Directeur des fouilles de 1860 à
1875, Giuseppe Fiorelli a imaginé de diviser Pompéi en
« arrondissements » ou « régions » (en latin regio), chaque arrondissement se divisant
en îlots (insula)
délimités par quatre rues, chaque maison (aedes) de l’îlot recevant un numéro ; ainsi la maison des
Vettii se trouve dans le VIe arrondissement, îlot 15, numéro 1, ce
qui se note en abrégé VI,
15, 1, ou Reg. VI, ins. 15, aed. 1.
L’abréviation CIL IV (ou CIL 4, il faut que je mette de l’ordre
dans mes références !)
renvoie au volume IV du Corpus Inscriptionum Latinarum, recueil de
toutes les inscriptions latines antiques, initié au 19ème siècle par
des érudits allemands et régulièrement mis à jour. Quelques milliers de pages…
Les volumes du Corpus et les inscriptions dans chaque volume sont organisés
selon la localisation géographique des inscriptions : le volume IV est
consacré aux inscriptions pariétaires et doliaires de Pompéi et d’Herculanum
(les inscriptions monumentales ont été rassemblées dans le volume X), le volume
VI à la ville de Rome, le volume XII à la Gaule Narbonnaise, etc. Le volume IV
contient environ 12000 inscriptions classées rue par rue, maison par maison,
pièce par pièce.
Il est d’usage lorsqu’on recopie une
inscription antique de signaler les passages à la ligne par un trait
vertical ; je devrais écrire
M MariVm | aed
faci | oro vos
mais je trouve plus esthétique de
respecter dans ma typographie les passages à la ligne.
M MariVm
aed faci
oro vos
L’abréviation
Anth. Palat. renvoie à l’Anthologie Palatine, ou Anthologie
Grecque. C’est un recueil de 4500 courts poèmes appelés épigrammes, composé
vers l’an 1000 et que nous a transmis un manuscrit dit « Palatinus ».
Le recueil rassemble les œuvres de plus de 300 poètes, depuis Tyrtée (et
peut-être même Homère) qui vivait au VIIe s. av. J.-C. jusqu’aux
contemporains de Justinien (VIe s. ap. J.-C.). Le livre I contient
les épigrammes chrétiennes, le livre V les épigrammes érotiques, le livre VI
les épigrammes dites « votives », le livre VII les épitaphes, le
livre IX les épigrammes « démonstratives » (par ex. inscriptions sur
la base de statues), le livre X les épigrammes morales, le livre XI les
épigrammes satiriques, le livre XIV les problèmes et devinettes.
L’abréviation
AE suivie d’un millésime renvoie à la revue l’Année
épigraphique.
J’ai
utilisé la police Garamond Latin pour écrire le latin (vous pouvez la
télécharger ici)
et la police Athenian pour le grec (vous pouvez la télécharger ici).
J’ai utilisé des caractères de couleur marron pour les deux langues anciennes, sauf les inscriptions peintes
de Pompéi que je note en rouge, les graffitis en rouge
foncé et les inscriptions magiques sur tablettes de
plomb en gris.
Les
citations et les textes d’auteurs français apparaissent en caractères bleu foncé, mes propres traductions
en vert olive.
Comme je
trouve l’italique désagréable à lire sur l’écran, j’ai préféré souligner les
titres d’ouvrages.
J’ai
considéré que le mot « graffiti » était singulier et appelait un
pluriel « graffitis ». « Graffite » me semble
bizarre ; quant à dire « un graffito, des graffiti », pourquoi
pas « je viens de faire tomber un spaghetto sur ma chemise
propre ! » ?
Sauf indication différente, les citations de Sénèque sont extraites de la lettre 86 à Lucilius : « In ipsa Scipionis Africani villa iacens haec tibi scribo... »
Kæpriw
Ervw
Xritew Næmfai Diñnusow Apñllvn
Êmosan ll®loiw ¤nyde naietein
Cypris,
Éros, les Grâces, les Nymphes, Dionysos et Apollon
se sont
promis les uns aux autres de résider ici.
En Grèce, les bains sont connus et pratiqués depuis
très longtemps :
tñfra d¢ Thl¡maxon loèsen kal¯ Poluksth
N¡storow õplotth yugthr Phlhidao
aétr ¤peÜ loès¡n te kaÜ ¦xrisen lÛp' ¤laÛÄ
mfÜ d¡ min frow kalòn blen ±d¢ xitÇna
¦k =' samÛnyou b° d¡maw yantoisin õmoÝow
Pendant ce
temps, la belle Polycastè, baigna Télémaque,
c’était la
plus jeune des filles de Nestor fils de Nélée.
Et quand elle l’eut
baigné et qu’elle l’eut enduit et frotté d’huile,
elle
l’enveloppa d’une tunique et jeta sur son dos un beau manteau ;
il sortit de la salle de bains, physiquement semblable à un immortel. (Odyssée, III, 464-468)


Salle de bains et baignoire du palais de Nestor à
Pylos
A Rome, il faut attendre le IIIe siècle
av. J.-C. pour voir apparaître ce que l’on considérait comme indigne d’un
citoyen romain et bon pour des femmes et des efféminés.
balneum,
balneae
Item
reprehendunt analogias, quod dicantur multitudinis nomine publicae balneae, non
balnea, contra quod privati dicant unum balneum, quom, plura balnea non dicant.
Quibus responderi potest non esse reprehendendum, quod scalae et aquae caldae,
pleraque cum causa, multitudinis vocabulis sint appellata neque eorum
singularia in usum venerint; idemque item contra.
Primum
balneum (nomen est Graecum), cum introiit in urbem, publice ibi consedit, ubi
bina essent coniuncta aedificia lavandi causa, unum ubi viri, alterum ubi
mulieres lavarentur ; ab eadem ratione domi suae quisque ubi lavatur
balneum dixerunt et, quod non erant duo, balnea dicere non consuerunt, cum hoc
antiqui non balneum, sed lavatrinam appellare consuessent.
Le mot a été emprunté au grec tò balaneÝon sous la forme balineum qui s’est vite réduite à balneum. Si, comme le dit Varron, le pluriel a servi d’abord à désigner les
« bains publics », il semble que les auteurs de l’époque impériale n’aient
plus respecté cet usage.
alveus (parfois alveum) : baignoire. Le mot a désigné d’abord une cuve en bois, lignum excavatum in quo lavantur infantes « une auge en bois où on lave les bébés ».
apodyterium : vestiaire où l’on se
déshabille. Des niches permettent de ranger les vêtements. On remarque
l’origine grecque du mot (podut®rion) : les Romains ont eu
un certain mal à s’adapter à la nudité collective si naturelle pour les Grecs
et le mot étranger permet sans doute de braver l’impudeur liée à son signifié.
caldarium : local chaud,
surchauffé à l’époque impériale.
destrictarium : lieu où l’on peut se
nettoyer (destringere) après les exercices
physiques, en grattant avec un strigile l’huile dont on s’était enduit
auparavant.
la(va)brum : bassin, en particulier la
vasque d’eau fraîche du caldarium.
la(va)trina désigne la salle de bains,
la ou les toilettes.
laconicum : la tradition
enseigne que les Spartiates se rendaient après leurs exercices dans une étuve
sèche, pièce chauffée par un brasero, où une transpiration abondante décrassait
la peau avant un plongeon dans
l’Eurotas. Il semble que souvent le mot ait servi en latin à désigner
simplement une salle circulaire, chauffée ou non.
natatio, natatorium et natatoria : piscine, bassin
conçu pour la natation (piscina désigne le vivier à
poissons).
solium : baignoire
individuelle, alvei lavandi causa instituti quo
singuli descendunt
bassins destinés à se baigner où l’on va chacun son
tour.
tepidarium : local tiède où se
trouvent une baignoire d’eau chaude et souvent un labrum d’eau plus fraîche.
thermae n’apparaît qu’au 1er
siècle après J.-C.
Visum etiam mihi est ut irem lavatum, quod audieram inde balneis nomen inditum, quia Graeci balaneÝon dixerint, quod anxietatem pellat ex animo. Ecce et hoc confiteor misericordiae tuae, pater orphanorum, quoniam lavi et talis eram qualis priusquam lavissem. Neque enim exudavit de corde meo maeroris amaritudo.
Je jugeai bon encore d’aller me
baigner, parce que j’avais entendu dire que ce nom de « bains » était
issu du nom de balaneion que les Grecs lui avaient donné parce qu’il chasse
l’inquiétude de l’âme. Cela aussi, je le confesse à ta miséricorde, père des
orphelins, après m’être baigné, j’étais encore tel qu’avant de me baigner. Et
en effet rien n’avait sué de mon cœur de l’amertume de mon chagrin. (Saint Augustin,
Confessions, IX, 12).
A partir du 1er siècle avant J.-C. les
Romains fréquentent assidûment les thermes et cette passion ne fera que croître
sous l’Empire. Dès lors, à Rome comme dans les provinces, empereurs et
magistrats locaux se doivent d’offrir à leurs contemporains des établissements
qui perpétuent leur mémoire ou représentent leur générosité. Les inscriptions
qui en témoignent sont presque innombrables ! En voici quelques exemples.
]
Praefectus Aegy[pti]
Terentia A(uli) f(ilia) mater e[ius]
Cosconia Lentuli Ma[l]ug[inensis f(ilia)]
Gallita uxor eius ae[dificiis]
emptis et ad solum de[iectis]
balneum cum omn[i ornatu]
[Vulsiniens]ibus ded[erunt]
[ob publ]ica co[mmoda]
AE 1904, 37
..., préfet d’Égypte ; Terentia,
fille d’Aulus, sa mère ; Cosconia Gallita, fille de Lentulus Maluginens,
sa femme ; ayant acheté et fait raser des bâtiments, ont offert aux
habitants de Vulsinia ( ?) des thermes avec toutes les installations pour
le bien-être du peuple.
D(ecimus) Funius D(ecimi) f(ilius) Gall[us?]
C(aius) Rubrius C(ai) f(ilius) Tinti[rius?]
IIIIvir(i) quinq(uennales)
balneum ab solo fa[ciundum]
coiraver(e) ex d(ecreto) d(ecurionum) eide[m]
probavere
AE 1967,
0096
Decimus Funius Gallus, fils de
Decimus ; Gaius Rubrius Tintirius, fils de Gaius ; quattuorvirs
quinquennaux, ont supervisé la totalité de la construction de thermes
conformément à une décision des décurions et ont agréé les travaux.
M(arcus) Tullius Venne
ianus IIvir q(uin)q(uennalis) p(atronus) c(oloniae) balneas
nobas a solo sua pecunia extru
xit et dedecavit M(arcus) Tullius Cice
ro Venneianus filius balneas eas
dem vi ignis multifaria corruptas
sua pecunia restituit curantibus
Tulliis Primigenio et Nedymo et
contutoribus eorum et inco
lumes ad usum civium rei pu
blicae tradidit
AE 1935,
0028
Marcus Tullius Venneianus, duumvir
quinquennal, protecteur de la colonie, a fait entièrement construire à ses
frais de nouveaux thermes et les a consacrés.
Marcus Tullius Cicero Venneianus, son fils,
a fait rénover à ses frais les mêmes thermes endommagés par de multiples
incendies, les travaux ont été supervisés par Primigenius Tullius et Nedymus
Tullius avec leurs assistants.
Il a remis à la collectivité des
thermes refaits à neuf pour les besoins de ses concitoyens.
ALFIA P F QVARTA BALNEVM
MVLIEBRE A SOLO FECIT
EADEM LAPIDE VARIO EXORNAVIT
LABRVM AENEVM CVM
FOCVLO SEDES POSVIT P S
CIL IX,
3677 ; ILS 5684
S. Benedetto, ubi fuit Marruvium Marsorum
Alfia Quarta, fille de Publius,
a fait construire entièrement le bain
des femmes,
qu’elle a fait décorer de pierres
multicolores (mosaïques ?),
elle l’a équipé d’un bassin de bronze
avec un brasero et de sièges, le tout
à ses frais.
On reconstruit :
Vibia C(ai) f(ilia) Galla balne[u]m
de sua pecunia ref(iciendum) cur[avit]
AE 1952,
0019
Vibia Galla, fille de Gaius, a fait
rénover les thermes à ses frais.
