demandé et que tu m’as
promis ...
En tout
cas, les jalousies ne manquent pas :
Niycherate v
ana succula
que amas
Felicione
et ad porta
deduces
illuc
tantu
in mente
abeto [...]
CIL IV,
2013
Nicerata,
truie infidèle,
toi qui aimes
Felicion
et qui l’entraînes
vers la porte de la ville,
là-bas
souviens-toi
seulement ...
Mais
dans le monde antique en général et romain en particulier, tout caupo ou copo,
« patron de bistrot ou d’auberge » est considéré comme un proxénète
en puissance. Que les serveuses des cauponae et thermopolia se livrent à
la prostitution régulière ou occasionnelle ne surprendra personne.
Ainsi
cette Euplia dont le nom EéplÛa, « qui fait
bien naviguer », est l’une des épiclèses d’Aphrodite, et qui travaillait
dans la caupona de Phébus, rue de
Stabies, non loin du forum :
Euplia hic
cum hominibus bellis
MM
CIL IV, 2310
Ici Euplia a baisé avec deux mille
hommes raffinés.
Les
chambres d’auberge conservent le souvenir des exploits des clients de
passage :
futui copanam
CIL IV, 8442
J’ai baisé la patronne.

Dionysius
qua hora volt
[l]icet chalare
CIL IV,
2021
Dionysius peut bander dès qu’il veut.
C Valerivs Venvstvs m ch I pr
Rvfi fvtvlvtor maximvm ...
C Valerius Venustus miles cohortis I praetoriae centuria
Rufi futu(lu)tor maximum ...
CIL IV,
2145
Gaius Valerius Venustus (« Beau
gars »), soldat de la 1ère cohorte prétorienne, centurie de Rufus,
le baiseur...
On
remarque les lettres « lu »
inscrites dans le mot fututor par une autre main, ce qui donne au graffiti le
sens : « Rufus, est un baisouilleur ». Le mot maximum, « très
grand » appartient à une partie disparue de l’inscription.
D’autres
clients ne font pas appel aux services des employées de l’auberge et s’en font
gloire, non sans un soupçon de regret. On lit dans la même chambre :
Vibius Restitutus
hic solus dormivit et Vrbanam
suam desiderabat
CIL IV, 2146
Vibius Restitutus
a dormi ici tout seul, et son Urbana
chérie lui manquait.
N’allons pourtant pas croire que toute serveuse, toute
employée d’auberge ou toute fille de ferme se livre à la prostitution ou même
se laisse séduire facilement. On connaît la mésaventure d’Horace (Satires,
I, 5, 77-85) dans une villa, une ferme
qui devait accueillir des hôtes de passage dans des conditions de confort
approximatives :
Incipit ex illo montis Apulia
notos
ostentare mihi, quos torret Atabulus et quos
nunquam erepsemus, nisi nos vicina Trivici
villa recepisset lacrimoso non sine fumo,
udos cum foliis ramos urente camino.
Hic ego mendacem stultissimus usque puellam
ad mediam noctem exspecto; somnus tamen aufert
intentum veneri; tum inmundo somnia visu
nocturnam vestem maculant ventremque supinum.
A
partir de là, l'Apulie commença à me montrer ses montagnes bien connues, que
brûle l'Atabule et que nous n'aurions jamais franchies, si une villa voisine de
Trivicum ne nous avait abrités dans une fumée qui nous faisait pleurer parce
qu’on avait mis à brûler dans la cheminée des branches vertes avec leurs
feuilles. Et moi, c'est là que, comme le roi des imbéciles, j'ai attendu
jusqu'au milieu de la nuit une fille qui ma posé un lapin. Le sommeil finit par
emporter un homme tout raidi pour l’amour ; et donc, comme je dormais sur
le dos, des rêves pas jolis à voir ont taché mon vêtement de nuit et mon
ventre.
Nonnulla verba peritorum coquorum
Mesures
de capacité
modius, « boisseau » : 8,75 litres
sextuarius, « setier », 1/16 de modius : 0,55 l
(h)emina, « hémine », ½ setier : 0,28 l
Mesures
de poids
as
ou libra, « livre », 327 g
se[mi]libra, « demi-livre » : 163,5 g
uncia ou cyathus,
« once », 1/12 de livre : 27,25 g
La livèche, ou ache
est une plante proche du céleri (céleri perpétuel).
Le garum était une sorte de saumure avec suc de poissons divers
(le nuöc-mám des Vietnamiens).
