Directeur
des fouilles de 1860 à 1875, Giuseppe Fiorelli a imaginé de diviser Pompéi en
« arrondissements » ou « régions » (en latin regio),
chaque arrondissement se divisant en îlots (insula)
délimités par quatre rues, chaque maison (aedes)
de l’îlot recevant un numéro ; ainsi la maison des Vettii se trouve dans
le VIe arrondissement, îlot 15, numéro 1, ce qui se note en abrégé VI,
15, 1, ou Reg.
VI, ins. 15, aed. 1.
L’abréviation CIL IV (ou
CIL 4, il faut que je mette de l’ordre dans mes références !)
renvoie au volume IV du Corpus Inscriptionum Latinarum, recueil de
toutes les inscriptions latines antiques, initié au 19ème siècle par
des érudits allemands et régulièrement mis à jour. Quelques milliers de pages…
Les volumes du Corpus et les inscriptions dans chaque volume sont organisés
selon la localisation géographique des inscriptions : le volume IV est
consacré aux inscriptions pariétaires et doliaires de Pompéi et d’Herculanum
(les inscriptions monumentales ont été rassemblées dans le volume X), le volume
VI à la ville de Rome, le volume XII à la Gaule Narbonnaise, etc. Le volume IV
contient environ 12000 inscriptions classées rue par rue, maison par maison,
pièce par pièce.
Il
est d’usage lorsqu’on recopie une inscription antique de signaler les passages
à la ligne par un trait vertical ; je devrais écrire
M MariVm | aed faci | oro vos
mais
je trouve plus esthétique de respecter dans ma typographie les passages à la
ligne.
M MariVm
aed faci
oro vos
L’abréviation Anth.
Palat. renvoie à l’Anthologie
Palatine, ou Anthologie Grecque. C’est un recueil de 4500 courts
poèmes appelés épigrammes, composé vers l’an 1000 et que nous a transmis un
manuscrit dit « Palatinus ». Le recueil rassemble les œuvres de plus
de 300 poètes, depuis Tyrtée (et peut-être même Homère) qui vivait au VIIe
s. av. J.-C. jusqu’aux contemporains de Justinien (VIe s. ap.
J.-C.). Le livre I contient les épigrammes chrétiennes, le livre V les
épigrammes érotiques, le livre VI les épigrammes dites « votives »,
le livre VII les épitaphes, le livre IX les épigrammes
« démonstratives » (par ex. inscriptions sur la base de statues), le
livre X les épigrammes morales, le livre XI les épigrammes satiriques, le livre
XIV les problèmes et devinettes.
L’abréviation AE suivie d’un millésime renvoie à la revue l’Année
épigraphique.
J’ai utilisé la police Garamond Latin pour écrire le latin (vous
pouvez la télécharger ici) et la police Athenian
pour le grec (vous pouvez la télécharger ici). J’ai utilisé des
caractères de couleur marron pour les deux langues anciennes, sauf les inscriptions peintes
de Pompéi que je note en rouge, les graffitis en rouge foncé et les inscriptions magiques sur tablettes de plomb en gris.
Les citations et les textes d’auteurs français apparaissent en
caractères bleu foncé, mes propres traductions en vert olive.
Comme je trouve l’italique désagréable à lire sur l’écran, j’ai
préféré souligner les titres d’ouvrages.
J’ai considéré que le mot « graffiti » était singulier
et appelait un pluriel « graffitis ». « Graffite » me
semble bizarre ; quant à dire « un graffito, des graffiti »,
pourquoi pas « je viens de faire tomber un spaghetto sur ma chemise
propre ! » ?
Quaeras, censeo, si legi
laboras,
Nigri fornicis ebrium poetam,
Qui carbone rudi putrique creta
Scribit carmina, quae legunt
cacantes.
Tu devrais t’adresser, je crois, si tu
tiens à ce qu’on lise ton nom,
à un poète aviné, un pilier de noir
bordel.
le genre de poète qui écrit, avec un bout
de charbon ou une craie pourrie,
des poèmes que lisent des gens qui font
caca…
Martial, XII, 61, vers 7 à 10.
Abordons maintenant avec des références littéraires ce
sujet fort intéressant mais délicat à traiter si l’on ne veut pas outrepasser
les limites du bon goût.