Q Vibuleius L f
L Statius Sal f
duo vir
balneas reficiund
aquam per publicum
ducendam d d s
coeravere
CIL 01, 2
1473
Quintus Vibuleius, fils de
Lucius ; Lucius Statius, fils de Salvius ; duumvirs, ont supervisé la
rénovation des thermes et la construction d’une aqueduc dans le domaine public
sur décision des décurions et à leurs frais.
[Imp(eratori) Caes(ari) L(ucio) Domitio Aureliano Aug(usto)]
II et Capitolino co(n)s(ulibus)
Aur(elius) Verecundus v(ir) e(gregius) pro(curator)
argentariarum balneum
vetustate conlapsum
ad pristinam faciem re
form(a)re curavit
AE 1893,
0131
Sous le second consulat de l’empereur
César Lucius Domitius Aurélien Auguste et de Capitolinus, Aurélius Verecundus,
appartenant au second rang de l’ordre équestre, procurateur des mines d’argent,
a supervisé la réfection à l’identique des thermes ruinés par le temps.
M(arcus) Coeli[...]
ninus [...]
balneum v[etustate corrup]
tum restituendum [curavit]
eidem assam cellam a so[lo]
fecit et cylisterium institu
it curante Iunio Sucesso
c(enturione) principe
IRT 869
Marcus Coelius [...]ninus ... a supervisé
la restauration des thermes détériorés par le temps. Il a fait entièrement
construire une chambre sèche (une étuve) et a aménagé un speaking place. Les
travaux ont été supervisés par Junius Successus, centurion de première classe.
Je
comprends cylisterium (kulist®rion) d’après kulÛndv
« fréquenter » ; le mot ne figurant pas dans le dictionnaire
grec, j’ai cru pouvoir rendre son allure prétentieuse par un équivalent à
couleur anglo-saxonne qui n’existe pas en anglais. « Centurion de première
classe » vise à rendre l’idée plus que la lettre.
Balneum vetustat[.]
cosumt v[...] Tasg[aet(ini)]
a solo restituer[...]
cur Car Caiati[...]
et Fl Adiecto Qu[...]
Aurel(io) Celso et Cilt[o] | Cilti fil(io)
CIL 13,
05257
Les habitants de Tasgaeta ( ?) ont
rebâti entièrement les thermes dégradés par le temps ; la direction des
travaux a été confiée à Car... Caiatus ( ?) et Flavius Adjectus,
questeurs, et à Aurélius Celsus et Ciltus, fils de Ciltus.
ou Flavius Adjectus Aurelius Celsus, fils de Quintus ?
Flavius Catullus
testamento ad marmoran
dum balneum legavit r(ei) p(ublicae)
denarios) LXXV(milia)
quod C(aius) F[lavius G]allus her(es)
p(erficiendum) c(uravit)
[...] tributis legati s(upra) s(cripti)
[... consum]mationem
CIL 13,
05416
Par testament, Flavius Catullus a
laissé à la collectivité 75000 deniers pour revêtir les thermes de marbre.
Gaius Flavius Gallus, son héritier, s’est chargé de mener à bien les travaux
... avec le montant du legs mentionné ci-dessus jusqu’à épuisement des fonds.
Deae Fortun[ae]
sanctae balne[um]
vetustate conlap
sum expl(oratores) Stu[...]
et Brit(tones) gentiles
officiales Brit(tonum) et
deditic(iorum) Alexan
[...] de
suo restituer(unt) cu
ra agente T(ito) Fl(avio) Ro
mano
(centurione) leg(ionis) XXII p(rimigeniae) p(iae) f(idelis)
Id(ibus) Aug(ustis) Lupo et Maximo
co(n)s(ulibus)
AE 1897,
0118
Thermes de la sainte déesse Fortune.
Les éclaireurs de ... , les Bretons du peuple et les responsables des Bretons
et des vaincus alexandriens ( ?) ont rénové ces thermes ruinés par le
temps à leurs frais ; la responsabilité des travaux a été confiée à Titus
Flavius Romanus, centurion de la 22ème légion Primigenia Pia
Fidelis. Fait le jour des Ides de mars, sous le consulat de Lupus et Maximus.
Imp(erator) Cae[s(ar) M(arcus)
Aur(elius) Antoninus Severus]
[Alexander] Pius Felix Augustus
balne[as coh(ortis) II Fl(aviae)
Commagenor(um)
Severia[nae vetustate dilapsas res]
tituit s[...]
Dac(iarium) III c[urante ...]
diano [praef(ecto) coh(ortis) II
Fl(aviae) Commag(enorum) Severi]
anae [...
AE 1903,
0066
L’empereur César Marcus Aurelius
Antoninus Severus Alexandre Pieux Heureux Auguste a fait restaurer les thermes
de la 2ème cohorte Flavia Sévérienne des Commagènes ..., ces thermes
étant tombés en ruines sous l’effet du temps ; la responsabilité des
travaux a été confiée à ...dianus, préfet de la 2ème cohorte Flavia
Sévérienne des Commagènes.
C(aius) Plinius L(uci) f(ilius) Ouf(entina tribu) Caecilius
[Secundus co(n)s(ul),]
augur, legat(us) pro pr(aetore) provinciae Pon[ti et Bithyniae]
consulari potesta[t(e)] in eam provinciam e[x s(enatus)
c(onsulto) missus ab]
Imp(eratore) Caesar(e) Nerva Traiano Aug(usto) German[ico Dacico
p(atre) p(atriae),]
curator alvei Ti[b]eris et riparum e[t cloacarum
urb(is),]
praef(ectus) aerari Satu[r]ni, praef(ectus)
aerari mil[it(aris), pr(aetor), trib(unus) pl(ebis),]
quaestor imp(eratoris), sevir equitum
[Romanorum,]
trib(unus) milit(um) leg(ionis) [III]
Gallica[e, Xvir stli]
tib(us) iudicand(is), therm[as ---]
adiectis in
ornatum HS ¥¥¥ [--- et eo amp]lius in
tutela[m]
HS ¥¥ t(estamento) f(ieri) i(ussit) [item
in alimenta] libertor(um) suorum homin(um) C
HS |£¢¡¡¡| ¤£¢¡ DCLXVI rei [p(ublicae)
legavit, quorum inc]rement(a) postea ad epulum
[p]leb(is) urban(ae) voluit pertin[ere,
item vivu]s dedit in aliment(a) pueror(um)
et puellar(um) pleb(i) urban(ae) HS [D,
item bybliothecam et] in tutelam bybliothe
cae HS C.
CIL 5, 5262
= ILS 2927, à Côme
Gaius Plinius
Caecilius Secundus, fils de Lucius, de la tribu Oufentina, consul,
augure,
préteur délégué au gouvernement de la province du Pont et Bithynie
avec des
pouvoirs consulaires et nommé à la tête de cette province par sénatus consulte
à la demande de
l’Empereur
César Nerva Trajan Auguste vainqueur des Germains et des Daces père de la
patrie,
superviseur du
cours et des rives du Tibre et des égouts de Rome,
préfet aux
finances publiques, préfet aux finances militaires, préteur, tribun de la
plèbe,
questeur
auprès de l’empereur, chef d’escadron dans la cavalerie romaine,
tribun
militaire de la 3ème légion « Gallica », décemvir chargé
de régler
les différends
d’état civil, [a dépensé ??? sesterces dans la réfection (ou la
construction) ?] des thermes, plus
pour leur
décoration (ou leur équipement ?) 300000 sesterces ... ; à quoi
s’ajoutent pour leur entretien
200000
sesterces qu’il a fait réserver dans son testament. De même, pour les besoins
de ses affranchis, soit cent hommes,
il a légué à
la communauté 1 866 666 sesterces, dont il veut que par la suite les intérêts
servent à offrir un banquet
à la plèbe de
sa ville ; de même il a donné de son vivant pour les besoins des garçons
et des filles
de la plèbe de
sa ville 500 sesterces ; de même il a offert une bibliothèque et pour
l’entretien de cette bibliothèque
une somme de
cent sesterces.
Il s’agit, bien sûr de Pline le Jeune. Sa fortune a été estimée à 5 millions de deniers. Pour les dons qu’il a faits à ses concitoyens de Côme de son vivant, voir les lettres I, 8 et VII, 18.
La somme apparemment bizarre de 1 866 666 HS est destinée à produire 112000 HS d’intérêts par an au taux de 6%.
L’entrée était payante.
Novit loturos Dasius numerare : poposcit
mammosam Spatalen pro tribus ; illa
dedit.
Dasius sait
compter les gens qui viennent se baigner : il a demandé
à Spatalé la
mamelue de payer trois entrées : elle l’a fait. (Martial, II, 52)
Le droit d’entrée, qui s’est appelé balneaticum à une époque tardive, se montait à Rome à un « quadrans », un quart d’as, depuis l’époque d’Horace :
ne longum faciam: dum tu quadrante lavatum
rex ibis...
Je vais faire
bref : tandis que baigné pour un ‘quadrans’
tu iras comme
un roi...
(Satires, I, 3, 137)
jusqu’à celle de Martial (III, 30 et VIII,
42) :
Sportula nulla datur ; gratis conviva recumbis :
dic mihi, quid Romae, Gargiliane, facis ?
Vnde tibi togula est et fuscae pensio cellae ?
unde datur quadrans ? ...
On ne donne
plus de sportule, tu es invité à dîner gratuitement,
dis-moi,
Gargilianus, comment te débrouilles-tu à Rome ?
Où as-tu trouvé
cette espèce de toge et le loyer de ton réduit obscur ?
D’où tires-tu
ton quart d’as ? ...
Le quart d’as qui permet, bien sûr, d’aller aux
thermes.
Si te sportula maior ad beatos
non corruperit ut solet, licebit
de nostro, Matho, centies laveris.
Si comme d’habitude une sportule plus
importante
ne t’entraîne pas vers des gens
fortunés,
Mathon, tu pourras à mes frais aller
te baigner cent fois.
La sportule s’élevait en général à 25 as, c’est-à-dire 100
« quadrans » plutôt que 1 X 2HS et 1A !
Un quart d’as équivaut à 0,06 € ! C’est dire si
l’entrée aux thermes était à la portée de toutes les bourses !
Ce tarif est confirmé aussi par Sénèque qui nous
décrit la salle de bains de la villa de Scipion à Literne, villa que Sénèque
visite comme nous visitons Versailles :
At olim et
pauca erant balnea nec ullo cultu exornata: cur enim exornaretur res
quadrantaria et in usum, non in oblectamentum reperta?
Autrefois les bains étaient rares et
sans la moindre décoration : pourquoi en effet décorer un lieu à trois
sous, et conçu pour remplir une fonction et non pour procurer un plaisir.
Une inscription de Vipasca, en Lusitanie, citée par
J. Carcopino, indique un tarif d’un demi-as pour les hommes et d’un as pour les
femmes.
Un vers de Juvénal (VI, 447) implique que les femmes
payaient plus cher que les hommes, au moins à Rome :
Nam quae docta nimis cupit et facunda videri
crure tenus medio tunicas succingere debet,
caedere Silvano porcum, quadrante lavari.
Car la femme
qui désire à l’excès paraître savante et éloquente
doit ceinturer
sa tunique pour qu’elle lui remonte à mi-cuisse,
sacrifier un
porc à Silvain et aller se baigner pour un « quadrans ».
Pour
n’être pas gêné dans une activité qui exige des mouvements variés, on remontait
sa tunique au-dessus du genou en la maintenant serrée autour de la taille avec
une ceinture ou une bande d’étoffe.
Le même Juvénal (II, 152) indique qu’au-dessous d’un
certain âge les enfants bénéficiaient d’une entrée gratuite, à moins que le
vers ne signifie que les enfants en bas âge n’étaient pas admis aux
thermes :
nec pueri credunt, nisi qui nondum aere lavantur.
même les
enfants n’y croient pas, sauf ceux qui ne paient pas encore pour se baigner.
Aynatoi loæontai noigom¡nou balaneÛou,
p¡mptú d' ²mÛyeoi, met¡peita d¢ p®mata pnta.
