|
Vici Nuceriae in alia X DCCCLVS fide bona CIL IV, 02119, dans les thermes
de Stabies À Nuceria,
j’ai gagné aux dés 855 deniers, sans tricher ! |
Les jeux d’argent (in pecuniam ludere) étaient interdits
par la loi à Rome et sans doute aussi à Pompéi. Bien sûr, cette loi n’est
respectée par personne, à commencer par les empereurs eux-mêmes. On joue donc
dans l’arrière-salle des auberges, cabarets et autres bistrots.
Il semble bien que les autorités aient fermé les yeux
tant que l’ordre public n’était pas troublé, mais cette loi fournissait un
prétexte commode pour procéder à des descentes de police ayant sans doute un
tout autre objet. Martial (V, 84) nous décrit un joueur de Rome qui se fait prendre
par l’édile ou plus précisément par ses hommes :
[...] et blando male proditus fritillo,
arcana modo raptus e popina,
aedilem rogat udus aleator.
Et trahi
malencontreusement par le bruit du cornet qui le passionne,
arraché sur le champ
à l’arrière-salle du bistrot,
le joueur
ruisselant implore l’édile.
Dans de très nombreuses cauponae de Pompéi, ce sont les esclaves
publics commandés par les duumvirs qui ont dû faire ce genre de descente.

Presque en face de la maison des Vettii, dans un petit
bistrot, se trouve une peinture qui représente quelques scènes de la vie
quotidienne d’une caupona. Il s’agit
d’une véritable bande dessinée où des hommes et des femmes, clients et
serveuses, commentent leurs gestes dans un latin qui ne brille pas par la
correction de sa morphologie et de sa syntaxe : le sens général se laisse
facilement deviner, mais les tournures de phrase et certains termes employés
par les joueurs ont suscité diverses interprétations (CIL IV, 3494).
|
|
|
exsi
non tria duas est
noxsi
a me
tria
eco
fui
or(o) te fel(l)ator
eco fui
– Terminé.
– C’est pas un trois, c’est deux as.
– Tricheur ! J’ai fait un trois ! C’est moi qui ai gagné.
– Je te demande pardon, espèce d’enfoiré ! C’est moi qui ai gagné.
Et tout ce désordre oblige le patron à intervenir et à
pousser les deux joueurs vers la porte :
Itis
Foris
rixiatis
– Allez vous quereller dehors.
Dans Les loisirs
en Grèce et à Rome (PUF), M. J.-M. André comprend exsi comme « J’ai fait six » et ajoute que
l’adversaire « admet deux points ». Mais l’image montre bien trois
dés sur la table, ce qui rend difficile cette interprétation.
Un vers de l’Anthologie
Palatine, 14, 8, qui décrit les faces opposées d’un dé, emploie le mot tria pour signifier « un trois » :
Ej §n p¡nte dæo trÛa t¡ssera kèbow
¤launei [s.e. tr®mata]
Six, un ; cinq, deux ; trois, quatre, voilà ce que sort un dé.
et le traité de Suétone, Sur les jeux grecs,
1,6 permet d’interpréter duas comme une
haplologie de duas tesseras correspondant
au grec dæo kæbv « deux
as ». Eco se lit
plusieurs fois dans les graffitis pour ego, « moi je », la barre horizontale du G
étant souvent mal tracée. Fui, « je
fus », se laisse difficilement comprendre : on peut supposer un terme
de jeu. Exsi me semble
être simplement le parfait de exire, « je
suis sorti, j’ai fini ». Quant à fellator, « suceur », il faut ici comme dans de
nombreuses inscriptions le comprendre comme une simple injure à connotation
sexuelle.

Promus fel(l)ator
CIL 4, 10222
Sur une tombe de la nécropole de la porte de Nuceria

Manuel d’Histoire, classe de 5ème, publié
en 1968.
page incomplète
© Alain Canu 2001