Noctes Gallicanae

 

POMPEIANIS VBIQVE SALVTEM

CIL IV, 9143, Reg 3 ins 04

Salut aux Pompéiens, où qu'ils soient.

 

Graffitis de Pompéi

 

admiror o paries te non cecidisse ruinis

qui tot scriptorum taedia sustineas

CIL 4, 1904, 2461 et 2487

Mur, je suis surpris que tu ne te sois pas effondré

sous le poids des bêtises de tous ceux qui ont écrit sur toi.

 

 

Pompéi a été divisé par les archéologues en 9 « arrondissements » ou « régions » (en latin regio), chaque arrondissement se divise en îlots (insula) délimités par quatre rues, chaque maison de l’îlot est numérotée ; ainsi la maison des Vettii se trouve dan le VIe arrondissement, îlot 15, numéro 1, ce qui se note en abrégé VI, 15, 1, ou Reg. VI, ins. 15, aed. 1.

 

L’abréviation CIL IV (ou CIL 4, il faut que je mette de l’ordre !) renvoie au volume 4 du Corpus Inscriptionum Latinarum, recueil de toutes les inscriptions latines antiques, initié au 19ème siècle par des érudits allemands et régulièrement mis à jour. Quelques milliers de pages… Les volumes du Corpus et les inscriptions dans chaque volume sont organisés selon la localisation géographique des inscriptions : le volume IV est consacré à Pompéi et Herculanum, le volume VI à la ville de Rome, le volume XII à la Gaule Narbonnaise, etc. Le volume IV contient environ 12000 inscriptions classées rue par rue, maison par maison, pièce par pièce.

 

Il est d’usage lorsqu’on recopie une inscription antique de signaler les passages à la ligne par un trait vertical ; je devrais écrire

M MariVm | aed faci | oro vos

mais je trouve plus esthétique de respecter dans ma typographie les passages à la ligne.

M MariVm

aed faci

oro vos

L’abréviation Anth. Palat. renvoie à l’Anthologie Palatine, ou Anthologie Grecque. C’est un recueil de 4500 courts poèmes appelés épigrammes, composé vers l’an 1000 et que nous a transmis un manuscrit dit « Palatinus ». Le recueil rassemble les œuvres de plus de 300 poètes, depuis Tyrtée (et peut-être même Homère) qui vivait au VIIe s. av. J.-C. jusqu’aux contemporains de Justinien (VIe s. ap. J.-C.). Le livre I contient les épigrammes chrétiennes, le livre V les épigrammes érotiques, le livre VI les épigrammes dites « votives », le livre VII les épitaphes, le livre IX les épigrammes « démonstratives » (par ex. inscriptions sur la base de statues), le livre X les épigrammes morales, le livre XI les épigrammes satiriques, le livre XIV les problèmes et devinettes.

L’abréviation AE suivie d’un millésime renvoie à la revue l’Année épigraphique.

J’ai utilisé la police Garamond Latin pour écrire le latin et la police Athenian pour le grec, et des caractères de couleur marron pour les deux langues anciennes, sauf les inscriptions peintes de Pompéi que je note en rouge, les graffitis en rouge foncé et les inscriptions magiques sur tablettes de plomb en gris.

Les citations et les textes d’auteurs français apparaissent en caractères bleu foncé, mes propres traductions en vert olive.

Comme je trouve l’italique désagréable à lire sur l’écran, j’ai préféré souligner les titres d’ouvrages.

 

J’ai considéré que le mot « graffiti » était singulier et appelait un pluriel « graffitis ». « Graffite » me semble bizarre ; quant à dire « un graffito, des graffiti », pourquoi pas « je viens de faire tomber un spaghetto sur ma chemise propre ! » ?

 

Sauf mention contraire, toutes les inscriptions de cette page proviennent du tome IV du Corpus Inscriptionum Latinarum.

 


Pourquoi écrire sur les murs?

 

Pour laisser un souvenir de son passage

Pour chanter ses amours

Pour proclamer ses amitiés

Pour exhaler ses haines

Pour tenir ses comptes

Pour se confier

Pour exposer sa philosophie de la vie

Pour étaler sa culture

Poètes inconnus

Graffitis de la basilique

 


Pour laisser un souvenir de son passage...

Une rue de Pompéi

Malheureusement, il est très rare que la date soit mentionnée dans le graffitti. Dans la maison degli Scienzali, un certain Vicinius tient à laisser le souvenir de son départ en 59, l'année de la rixe à l'amphithéâtre :

 

M Vinicius Vitalis exit pr(idie) Non Iulias Afreno et Africano cos

1544, Reg 6 ins 14 n 13

Marcus Vicinius s'en va la veille des nones de juillet sous le consulat d'Afrenus et d'Africanus

(6 juillet 59 ap. J.-C.).

 

... seul...

Satyr hic

fuit

Ionice va

2049, Strada dell'Abbondanza

Satyr était ici. Salut, Ionicus.

 

Fuit

M Clodius hic

Primio

2147, Reg 7 ins 12 n 15

Marcus Clodius Primio était ici.

 

Cipius Pier hic

3921, Reg 1 ins 02

Cipius Pierus était ici.

ou peut-être Cipius Pierus habite ici.