Les immortels
se baignent à l'ouverture des bains;
à la cinquième
heure, les demi-dieux; et après, le tout venant en foule.
anonyme, Anth. Palat., IX, 640.
Prima salutantes atque altera conterit hora,
exercet raucos tertia causidicos,
in quintam varios extendit Roma labores,
sexta quies lassis, septima finis erit,
sufficit in nonam nitidis octava palaestris,
imperat extructos frangere nona toros :
hora libellorum decuma est, Eupheme, meorum,
temperat ambrosias cum tua cura dapes
et bonus aetherio laxatur nectare Caesar
ingentique tenet pocula parca manu.
Tunc admitte iocos : gressu timet
ire licenti
ad matutinum nostra
Thalia Iovem.
Première et
deuxième heure usent les gens qui doivent faire leurs salutations,
la troisième
voit s’accomplir la tâche des avocassiers enroués,
jusqu’à la
cinquième Rome continue ses diverses tâches,
la sixième
apportera le repos aux gens fatigués, la septième en sera la fin,
la huitième
jusqu’à la neuvième suffit aux exercices huilés des palestres,
la neuvième
commande d’écraser les coussins empilés,
la dixième,
Euphémus, c’est l’heure de mes modestes livres,
lorsque ta
compétence prépare l’ambroisie du dîner impérial
et que notre
bon César, qui se détend avec le nectar céleste,
tient de sa
main virile une coupe légère.
Fais-moi
entrer alors avec mes badinages, ma Thalie ne se permet pas
d’aller d’un
pas audacieux le matin saluer Jupiter. (4, 8)
Ce joli monument de flagornerie décrit la journée du
Romain oisif comme notre poète : il consacre les deux premières heures
consacrées à saluer les patroni pour gagner la sportule qui
assure la vie quotidienne, puis repas, le prandium, à la sixième heure et
sieste jusqu’à la fin de la septième. Une heure aux thermes, ensuite à la
neuvième heure, la cena suivie de la commisatio, moment où tout en buvant on se livre aux plaisirs de la conversation
entrecoupée de spectacles ou de lectures.
|
Équivalences approchées des
heures romaines |
|||
|
|
solstice d’hiver |
équinoxes |
solstice d’été |
|
prima hora |
7h30 |
6h |
4h30 |
|
secunda
hora |
8h15 |
7h |
5h45 |
|
tertia
hora |
9h00 |
8h |
7h00 |
|
quarta
hora |
9h45 |
9h |
8h15 |
|
quinta
hora |
10h30 |
10h |
9h30 |
|
sexta
hora |
11h15 |
11h |
10h45 |
|
septima
hora |
12h00 |
12h00 |
12h00 |
|
octava
hora |
12h45 |
13h |
13h15 |
|
nona
hora |
13h30 |
14h |
14h30 |
|
decima
hora |
14h15 |
15h |
15h45 |
|
undecima
hora |
15h00 |
16h |
17h00 |
|
duodecima
hora |
15h45 |
17h |
18h15 |
|
solis
occasu |
16h30 |
18h |
19h30 |
Des nécessités techniques imposaient une fermeture
des thermes une partie au moins de la matinée : il fallait bien procéder au
nettoyage (impossible à effectuer de nuit), recevoir les livraisons de bois et
chauffer l’eau pour l’après-midi.
Le témoignage des textes prouve que l’heure
d’ouverture des thermes était en général fixée à la huitième heure,
Cenabis belle, Juli Cerialis, apud me;
condicio est melior si tibi nulla, veni.
Octavam poteris servare; lavabimur una:
scis quam sint Stephani balnea juncta mihi...
Julius Cérialis, tu dîneras
agréablement chez moi.
Si tu n’as prévu rien de mieux,
viens !
Tu pourras respecter la huitième
heure, nous irons nous baigner ensemble :
tu sais combien les thermes de
Stéphanus sont proches de chez moi... (11, 51).
Ast ubi me fessum sol acrior ire lavatum
admonuit, fugio campum lusumque trigonem.
Mais quand le soleil plus ardent m’a
indiqué l’heure d’aller me baigner,
je fuis le Champ de Mars et les
parties de ballon : je suis fatigué !
Comprenons qu’Horace préfère aller faire une longue sieste plutôt que de se rendre aux thermes d’Agrippa. (Sat., I, 6, 125-126)
Mais ces horaires varient selon les lieux et les
époques, selon les classes sociales : les plus riches étaient moins
pressés que les autres de se rendre dans un établissement luxueux (voir aussi les plaisirs du bain) :
... horridus ut primo semper te mane salutem
per mediumque trahat me tua sella lutum,
lassus ut in thermas decuma vel serius
hora
te sequar Agrippae, cum laver ipse Titi.
[tu veux] que
tout frissonnant je vienne toujours te saluer à la pointe de l’aube,
que ta litière
me traîne derrière elle en plein dans la boue,
que je te
suive épuisé aux thermes d’Agrippa à la 10ème heure ou plus tard,
alors que je
vais me baigner aux thermes de Titus... (3, 36.)
Les thermes d’Agrippa se trouvaient au Champ de
Mars, non loin des thermes de Néron, les thermes de Titus près du Colisée, à
l’autre bout de Rome.
Il a bien fallu aussi décaler les horaires lorsque
la loi a imposé d’admettre les hommes et les femmes séparément.
omnibus diebus calefacere et praestare debeto
a prima luce in horam septimam diei mulieribus
et ab hora octava in horam secundam noctis viris.
CIL 2, 5
181 (inscription de Vipasca citée par J. Carcopino)
[le gérant (conductor)] devra chauffer et assurer le service
de l’aube à la
septième heure du jour pour les femmes,
et de la
huitième heure à la deuxième heure de la nuit pour les hommes.
L’ouverture était annoncée par une cloche qui
sonnait aussi l’heure de la fermeture, en général au coucher du soleil :
Redde pilam: sonat aes thermarum. Ludere pergis?
Virgine vis sola lotus abire
domum.
Rapporte ta balle : le bronze des
thermes résonne. Tu continues à jouer ? Tu veux rentrer chez toi après
t’être baigné simplement dans la piscine extérieure ? (XIV, 143).
Mot à
mot « dans l’eau de la Vierge », c’est-à-dire sans passer par le
circuit thermal. Pour l’aqua Virgo, voyez ci-dessous La
propreté de l’eau.
La disposition des thermes et l’épigramme précédent
me donnent à penser que l’ouverture et la fermeture s’effectuaient en deux
temps : la palestre et le péristyle (où il était possible d’emprunter ou
de louer balles et matériel de gymnastique) devaient rester plus longtemps
ouverts que les bains proprement dits.
De nombreuses lampes, plus de cinq cents, retrouvées
dans les thermes du Forum à Pompéi prouvent que cet établissement pouvait
ouvrir tard le soir, mais on ignore si cette ouverture nocturne était régulière
ou exceptionnelle.
Trois mots de Juvénal (VI, 419) pourraient laisser
penser que les thermes de Rome ouvraient parfois la nuit :
balnea nocte subit, ...
Elle va aux
bains la nuit...
mais le contexte montre que la dame en question se
rend dans ses thermes privés :
..., conchas et castra moveri
nocte iubet, magno gaudet sudare tumultu,
cum lassata gravi ceciderunt bracchia massa,
callidus et cristae digitos inpressit aliptes
ac summum dominae femur exclamare coegit.
Convivae miseri interea somnoque fameque
urguentur.
c’est la nuit qu’elle fait sonner les conques
et lever le camp, elle se réjouit de suer à grand fracas, quand ses bras
épuisés retombent alourdis par les poids, un masseur qui connaît son affaire
laisse l’empreinte de ses doigts même sur son intimité. Et pendant ce temps ses
malheureux invités crèvent de sommeil et de faim.
Pourtant au IIIe siècle, Alexandre Sévère
addidit et
oleum luminibus thermarum, cum antea et ad nonam paterent et ante solis occasum
clauderentur.
ajouta à ses largesses de l’huile pour
les lampes des thermes, alors qu’auparavant ils n’ouvraient qu’à la neuvième
heure et fermaient au coucher du soleil. Hist. Aug. 24.
[õ Ktvn fhsÜn
toè paidòw parñntaw] sulloæsasyai d¢ mhd¡pote. KaÜ toèto koinòn ¦oike RvmaÛvn
¦yow eänai: kaÜ gr penyeroÜ gambroÝw ¤fullttonto sulloæesyai dusvpoæmenoi
t¯n poklucin kaÜ gæmnvsin. Eäta m¡ntoi par' Ell®nvn tò gumnoèsyai
mayñntew aétoÜ plin toè kaÜ met gunaikÇn toèto prssein napepl®kasi
toçw
Ellhnaw.
[Caton dit qu’en présence de son fils]
il ne s’est jamais baigné. Et il semble que c’est là une coutume générale chez
les Romains : les beaux-pères en effet se gardaient de se baigner en
compagnie de leurs gendres, gênés de se déshabiller et de se dénuder devant
eux. Ensuite pourtant, ayant appris des Grecs à se mettre nus, ils ont en
retour communiqué aux Grecs le vice de le faire aussi avec des femmes. (Plutarque, Caton, 20).
Dans les thermes, cela va sans dire, mais (comme
toujours) cela va encore mieux en le disant, la nudité était de rigueur.
Cur enim potissimum balneas publicas constituerat ? In quibus non invenio quae latebra togatis hominibus esse posset. Nam si essent in vestibulo balnearum, non laterent ; sin se in intimum coicere vellent, nec satis commode calceati et vestiti id facere possent, et fortasse non reciperentur, nisi forte mulier potens quadrantaria illa permutatione familiaris facta erat balneatori.
Pourquoi donc se donner rendez-vous de
préférence dans des bains publics ? Je n'y vois pas de cachette pour des
gens en toge : s'ils restaient dans le vestibule des bains, ils n'étaient
pas cachés ; si au contraire, ils voulaient s’avancer à l'intérieur, ce
n'était guère facile avec des chaussures et des vêtements, et peut-être
n'auraient-ils pas été admis, à moins que cette dame influente, la fameuse
Trois Francs-Six Sous, ne fût devenue moyennant échange, l'intime du patron des
bains. (Cicéron, Pro Caelio, 62).
On laissait ses vêtements dans l’apodyterium, le
« déshabilloir », à la garde d’un esclave appelé capsarius si l’on en avait un, à la garde d’un gamin ou d’une vieille qui
gagnait ainsi une petite pièce :
Lintea ferret Apro vatius cum vernula nuper
Et supra togulam lusca sederet
anus...
Il y a quelque
temps, un petit esclave cagneux portait une serviette pour Aper,
une vieille borgne
s'asseyait sur son espèce de toge... (XII, 70)
Si de nombreux établissements offraient des
installations séparées aux hommes et aux femmes (deux sur quatre à Pompéi), il
est certain que sous les Flaviens et sous Trajan, peut-être même pendant les règnes
précédents, les thermes étaient mixtes : l’Histoire Auguste (Hadrien, 18)
nous apprend qu’Hadrien
Lavacra pro sexibus separavit.
sépara les
sexes dans les thermes.
Cette interdiction s’est perpétuée jusqu’au règne d’Élagabal,
mais a été remise en vigueur à Rome par son successeur Alexandre Sévère (Historia
Augusta, Alexandre Sévère, 22) :
Balnea mixta
Romae exhiberi prohibuit, quod quidem iam ante prohibitum Heliogabalus fieri
permiserat.
Il interdit d’ouvrir au public des
bains mixtes, ce qui avait déjà été interdit auparavant mais qu’Élagabal avait
autorisé.
Plusieurs épigrammes de Martial évoquent cette
mixité.
... Laecania ...
sed nudi tecum iuvenesque senesque lavantur...
...Mais,
Laecania,
c’est tout nus
que des hommes jeunes et des vieillards se baignent avec toi... (7,
35)
Formonsam faciem nigro medicamine celas,
sed non formonso
corpore laedis aquas.
Ipsam crede deam verbis tibi dicere
nostris :
Aut aperi faciem, aut tu tunicata lava.
Tu caches ton
harmonieux visage sous un noir maquillage,
mais de ton
corps peu harmonieux tu fais outrage à l’eau.