D’abord l’incontournable
Trimalchion de Pétrone qui a tout prévu lorsqu’il fréquente les thermes :
Notavimus etiam res novas : nam duo spadones in diversa
parte circuli stabant, quorum alter matellam tenebat argenteam, alter numerabat
pilas, non quidem eas quae inter manus lusu expellente vibrabant, sed eas quae
in terram decidebant.
Cum has ergo miraremur lautitias,
accurrit Menelaus : « Hic est, inquit, apud quem
cubitum ponitis, et quidem iam principium cenae videtis. » Et
iam non loquebatur Menelaus cum Trimalchio digitos concrepuit, ad quod signum
matellam spado ludenti subiecit. Exonerata ille vesica aquam poposcit ad manus,
digitosque paululum adspersos in capite pueri tersit.
Nous remarquâmes encore deux nouveautés : deux
eunuques se tenaient des deux côtés du groupe, l'un avait à la main un pot de
chambre d'argent, l'autre comptait les balles, non, d'ailleurs, celles qui
voltigeaient, en cours de jeu, de main en main, mais celles qui tombaient à
terre.
Pendant que nous étions en train d'admirer ces
raffinements, Ménélas accourut : « Voici l'homme, dit-il, chez qui
vous allez vous faire rincer, et d'ailleurs, vous voyez déjà le début du
dîner. » Ménélas avait à peine terminé que Trimalchion claqua des doigts.
A ce signal, l'eunuque lui tendit le pot sans qu'il s'arrêtât de jouer. Sa
vessie une fois soulagée, il demanda de l'eau pour les mains et après s'être
rincé le bout des doigts, les essuya aux cheveux d'un esclave. (27)
Un pot de
chambre en argent ? Quel luxe, mais Pétrone n’exagère pas, Martial a vu
mieux encore :
Ventris onus misero, nec te pudet, excipis auro,
Basse, bibis vitro : carius ergo cacas.
Tu
reçois le fardeau dont se soulage ton ventre, et tu n’en rougis pas, dans de
l’or, pauvre or !
Bassus,
tu bois dans du verre, donc ça te coûte plus cher encore de faire caca. (Martial, I,
37).
Il est vrai
que ces objets sont utilisés en public, il n’est donc pas surprenant qu’ils
soient à la mesure de la richesse que veulent étaler leurs propriétaires.
Nous retrouvons Trimalchion qui, au milieu du festin
qu’il offre à Encolpe, le narrateur, ad lasanum
surrexit, « se lève pour aller aux toilettes ». Il
quitte le triclinium avec une certaine discrétion, non sans avoir de toute
évidence expliqué où il allait. Le voici de retour :
Trimalchio
intravit et detersa fronte unguento manus lavit ; spatioque minimo
interposito : « Ignoscite mihi, inquit, amici, multis
iam diebus venter mihi non respondit. Nec medici se inveniunt. Profuit mihi
tamen maleicorium et taeda ex aceto. Spero tamen, iam veterem pudorem sibi
imponet. Alioquin circa stomachum mihi sonat, putes taurum. Itaque si quis
vestrum voluerit sua re causa facere, non est quod illum pudeatur. Nemo nostrum
solide natus est. Ego nullum puto tam magnum tormentum esse quam continere. Hoc
solum vetare ne Iovis potest. Rides, Fortunata, quae soles me nocte desomnem
facere ? Nec tamen in triclinio ullum vetuo facere quod se iuvet, et
medici vetant continere. Credite mihi, anathymiasis si in cerebrum it, et in
toto corpore fluctum facit. Multos scio
periisse, dum nolunt sibi verum dicere. » Gratias
agimus liberalitati indulgentiaeque eius, et subinde castigamus crebris
potiunculis risum.
Trimalchion
entra et, après s'être essuyé le front, se lava les mains avec du parfum. Puis,
après un temps d'arrêt : « Pardonnez-moi, je vous prie, mes amis, il
y a plusieurs jours que mon ventre ne s'est pas montré docile, et les médecins
n'y comprennent rien. Ce qui m'a fait du bien, pourtant, c'est de l'écorce de
grenade et une infusion de pin dans du vinaigre. J'espère cependant qu'il
retrouvera son ancienne obéissance. Autrement, se produit des bruits autour de
mon estomac, on croirait un taureau qui mugit. Aussi, si l'un d'entre vous veut
faire ses affaires, il n'a pas à se gêner. Nul d'entre nous n'est venu au monde
sans une fente. Moi, je ne connais pas
de plus grand supplice que de se retenir; il n'y a que cela que Jupiter même ne
puisse empêcher. Tu ris, Fortunata, toi qui, la nuit, m'empêches de dormir?