 

III Non Septe Satura hic

8304 , Reg 1 ins 10

Satura était par ici le 3 des nones de septembre (3 septembre).

Merci à M. Lundberg de m’avoir amicalement signalé que j’avais écrit à tort « 11septembre » !

 

Symphorus hic IV Non Apr

10054 , Reg 2 ins 02

Symphorus était ici le 4 des nones d'avril (2 avril).

 

 

... avec de la famille ou des amis...

P Comicius Restitutus cum fratre hic stetit

1321, Vico della Fullonica

Publius Cornicius Restitutus s'est trouvé ici avec son frère.

 

Arruntius

hic fuit

cum Tiburtino

8480, Reg 2 ins 02 n 03, in caupona

Arruntius a passé un moment ici avec Tiburtinus. (dans un bistrot)

 

Pacatus / hic cum suis / mansit Pompeis

8660 , Reg 2 Campus Col LXI

Pacatus a séjourné ici avec son équipe, à Pompéi.

 

... ou en galante compagnie

à moins que le graffiti ne soit l'œuvre d'un voisin aux intentions plus ou moins bienveillantes.

Antiochus

hic mansit

cum sua

Cithera

8792 , Reg 2 Campus Col LXI

Antiochus a passé un moment ici avec sa Cithera chérie.

Gravé sur une colonne de la palestre, l'un des lieux de rendez-vous des amoureux de Pompéi.

Cythera, "[la déesse] de Cythère", Kuy®ra, désigne très fréquemment Vénus dans la poésie amoureuse grecque.

 

Daphnicus cum Felicla sua hic

4066, Reg 5 ins 01 n 18, in vestibulo

Daphnicus (a passé un moment) ici avec sa Felicula chérie.

(dans le vestibule d'une maison)

 

Staphilus hic cum Quieta

4087, Reg 5 ins 01 n 23, in L. Caecili Iucundi aedibus

Staphilus était ici avec Quieta.

(dans la maison du banquier Lucius Caecilius Jucundus)

sommaire


Pour chanter ses amours

nemo est bellus nisi qui amavit

CIL 4, 1797, in basilica

On n’est pas un type bien si on n’a pas aimé.

 

Caesius Fidelis amat Meco[nen] Nucerin(am)

CIL 4, 1812, in basilica

Caesius Fidelis aime Méconé de Nuceria.

mais MhkÅnh est un nom de lieu…

 

Marcus Spendusam amat

7086, Reg 5 ins 07

Marcus est l’amant de Spendusa.

 

Heureusement pour Marcus, la Spendusa de l'inscription précédente n'est sans doute pas la même que celle de l'inscription suivante:

Spendusa Sperato plu

4639, Reg 6 ins 15 n 7

Plein de bonjours de Spendusa à Speratus.

 

Seiano amantissimo

5032, Reg 9 ins 01 n 27, in taberna

À Séjan, mon amoureux si amoureux.

Rigulus amat Idaia

3131

Régulus aime Idéa.

Idéa (en grec ² ƒIdaÛa), épithète de la déesse Cybèle, désigne ici une esclave ou une affranchie.

 

Secundus

Prime suae ubi

que isse salute

rogo domina

 ut me ames

8364, Reg 1 ins 10 n 07

Secundus à sa chère Prima: le bonjour où que soit la dame de mon coeur; je te supplie, ma Dame, de m'aimer.

Nombreuses sont les inscriptions où reviennent ces deux noms. Il est possible qu'il s'agisse en fait d'un couple marié, L. Ceius Secundus et Fabia Prima dont la maison se trouvait dans l'îlot voisin. Mais je crois peu probable que l'inscription soit due à Secundus ou à Prima: elle doit bien plutôt être de la main d'un esclave ou d'un voisin, peut-être amusé par un couple amoureux. Hypothèse bien sûr gratuite!

isse: plutôt que de lire ipse au nominatif masculin qui n'offre ici qu'un sens peu intéressant (Primus ... donne en personne le bonjour à ...) il faut lire ips(a)e, datif féminin populaire, (illae, istae sont attestés chez Plaute) apporte le sens de "maîtresse d'un esclave ou d'un animal", sens confirmé par le domina suivant. Notons le jeu de mots sur prima et secundus.

 

La déclaration d'amour peut se confondre avec une délation, selon la façon dont on interprète le verbe latin amare qui signifie tantôt "être amoureux de", tantôt "fait l'amour à"; selon les personnes et selon l'endroit où l'inscription a été gravée : celle-ci se trouve en face de la maison de Marcus Pupius Rufus qui a occupé de hautes fonctions municipales et Cornelia Helena désigne une femme libre et donc évidemment mariée :

Cornelia Hele

amatur ab Rufo

4637, Reg 6 ins 15 n06

Cornelia Helena est la maîtresse de Rufus.

 

... ses bonnes fortunes...

hic futui

XIX K Sep XIII K Sep

4260 , Reg 5 ins 02

J'ai baisé ici le 19 et le 13 des calendes de septembre (14 et 20 août).