Imagine que
c’est la déesse (Vénus) elle-même qui t’adresse mes mots :
« Soit tu
découvres ton visage soit, ma fille, tu te baignes habillée. » (3, 3)
Cum faciem laudo, cum miror crura manusque,
dicere, Galla, soles ‘Nuda placebo magis’,
et semper vitas communia balnea nobis.
Numquid, Galla, times ne tibi non
placeam ?
Si je loue ton
visage, si j’admire tes jambes et tes mains,
tu ne manques pas
de répondre, Galla, « Toute nue je te plairai bien plus »,
et tu évites
toujours d’aller prendre ton bain en ma compagnie.
Serait-ce,
Galla, que tu as peur que je ne te plaise pas ? (3, 51)
Vis futui nec vis mecum, Saufeia, lavari :
nescio quod magnum suspicor esse nefas.
Aut tibi pannosae dependent pectore mammae
aut sulcos uteri prodere nuda times...
Sed nihil est horum, credo, pulcherrima
nuda es.
Si verum est, vitium peius habes : fatua es.
Tu veux que je
te baise, Saufia, et tu ne veux pas aller aux bains avec moi ?
Je soupçonne
je ne sais quelle énorme tare :
soit tes seins
pendent sur ta poitrine comme des chiffons,
soit tu crains
de montrer étant nue les vergetures de ton ventre ...
Mais il n’en
est rien, j’en suis sûr, tu es très belle toute nue :
si j’ai
raison, tu as un défaut bien pire : tu es folle ! (3, 72)
Deux remarques pourtant : d’abord on n’a pas de
relations sexuelles, au moins dans les installations collectives, Martial ou
Juvénal l’auraient dit ! Ensuite, des noms comme Galla ou Saufeia évoquent
plutôt des affranchies que des matrones romaines, c’est-à-dire des femmes de
mœurs assez libres.
Parmi les lieux de rencontre, théâtre, cirque, etc.,
énumérés par Ovide dans son Art d’aimer il n’est fait aucune mention des
thermes.
Pourtant, il écrit dans le troisième livre (Ars amatoria, III, 633, 639 et 640) où il donne des conseils aux jeunes
filles :
Quid faciat custos, ...
cum, custode foris tunicas servante puellae
celent furtivos balnea multa iocos
... ?
Que peut faire
un chaperon...
quand, ce
chaperon resté à l’extérieur pour garder les vêtements de la demoiselle,
les bains
cachent dans leur complexité des ébats furtifs ... ?
foris désigne
l’apodyterium : le « gardien » en question étant une femme. Rien
ne permet d’affirmer que les bains étaient mixtes à l’époque d’Ovide, je pense
même qu’Auguste ne l’aurait pas permis. Il était donc possible aux hommes et
aux femmes de se retrouver dans quelque recoin discret des thermes ? Au vu
des vers précédents où Ovide évoque les mystères de la bonne Déesse :
cum fuget a templis oculos Bona Diva virorum,
praeterquam siquos illa venire iubet...
quand la bonne Déesse chasse de son temple les yeux des
hommes,
hormis ceux qu’elle même invite à venir...
je croirais plutôt à une allusion à des faits divers
qui avaient fait scandale. « L’Art d’aimer » dans son ensemble permet
de supposer que, mixtes ou non, les thermes n’étaient pas un lieu de rencontre.
D’ailleurs il n’est pas du tout question des bains publics dans les Amours,
pas plus que chez Tibulle et Properce.
Dans son livre « Les plaisirs à Rome »,
Jean-Noël Robert exprime un point de vue totalement différent :
Toutes ces opérations
se déroulaient dans une atmosphère de détente et, souvent, de sensualité. Très tôt
les bains devinrent mixtes et il faut attendre l'empereur Hadrien pour que les
bains mixtes soient interdits. La licence était donc grande et Ovide nous dit
que les hommes comme les femmes donnaient des rendez-vous aux bains.
Peu de choses suffisent alors pour
s'engager dans la voie du plaisir. « C'est la douceur du regard qui doit
provoquer l'amour... Regarde celui qui te regarde. A un sourire engageant,
réponds par un sourire engageant. Si l'on te fait un signe de tête, fais de ton
côté un signe d'intelligence. » On imagine sans peine, à lire ces lignes,
quels lieux de plaisir devaient être les bains dont on sait qu'ils furent
mixtes jusqu'au IIe siècle
de l'Empire et où les baigneurs se promenaient nus. Tout cela tendait à
faciliter l'adultère.
On avait beau voir un peu partout autour de soi des
Priapes aux attributs avantageux, des phallus apotropaïques, etc., il apparaît
à la lecture de Martial que la nudité collective offrait de nombreux sujets de
plaisanteries et que l’on ne manquait pas de jeter un coup d’œil à l’anatomie
de ses voisins.
Parfois avec admiration :
Audieris in quo, Flacce, balneo plausum,
Maronis illic esse mentulam scito.
Flaccus,
chaque fois que tu entendras applaudir dans les thermes
sache s’y
trouve le membre de Maron. (IX, 33)
parfois, peut-être, avec quelques
arrière-pensées :
Invitas nullum nisi cum quo, Cotta, lavaris
et dant convivam balnea sola tibi.
Mirabar quare numquam me, Cotta, vocasses :
iam scio me nudum displicuisse tibi.
Tu n’invites personne,
Cotta, sinon ceux avec qui tu te baignes,
et seuls les
bains te fournissent tes invités !
Je me
demandais pourquoi, Cotta, tu ne m’avais jamais convié,
j’ai compris
que je t’avais déplu tout nu. (I, 23)
parfois avec stupeur, comme le rapporte Juvénal (VI,
374-376) :
conspicuus longe cunctisque notabilis intrat
balnea nec dubie custodem vitis et horti
provocat a domina factus spado...
repéré de
loin, il entre dans les thermes remarqué de tous,
il peut défier
sans risque le gardien des vignes et des jardins (Priape)
celui dont sa
maîtresse a fait un eunuque.
D’autres hésitent à exhiber aux yeux de tous
certaines particularités :
Menophili penem tam grandis fibula vestit
ut sit comoedis omnibus una satis.
Hunc ego credideram (nam saepe lavamur in
unum)
sollicitum voci parcere, Flacce, suae.
Dum ludit media populo spectante palaestra,
delapsa est misero fibula: verpus erat.
Une si large
ceinture de chasteté couvre le sexe de Ménophilus
qu’elle serait
suffisante à elle seule pour tous les comédiens réunis.
Pour moi,
Flaccus, je croyais (parce que nous nous baignons souvent ensemble)
qu’il était
soucieux de ménager sa voix.
Voilà qu’il
fait du sport au centre de la palestre sous les yeux de la foule,
la ceinture de
chasteté du malheureux se détache : il était circoncis ! (VII, 82)
Les chanteurs et certains comédiens étaient en effet astreints par leur chef de troupe au port d’une ceinture de chasteté afin de préserver la pureté de leur voix.
Les hommes ne sont pas les seuls à s’intéresser à
leurs voisins, les femmes aussi :
et statim in
corpore eius exstitisse maculam velut picti draconis nec potuisse umquam exigi,
adeo ut mox publicis balineis perpetuo abstinuerit et aussitôt
apparut sur son corps une tache qui ressemblait à l’image d’un serpent et elle
ne put jamais l’effacer, si bien que rapidement elle renonça pour toujours à se
rendre dans les bains publics. (Suétone, Auguste, 94).
Il s’agit d’Atia, la mère de l’empereur Auguste.
On trouve évidemment les mêmes parasites que ceux
qui hantent les latrines le matin pour se faire inviter à dîner, plus
insistants et plus pressants encore : l’heure de la cena approche !
Effugere in thermis et circa balnea non est
Menogenen, omni tu licet arte
velis.
Impossible
d’échapper, aux thermes et dans les alentours des bains publics,
à Ménogénès,
même en y employant tous les moyens.
Captabit tepidum dextra laevaque trigonem,
Inputet acceptas ut tibi saepe
pilas.
Il saisira le
ballon brûlant de sa main droite et de sa main gauche,
il inscrira à
ton score les balles qu’il a rattrapées.
Colliget et referet laxum de pulvere follem,
Et si iam lotus, iam soleatus
erit.
Il ramassera
dans la poussière et t’apportera la balle flasque,
même s'il
s'est déjà baigné, même s'il s'est déjà chaussé.
Lintea si sumes, nive candidiora loquetur,
Sint licet infantis sordidiora
sinu.
Si tu prends
ta serviette, il la dira plus blanche que la neige,
fût-elle plus
sale qu'un bavoir de bébé.
Exiguos secto comentem dente capillos
Dicet Achilleas disposuisse comas.
Si tu passes
un peigne dans tes cheveux clairsemés,
il dira que tu
viens de coiffer la chevelure d’Achille.
Fumosae feret ipse propin de faece lagonae,
Frontis et umorem colliget usque
tuae.
Il portera un
toast à ta santé avec un fond de lie puisé dans une jarre enfumée,
et il essuiera
sans se lasser la sueur de ton front.
Omnia laudabit, mirabitur omnia, donec
Perpessus dicas taedia mille
'Veni!'
Il chantera
tes louanges pour tout, il t’admirera pour tout, jusqu'à ce que,
accablé de ces
mille prévenances fatigantes, tu lui dises : « Viens
dîner ! » (XII, 82)
Il va de soi que les thermes consommaient des
quantités d’eau considérables, ce qui a conduit les Romains à édifier des
aqueducs impressionnants pour satisfaire tous les besoins.
Q. Marcius
Rex, iussus a senatu aquarum Appiae, Anienis, Tepulae ductus reficere, novam a
nomine suo appellatam cuniculis per montes actis intra praeturae suae tempus
adduxit; Agrippa vero in aedilitate adiecta Virgine aqua ceterisque conrivatis
atque emendatis lacus DCC fecit, praeterea salientes D, castella CXXX, complura
et cultu magnifica, operibus iis signa CCC aerea aut marmorea inposuit,
columnas e marmore CCCC, eaque omnia annuo spatio. Adicit ipse aedilitatis suae
conmemoratione et ludos diebus undesexaginta factos et gratuita praebita
balinea CLXX, quae nunc Romae ad infinitum auxere numerum.
Quintus Marcius Rex reçut mission du
sénat de réparer les canaux des aqueducs Appia, Anio et Tepula. Il en
construisit un nouveau, qui fut désigné par son nom, en perçant des tunnels
sous les montagnes, durant le temps de sa préture. Agrippa, pour sa part,
durant son édilité, ajouta l’aqueduc de la Vierge (Aqua Virgo), fit réparer et
nettoyer les canaux des autres aqueducs, construisit 700 réservoirs, sans
parler de 500 fontaines, 130 châteaux d’eau. La plupart de ces édifices étaient
richement décorés : il fit ériger sur ces ouvrages 300 statues de bronze
et de marbre, 400 colonnes de marbre, le tout fut achevé en l’espace d’un an.
Il ajouta lui-même dans le compte-rendu de son édilité que cinquante-neuf jours
de jeux furent organisés et que les 170 thermes de Rome furent ouverts
gratuitement au public (de nos jours leur nombre s’est accru à
l’infini !).
Vicit
antecedentes aquarum ductus novissimum inpendium operis incohati a C. Caesare
et peracti a Claudio, quippe a XXXX lapide ad eam excelsitatem, ut omnes urbis
montes lavarentur, influxere Curtius atque Caeruleus fontes et Anien novus,
erogatis in id opus HS |MMM| D.
Les aqueducs existants ont été
surpassés par le tout dernier investissement dans ces ouvrages : celui qui
a été commencé par Gaius César et achevé par Claude. Partant du 40ème mille
jusqu’à une hauteur telle qu’elle permet d’arroser toutes les collines de la
ville, on a détourné les sources Curtius et Caeruleus et l’Anio Nouveau, le
montant des travaux s’élevant à 350 millions de sesterces.
Quod si quis
diligentius aestumaverit abundantiam aquarum in publico, balineis, piscinis,
euripis, domibus, hortis, suburbanis villis, spatia aquae venientis, exstructos
arcus, montes perfossos, convalles aequatas, fatebitur nil magis mirandum
fuisse in toto orbe terrarum.