Même à la salle à manger, je n'interdis à personne de se soulager ;
d'ailleurs, les médecins défendent de se retenir. Et, si vous avez une plus
grosse envie, tout est préparé à la porte : l'eau, les pots, et tous les
accessoires. Croyez-moi, si les gaz vous montent au cerveau, ils provoquent
aussi des flux dans tout le corps. J'en connais beaucoup qui sont morts de la
sorte, en refusant d'être francs envers eux-mêmes. » Nous remercions
Trimalchion de sa générosité et de sa complaisance, et aussitôt nous dissimulons
nos rires en buvant plusieurs petits coups. (chap. 47,
traduction de Pierre Grimal).
Trimalchion ne fait que répéter une idée qui avait
connu son heure de gloire quelques années plus tôt, quand l’empereur Claude Dicitur
etiam meditatus edictum, quo veniam daret flatum crepitumque ventris in
convivio emittendi, cum periclitatum quendam prae pudore ex continentia
repperisset aurait réfléchi à un
décret par lequel il autoriserait de lâcher à table vents et bruits intestinaux,
parce qu’il avait entendu dire qu’un homme qui s’en était retenu par politesse
en était mort. (Suétone, Claude, 32).
Trimalchion prononce une phrase intéressante :
« vel si quid plus venit, omnia foras
parata sunt : aqua, lasani et cetera minutalia et, si vous avez une plus grosse envie, tout est préparé
à la porte : l'eau, les pots, et tous les autres accessoires ».
Des pots, de l’eau, tout cela va de soi, on aimerait
qu’il ait précisé la nature de ces autres accessoires. Notons aussi
qu’il s’est lavé les mains avant de reprendre le cours du repas, et qu’il l’a
fait en public : c’est que chacun se servant dans le plat avec ses doigts
était en droit d’espérer que les mains des autres fussent propres ! Je
sais que, pour la même raison, il est de bon ton dans certains pays (où l’eau
est rare) de ne mettre que la main droite dans le plat, l’autre étant réservée
au maniement des cetera minutalia. J’ignore,
par contre, si cette habitude était en usage à Rome.
Le dernier salon
où l’on cause.
Une
chose est sûre : on ne cherchait pas à s’isoler pour « soulager son
ventre de son fardeau », les latrines de l’antiquité romaine étaient à
plusieurs places et constituaient un lieu de rencontre.
Cette fois, c'en est trop; l'agitateur a dépassé les bornes ;
il sape les bases mêmes de la civilisation. Apronius est indigné ; mais
pas mécontent, car la colère vient de produire l'effet secrètement désiré. Il
pénètre à l'intérieur des Thermes. Sa première étape est la salle des
« Dauphins ». C'est une enceinte bien éclairée, plaisante et sévère à
la fois, entièrement en marbre. Le long des murs, des sièges de marbre, dont
les bras artistement sculptés simulent des dauphins, vrais trônes qui
permettent les conversations discrètes, les entretiens circonspects, les
échanges intellectuels, tandis que les corps s'épanchent en même temps que les
esprits. La salle des « Dauphins » n'a d'autre but que l'harmonie
dans cette double activité. La fureur d'Apronius se mue en allégresse ; sa
joie grandit d'apercevoir, sur l'un des trônes ornés de dauphins, la forme
corpulente de Lentulus Batuatus, le directeur de l'école de gladiateurs. Le
siège voisin est juste-ment libre ; Apronius relève majestueusement sa
toge et prend place en poussant un soupir de satisfaction. Sa main caresse affectueusement
la tête polie des dauphins de marbre. La rage causée par Fulvius a réellement
produit le meilleur effet. Avec une pieuse émotion, le greffier paie son tribut
aux dauphins en observant à la dérobée Monsieur le directeur.
Arthur Koestler, Spartacus.
On y
poursuivait les conversations commencées au forum ou à la basilique, on pouvait
s’y fixer rendez-vous, on pouvait même y provoquer des rencontres prétendument
fortuites, par exemple dans l’espoir de se faire inviter à dîner le soir. On
peut imaginer les Pompéiens qui ont gravé sur les murs de la basilique
quisque me ad cenam vocarit valeat
Tous mes voeux à qui m’aura invité à
dîner.
CIL IV, 1937
Luci Istacidi ad quem non ceno barbarus ille mihi est
Lucius Istacidius, celui chez qui je ne
suis pas invité à dîner, pour moi c’est un barbare.