 

Floronius

benef ac miles

leg VII hic

fuit neque

mulieres

scierunt nisi

paucae et

seserunt

8767 , Reg 2 Campus Col LXI

Floronius, soldat de première classe et appartenant à la 7ème légion a séjourné ici. Et les femmes ne l'ont pas su, sinon quelques-unes et elles se sont données.

Graffiti difficile à déchiffrer: au lieu de benef(icarius), "soldat exempté de corvées", il est possible de lire binetas "le baiseur", binetas étant un calque grec (non attesté par ailleurs) du mot fututor formé sur le verbe bin¡v. De même, le dernier mot seserunt peut se lire sex erunt, "ça en fera six" ou se de(de)runt, comme je l’ai fait.

Pompéi, villa des Mystères

... ou parfois ses échecs

Mussius hic nihil futuit

5187 , Reg 9 ins 06 n 08

Mussius n'a rien baisé ici.

 

sommaire


Pour proclamer ses amitiés

hic fuimus cari duo nos sine fine sodales

nomina si [quaeris Caius et Aulus erant]

8162, Reg 1 ins 07

Nous sommes passés ici, nous des copains à la vie à la mort ; et si [tu veux savoir] nos noms, [c'est Gaius et Aulus].

Les derniers mots sont une conjecture qui complète le vers.

 

Pyrrhus Chio conlegae salutem moleste fero quod audivi te mortuom itaque vale

1852, Reg 8 ins 01, in basilica

Pyrrhus salue son confrère Chius. J'ai de la peine d'avoir appris que tu étais mort. Alors adieu.

(dans la basilique)

 

Clodius Primog

Vibio Recepto sodali sal

1105, reg 2 ins 06, in amphitheatro

Le bonjour de Clodius Primogenius à son copain Vibius Receptus.

 

sodales avete

2071, Reg 8 ins 04

Salut les copains !

 

Serenae sodales sal

3928, Reg 1 ins 02 ad d n 20, in muro aedium

Le bonjour des copains à Serena.

(sur le mur extérieur de la maison)

 

Festus hic futuit [...] cum sodalibus

3935, Reg 1 ins 02

Festus et ses copains : ici on a baisé ...

 

Cresces Spatalo sal

4742

Crescens dit bonjour à Spatalus.

 


Pour exhaler ses haines

 

Agato Herrenni ser(v)us rogat Venere(m)

[alia manu] ut periat rogo

CIL 4, 1839, in basilica

Agathon, l’esclave d’Herennius, prie Vénus ...

(d’une autre main) je prie qu’il crève !

 

nugae nugae

8834, Reg 2 ins 07

Des bêtises, des bêtises.

or te aegrotes

2960

Je prie pour que tu crèves !

egrota

egrota

aegrota

4507, Reg 6 ins 14 n 20

Crève, crève, crève.

Le verbe aegrotare signifie exactement " tomber malade ".

 

cadaver mortus

3129

Pourriture, charogne !

 

tu mortus es

tu nugas es

5279, Reg 9 ins 08 n 03

Tu es une charogne, tu es un rien du tout.

 

Sporus om

o mortus

7355, Reg 1 ins 10 n 04

Sporus tu es une charogne.

(Sporus peut se lire comme un vocatif ou comme un nominatif "Sporus est une charogne")

 

in cruce figarus

2082, Reg 9 ins 04, in Stabianis thermis

Va te faire crucifier !

figarus doit se lire figaris.

Dans les thermes de Stabies.

 

Samius Cornelio suspendere

1864, Reg 8 ins 01, in basilica

Samius à Cornélius : va te faire pendre.

 


Pour tenir ses comptes

XIII K IVLIAS

Édifice d’Eumachia (couleurs réelles)

Dans les boutiques, les tavernes et les maisons particulières, on lit en abondance des listes de nombres, souvent sans explication.

 

Dans les tavernes, il pourrait bien s'agir du compte des points à différents jeux ou des "ardoises" de certains clients.

FABRO N X

CASTVS N VI

LETVS N XV

FABA D

VEIA N X

VASA N

...

04256, Reg 5 ins 02

Fabro, 10 sesterces ; Castus, 6 sesterces ; Laetus, 15 sesterces ; Dolas, 5 sesterces ; Faba, ... ; Veia, 10 sesterces ; Vasa, ... sesterces.

 

Vitalini a IIII

04277, Reg 5 ins 04 n 11

À Vitalion, 4 as.

 

XV K Augustas X V

1585, Reg 7 ins 04 n 25, in taberna

Le 15 des calendes d'août (18 juillet), 5 deniers.

(dans une boutique)

 

pri K Augusta

Pergamus X XVs

4074, Reg 5 ins 01 n 18, in taberna

La veille des calendes d'août (31 juillet), Pergamus : 15 1/2 deniers.

(dans une boutique)

 

operaris pane denariu

6877, Boscoreale

pour les ouvriers, un denier de pain.

 

VII K Iul

vinacia

venit

XXXII

8022, Reg 1 ins 06

Le 7 des calendes de juillet (25 juin), vendu du marc de raisin pour 32 as (ou sesterces ?)

 

X K Febr

ssalita st

trulam argentiam p X C

8821, Reg 3 ins 02 n 01, in aedibus Trebii Valentis

Le 10 des calendes de février (23 janvier), ... un vase à vin en argent d'une valeur de 100 deniers.