Si on évalue avec attention
l’abondance des eaux dans les bâtiments publics, les thermes, les viviers, les
canaux, les maisons privées, les jardins, les résidences secondaires des
faubourgs, la longueur des aqueducs, la construction des arches, le percement
des montagnes, le nivellement des vallées, force est d’avouer que rien de plus
étonnant n’a été réalisé dans le monde entier. (Pline, XXXVI, 121-123).
Rome possédait de nombreux puits et les collines
disposaient de citernes, mais dès la fin du IVe siècle avant J.-C.
était apparue la nécessité d’alimenter la ville par un apport important d’eau
propre. Appius Claudius, le censeur de 312 qui fit tracer la via Appia entre
Rome et Capoue, dota la Ville de son premier aqueduc, appelé « l’Eau
Appienne » (Aqua Appia). Ce canal d’une longueur
de 11 milles romains (16,5 km) amenait l’eau d’une source située à 7 milles de
Rome. L’Eau Appienne fut complétée à partir de 272 par un second aqueduc moins
important, l’Anio, qui captait à quelque distance de Rome l’eau
de l’Anio, un petit affluent du Tibre.
Vers le milieu du 2ème avant J.-C., le
besoin en eau s’était considérablement accru : la population avait
augmenté et les thermes commençaient à se développer. On édifia alors un nouvel
aqueduc, l’Aqua Marcia, du nom de son promoteur,
Quintus Marcius Rex (préteur en 144 et 143, sa préture ayant été
exceptionnellement prorogée d’un an). Il s’agit du premier aqueduc vraiment
moderne qui amenait une eau captée en Sabine et qui franchissait certaines
vallées en siphon pour éviter de longs détours.
Au début de l’empire, Agrippa créa un corps de
fontainiers et modernisa le réseau existant. Il fit réaliser deux aqueducs
nouveaux : l’Aqua Virgo, « l’Eau de la
Vierge », ainsi nommé parce que les sources auraient été indiquées par une
jeune fille, et l’Aqua Julia qui doublait la Marcia. Sous
prétexte d’offrir des bains aux jeunes gens qui avaient besoin de se décrasser
après leur entraînement militaire, Agrippa offrit les premiers thermes
importants aux habitants de Rome, alimentés par l’Aqua Virgo.
Claude enfin dota la ville de deux grands aqueducs,
l’Anio Novus et l’Aqua Claudia, achevés en 52 et alimentés
depuis les monts Albains par les deux sources indiquées par Pline.

Aqua Claudia
On estime que la population de Rome au 1er
siècle après J.-C. disposait ainsi d’environ 1m3 d’eau par jour et
par habitant.
Les autres villes de l’empire sont alimentées de la
même façon.
La colonie d’Arles, par exemple, était alimentée par
deux aqueducs convergents, dont une branche (aqueduc d’Eygalières) mesurait 51
km et l’autre 11 km.
On sait que si les vieux Romains ne se montraient pas trop délicats sur la qualité de l’eau des bains,
Non saccata
aqua lavabatur sed saepe turbida et, cum plueret vehementius, paene lutulenta.
Nec multum eius intererat an sic lavaretur; veniebat enim ut sudorem illic
ablueret, non ut unguentum.
On ne se baignait pas dans de l’eau
filtrée : l’eau était souvent trouble, et un peu boueuse s’il avait plu
trop fort. Scipion ne souciait pas beaucoup de se baigner dans ces
conditions : il allait se baigner pour se laver de sa sueur, pas d’une
friction d’huile parfumée.
Non
suffundebatur aqua nec recens semper velut ex calido fonte currebat, nec
referre credebant in quam perlucida sordes deponerent.
L’eau n’était pas renouvelée par le
bas des bassins et ne coulait pas en permanence propre comme si elle sortait
d’une source chaude. (Sénèque)
les gens du 1er siècle après J.-C. sont
devenus beaucoup plus difficiles :
Siccos pinguis onyx anhelat aestus
et flamma tenui calent ophitae:
ritus si placeant tibi Laconum,
contentus potes arido vapore
cruda Virgine Marciave mergi;
quae tam candida, tam serena lucet
ut nullas ibi suspiceris undas
et credas vacuam nitere lygdon.
L’onyx opaque
exhale des souffles secs
et les marbres
ophites sont chauffés par une flamme légère :
si tu aimes
les traditions des Laconiens,
tu peux te
satisfaire de l’air chaud
et te plonger
dans les eaux naturelles de la Vierge ou de Marcia ;
elles donnent
une lumière si claire et si pure
que l’on
n’imaginerait pas qu’il y a de l’eau dans ces bains
et qu’on
croirait que le marbre de Paros brille à vide. (VI, 42, vers 14 à 21)
Et il est évident que les crasseux et les dégoûtants
provoquaient la mauvaise humeur des autres baigneurs. Martial a plusieurs fois
traité ce thème :
Zoile, quid solium subluto podice perdis ?
Spurcius ut fiat, Zoile, merge caput.
Zoïlus,
pourquoi tu pollues la baignoire en y lavant ton derrière ?
Pour qu’elle
soit plus sale encore, Zoïlus, plonges-y ta tête ! Martial 2, 42
Non vis in solio prius lavari
quemquam, Cotile. Causa quae, nisi haec est,
undis ne fovearis irrumatis ?
Primus te licet abluas : necesse est
ante hic mentula quam caput lavetur.
Tu ne veux pas
que dans la baignoire on se lave
avant toi,
Cotilus. Pour quelle raison ? sinon celle-ci :
ne pas te
baigner dans une eau chaude où d’autres ont éjaculé.
Mais tu peux,
si tu veux, te laver le premier, il faudra bien
ton sexe se
plonge dans le bain avant ta tête ! (II,
70)
Tam male Thais olet quam non fullonis
avari
testa
vetus media sed modo fracta via,
non ab amore recens hircus, non ora leonis,
non detracta cani transtiberina
cutis,
pullus abortivo nec cum putrescit in
ovo,
amphora corrupto nec vitiata garo.
Virus ut hoc alio fallax permutet odore,
deposita quotiens balnea veste
petit,
psilothro viret aut acida latet oblita creta
aut tegitur pingui terque
quaterque faba.
Cum bene se tutam per fraudes mille putavit,
omnia cum fecit, Thaida Thais olet.
Thaïs sent
plus mauvais qu'une vieille jarre de foulon avare
qui vient de
se briser au milieu de la rue ;
qu'un bouc au
sortir de l'amour ; que la gueule d'un lion ;
qu'une peau
arrachée à un chien par un tanneur ;
qu'un poussin
qui a pourri dans un oeuf mal couvé ;
qu'une amphore
gâtée par du garum avarié.
Pour masquer
la force de cette odeur par une autre,
chaque fois
qu'elle ôte ses vêtements pour prendre un bain,
elle force sur
la pommade épilatoire ou bien elle se cache sous un masque de craie délayée au
vinaigre,
ou bien encore
elle se couvre d'une triple ou quadruple couche de crème de fèves.
Mais
lorsqu'elle pense s’être mise à l’abri par mille artifices,
quand elle a
tout essayé, Thaïs sent encore Thaïs. (6, 93)
Les jarres des foulons servaient à recueillir l’urine.
J’imagine, sans preuve, d’après la disposition des
thermes de Pompéi, qu’on pouvait se décrasser ou simplement se rendre
présentable en passant se laver au frigidarium, si on ne l’avait pas fait à la
fontaine du coin, avant d’entrer au tepidarium.
Horace sait faire la part des choses :
Sed neque qui Capua Romam petit, imbre lutoque
aspersus volet in caupona vivere; nec qui
frigus collegit, furnos et balnea laudat
ut fortunatam plene praestantia vitam...
Mais quand on
va de Capoue à Rome, trempé de pluie
et de boue, on
ne souhaite pas finir sa vie à l’auberge, et
quand on a
pris froid, on ne chante pas le fournil et les bains
comme sources
uniques d’une vie heureuse. (Horace, Épitres, I, XI)
Son fermier a beaucoup plus de mal à se passer de
Rome et de ses thermes :
Tu mediastinus tacita prece rura petebas,
nunc urbem et ludos et balnea vilicus optas;
me constare mihi scis et discedere tristem,
quandocumque trahunt invisa negotia Romam.
Toi, quand tu
étais un esclave à tout faire, tu rêvais de la campagne dans tes prères
intimes,
aujourd’hui
c’est la ville, avec ses jeux et ses bains, que tu souhaites en bon
fermier !
tu sais qu’il
m’en coûte et que j’y vais bien à regret
chaque fois
que des affaires dont je me passerais bien me ramènent à Rome. (Horace, Épitres, I, XIV)
Martial, un bon siècle plus tard, n’imagine même
plus pouvoir se passer des bains :
Quo possit fieri modo, Severe,
ut vir pessimus omnium Charinus
unam rem bene fecerit, requiris?
Dicam, sed cito. Quid Nerone peius?
Quid thermis melius Neronianis? ...
Comment se
peut-il que Charinus, le pire individu qui soit,
ait fait pour
une fois quelque chose de bien ? Tu me le demandes, Severus ?
Je vais
répondre, mais vite. Quoi de pire que Néron ?
Quoi de
meilleur que les thermes de Néron ? (7, 34)
On veut des thermes bien éclairés et des bains bien
chauds :
Sed, di
boni, quam iuvat illa balinea intrare obscura et gregali tectorio inducta, quae
scires Catonem tibi aedilem aut Fabium Maximum aut ex Corneliis aliquem manu
sua temperasse! Nam hoc quoque nobilissimi aediles fungebantur officio intrandi
ea loca quae populum receptabant exigendique munditias et utilem ac salubrem
temperaturam, non hanc quae nuper inventa est similis incendio, adeo quidem ut
convictum in aliquo scelere servum vivum lavari oporteat. Nihil mihi videtur
iam interesse, ardeat balineum an caleat. Quantae nunc aliqui rusticitatis
damnant Scipionem quod non in caldarium suum latis specularibus diem admiserat,
quod non in multa luce decoquebatur et expectabat ut in balneo concoqueret!
Mais, grands dieux, quel bonheur
d’entrer dans ces bains sombres et recouverts d’un enduit ordinaire, quand on
sait que pour nous un édile comme Caton ou Fabius Maximus ou l’un des Cornelius
a tout réglé de sa propre main ! Et en effet, les plus nobles édiles
comptaient aussi parmi les devoirs de leur charge de se rendre dans les lieux
où ils recevaient le peuple et d’y fournir les éléments du confort ainsi qu’une
température adaptée et saine, pas celle que l’on a adoptée de nos jours et qui
rappelle un incendie, au point qu’on pourrait baigner tout vif un esclave
condamné pour quelque forfait ! A mon sens, il n’y a plus désormais de
différence entre dire que le bain est brûlant et dire qu’il est chaud. On
reproche actuellement à Scipion son excessive rusticité : il ne faisait
pas entrer le jour dans son caldarium par de larges baies, il ne se faisait pas
mijoter en pleine lumière et il ne s’attendait pas à cuire dans son bain.
Nuntiat octavam Phariae sua turba iuvencae,
Et pilata redit iamque
subitque cohors.
Temperat haec thermas, nimios prior hora
vapores
Halat, et inmodico sexta Nerone calet...
Sa foule de
dévots annonce la huitième heure à la génisse de Pharos (Isis),
et la garde
armée descendante croise la garde montante.
Cette heure
attiédit les thermes : la précédente souffle des vapeurs
trop chaudes, et
la sixième élève à l’excès la température des bains de Néron... (X, 48)
Si temperari balneum cupis fervens,
Faustine, quod vix Iulianus intraret,
roga lavetur rhetorem Sabineium :
Neronianas is refrigerat thermas.
Si tu veux
attiédir un bain trop chaud,
Faustinus, un
bain dans lequel Julianus n’entrerait pas,
demande au
rhéteur Sabineius de s’y baigner :
il refroidit
les thermes de Néron. (III, 25)
Entendons
que la rhétorique de Sabineius manque de chaleur, c’est un pisse-froid !
Centum miselli iam valete quadrantes,
anteambulonis congiarium lassi,
quos dividebat balneator elixus...
