
Juvénal, II, 110
Pompéi a été divisé par les
archéologues en 9 « arrondissements » ou « régions » (en
latin regio), chaque arrondissement se divise en îlots (insula)
délimités par quatre rues, chaque maison de l’îlot est numérotée ; ainsi
la maison des Vettii se trouve dan le VIe arrondissement, îlot 15,
numéro 1, ce qui se note en abrégé VI, 15, 1,
ou Reg. VI, ins. 15, aed. 1.
L’abréviation CIL IV (ou CIL 4, il faut que je mette de
l’ordre !)
renvoie au volume IV du Corpus Inscriptionum Latinarum, recueil de toutes
les inscriptions latines antiques, initié au 19ème siècle par des
érudits allemands et régulièrement mis à jour. Quelques milliers de pages… Les
volumes du Corpus et les inscriptions dans chaque volume sont organisés selon
la localisation géographique des inscriptions : le volume IV est consacré
aux inscriptions pariétaires et doliaires de Pompéi et d’Herculanum (les
inscriptions monumentales ont été rassemblées dans le volume X), le volume VI à
la ville de Rome, le volume XII à la Gaule Narbonnaise, etc. Le volume IV
contient environ 12000 inscriptions classées rue par rue, maison par maison,
pièce par pièce.
Il est d’usage lorsqu’on recopie une
inscription antique de signaler les passages à la ligne par un trait
vertical ; je devrais écrire
M MariVm | aed faci | oro vos
mais je trouve plus esthétique de
respecter dans ma typographie les passages à la ligne.
M
MariVm
aed
faci
oro vos
L’abréviation
Anth. Palat. renvoie à
l’Anthologie Palatine, ou Anthologie Grecque. C’est un recueil de
4500 courts poèmes appelés épigrammes, composé vers l’an 1000 et que nous a
transmis un manuscrit dit « Palatinus ». Le recueil rassemble les
œuvres de plus de 300 poètes, depuis Tyrtée (et peut-être même Homère) qui
vivait au VIIe s. av. J.-C. jusqu’aux contemporains de Justinien (VIe
s. ap. J.-C.). Le livre I contient les épigrammes chrétiennes, le livre V les
épigrammes érotiques, le livre VI les épigrammes dites « votives »,
le livre VII les épitaphes, le livre IX les épigrammes « démonstratives »
(par ex. inscriptions sur la base de statues), le livre X les épigrammes
morales, le livre XI les épigrammes satiriques, le livre XIV les problèmes et
devinettes.
L’abréviation AE suivie d’un millésime renvoie à la revue l’Année
épigraphique.
J’ai
utilisé la police Garamond Latin pour écrire le latin et la police Athenian
pour le grec, et des caractères de couleur marron pour les
deux langues anciennes, sauf les inscriptions peintes de Pompéi que je note en rouge, les
graffitis en rouge foncé et les inscriptions magiques sur tablettes de plomb en gris.
Les
citations et les textes d’auteurs français apparaissent en caractères bleu foncé, mes
propres traductions en vert olive.
Comme je trouve
l’italique désagréable à lire sur l’écran, j’ai préféré souligner les titres
d’ouvrages.
J’ai
considéré que le mot « graffiti » était singulier et appelait un
pluriel « graffitis ». « Graffite » me semble
bizarre ; quant à dire « un graffito, des graffiti », pourquoi
pas « je viens de faire tomber un spaghetto sur ma chemise
propre ! » ?