CIL IV,
1880
employant
la même technique que le Vacerra de Martial (XI, 77) :
In omnibus Vacerra quod conclavibus
consumit horas et die toto sedet,
cenaturit Vacerra, non cacaturit.
Si Vacerra passe des heures dans toutes les toilettes
et reste assis toute la journée,
c’est que Vacerra a envie de dîner, pas de faire caca.
Lucius
Istacidius devait éviter de fréquenter les latrines du forum !
Le même
Martial se plaint d’être poursuivi jusque sur la chaise percée par un
casse-pieds qui veut absolument lui lire ses vers (III, 44) :
Et stanti legis et legis sedenti,
currenti legis et legis cacanti.
Tu me les lis quand je suis debout, tu me les lis quand je suis
assis,
tu me les lis quand je cours, tu me les lis quand je fais caca.

Illustration de l’album
« De mémoire de Romains », Hachette
Il se
plaint aussi des « embrasseurs » (XI, 98) :
Effugere non est, Flacce, basiatores. (. . .)
Febricitantem basiabit et flentem,
dabit oscitanti basium natantique,
dabit cacanti. (. . .)
Impossible, Flaccus, d’échapper aux « embrasseurs ».
Il t’embrassera quand tu as de la fièvre, et même quand tu
pleures,
il te donnera un baiser quand tu bâilles et quand tu nages,
il t’en donnera un quand tu fais caca.
N’imaginons
pas quand même que ces lieux fussent dépourvus de toute connotation : Dion
Cassius raconte (LVIII, fragm.) que « Tibère fit mettre à mort un
homme de l’ordre sénatorial en l’accusant d’avoir gardé dans un pli de sa toge
une pièce de monnaie à l’effigie de l’empereur alors qu’il s’était rendu aux
latrines (eÞw
fodron pexÅrhsen) ». D’après
Suétone (Tibère, 58), il s’agirait de l’effigie d’Auguste : [haec capitalia
erant] nummo vel anulo effigiem impressam latrinae aut lupanari intulisse [il fut considéré comme crime capital]
d’avoir sur soi pour aller aux latrines ou au lupanar une pièce ou une bague
frappés à son image.
Si l’on
en croit Tertullien (De
spect., 21), certains in
publico vix necessitate vesicae tunicam lev[an]t, pressés par
les besoins de leur vessie ne soulèvent qu’à peine leur tunique en public,
mais Tertullien qui a vécu dans la 2ème moitié du IIe s.
était un homme bien élevé et tous les Pompéiens n’avaient pas ce genre de
délicatesse.
si qui hic urinam fecerit habebit Martem iratum
Que Mars punisse celui qui aura uriné
ici.
AE
1949, 48
Un ami de « Noctes Gallicanae », que je ne
connais que sous le pseudo de « Silène », m’a adressé deux
magnifiques « cacator ».
Je l’en remercie bien sincèrement. Je reproduis
également ci-dessous en bleu foncé les messages qui accompagnaient les images.
Le premier est un graffiti, le second a été peint plus
soigneusement.

« Un beau "cacator cave malum" (IX, 7,
21-22), au dépôt du musée de Naples (inv. 112.285) ;
sur une représentation isiaque - scanné sur le fascicule sur
le temple d'Isis édité par le musée de Naples. »

cacator sic valeas
ut tu hoc locum trasia[s] (=transeas)
toi qui veux faire caca, porte-toi
d’autant mieux
que tu iras un peu plus loin !

Ce que je
trouve intéressant dans les deux cas que je vous ai fait parvenir, c'est la
présence des deux serpents infernaux, qui incarnent le "malum" promis
au cacator, comme si c'était les étrons eux-même qui se transformeraient (voir
leur couleur, et les quelques différences avec les serpents des larariums). On
aurait là un autre sens à donner au symbole du serpent, et peut-être que
certains serpents peints sur les murs de Pompéi résumaient pour tous
l'avertissement "cacator cave malum" sans avoir à le formuler par des
mots, où l'affiche, après avoir été accompagnée dans un second temps d'une
image, est remplacée à la fin par cette dernière.
Personnellement, je verrais plutôt dans les deux cas
le désir des propriétaires de ne pas voir le sol souillé au pied de leurs
laraires extérieurs.