Adieu pour
toujours, mes malheureux cent « quadrans »,
gratification
pour des accompagnateurs fatigués
que
distribuait le baigneur sorti du court-bouillon... (III, 7, 1-3)
Néron
avait remplacé la sportule, panier repas pour la journée distribué par un
patron à ses clients, par une somme de 25 as (100 quadrans) ; à l’époque
de Martial, Domitien a rétabli pendant quelques années l’usage du panier repas.
Mais les clients préféraient recevoir de l’argent et essayer de faire inviter à
dîner par leur patron ou quelqu’un d’autre.
Elixus appartient au vocabulaire
de la cuisine ! Il faut croire que la température du caldarium et celle de
l’eau pouvait monter assez haut et que certains baigneurs avaient l’air de
crustacés cuits !
Dat Baiana mihi quadrantes sportula centum :
inter delicias quid facit ista fames ?
Redde Lupi nobis tenebrosaque balnea Grylli :
tam male cum cenem, cur bene, Flacce, laver ?
Ma sportule de
Baïes me rapporte cent quadrans :
au milieu du
luxe, qu’est-ce que je peux faire de cette misère ?
Rends-moi les
sombres bains de Lupus ou de Gryllus :
quand je mange
si mal, pourquoi, Flaccus, me baignerais-je bien ? (1, 59)
Pauper sibi
videtur ac sordidus nisi parietes magnis et pretiosis orbibus refulserunt, nisi
Alexandrina marmora Numidicis crustis distincta sunt, nisi illis undique
operosa et in picturae modum variata circumlitio praetexitur, nisi vitro
absconditur camera, nisi Thasius lapis, quondam rarum in aliquo spectaculum
templo, piscinas nostras circumdedit, in quas multa sudatione corpora exsaniata
demittimus, nisi aquam argentea epitonia fuderunt. Et adhuc plebeias fistulas
loquor.
On se juge pauvre et sans ressources,
si les parois ne sont pas brillantes de vastes cercles de marbre d'un grand
prix; si l'on ne relève pas l'éclat du marbre alexandrin d'incrustations de
marbre numidique ; si les murailles n'ont pas un copieux encadrement de
mosaïque, à la façon d'une peinture; si la voûte n'est pas entièrement
vitrée ; si la pierre de Thasos que jadis on voyait rarement même dans les
temples, n'entoure pas nos piscines, où nous plongeons nos corps exténués par
une abondante transpiration : si l'eau ne coule pas à flots de robinets d'argent.
Et je n’ai parlé jusqu’ici que de la plomberie populaire !
|
In hoc balneo Scipionis minimae sunt
rimae magis quam fenestrae muro lapideo exsectae, ut sine iniuria munimenti
lumen admitterent ; at nunc blattaria vocant balnea, si qua non ita aptata
sunt ut totius diei solem fenestris amplissimis recipiant, nisi et lavantur
simul et colorantur, nisi ex solio agros ac maria prospiciunt. Dans cette salle de bains de Scipion, il y a de petites fentes
taillées dans le mur de pierre plutôt que des fenêtres, pour laisser entrer
la lumière sans affaiblir les fortifications. Mais de nos jours on appelle
« trous à cafards » les bains qui n’ont pas été conçus pour
recevoir le soleil à toute heure de la journée par de très larges fenêtres,
si on ne bronze pas en même temps que l’on se baigne, si de la baignoire on
ne voit pas la campagne et la mer. (Sénèque). |
|
On peut croire Sénèque, mais le désir d’offrir au
peuple des bâtiments et des installations luxueuses ne date pas du règne de
Néron. Il semblerait que le promoteur en soit Agrippa durant son édilité de ~33
lorsqu’il a construit les thermes du Champ de Mars et qu’il faille interpréter
la décoration de ces « villas du peuple » comme un aspect de la
propagande augustéenne avant la lettre.
Agrippa
certe in thermis, quas Romae fecit, figlinum opus encausto pinxit in calidis,
reliqua albario adornavit, non dubie vitreas facturus camaras, si prius
inventum id fuisset.
Certes, Agrippa, dans les thermes
qu’il a construits à Rome, a fait peindre les murs en brique des pièces chaudes
à l’encaustique, il a fait enduire les autres de stuc, et sans aucun doute
aurait fait vitrer les voûtes, si cette technique avait été découverte plus
tôt. (Pline,
XXXVI, 189).
MD opera
fecisse proditur... inter quae destringentem se, quem M. Agrippa ante Thermas
suas dicavit, mire gratum Tiberio principi. Non quivit temperare sibi in eo,
quamquam imperiosus sui inter initia principatus, transtulitque in cubiculum
alio signo substituto, cum quidem tanta pop. R. contumacia fuit, ut theatri
clamoribus reponi apoxyomenon flagitaverit princepsque, quamquam adamatum,
reposuerit.
[Lysippe (sculpteur sur bronze de la fin du 4ème
siècle av. J.-C.)] a laissé, dit-on, 1500 œuvres,
... parmi lesquelles un « Homme au strigile », que Marcus Agrippa
consacra à l’entrée de ses thermes et qui fut apprécié par l’empereur Tibère à
un point étonnant. Il n’arriva pas à modérer son enthousiasme pour cette statue
et, bien qu’il arrivât encore au début de son principat à se dominer, il le fit
transporter dans sa chambre en mettant à sa place une autre statue. Mais le
peuple romain s’entêta à le réclamer, allant jusqu’à demander à grands cris au
théâtre qu’on lui rende son apoxyomenos (pojuñmenow, « celui
qui se frotte pour se dégraisser ») et le prince, bien qu’il en fût tombé
amoureux, le fit remettre en place. (Pline, XXXIV, 62)
Pline n’indique pas la valeur marchande de cette
statue, mais au livre XXXV (§26) où il parle des tableaux, il donne une idée du
prix des œuvres d’art dont Agrippa avait décoré ses thermes :
Post eum [sc. Caesarem dictatorem] M. Agrippa, vir rusticitati propior quam
deliciis [...] verum eadem illa torvitas tabulas duas Aiacis et Veneris mercata
est a Cyzicenis HS |XII|. In thermarum quoque calidissima
parte marmoribus incluserat parvas tabellas, paulo ante, cum reficerentur,
sublatas.
Après César le dictateur, [...] M. Agrippa, un homme
plus proche de la mentalité paysanne que de celle des amateurs de luxe [...]
avec ce même caractère farouche acheta à la cité de Cysique deux tableaux, un
Ajax et une Aphrodite pour 1 200 000 sesterces (300 000 ou 400 000 € ?) ; et dans la
partie la plus chaude de ses thermes, il avait fait enchâsser dans le marbre de
petits tableaux qui en ont été enlevés récemment lors de travaux de rénovation.
Ecce undique
me varius clamor circumsonat : supra ipsum balneum habito. Propone nunc
tibi omnia genera vocum, quae in odium possunt aures adducere ...
Voilà que de tous côtés toute sorte de cris retentissent autour
de moi : j’habite exactement au-dessus des bains ! Imagine toutes les
sortes de voix, celles qui peuvent te faire prendre en haine tes
oreilles !
De
fait, si l’on suit phrase à phrase cette lettre de Sénèque (Lucilius,
56), on entend toutes les activités qui se pratiquaient dans des thermes de
province. Je pense en particulier aux thermes suburbains de Pompéi. Je me
demande bien d’ailleurs ce qu’un multi-millionnaire comme Sénèque pouvait faire
dans une chambre d’hôtel située au premier étage d’un établissement de bains,
alors que tous les notables du coin devaient se battre pour le recevoir chez
eux. Était-il à ce point en disgrâce dans les années 62-65 ? ou
s’agissait-il d’un exercice de philosophie appliquée ? Curieux !

la chambre de Sénèque ?
pièce située à l’étage des thermes suburbains de Pompéi
Souvenir de la palestre grecque, les thermes offrent
à leur clientèle des installations sportives. Il ne faut rien exagérer, les
Romains sont réfractaires au sport, au sens que les Grecs auraient pu donner à
ce mot, au sens que nous lui donnons.
Avant de goûter les plaisirs du bain proprement dit,
les Romains prennent un peu d’exercice, mais rien de vraiment athlétique :
par exemple des exercices de musculation avec des poids ou des haltères, en
faisant évidemment le plus de bruit possible, ce qui permet aux spectateurs de
mesurer l’intensité de l’activité :
cum fortiores exercentur et manus
plumbo graves jactant, cum aut laborant aut laborantem imitantur, gemitus
audio, quotiens retentum spiritum remiserunt, sibilos et acerbissimas
respirationes.
Pendant que les costauds s’exercent et travaillent aux haltères,
tandis qu'ils font tous leurs efforts, ou s'en donnent l'air, j'entends des
gémissements ; chaque fois qu'ils reprennent leur souffle, c'est un
sifflement et une respiration aiguë.
D’autres,
couverts d’huile, s’entraînent à la lutte :
At iuvenes alios fracta colit aure magister...
Mais le maître
de boxe à l'oreille broyée courtise les autres jeunes gens... (VII,
32)
vara nec in lento ceromate bracchia
tendis...
tu ne tends pas
tes bras arqués enduits d'une pommade visqueuse... (VII, 32)
D’autres
s’exercent à l’escrime avec des armes mouchetées contre un pieu de bois :
...non te ... thermis
praeparat aut nudi stipitis ictus hebes...
les coups
d'une épée émoussée contre un poteau sans défense ne te préparent pas au
bain... (VII,
32)
Le plus grand nombre joue au ballon.
Si vero
pilicrepus supervenit et numerare coepit pilas, actum est.
S'il survient par-dessus le marché un joueur de balle qui se met
à compter les coups, tout est fini !
Il existait, comme de nos jours, de nombreuses
variétés de jeux. Pour une étude plus détaillée sur la Toile, voyez le site Roman Ball
Games qui donne des références.
L’harpastum se jouait en équipes avec
un ballon bourré de sable (harpasta) ou une balle de cuir
contenant une vessie gonflée (follis). Il semble que ce genre de
jeux ait provoqué beaucoup de déplacements et soulevé beaucoup de
poussière :
Colliget et referet laxum de pulvere follem,
Et si iam lotus, iam soleatus
erit.
Il ramassera
dans la poussière et t’apportera la balle flasque,
même s'il
s'est déjà baigné, même s'il s'est déjà chaussé. (XII, 82)
non harpasta vagus puluerulenta rapis...
tu ne t'élances
pas non plus de côté et d'autre pour saisir le ballon poussiéreux... (VII, 32)
Avec la paganica, balle remplie de plumes,
on pratiquait une sorte de jeu de paume : les paumes des mains servaient
de raquettes.
Mais le jeu le plus répandu dans les thermes était
indiscutablement le trigon qui ne demandait ni
beaucoup de place, ni beaucoup d’efforts physiques. Trois joueurs placés en
triangle se lançaient, sans se prévenir, une balle (pila) qu’ils devaient rattraper de la main droite ou de la main gauche,
selon des conventions que j’ignore. Et puis, pourvu qu’ils aient appartenu à
une catégorie sociale favorisée, les joueurs maladroits n’avaient guère besoin
de se baisser pour ramasser leur balle : un de leurs esclaves, un gamin ou
un parasite se précipitait pour le faire.
Captabit tepidum dextra laevaque trigonem,
Inputet acceptas ut tibi saepe
pilas.
Au trigon, il
saisira le ballon tiède de sa main droite et de sa main gauche,
il inscrira à
ton score les balles qu’il a rattrapées. (XII, 82)
car, bien sûr, on comptait les points le plus fort
possible ! Je suppose que le perdant, à moins que ce ne soit le gagnant,
payait le mulsum.
Après avoir bien transpiré, il était temps de se
diriger vers le vestiaire, car contrairement aux Grecs, les Romains faisaient
leur « gymnastique » (si j’ose dire) habillés d’une tunique. Les
vêtements de ville se trouvaient déjà dans l’apodyterium, confiés à la garde
d’un esclave. Il a de soi qu’aux heures d’affluence, les places dans ce
vestiaire devaient être chèrement défendues contre les nouveaux arrivants et
que les voleurs tentaient de profiter de l’inattention causée par les querelles
(que leurs complices avaient d’ailleurs peut-être provoquées). Tout cela
n’allait pas bien sûr sans quelques éclats de voix :
Adjice nunc
scordalum et furem deprensum...