|
VERPVS ES QVI IS TVC LEGES Celui qui lit ça est un circoncis ! CIL 4, 8617, l. 4-7
Verpus es qui
istuc legis ! |
Petite
introduction, sans prétention…
La vie
familiale comme la vie sexuelle étaient l’affaire de l’homme et nous avons vu
qu’à l’origine la femme, par le mariage, ne faisait que passer de la tutelle du
père à celle du mari. Au lit, un homme aurait perdu sa dignité à donner du
plaisir à sa partenaire et les cunnilinguistes passaient pour des êtres honteux
dépourvus de virilité. Seul compte l’orgasme masculin et les textes, comme les
peintures de Pompéi, nous montrent la femme qui, à cheval sur lui, sert le
plaisir de l’homme étendu lascivement sur le lit. C’est le rapport même
esclave-maître. […]
On voit
ainsi que la morale sexuelle ne s’appuyait pas sur d’autres critères que le
rang social : un citoyen romain se devait de garder le rôle actif mais un
esclave, ou une esclave, ne se couvrait pas de honte à servir son maître. C’est
pourquoi il était admis que le maître prît du plaisir aussi bien avec sa femme
qu’avec des esclaves mâles ou femelles. [C’est ce que signifient les mots usus domesticus.] Les jeunes Romains se glorifiaient de
faire connaître très tôt, dès l’âge de quatorze ans, la loi de leur
virilité : l’activité sexuelle donnait la preuve de leur maturité.
Jean-Noël Robert, Les plaisirs à Rome, Payot.

Les lupanars, des lieux mal famés mais que
la morale ne réprouve pas …
Ac ne quod non manubiarum genus experiretur, lupanar in Palatio
constituit, districtisque et instructis pro loci dignitate compluribus cellis,
in quibus matronae ingenuique starent, misit circum fora et basilicas
nomenculatores ad invitandos ad libidinem iuvenes senesque.
Et pour ne laisser de côté aucun genre
de commerce, [Caligula] ouvrit aussi un lupanar sur le Palatin il fit disposer
et meubler des chambres conformément à la majesté du lieu, chambres dans lesquelles
se tenaient des Romaines mariées et des jeunes gens de naissance libre ;
il envoya des crieurs sur les forums et dans les basiliques pour inviter à la
débauche les jeunes et les vieux. Suétone, Gaius,
41.
Sed nec viam diligenter tenebam quia nec quo loco stabulum esset
sciebam. Itaque quocumque ieram, eodem revertabar, donec et cursu fatigatus et
sudore iam madens accedo aniculam quandam, quae agreste holus vendebat
et :
« Rogo, inquam, mater, numquid scis ubi ego habitem ? » Delectata est illa urbanitate tam stulta et
« Quidni sciam ? »
inquit, consurrexitque et coepit me praecedere. Diuinam ego putabam et subinde
ut in locum secretiorem uenimus, centonem anus urbana reiecit et
« Hic, inquit, debes habitare. » Cum
ego negarem me agnoscere domum, video quosdam inter titulos nudasque meretrices
furtim spatiantes. Tarde, immo iam sero intellexi me in fornicem esse deductum.
Mais je n’avais pas un souvenir très précis du
chemin, et je ne savais pas exactement où nous perchions. Aussi, je ne faisais
que passer et repasser aux mêmes endroits,
jusqu’au moment où, fatigué de courir, trempé de sueur, j’avise une petite
vieille, qui vendait des légumes grossiers et lui dis :
« Pardon, la
mère, sais-tu par hasard où j’habite ? » Ravie d’une plaisanterie aussi
sotte « Bien sûr », dit-elle ; elle se leva et me précéda. Je
pensais qu’elle était sorcière, et... mais voici que bientôt, comme nous étions
arrivés dans un endroit assez retiré, la vieille, d’un air aimable, tira un
rideau tout rapiécé et me dit :
« C’est ici,
dit-elle, que tu dois habiter. » Déjà je protestais que je ne
reconnaissais pas mon gîte, quand je vois circulant entre des inscriptions et
des prostituées nues des promeneurs furtifs. Bien tard – trop tard –
je compris que j’avais été conduit au bordel.
Pétrone, Satiricon,
6-7, traduction de P. Grimal.
Nemo hinc
prohibet nec vetat,
quin quod
palam est venale, si argentum est, emas.
nemo ire
quemquam publica prohibet via;
dum ne per
fundum saeptum facias semitam,
dum ted
abstineas nupta, vidua, virgine,
iuventute et
pueris liberis, ama quid lubet.