Nombreux
sont les avertissements peints sur les murs pour mettre en garde ceux qui
auraient eu envie de se soulager sur le trottoir, à commencer par cette affiche
de 7,60 m de long et 50 cm de haut le long d’un mur de la région 3 :
cacator cave malum
aut si contempseris habeas
Iovem
iratum
CIL IV, 07716
Gare aux ennuis pour qui fera caca
ici ! Que Jupiter tourne sa colère sur qui n’aura pas tenu compte de
l’avertissement.
Et si
Jupiter ne suffit pas, on fait appel à tout l’Olympe :
Duodecim deos et Deanam et Iovem optumum maximum habeat iratos quisquis hic mixerit aut cacarit
Qu’il s’attire la colère des douze
dieux, de Diane et de Jupiter très bon très grand quiconque aura pissé ou fait
caca ici.
stercorari
ad murum
progredere si
pre(n)sus pueris poena(m)
patiare necese
est cave
CIL
IV, 07038
Va faire tes besoins au pied du mur.
Si on te prend sur le fait, il faudra
bien subir le châtiment. Attention. (pueris pour fueris).
Cette
inscription, gravée au poinçon et non peinte comme les précédentes, contient
peut-être une menace obscène (l’expression poenam
patiare se trouve employée dans ce sens dans la Priapée
35 par exemple :
[...] ut poenam patiare et
hanc et illam,
pedicaberis irrumaberisque.
pour que tu subisses à la fois le
premier et le second châtiment
tu seras sodomisé et tu devras sucer).
Mais le
plus souvent l’inscription se résume à l’essentiel et la menace reste vague :
cacator
cave
malum
CIL IV, 03782
cacator
ca
ve malum
CIL
IV, 05438
Si on fait caca ici, gare aux
ennuis !
cacator
sic valeas
ut tu hoc
locum tra(n)sea(s)
CIL
IV, 06641
Toi qui as envie de faire caca,
puisses-tu avoir la force d’aller un peu plus loin.
Un
Pompéien lassé du sans-gêne de ses concitoyens avait inscrit ce même
avertissement au charbon de bois, en attendant peut-être de faire appel à un
peintre :
cave
malum cacator
CIL IV, 04586
De tels
avertissements se retrouvent aussi dans les couloirs qui mènent aux latrines
des maisons particulières et servaient à rappeler au personnel domestique qu’il
ne devait pas faire ses besoins ailleurs que dans les latrines. Ainsi dans
cette maison (9, 7, 1) près d’une peinture qui représente un homme en train de
déféquer entre deux serpents, on pouvait lire
cacator
cave
malum
CIL IV, 03832
Les
tombeaux qui bordaient les routes à la sortie des villes n’étaient évidemment pas
à l’abri des outrages des passants à qui ils fournissaient de petits coins
commodes pour faire leurs besoins. De nombreuses inscriptions funéraires se
terminent par NOLI FACERE
STERCVS, c’est-à-dire à peu près
« Va faire tes ordures plus loin ! ». Dans le roman de Pétrone,
Trimalchion s’efforce d’assurer la propreté de son futur tombeau :
Ceterum erit mihi curae, ut
testamento caveam ne mortuus iniuriam accipiam. Praeponam enim unum ex libertis
sepulchro meo custodiae causa, ne in monumentum meum populus cacatum currat. (71)
Ensuite je veillerai à prendre soin par
testament à ne pas subir d’outrages après ma mort. L’un de mes affranchis sera
ainsi affecté à monter la garde près de mon tombeau pour que les gens ne s’y
précipitent pas pour y faire leurs besoins.
Ce
thème a inspiré des épitaphes comme celle que l’on peut lire sur le cippe de
Julia Fericula et de son mari Evaristus à Rome (CIL VI, 02357) :
HOSPES AD HVNC TVMVLVM NI MEIAS OSSA
PRECANTVR
TECTA HOMINIS <SET> SI GRATVS
HOMO ES MISCE BIBE DA MI.
Passant, ne pisse pas sur ce tumulus,
les ossements de l’homme enterré ici t’en supplient. Mais si tu es un chic
type, fais le mélange de vin et d’eau, bois et donne-m’en !
Une
très belle inscription à l’encre (Reg 3, ins 5, n 4) parodie cette épitaphe en
faisant intervenir une autre voix que celle du mort :

Hospes ad hu(n)c tumuli ni meias ossa prec(antur)
nam si vis (h)uic gratior esse caca
Urticae monumenta vides discede cacator
non est hic tutum culu(m) aperire tibi
Passant, les ossements te prient de ne
pas pisser sur ce tumulus.