Ajoute à cela le querelleur, et le
voleur pris sur le fait...
On n’ose pas imaginer le brouhaha que devaient
répercuter les voûtes des salles tièdes et chaudes, les bruits d’éclaboussures,
etc. Dans ce bruit de fond permanent, certains éprouvaient le besoin de
manifester leur présence :
illum cui
vox sua in balneo placet...
l'homme qui se complaît à entendre sa
voix pendant son bain...
in medio qui
scripta foro recitent, sunt multi quique lavantes:
suave locus voci resonat conclusus...
Ceux qui font
lecture à voix haute au milieu du forum
et ceux,
nombreux, qui le font en se baignant :
un lieu clos
fait agréablement résonner la voix. (Horace, Satires, I, 4, 75).
Si l’on ajoute
adjice nunc
eos qui in piscinam cum ingenti impulsae aquae sono saliunt.
... à tout ceux-là des gens qui sautent dans la piscine au
milieu d'un fracas d'eau éclaboussée.
on aura compris le vacarme que les baigneurs
pouvaient faire dans leurs diverses activités.
Outre les installations de bains proprement dites,
l’établissement peut offrir à sa clientèle salons, restaurants, boutiques,
salles de jeu, etc., sans parler des marchands ambulants :
Jam libarii
varias exclamationes et botularium et crustularium et omnes popinarum
institores mercem sua quadam et insignita modulatione vendentes.
Il y a encore les cris variés du
pâtissier, le marchand de saucisses, le vendeur de petits pâtés et tous les
garçons de taverne qui annoncent leur marchandise avec une mélopée caractéristique.
Pour compléter cette description de Sénèque (Lucilius, 56), je ne résiste pas au plaisir d’ajouter cette épigramme de Martial (I, 41) qui décrit, il est vrai, les rues de Rome, mais que j’imagine sans mal transposée dans les thermes :
...Ambulator
qui pallentia
sulphurata fractis
permutat
vitreis, quod otiosae
vendit qui
madidum cicer coronae,
quod custos
dominusque viperarum,
quod viles
pueri salariorum,
quod fumantia
qui tomacla raucus
circumfert
tepidis cocus popinis,
non optimus
urbicus poeta,
quod de
Gadibus improbus magister,
quod bucca est
vetuli dicax cinaedi.
Le colporteur
qui échange de jaunâtres allumettes soufrées contre du verre brisé ; celui
qui vend à un cercle de badauds des pois chiches bouillis ; l'éleveur et charmeur
de vipères ; les jeunes esclaves minables des marchands de
salaisons ; le cuisinier enroué qui promène à la ronde ses saucisses
fumantes dans des casseroles chaudes ; le poète des rues sans
talent ; le maître à danser impudique venu de Gadès ; le vieux
travelo à la bouche insolente.
On se faisait masser, soit avant, soit après le bain
froid. Le masseur était souvent un enfant ou un eunuque. Après le massage, il
ne restait plus qu’à s’essuyer et à se rhabiller.
Lintea si sumes, nive candidiora loquetur,
Sint licet infantis sordidiora
sinu.
Si tu prends
ta serviette, il la dira plus blanche que la neige,
fût-elle plus
sale qu'un bavoir de bébé. (XII, 82)
Le massage consiste d’abord et surtout à se faire frotter
d’huile parfumée, c’est le service minimum et pour les moins fortunés, le
massage se limite à cette friction :
Cum in aliquem inertem et hac plebeia
unctione contentum incidi, audio crepitum illisae manus umeris ; quae
prout plana pervenit aut concava, ita sonum mutat.
Voilà que je suis tombé sur un paresseux, le genre qui se
contente de la friction à bon marché, j'entends le claquement de la main sur
les épaules, et selon qu'elle frappe à plat ou en creux, elle rend un son
différent. (Sénèque, Lucilius
56).
Les Romains en effet sont très sensibles aux odeurs
corporelles, Horace en témoigne :
sed nimis arta
premunt olidae convivia caprae.
Mais l’odeur
de chèvre issue des aisselles rend pénibles les festins où l’on est trop
serrés. (Épîtres,
I, 5)
facetus
pastillos
Rufillus olet, Gargonius hircum.
Rufillus
l’élégant sent la pastille pour l’haleine, Gargonius sent le bouc. (Satires, I, 2)
... du moins les Romains qui se veulent raffinés.
Les purs et durs aiment, comme les gens de l’ancien temps, les odeurs fortes et
naturelles :
Hoc loco dicet aliquis: 'liquet mihi
inmundissimos fuisse'. Quid putas illos oluisse? militiam, laborem, virum.
Postquam munda balnea inventa sunt, spurciores sunt. Descripturus infamem et
nimiis notabilem deliciis Horatius Flaccus quid ait?
Pastillos Buccillus olet.
Dares nunc Buccillum: proinde esset ac
si hircum oleret, Gargonii loco esset, quem idem Horatius Buccillo opposuit.
Parum est sumere unguentum nisi bis die terque renovatur, ne evanescat in
corpore. Quid quod hoc odore tamquam suo gloriantur?
Sur point, on me dira :
« Pour moi, c’est clair : ils étaient totalement
négligés ! » Que crois-tu qu’ils sentaient ? l’exercice
militaire, le travail physique, l’homme. C’est depuis que les bains soignés ont
été inventés qu’ils sont malpropres. Pour décrire un individu à la mauvaise
réputation et connu pour ses raffinements excessifs, que dit Horatius
Flaccus ?
« Buccillus sent la pastille pour
l’haleine ».
Imagine ce Buccillus à notre
époque : ce serait exactement comme s’il sentait le bouc, il prendrait la
place du Gargonius auquel Horace l’oppose dans le même vers. Il ne suffit pas
de se mettre du parfum si on ne recommence pas deux ou trois fois par jour pour
éviter qu’il ne s’atténue sur la peau. On se montre fier de cette odeur comme
si c’était la sienne propre : que faut-il en penser ? (Sénèque).
Ce qu’il faut en penser ? On connaît sur ce
point l’opinion de l’empereur Vespasien :
adulescentulum
fragrantem unguento, cum sibi pro impetrata praefectura gratias ageret, nutu
aspernatus voce etiam gravissima increpuit : "Maluissem allium
oboluisses" litterasque revocavit.
Un tout jeune homme qui empestait le
parfum était venu le remercier de lui avoir attribué une fonction de préfet.
Vespasien fit un signe de désapprobation et d’une très grosse voix le
réprimanda en ces termes : « J’aurais préféré que tu sentes
l’ail ! » et il annula sa nomination. (Suétone, Vespasien, 8).
Pauvre garçon qui avait voulu se faire tout beau
pour être reçu par son empereur !
Après les frictions, l’onction d’huile parfumée
suivie d’un essuyage avec des étoffes douces et notre baigneur, luisant comme
un sesterce neuf, pouvait retourner à l’apodyterium remettre sa toge et aller
dîner.
Me pinguem et nitidum bene curata cute vises,
cum ridere voles, Epicuri de grege porcum.
Tu me
trouveras gras et luisant, la peau bien soignée,
tu auras envie
de te moquer moi, vrai pourceau issu du troupeau d’Épicure. (Horace, Épîtres, I, 4).
Si Vespasien préférait une haleine qui sentait l’ail
à une toge parfumée, je suis sûr qu’il pensait aussi que le poil, c’est
l’homme. Mais les élégants depuis l’époque d’Auguste au moins tenaient à éviter
toute ressemblance visuelle et olfactive avec le bouc, père du troupeau, selon
le mot d’Ovide (Ars amatoria, I, 518 ...) :
Sit coma, sit trita barba resecta manu.
Et nihil emineant, et sint sine sordibus ungues:
Inque cava nullus stet tibi nare pilus.
Nec male odorati sit tristis anhelitus oris:
Nec laedat naris virque paterque gregis.
Que la
chevelure, que la barbe soient coupées par une main habile,
que les ongles
soient taillés ras et sans trace de crasse,
qu’aucun poil
ne dépasse du creux de la narine.
Pas de souffle
désagréable sortant d’une bouche malodorante,
qu’une odeur
de mâle et de père de troupeau ne blesse pas les narines.
On se fait donc épiler...
Quelle que soit la méthode, nous allons en voir
quelques-unes, on peut l’imaginer douloureuse :
Alipilum
cogita tenuem et stridulam vocem, quo sit notabilior, subinde exprimentem, nec
umquam tacentem, nisi dum vellit alas et alium pro se clamare cogit.
Imagine maintenant la voix aiguë et aigre des épileurs, ceci afin qu’on la reconnaisse mieux, qui poussent tout d'un coup des cris, sans jamais se taire, sinon lorsqu'ils épilent des aisselles et alors font crier les autres à leur place. (Sénèque)
Auguste déjà s’épilait, non sans scandale (Suétone,
Auguste, 68) :
Prima iuventa variorum dedecorum infamiam subiit. Sextus Pompeius ut effeminatum insectatus est... solitusque sit
crura suburere nuce ardenti, quo mollior pilus surgeret.
Il encourrut dans sa toute jeunesse
l’infamie de différents vices. Sextus Pompée l’accusa d’être efféminé... [Marc
Antoine] d’avoir l’habitude de se brûler superficiellement les jambes avec une
coquille de noix incandescente pour que les poils repoussent plus doux.
De fait, les élégants à l’époque de Juvénal ne
s’affichaient pas avec des jambes trop poilues : ce laissez-aller
trahissait un état dépressif (IX, 12-15).
omnia nunc contra, vultus gravis, horrida siccae
silva comae, nullus tota nitor in cute, qualem
Bruttia praestabat calidi tibi fascia visci,
sed fruticante pilo neglecta et squalida crura.
C’est tout le
contraire maintenant : visage grave, forêt hérissée
de cheveux
secs, aucun éclat sur toute ta peau, celui que
te donnaient
les bandes à épiler du Bruttium à la colle de gui chaude,
mais des
jambes négligées et rugueuses au poil luxuriant.
Il n’en reste pas moins sûr qu’un Romain, un vrai,
ne saurait approuver de telles pratiques, même si elles sont banales. Juvénal
(encore lui !) est le premier à s’en faire l’écho (VIII, 115-117) :
forsitan inbellis Rhodios unctamque Corinthon
despicias merito: quid resinata iuventus
cruraque totius facient tibi levia gentis?
Peut-être
méprises-tu à juste raison les Rhodiens mal aguerris et
Corinthe la
parfumée : que t’importent une jeunesse épilée à la résine
et les jambes
bien lisses de tout un peuple ?
Martial, lui, a mis en vers les médisances que les
mâles, les vrais, pouvaient échanger entre eux dans l’atmosphère chaude et
humide du caldarium en lorgnant en biais certains voisins :
Quod pectus, quod crura tibi, quod bracchia vellis,
quod cincta est brevibus mentula
tonsa pilis,
hoc praestas, Labiene, tuae – quis nescit ? –
amicae.
Cui praestas, culum quod, Labiene,
pilas ?
Si tu te fais
épiler le torse, les jambes, les bras,
si ton membre
rasé n’est entouré que de poils follets,
c’est pour faire
plaisir, tout le monde le sait, Labiénus,à ta maîtresse.
A qui fais-tu
plaisir, Labiénus, quand tu te fais épiler le cul ? (II, 62).
... ou certaines femmes :
Quid vellis vetulum, Ligeia, cunnum? ...
Tales munditiae decent puellas...
Pourquoi
épiles-tu, Ligeia, ta chatte vieillissante ? ...
c’est aux
jeunes filles que convient ce genre d’élégances... (X, 90)
Casser la croûte ou passer la soirée
Ne Iudaeus
quidem, mi Tiberi, tam diligenter sabbatis ieiunium servat quam ego hodie
servavi, qui in balineo demum post horam primam noctis duas buccas manducavi
prius quam ungui inciperem.
Même un Juif, mon cher Tibère,
n’observe pas aussi attentivement le jeûne du sabbat que je l’ai observé
aujourd’hui : ce n’est qu’au bain, à la première heure de la nuit, que
j’ai croqué deux bouchées juste avant de me faire masser. (Suétone, Auguste, 76).