Le souchet comestible
s’appelle aussi amande de terre.
ingrédients
|
alica, ae |
épeautre, sorte de
blé ; semoule |
|
alveus, i, m |
plat creux |
|
caseum ou caseus, i, m |
fromage |
|
cerebellum, i, n. |
cervelle |
|
coquina, ae |
cuisine, art du cuisinier |
|
coquus, i ou cocus |
cuisinier |
|
crudus,
a, um |
cru |
|
cuminum, i, n. |
cumin |
|
esicium ou isicium |
farce, saucisse, (in-seco) |
|
fasciculus, i |
botte, bouquet |
|
fascis, is, m |
fagot, faisceau |
|
feniculus,
i, m |
fenouil |
|
humor, oris, m |
liquide (de toute espèce) |
|
impensa, ae |
matériaux, ingrédients |
|
iocusculum, i, n |
foie (jecur, oris, n) |
|
ius, iuris, n |
sauce, jus, bouillon |
|
libum, i, n |
gâteau pour les
sacrifices |
|
ligusticus, i, m |
livèche |
|
liquamen, inis, n |
sauce, garum dilué |
|
modice,
inv. |
modérément |
|
mollis,
e |
mou, fluide |
|
mulsum,
i, n |
vin au miel |
|
mustum, i, n |
moût (de raisin) |
|
ofella, ae |
morceau de viande, viande
hachée |
|
oleum, i, |
huile d’olive |
|
origanum, i, n |
origan |
|
ovis, is, f. |
brebis, mouton |
|
ovum, i, n. |
œuf |
|
passum, i |
vin de raisins séchés au soleil |
|
piper, eris, n. |
poivre |
|
pulpa, ae |
viande
maigre |
|
puls, pultis, f |
bouillie de farine |
|
savillum
ou suavillum, i, n |
gâteau au miel |
|
semen,
inis, n. |
graine |
|
spongius, a, um |
spongieux, mousseux |
|
succus ou sucus, i |
sève, suc, crème |
instruments
|
caccabus, i |
marmite, chaudron |
|
catinum, i, n |
plat [en terre] |
|
catellus, i, m |
petit plat, assiette |
|
craticula, ae |
petit gril |
|
discus, i, |
plat rond |
|
lanx, lancis, f |
plat creux |
|
lingula, ae, f |
cuiller |
|
minutal, alis, n |
cocotte |
|
mortarium, ii, n |
mortier, contenu du mortier |
|
patella, ae |
plat évasé, poêle |
|
surc(u)lus, i |
brochette |
|
testum, i, n (ou testu,
invar.) |
couvercle |
|
trulla, ae |
louche |
verbes
|
adicio, is, ere, ieci, iectum |
ajouter |
|
aspargo, is, ere, persi, persum |
saupoudrer de qqch |
|
aspergo |
comme aspargo |
|
bullio, is, ire, ii, itum |
bouillonner, faire bouillir |
|
calefacio,
... |
chauffer, faire chauffer |
|
comparo, are |
mélanger |
|
complico, are |
rouler, enrouler |
|
condio, ire |
mariner, assaisonner,
aromatiser |
|
condimentum |
assaisonnement |
|
coquo, is, ere, coxi, coctum |
cuire, mijoter |
|
dissolvo, is, ere, solvi, solutum |
faire fondre |
|
excaldo,
... |
chauffer, faire
chauffer |
|
eximo, is, ere, emi, emptum |
retirer |
|
exosso,
are |
désosser |
|
exspuo, is, ere, spui, sputum |
rendre, rejeter |
|
ferbeo, es, ere, ferbui |
bouillir, être
bouillonner » |
|
ferveo |
comme ferbeo |
|
frio, as, are, ... |
broyer |
|
fundo, is, ere, fudi, fusum |
verser, répandre; |
|
perfundo |
recouvrir de; |
|
infundo |
verser sur, dans; |
|
suffundo |
verser par dessous, baigner |
|
infero, infers, inferre, intuli, illatum |
servir |
|
insipo, is, ere, – |
verser dans |
|
lio, are |
rendre lisse, broyer,
hacher |
|
minuo,
is, ere, ui, utum |
concasser,
mettre en pièces |
|
misceo, es, ere, miscui, mixtum |
mêler |
|
permisceo |
mélanger
complètement |
|
obligo, are |
lier |
|
praeduro, are |
durcir |
|
reexinanio, ire |
revider |
|
sicco ou exsicco, are |
faire sécher |
|
spisso, are |
épaissir |
|
subdo, is, ere, didi, ditum |
placer dans |
|
surclo, are ou surculo |
embrocher |
|
tempero, are |
mélanger,tempérer, tiédir |
|
tero, is, ere, trivi, tritum |
broyer, écraser, frotter |
© Alain Canu