Personne
n’interdit ni n’empêche d’y acheter ce qui est offert en vente à tout le monde,
si on a de l’argent pour le faire. Personne n’interdit à quiconque d’emprunter
la voie publique. Pourvu que l’on ne trace pas un passage à travers une
propriété enclose, pourvu que l’on ne porte pas la main sur une femme mariée,
une veuve, une vierge, des jeunes gens et des garçons libres, que l’on fasse
l’amour avec qui l’on veut" ! Plaute,
Curculio, 23-28 ; trad. P. Grimal.
Nil medium
est. sunt qui nolint tetigisse
nisi illas
quarum
subsuta talos tegat instita veste,
contra alius
nullam nisi olenti in fornice stantem.
quidam notus homo cum exiret fornice,
"macte
virtute
esto" inquit sententia dia Catonis;
"nam
simul ac venas inflavit taetra libido,
huc iuvenes
aequom est descendere, non alienas
permolere
uxores." "Nolim laudarier"inquit
"sic
me" mirator cunni Cupiennius albi.
Pas de juste milieu. Il y en a qui ne
veulent toucher que celles dont l’ourlet de la robe couvre les talons ;
d’autres en revanche ne veulent toucher que celle qui se tient dans un bordel
puant. Un homme bien connu sortait un jour d’un bordel. Caton lui adressa cette
phrase divine : « Courage! Dès qu’un violent désir lui a gonflé les
veines, c’est là que doit aller un homme jeune plutôt que d’épuiser les femmes
d’autrui. — Je ne voudrais pas recevoir un tel éloge, dit Cupiennius, amateur
de bas-ventres blancs. » Horace, Satires, I, 2, 28-36.
[Les] Romains,
féroces lorsqu’il s’agissait de protéger la « pureté » des jeunes filles et des
jeunes gens de naissance libre, témoignaient pour les « amours permises » de la
plus totale indulgence. On prêtait au vieux Caton, sur ce point, un mot
célèbre. Un jour, l’austère censeur, revenant du forum, aperçut un jeune homme
qui sortait, en se dissimulant le visage, d’un des mauvais lieux installés au
voisinage de la place. C’est que le jeune homme avait reconnu Caton, et il
était rempli de honte à l’idée d’en être vu en un pareil moment. Mais l’austère
censeur, au lieu de le blâmer, s’écria : « Courage, enfant, tu fais bien de
fréquenter des femmes de rien, et de ne pas t’en prendre à celles qui sont
honnêtes ! » La légende ajoute d’ailleurs que, le lendemain, le même jeune
homme, fier de l’approbation de Caton, retourna au même endroit, et en
ressortit à la même heure, cette fois-ci ostensiblement. Caton le vit, comme la
veille, mais, au lieu de lui faire des compliments, il lui dit : « Je t’ai loué
d’aller chez les filles, c’est vrai, mais non pas d’habiter chez elles" !
» Pierre
Grimal, L’amour à Rome, Payot.
Les lupanars se caractérisaient par leur manque de
lumière ou leur crasse ou les deux. Mais s’il est un adjectif qui exprime bien
la principale caractéristique du lupanar antique, c’est olens, « puant ».
De fait, il faut imaginer l’odeur des filles sans doute mal lavées mêlée à
celle des clients à coup sûr mal lavés aussi, l’odeur de sueur qui émane des
cellules sans autre aération que la porte, les senteurs fortes exhalées par les
matelas, l’odeur d’urine que répandent les latrines, l’ensemble devait agresser
même des odorats moins délicats que les nôtres.

Leno et lena, marchand de filles et maquerelle …
Item genus
est lenonium inter homines meo quidem animo
ut muscae,
culices, cimices pedesque pulicesque:
odio et malo
et molestiae, bono usui estis nulli,
nec vobiscum quisquam in foro frugi consistere audet.