 

XII K Decem funda

X IX

10042, Reg 2 ins 01

Le 12 des calendes de décembre (20 novembre), un filet : 9 deniers.

 

actum Enna(e) crocum C P Proculi

(emit) Successu(s) Fu[f]idius

7997, Reg 1 ins 06

Fait à Henna: Successus Fufidius a acheté le safran de C. P. Proculus.

Henna était une ville de Sicile; crocus transcrit le mot grec krñkow.

 

Plus surprenante la somme de quatre mille as inscrite, il est vrai, sur le mur d'une maison particulière, celle de Marcus Epidius Primus :

AA

A Septumiu . . .dicio Fabio

a M IIII

8206a, Reg 1 ins 08

AA ( ?) Aulus Septumius à Vindicius Fabius 4000 as.

 


Pour se confier

Idibus Martia / in sumptum sumisi

8013, Reg 1 ins 06

Le jour des ides de mars (15 mars), je me suis laissé aller à la dépense.

martia(s) se lit pour martiis.

 

pituita me tenet

0116*

J'ai attrapé un rhume.

Cette inscription, relevée au siècle dernier, n'a pas été retrouvée par les éditeurs du CIL qui doutent de son authenticité.

 


Pour exposer sa philosophie de la vie

 

pecunia non olet

2330*, Reg 7 ins 12 n 18, in lupanari

L'argent n'a pas d'odeur.

L'allusion à la réponse de Vespasien à Titus sur l'odeur de l'argent obtenu avec l'impôt sur l'urine devient très incertaine si l'on précise que cette inscription provient du lupanar! Cette inscription, relevée au siècle dernier, n'a pas été retrouvée par les éditeurs du CIL qui doutent de son authenticité.

 

Proverbes, maximes originales en vers ou citations de poètes inconnus ne manquent pas :

moram si quaeres sparge miliu(m) et collige

2069, Reg 8 ins 04 n 4, in aed Holconii

Si tu cherches à passer le temps, sème du millet et récolte-le.

 

minimum malum fit contemnendo maxumum

1811 et 01870, Reg 8 ins 01, in basilica

Si on néglige un tout petit mal, il devient très grand.

 

La même inscription se retrouve à Herculanum :

Qui se tutari nescit nescit vivere / minimum malu fit contemnendo maximum

10634, Herculanum

Qui ne sait pas se protéger ne sait pas vivre : un petit mal devient très grand pour qui le néglige.

 


Pour étaler sa culture

 

Les enfants récitent leurs leçons en inscrivant des alphabets latins et grecs, plus ou moins réguliers:

A B C D II F G H I K L M N O P q R s T V X

(Maison du poète tragique)

 

A B C D E F G H I K L M N O P Q R T V X

(porte Marine)

 

A B G D E Z H Y I K L M J P R % I U C X C V

(Maison du cithariste, Reg 01, ins 04, n5)

 

On reconnaît, dans un graffiti retrouvé à Herculanum, au milieu de syllabes difficilement interprétables, des éléments de déclinaison du pronom relatif ou interrogatif :

branc broc trans nus

nos-ter -tros men

quod quid quae quas

rum quis que dem

10567

 

L'inscription suivante conserve peut-être le début d'une chanson enfantine:

casta sum mater et

omnino alo quod mercas

8842, Reg 3 ins 02

Je suis une chaste mère et c'est moi qui nourris absolument tout ce que tu achètes.

Il s'agit bien sûr de la déesse Flora.


Virgile

Arma virumque cano, Troiae qui primus ab oris

Italiam, fato profugus, Laviniaque venit

litora...

Je chante les combats et le héros qui, le premier, chassé

par le destin, s'en vint des rivages de Troie vers les côtes d'Italie...

 

Arma virumque: très nombreuses sont les citations de l'Énéide, mais le premier vers revient avec une fréquence importante. Sachant que l'épopée de Virgile servait de texte de base pour l'enseignement de la lecture et de l'écriture, on peut attribuer bon nombre de ces inscriptions à des mains enfantines.

carmina communemne Arma virumque cano Tro[...

2361

Tout le monde les connaît, ces vers ? Je chante les combats et le héros de Tro...

7131

arma virumque

5002, Reg 9 ins 01 n 27, in taberna

arma viru

3198

arma virumque qui p[. . .

. . ]mq vir[. . .

831, Reg 3 ins 02 n 01, in aedibus Trebii Valentis

]rma virumque cano Troia qui primus ab oris

4832, Reg 7 ins 15 n 8

 

 


quisquis es amissos hin[c]

[ob]liviscere Graios

scribit Narciss|sr

CIL 4, 1841

Qui que tu sois, oublie désormais les Grecs perdus pour toi ».

Écrit par Narcissus.

« Quisquis es, amissos hinc iam obliviscere Graios ; »

Énéide, II 148

 

Ovide

Après Virgile, c’est Ovide qui rencontre le plus de succès sur les murs de Pompéi. Un habitant d’Herculanum lui adresse ce salut posthume :

Ovi]dio s[alutem] morieris Tomi[s

feliciter

CIL IV, 10595

Ovide, salut à toi ! tu es mort à Tomes,

bonne chance [à toi] !