Mais il s’agit sans doute des thermes privés
d’Auguste. Les thermes publics, on l’a vu plus haut, offrent toutes les
possibilités de restauration, du casse-croûte acheté au marchand
ambulant :
Jam libarii
varias exclamationes et botularium et crustularium et omnes popinarum
institores mercem sua quadam et insignita modulatione vendentes. Il y a encore les
cris variés du pâtissier, le marchand de saucisses, le vendeur de petits pâtés
et tous les garçons de taverne qui annoncent leur marchandise avec une mélopée
caractéristique.
(Sénèque, Lucilius, 56).
au repas léger pris dans l’une des plus ou moins nombreuses
buvettes de l’établissement :
In thermis sumit lactucas, ova,
lacertum,
Et cenare domi se negat Aemilius.
Aux thermes,
on voit Aemilius prendre de la laitue, des œufs, du poisson !
Et il prétend qu’il
ne dîne pas chez lui. (il nous fait croire qu’il est invité à dîner tous les
soirs) Martial,
XII, 19.
Tout autour des thermes prospèrent bistrots,
gargotes, restaurants de toute sorte et de tout standing :
Infusum sibi nuper a patrono
plenum, Maxime, centiens Syriscus
in sellariolis vagus popinis
circa balnea quattuor pergit.
O quanta est gula, centiens comesse !
Quanto maior adhuc, nec accubare !
Il n’y a pas
longtemps, son patron lui avait versé sur la tête,
tout rond,
Maximus, dix millions de sesterces ! et Syriscus
de ci de là au
comptoir des bistrots
qui entourent
les quatre thermes les a dépensés !
Sacré gosier,
pour manger dix millions,
sacré fichu
gosier, sans même passer à table ! (V, 70)
D’autres établissements proposent des salles plus luxueuses
où le client peut « passer à table », c’est-à-dire dîner allongé
comme un bourgeois. Il va de soi que le client pouvait satisfaire tous ses
appétits :

CIL, 4,
10675
On était ici deux bons copains et
comme on a eu longtemps un mauvais serveur à tous points de vue, le nommé
Épaphrodite, on a fini non sans mal à le jeter dehors. On a dépensé avec très
grand plaisir après avoir baisé 105,5 sesterces.

CIL, 4,
10676
Apelles le valet
de chambre avec Dexter, esclave impérial, ont dîné ici très agréablement et ont
baisé en même temps.
Inscription du milieu du 1er siècle av.
J.-C. dans les thermes « de Stabies » à Pompéi :
|
C VVLIVS C F P ANINIVS C F II V I D LACONICVM ET DESTRICTARIVM FACIVND ET PORTICVS ET PALAESTR REFICIVNDA LOCARVNT EX D D EX EA PEQVNIA QVOD EOS E LEGE IN LVDOS AVT IN
MONVMENTO CONSVMERE OPORTVIT
FACIVN COERARVNT EIDEM
PROBARV |
C. Vulius G(aii) f(ilius) P. Aninius G(aii) f(ilius)
duumviri j(ure) d(icundo)
laconicum et
destrictarium
faciund(a) et
porticus et palaestr(am)
reficiunda
locarunt ex d(ecreto) d(ecurionum) ex
ea pequnia
quod eos e lege
in ludos aut in monumento
consumere oportuit faciun(da)
coerarunt eidem probaru(nt).
Gaius Vulius fils de Gaius et Publius
Aninius fils de Gaius, duumvirs à pouvoir judiciaire, ont mis en adjudication
la construction de l’étuve et du vestiaire, ainsi que la réfection des
portiques et de la palestre, en application d’un arrêté des décurions et avec
les sommes que la loi leur impose de dépenser pour des jeux ou dans un bâtiment
public. Les mêmes duumvirs ont supervisé les travaux et les ont réceptionnés.
L’édifice tel que nous pouvons le visiter
aujourd’hui date du IIe siècle avant J.-C. avec un certain nombre de
transformations destinées à adapter une palestre samnite aux conceptions d’une
population romanisée. En fait, la palestre samnite elle-même doit dériver
d’installations sportives plus anciennes.
lavatum in Stabianas thermas
eamus !


J’ai indiqué en chiffres rouges les lieux clairement
identifiés,
en noir des hypothèses personnelles,
en violet les parties des thermes réservées aux
femmes.
Les thermes disposent de plusieurs entrées de
service (1).
On remarque que la chaufferie 17 n’a pas d’accès particulier pour les livraisons, ce
qui laisse supposer que celles-ci s’effectuaient en dehors des heures
d’ouverture au public.
L’accès principal se trouve en 1.
Il faut payer l’entrée, un quadrans.
L’épigramme de Martial que j’ai déjà citée dans le
paragraphe consacré aux horaires d’ouverture donne à penser que les bains
fermaient avant la palestre :
Redde pilam: sonat aes thermarum. Ludere pergis?
Virgine vis sola lotus abire
domum.
Rapporte ta balle : le bronze des
thermes résonne. Tu continues à jouer ?
Tu veux rentrer chez toi après t’être
baigné simplement dans la piscine extérieure ? (XIV, 143).
Peut-on dès lors imaginer que le quadrans était dû
pour entrer dans les bains et que l’accès à la palestre était gratuit ?
Si tel était le cas, comme je le crois, la caisse
pouvait se trouver en 3 dans le vestibulum, sinon, la caisse se trouvait en 1 (fauces). Les femmes doivent longer le
portique 11 pour atteindre la partie des bains qui leur est réservée :
portique et palestre étaient donc mixtes.
En 2 et 2 il faut
peut-être voir une courette et une petite pièce de service où il était possible
d’emprunter ou de louer serviette (lintea) et strigile (strigilis) rangés en 2.
Accompagné de son petit esclave, on peut se rendre
tout de suite dans l’apodyterium 4
pour se débarrasser de sa toge ou de son manteau (amictus, « le vêtement de dessus ») avant de retourner dans la
palestre vêtu simplement de sa tunique.
On peut aussi aller directement dans la palestre (palaestra) 10 ou faire le tour des portiques (porticus) 11 pour voir qui est là, échanger avec
les uns et les autres quelques plaisanteries, se mêler aux groupes de
spectateurs qui commentent les exploits et plus souvent la tenue des joueurs de
balle :
Nos interim
vestiti errare coepimus, immo iocari magis et circulis accedere, cum subito
videmus senem calvum, tunica vestitum russea, inter pueros capillatos ludentem
pila.
Pendant ce temps nous commençâmes à nous
promener tout habillés ; ou plutôt nous plaisantions et nous nous mêlions
aux groupes des joueurs, lorsque, soudain, nous voyons un vieillard chauve,
vêtu d'une tunique rouille, en train de jouer à la balle au milieu d'esclaves
chevelus.
Tout le monde a reconnu Trimalchion, un riche
affranchi qui tient à se singulariser, et cette fois nos badauds ont de quoi
s’extasier :
Trimalchio digitos concrepuit, ad quod signum matellam
spado ludenti subiecit. Exonerata ille vesica aquam poposcit ad manus,
digitosque paululum adspersos in capite pueri tersit.
Trimalchion
claqua des doigts. A ce signal, un eunuque lui tendit le pot sans qu'il
s'arrêtât de jouer. Sa vessie une fois soulagée, il demanda de l'eau pour les
mains et, après s'être rincé le bout des doigts, il les essuya aux cheveux d'un
esclave.
Quel chic ! Les autres doivent aller se
soulager aux latrines 8.
Il est temps de se diriger vers les bains. Si on a
emprunté un ballon, on va le rendre en 14.
Par le vestibule 3,
on retourne dans l’apodyterium 4 où l’on finit de
se déshabiller. Un esclave fait grise mine : il s’est laissé attirer à
l’autre bout de la pièce et s’aperçoit en revenant à sa place qu’on a volé les
vêtements dont il avait la garde. Pendant qu’il essaie de se justifier en
pensant au châtiment qui l’attend :
nec magnum
esse peccatum suum, propter quod periclitaretur ; subducta enim sibi
vestimenta dispensatoris in balneo, quae vix fuissent decem sestertiorum.
« Ce n'était pas, disait-il, une
faute grave, qui le mettait en danger ; on lui avait dérobé au bain les
vêtements du trésorier, et ils ne valaient pas dix sesterces. »
son maître revient du tepidarium et prend à témoins
les badauds :
« Non tam iactura me movet, inquit, quam neglegentia nequissimi
servi. Vestimenta mea cubitoria perdidit, quae mihi natali meo cliens quidam
donaverat, Tyria sine dubio sed iam semel lota. Quid ergo est ? »
« Ce n'est pas tant la perte qui me
touche que la négligence d'un esclave bon à rien. Il a perdu des vêtements de
table, qu'un client, m’avait donnés pour mon anniversaire, c'était de la
pourpre de Tyr, sans doute, mais déjà lavée une fois. Alors, tant
pis ! »
L’incident perd de son intérêt, et l’on passe dans
le tepidarium 5 où le corps
s’habitue peu à peu à la chaleur : le sol repose sur des suspensurae pour permettre la circulation de l’air chaud produit par la chaufferie
17. Les thermes sont alimentés en eau par un
réservoir 18 que l’on remplit grâce à un puits
et par le château d’eau 19 qui domine le
carrefour des Holconius.
Apèrs un bain tiède, on peut passer dans la chaleur
étouffante du caldarium 6.
La transpiration se fait abondante et on se frotte
la peau avec le strigile entre deux immersions dans l’eau brûlante de la
baignoire a et deux aspersions d’eau fraîche
puisée avec les mains dans le labrum b.
Il est temps de se diriger vers le bain froid du frigidarium 7 en repassant par la salle tiède et le vestiaire, ce
qui évite une transition trop brutale. Ce frigidarium était lors de réfection de
Vulius et Aninius à l’époque d’Auguste une étuve sèche, un laconicum, mais les thermes ont été refaits à la mode de Rome.
Itaque
intravimus balneum, et sudore calfacti momento temporis ad frigidam eximus.
Bref, nous pénétrâmes dans le bain et,
après nous être réchauffés dans l'étuve, nous passâmes au bout d'un moment à l'eau
froide.
D’ailleurs, autrefois on se décrassait en 12 dans un bassin qui communiquait avec la piscine 13. On y va encore quand le frigidarium est trop encombré ou simplement quand on veut éviter de payer l’accès
aux bains chauds.
Les masseurs ne manquent pas : certains
exercent directement sous les portiques et racolent le client en le priant de
s’étendre sur leur divan recouvert d’un linge crasseux, d’autres ont un statut
plus officiel et disposent de locaux 9 qu’ils louent au gérant des thermes.
Parmi eux, les iatraliptae, les vrais masseurs
capables de détendre vraiment les muscles contractés. Bien sûr, leurs services
ne sont pas à la portée du premier venu et ils ont tendance à faire étalage de
leur standing.
Iam
Trimalchio unguento perfusus tergebatur, non linteis, sed palliis ex lana
mollissima factis. Tres interim iatraliptae in conspectu eius Falernum
potabant, et cum plurimum rixantes effunderent, Trimalchio hoc suum propinasse
dicebat.
Déjà Trimalchion enduit de parfum se faisait
essuyer, non avec de la toile, mais avec des serviettes de laine très souple.
Cependant, trois masseurs médicaux, sous ses yeux, buvaient du Falerne et,
comme, en se disputant, ils en répandaient une grande quantité, Trimalchion
disait qu'ils buvaient à sa santé et à ses frais.
L’heure de la cena approche.
Quand on manque d’argent, on n’a plus qu’à rentrer
chez soi après avoir grignoté une saucisse ou un pâté en croûte acheté à un
marchand ambulant ou au thermopolium 15
au coin de la rue de l’Abondance.
Peut-être a-t-on réussi à se faire inviter ?
Dans ce cas, on se rend chez son hôte, tout frais tout propre, en prenant soin
de ne pas se crotter sur le trajet.
Sinon, il suffit de tourner dans la rue de Stabies
pour trouver en 16 une caupona accueillante.

Désolé : la suite n’est toujours pas prête.
© Alain Canu
16 décembre 2005