Car si tu veux lui être vraiment agréable, il faut faire caca.
– Le tombeau que tu vois, c’est celui d’Urtica-l’Ortie ! Va-t’en, toi
qui veux faire caca :
Tu cours des risques à te mettre le cul à l’air ici.
CIL
IV, 8899
(le génitif tumuli est difficile à interpréter ici)
L’inscription de Rome et sa parodie sont des distiques.
A
Pompéi comme ailleurs, les latrines offrent une gamme variée de graffitis.
On y
entend la voix de gens heureux de se soulager :
Secundus
hicacat
hi...at
hic cacat
CIL IV, 03146
Secundus fait caca ici, fait [caca] ici,
fait caca ici.
quoniam fuit voluntas
animi et corporis
Satur nitere
CIL IV, 05254
Puisque telle fut la volonté de ton âme
et de ton corps, Satur, pousse !
On
pense à ce passage de Suétone, Vespasien (20) : [Vespasianus fuit ] vultu veluti
nitentis : de quo quidam urbanorum non infacete, siquidem petenti, ut et
in se aliquid diceret : "Dicam," inquit, "cum ventrem
exonerare desieris il avait l’expression de visage de quelqu’un qui pousse,
ce qui lui valut ce trait assez spirituel d’un humoriste à qui il demandait de
faire une plaisanterie sur son compte : « Je n’y manquerai pas quand
tu auras soulagé ton ventre de son fardeau ! ». Il est vrai
que l’on ne tenait pas à avoir une tête de constipé :
Vtere lactucis et mollibus utere maluis :
nam faciem durum, Phoebe, cacantis habes. (Martial, III, 89).
Mange de la laitue et de la mauve qui relâche : tu as,
Phébus, la tête de quelqu’un qui fait des cacas durs.
Lexv hmi
CIL
IV, 10203
Je vais accoucher [d’un caca].
Je pense à ce passage de Dion Cassius (LXII) où il
montre Néron se préparant dans les coulisses du théâtre :
« §terow d¢ ¤rom¡nou
tinòw 'tÛ poieÝ õ aétokrtvr;' pekrÛnato ÷ti 'tÛktei' quelqu’un demande ‘où
est l’empereur ?’ et reçoit cette réponse : ‘il accouche’ »
parce que, précise l’historien, il jouait ce
soir-là un rôle de femme. Je me demande si la réponse n’était pas à double
sens !
Apollinaris medicus Titi Imp
hic cacavit bene
CIL IV, 10619
Apollinaris, médecin de l’empereur
Titus, a fait un beau caca ici. (inscription d’Herculanum)
quodam quidem testis
eris quid senserim
ubi cacaturiero veniam
cacatu
CIL
IV, 05242
Un jour au moins tu pourras témoigner de
ce que j’ai ressenti...
Quand un besoin pressant de faire caca me prendra, je viendrai ici me
soulager !
D’autres
laissent simplement un souvenir de leur passage en ces lieux :
memoria
CIL IV, 05243
Souvenir !
VI K Sep masimus
Popeis
CIL
IV, 10202 (dans
les latrines d’une taverne).
Nous avons séjourné à Pompéi le 6 des
calendes de septembre (27 août).
(semper) ubique fortis
hoc cum fe
m[ini]s a[gam ?]
XVVI ( ?)
CIL
IV, 08482, Reg 2 ins 05
Courageux toujours partout, je ferai ça
avec les femmes ...
On
profite même de son passage en ces lieux pour inscrire une petite
annonce :
mentula
V HS
CIL
IV, 8483, Reg 2 ins 2 n 02, dans la maison de Loreius Tiburtinus
Une bite pour 5 sesterces.

Un
graffiti des latrines de la maison du Centenaire conserve le souvenir d’une
mésaventure arrivée à une esclave, sans doute d’origine juive comme l’indique
son nom :
Marthae hoc trichilinium
est nam in trichilinio
cacat
CIL IV, 05244
C’est ça la salle à manger de Martha
puisqu’elle fait caca dans la salle à manger.
D’autres
inscriptions, gravées ailleurs que dans des latrines, font allusion à des
incidents du même genre, celle-ci se trouve à l’entrée d’une taverne :
Felixs cacas
CIL
IV, 02075
Felix, tu fais caca
Cette
autre dans le vestibule de la maison de Vénus ; le mot salute(m) peut se comprendre au
sens de « bonjour » ou de « à la tienne ! ».