L’interprétation de feliciter en « tant mieux » me paraît invraisemblable : il semble qu’Ovide soit un poète moins scolaire que Virgile, et donc moins exposé à des rancunes d’élèves. Les citations exactes sont d’ailleurs moins nombreuses que les allusions à ses vers. Graffitis d’adultes cultivés plutôt que d’enfants.

 

Les Amours

surda sit oranti tua ianua, laxa ferenti ;

  audiat exclusi verba receptus amans ;

« Que ta porte soit sourde aux prières, ouverte à qui porte un cadeau,

que l’amant accueilli entende les mots de l’amant évincé. » (Amours, I, 8, 77-78)

 

surda sit oranti tua ianua laxa ferenti

audiat exclusi verba receptus [a]man[s]

1893, Reg 8 ins 01, in basilica

Que ta porte soit sourde aux prières, ouverte à qui porte un cadeau,

que l’amant accueilli entende les mots de l’amant évincé.

 


illa quidem nostro subiecit eburnea collo

  bracchia Sithonia candidiora nive...

« Elle a eu beau passer autour de mon cou ses bras d’ivoire,

plus blancs que la neige de Sithonie... » (Amours, III, 7, 7-8)

Ovide a-t-il inspiré directement ou indirectement le malicieux distique peint à gauche de l’entrée du bistrot d’Euxinus (Reg 2, ins 1, n 10) et, qui plus est, sous un portrait de Priape ?

candida me docuit nigras o[d]isse

puellas / odero si potero si non

invitus amabo

9847

Une fille à la peau blanche m’a appris à détester les noiraudes.

Je les détesterai si je peux... sinon, je les aimerai. Malgré moi.

Ces vers ont connu un certain succès à Pompéi puisqu’on les retrouve gravés de plusieurs maisons. Dans la maison degli Scienzali, ils sont même placés sous le patronage non plus de Priape, qui était tout sauf un sentimental, mais de la Vénus Pompéienne elle-même, qualifiée toutefois ici de « fisica » :

candida me docuit nigras odisse puellas / odero si potero si non invitus amabo

scripsit Venus fisica Pompeiana

1520, Reg 6 ins 14 n 13

Écrit par (sur ordre de ?) Vénus Fisica Pompéienne.

 


Thème cher à Ovide : être amoureux, c’est faire une sorte de service militaire. Il l’écrit dans les Amours (I, 9, 1-2)

Militat omnis amans, et habet sua castra Cupido ;

  Attice, crede mihi, militat omnis amans.

« Tout amant fait un service militaire, et Cupidon possède sa caserne ;

crois-moi, Atticus, tout amant fait un service militaire. »

 

et dans l’Art d’aimer (II, 233-234).

militiae species amor est : discedite, segnes ;

    non sunt haec timidis signa tuenda viris.

« L’amour rappelle l’armée : allez-vous en, les pusillanimes ;

on ne confiera la garde de ces enseignes à des hommes craintifs. »

 

militat omnes [amans]

03149

Tout amant fait un service militaire.

 


L’art d’aimer

Un joli graffiti de la Basilique pourrait se passer de tout commentaire :

Virgula Tertio suo indecens es

1881

Virgula à son Tertius chéri : tu es un polisson.

 

Qu’a pu faire Tertius pour mériter le qualificatif d’indecens, « celui qui fait quelque chose d’inconvenant », sans que sa Virgula (« petite vierge ») lui ôte son affection pour si peu ? Ovide nous donne peut-être la réponse (Art d’aimer, I, 664-667), si l’on accepte improbus, « indigne d’un gentleman », pour synonyme d’indecens :

Quis sapiens blandis non misceat oscula verbis ?

    Illa licet non det, non data sume tamen.

Pugnabit primo fortassis, et « improbe » dicet:

    Pugnando vinci se tamen illa volet.

« Quel garçon de bon sens ne mêlerait pas les baisers aux mots caressants ?

Qu’importe si elle ne les rend pas, prends-les même si elle ne les rend pas.

Elle résistera peut-être d’abord et te traitera de « mal élevé ».

Mais en résistant, ce qu’elle voudra, c’est être vaincue. »

 


Au milieu d’autres distiques, la Basilique conserve deux vers de l’Art d’aimer :

Quid magis est saxo durum, quid mollius unda?

    Dura tamen molli saxa cavantur aqua.

« Qu’est-ce qui peut être aussi dur que la pierre ou plus fluide que l’eau ?

cependant, la pierre dure est creusée par l’eau fluide. » (Art d’aimer, I, 475-476)

 

quid pote tam durum saxso aut quid mollius unda?

dura tamen molli saxsa cavantur aqua.

1895, Reg 8 ins 01, in basilica

 


 

quoi scripsi semel et legit mea iure puellast

quae pretium dixit non mea sed populi est

CIL 4, 1860

La fille à qui j’ai écrit, dès qu’elle a lu mon mot, elle est à moi de droit.

Celle qui m’a annoncé un prix, elle n’est pas à moi mais à tout le monde.

 

On pense, entre autres, à Martial, II, 9 :

Scripsi, rescripsit nil Naeuia, non dabit ergo.

   Sed puto quod scripsi legerat : ergo dabit.

Je lui ai écrit mais Naevia n’a rien répondu : je ne l’aurai donc pas.

Mais j’y pense : ce que j’ai écrit, elle l’a lu ! Donc je l’aurai !

 

mais surtout à l’Art d’aimer (I, 479-483)

Legerit, et nolit rescribere? cogere noli :

    Tu modo blanditias fac legat usque tuas.

Quae voluit legisse, volet rescribere lectis:

    Per numeros venient ista gradusque suos.

Elle a lu ta lettre et ne veut pas répondre ? Ne la force pas :

En ce qui te concerne, arrange-toi pour qu’elle lise jusqu’au bout ton baratin.

Quand elle aura voulu le lire, elle voudra répondre à ce qu’elle aura lu,

Tes désirs se réaliseront dans l’ordre et pas à pas.

 


Les remèdes à l’amour

Qui nimium multis « non amo » dicit amat

Quand on dit à trop de monde « Je ne suis pas amoureux », c’est qu’on est amoureux. (648)

 

Un électeur hésitant exprime ses états d’âme à la suite d’une affiche électorale :

M Cerrinium

aed alter amat alter

amatur ego fastidi[o]

346, Reg 6 ins 00

Marcus Cerrinius édile ! l’un aime, l’autre est aimé, moi ça m’ennuie.

 

ce qui lui attire ce commentaire (d’une autre main) :

qui fastidit amat

Si ça t’ennuie, c’est que tu aimes !

 

 

Properce

 

nunc est ira recens, nunc est discedere tempus :

  si dolor afuerit, crede, redibit amor.

Je suis sous le coup de la colère, c’est le moment de partir,

quand le dépit sera passé, crois-moi, l’amour reviendra. (II, 5, 9-10)

 

nunc est ira recens nunc est disc[edere tempus]

si dolo(r) afuerit crede redibit [amor]

4491, Reg 6 ins 13 n 19, ad ostium aed

 


Ianitor ad dantis vigilet : si pulset inanis,

surdus in obductam somniet usque seram.

Que ton portier soit éveillé pour les porteurs de cadeaux, mais si on frappe sans rien,

qu’il soit sourd et qu’il dorme profondément, le verrou bien tiré. (IV, 5, 47-48)

 

Ianitor ad dantes vigilet si pulsat inanis

surdus in obductam somniet usque seram.

1894, Reg 8 ins 01, in basilica

 


quisquis amator erit Scythicis licet ambulet oris

nemo adeo ut noceat barbarus esse volet.

Quand on sera amoureux, on pourra aller et venir, même sur les côtes de Scythie :

personne ne voudra être assez barbare pour lui faire du mal. (III, 16, 13-14)

 

quisquis amator erit Scythiae licet ambulet oris

nemo adeo ut feriat barbarus esse volet

1950, Reg 8 ins 01, in basilica

 

Néron ?

Peu vraisemblable… voyez quand même mon Néron poète.

quisquis amat valeat, pereat qui nescit amare,

bis tanto pereat quisquis amare vetat !

Longue vie à qui aime, périsse qui ne sait pas aimer, périsse donc deux fois qui empêche d’aimer.

 


Poètes inconnus

 

Beaucoup de graffitis sont métriques, c’est-à-dire rédigés en vers. Vers composés par l’anonyme qui a écrit sur le mur, ou citation d’un poète dont la postérité a oublié le nom ? Sans doute tantôt l’un, tantôt l’autre.

 

Certains semblent bien extraits d’une oeuvre perdue, dans la mesure où on les retrouve ailleurs. Ainsi on lit à Rome dans la maison de Tibère :

Cresces quisquis meam futuit rivalis amicam

illum secretis montibus ursus edat

Crescens : quel que soit le rival qui a baisé ma maîtresse,

qu’un ours le mange au fin fond des montagnes

et à Pompéi, à l’entrée d’une boutique de la via dei Soprastanti :

si quis forte meam cupiet vio(lare)

puellam illum in desertis

montibus urat amor

1645, Reg 7 ins 06 n 35

Si quelqu’un essaie un jour de forcer ma petite amie, qu’il aille brûler d’amour dans des montagnes désertes.

Sous ce graffiti, une autre main a noté, sans que le rapprochement avec les vers précédents soit assuré :

[alia manu] Rundas vete[

bine futu

Rundas le vétéran, tu baises bien.


 

CERES EA

SI QVIS AMA VALEA QVISQVIS VE[.]AT MALE PEREA

[...]AM AMAVI AT QVO QVIS LVGEBIT

[.]I CLVDI VA SAL PLVRIMO

AMAVI LEDAM

[.]VELLA SAMI

Ceres mea, si quis amat valeat ! quisquis vetat male pereat !

Ledam amavi... at quo quis lugebit ? Ti Claudi, vale, salutem tibi plurimam dico : amavi Ledam puellam Sami.

9202, Villa des Mystères

Ma Céres chérie, longue vie à celui qui fait l’amour, male mort à qui empêche de faire l’amour.

J’ai fait l’amour Léda. Mais jusqu’où doit-on pousser ses pleurs ?

Salut à toi, Tiberius Claudius, bien le bonjour : à Samos, j’ai fait l’amour à une fille nommée Léda.

 

Ce graffiti pourrait bien être l’aveu d’une aventure, aveu qui manquerait singulièrement de repentir ! Le salut à Claude pourrait s’adresser, non sans ironie, à l’empereur qui était connu pour son goût des conquêtes féminines. Je me demande pourtant si ce graffiti n’est pas plus codé qu’il n’y paraît : Céres et Léda ne sont pas des noms si courants, et les Tiberius Claudius ne manquaient pas. Enfin, comprendre qu’il s’agit bien de l’empereur Claude exclut que Néron soit l’auteur du célèbre distique.

 

« En latin, amare, aimer, cela signifie d’abord être l’amant ou la maîtresse de quelqu’un, et l’Art d’aimer sera le recueil où l’on trouvera les conseils les plus efficaces pour obtenir les faveurs d’une femme. » Pierre Grimal, l’Amour à Rome.

 


 

 

nihil durare potest tempore perpetuo

cum bene sol nituit redditur oceano

decrescit Phoebe quae modo plena fuit

(Venerum) Ventorum feritas saepe fit aura l[e]vis

CIL 4, 9123

Rien ne peut durer pour l’éternité :

quand le soleil a bien brillé, il est rendu à l’océan,

Phébé décroît qui à l’instant était pleine,

la sauvagerie des amours (ou des vents) se fait souvent brise légère.

 

Le premier mot du dernier vers présente une difficulté : on lit bien VENIIRVM, mais le e est partout noté E dans ce poème et AVRA répond mieux à un VENTORVM qu’on ne lit malheureusement pas.

 

On peut lire le dernier vers au lupanar !


alliget hïc auras si quis | obiurgat amantes

et vetet | assiduas currere fontis | aquas

CIL 4, 1649

On ferait mieux d’enchaîner ici les brises que de blâmer ceux qui s’aiment,

et d’interdire aux eaux perpétuelles de la source de couler.

« Essayer de séparer des amoureux équivaut à vouloir enfermer le vent dans une outre ou à empêcher de couler une source aux eaux murmurantes. » (Trad. Egon C. Conti)

 


mea vita meae deliciae ludamus parumper

hunc lectum c(amp)u(m me) ti(bei) (e)quom esse put(emus)

CIL 4, 1781

Ma vie, mon coeur, jouons un instant :

imaginons que ce lit soit une plaine et que je sois pour toi un cheval.

On pense à ce distique d’Ovide (Art d’aimer, III, 777-778) dans le passage où il énumère les différentes positions de l’amour :

parva vehatur equo : quod erat longissima, numquam

Thebais Hectoreo nupta resedit equo.

Si tu es petite, fais-toi porter par le cheval ; comme elle était très grande, jamais

l’épouse Thébaine (Andromaque) ne chevaucha Hector comme un cheval.

mais je crois plutôt à un lieu commun qu’à une allusion directe.


 

quisquis amat veniat Veneri volo frangere costas

fustibus et lumbos debilitare deae

si potest illa mihi tenerum pertundere pectus

quit non ego possim caput illae frangere fuste

CIL 4, 1824

S’il y a un amoureux, qu’il vienne. Je veux briser les côtes à Vénus

à coups de bâton et casser les reins à la déesse.

Si elle peut transpercer mon tendre coeur,

pourquoi je ne pourrais pas, moi, d’un coup de bâton lui briser la tête ?

illae pour illi.

 


si potes et non vis cur gaudia | differs

spemque foves et | cras usque redire iubes

[er]|go coge mori quem | sine te vivere cogis

munus erit certe non | cruciasse boni

quod spes | eripuit spes certe redd[i]t amanti

 

qui hoc leget nunc quam posteac

aliid legat nunquam sit salvos qui supra scrib[et]

vere dicis

Hedysto

feliciter

CIL 4, 1837

Si tu peux et ne veux pas, pourquoi repousses-tu les plaisirs ?

Pourquoi entretiens-tu l’espoir et me demandes-tu toujours de revenir demain ?

Force donc à mourir celui que tu forces à vivre sans toi :

la récompense de cette bonne action sera à coup sûr de lui avoir épargné des souffrances.

Ce qu’un espoir lui a fait perdre, un autre espoir le rend à coup sûr à qui est amoureux.

 

Bien entendu, comme souvent, un graffiti en appelle un autre :

Que celui qui lira ça ne lise jamais

rien d’autre. Qu’il ne soit plus jamais en bonne santé celui qui a écrit ça au-dessus.

Tu dis vrai.

Vive Hédystus !

 


Certains poètes locaux n’hésitent pas à signer leurs œuvres. Voici un chant désespéré mais quelque peu grandiloquent signé d’un Tiburtinus, peut-être Loreius Tiburtinus, le propriétaire d’une belle maison à l’est de la ville et adepte déclaré du culte d’Isis.

 

qui fi]t vi me oculei posquam deducxsistis in ignem

[no]n ob vim vestreis largificatis geneis

porr]o non possunt lacrimae restinguere flam(m)am

hae]c os incendunt tabifican(t)que animum

Tiburtinus epoese

CIL 4, 4966

Que se passe-t-il ? Beaux yeux, après m’avoir de force entraîné dans le feu,

vous vous inondez d’un flot de larmes coulant de vos paupières ?

Mais les larmes ne peuvent pas éteindre la flamme :

elles brûlent le visage et infectent le coeur.

C’est Tiburtinus qui a composé ces vers.

epoese : grec (¤poÛhse) noté en caractères latins.

 

iamque omnes] veicenei incendia participantur

sic faciam] flammam tradere utei liceat

CIL 4, 4967

Les voisins accourent, ils ont leur part de l’incendie,

moi je vais veiller à ce qu’il soit possible de leur transmettre la flamme. ...

Ces deux vers semblent dus à un lecteur amusé par le poème précédent et peu sensible à ce « chant désespéré ».

 

sei quid amor valeat nostei sei te hominem scis

commiseresce mei da veniam ut veniam

Flos Veneris mihi de[tur ? ...]

CIL 4, 4968

Si tu as compris ce que peut l’amour, si tu as conscience d’être humain,

prends pitié de moi, permets-moi de venir,

Fleur de Vénus, ...

Le calembour sur venia et le subjonctif de venire n’a rien d’original.

 

Caesia sei n...

Sei paruom p...

Es bibe lude...

nec semper...

CIL 4, 4972

Caesia (« Fille aux yeux verts »), si ...

Si un peu ...

Mange, bois, joue, ...

Et ce n’est pas toujours ...


amoris ignes si sentires mulio

magi(s) properares ut videres Venerem

diligo iuvenem venustum rogo punge iamus

bibisti iamus prende lora et excute

Pompeios defer ubi dulcis est amor

meus es...

CIL 4, 5092

« Si tu ressentais les feux de l'amour, muletier,

tu te hâterais davantage pour voir Vénus.

Je chéris un jeune et beau garçon ; je t'en prie, aiguillonne ton attelage, allons.

Tu as fini de boire, allons, prends les rênes et secoue-les.

Conduis-moi à Pompéi, là où est mon doux amour. »

(trad. R. Étienne, La vie quotidienne à Pompéi.)

 


 

 

o utinam liceat collo complexa tenere

brac(h)iola et teneris | oscula ferre label(l)is

i nunc (pro et) ventis tua gaudia pupula crede

crede mihi levis est natura virorum

saepe ego cu(m) media | vigilare(m) perdita nocte

haec mecum medita(n)s multos | furtuna

quos supstulit alte | hos modo proiectos

subito | praecipitesque premit

sic Venus ut subito coniunxit corpora amantum

dividit lux et se|parees qui{d} ama[nt ...

CIL 4, 5296

Oh ! je voudrais à mon cou tenir tes bras serrés et porter des baisers à tes lèvres tendres. Va maintenant ! ma poupée, confie plutôt tes plaisirs aux vents ! Crois-moi, les garçons sont légers par nature ! Et moi souvent, quand je cherchais le sommeil au milieu d’une nuit perdue, je me disais en moi-même : beaucoup de ceux que la fortune a élevés très haut, elle les rejette soudain et tout à coup précipités à terre elle les écrase. Ainsi fait Vénus : lorsque pour un instant elle a uni le corps des amants, le jour les sépare.

« Oh ! que je voudrais tenir tes bras chéris accrochés à mon cou et baiser tes tendres lèvres. Va, maintenant, petite poupée, crois-moi, légère est la nature de l'homme, et, souvent au milieu d'une nuit de veille qui était pour moi une nuit perdue, je me disais en moi-même : nombre de ceux que la Fortune a portés au pinacle, elle les jette à bas subitement et les précipite ; de même que Vénus a uni les corps des amants, la lumière du jour les divise. »

(trad. R. Étienne, La vie quotidienne à Pompéi.)

« Vénus dès qu’elle a uni le corps des amants aussitôt les sépare. »

(P. Grimal, L’amour à Rome.)

Le dernier vers est peut-être d’une autre main.

 


amplexus teneros hac si ] quis quaerit in u[rbe]

expect[at ceras] nulla puella viri

CIL 4, 1796

Si on recherche dans cette ville de tendres étreintes,

aucune fille n’y attend de lettre de son homme (= elles sont toutes disponibles) !

mais il est possible de comprendre aussi

aucune fille n’y attend de billet d’un homme (= elles sont fidèles).

 


solus amare va[let qui scit dare multa puellae]

multa opus sunt s...

quod nesceire dare ...

CIL 4, 4973

Le seul qui soit vaillant en amour [c’est celui qui sait donner beaucoup de choses à une fille] ;

il doit en avoir beaucoup ...

parce que ne pas savoir donner ...

 

On a rapproché ce graffiti d’une inscription découverte dans le palais de Tibère sur le Palatin :

Omnia formonsis cupio donare puellis

set mihi de populo nulla

puella placet

Je veux tout donner aux jolies filles, mais aucune fille issue du peuple ne me plaît.

 

 

Epigraphie : sommaire

 

 

 


© Alain Canu