La race des marchands de filles chez les
hommes, c’est, selon moi, comme les mouches, les moustiques, les punaises, les
poux et les puces : vous apportez la haine, les ennuis, les désagréments
et rien de bon ; et pas un honnête homme n’ose s’arrêter avec vous au
Forum. Plaute, Charançon, 500-504.
Caligula avait créé un impôt sur la prostitution, correspondant
au tarif d’un client par jour :
Vectigalia nova atque inaudita […]
exercuit […] : ex capturis prostitutarum
quantum quaeque uno concubitu mereret ; additumque ad caput legis, ut
tenerentur publico et quae meretricium quive lenocinium fecissent, nec non et
matrimonia obnoxia essent.
Il fit percevoir des impôts nouveaux
auxquels personne n’avait pensé avant lui : sur les revenus des
prostituées, le montant de ce que leur rapportait une passe ; il fit
ajouter à cet article de la loi que l’on tiendrait aussi pour prostitués celles
qui avaient pratiqué la prostitution dans le passé et ceux qui avaient été
souteneurs, un mariage ultérieur ne dispensant pas du paiement de cet
impôt. Suétone, Gaius,
40.
et, pour
« nouveau et inoui » que fût cet impôt, il semble que les successeurs
de Caligula s’en sont fort bien accomodés :
lenonum vectigal et meretricum et exsoletorum in sacrum aerarium
inferri vetuit, sed sumptibus publicis ad instaurationem theatri, circi,
amphitheatri, stadii deputavit.
[Alexandre Sévère, 222-235] défendit que soit versé dans le trésor impérial le produit de l’impôt levé sur les souteneurs, les courtisanes et les prostitués mâles, mais l’affecta aux dépenses publiques pour réparer le théâtre, le cirque, l’amphithéâtre et le stade. Historia Augusta, Alexandre Sévère, 22.

Courtisanes et putains …
En avril, Rome célèbre les Floralia en l’honneur de la
déesse Flora (5, 183-192)
Mater, ades, florum, ludis celebranda iocosis:
Quaerere conabar quare lascivia maior
his foret in ludis
liberiorque iocus;
sed mihi
succurrit numen non esse severum,
aptaque
deliciis munera ferre deam.
Turba quidem
cur hos celebret meretricia ludos
non
ex difficili causa petita subest.
Non est de
tetricis, non est de magna professis:
volt sua plebeio sacra patere choro,
et monet
aetatis specie, dum floreat, uti;
contemni spinam, cum cecidere rosae.
Je te salue, déesse des fleurs, toi dont
la fête ramène les jeux folâtres. […] Je voulais demander pourquoi, dans ces
jeux, la licence est plus grande, et la plaisanterie plus effrontée; il me
revint à l’esprit que Flore n’est pas une divinité sévère, et que ses dons
servent à parer nos plaisirs. […] Mais pourquoi la foule des courtisanes
célèbre-t-elle cette solennité? Il est facile d’en indiquer la cause: Flore
n’est pas de ces divinités moroses aux graves enseignements, elle veut que la
joie plébéienne éclate aussi dans ses fêtes en toute liberté; elle nous invite
à jouir du bel âge, tandis qu’il est dans sa fleur; après la chute des roses,
l’épine est méprisée. Ovide, Fastes, IV, vers 183, 331-334,350-354.
Ovide
reste volontairement très elliptique : il n’aime pas beaucoup parler des
prostituées et le côté plébeien de cette célébration doit heurter sa
délicatesse ; heureusement, avec son indignation habituelle, Tertullien
donne un peu plus de détails sur une fête qu’il trouve choquante :
Ipsa etiam prostibula, publicae libidinis hostiae, in scaena
proferuntur, plus miserae in praesentia feminarum, quibus solis latebant,
perque omnis aetatis, omnis dignitatis ora transducuntur; locus, stipes,
elogium, etiam quibus opus non est, praedicatur, etiam (taceo de reliquis) quae
in tenebris et in speluncis suis delitescere decebat, ne diem contaminarent.
Erubescat senatus, erubescant ordines omnes! ipsae illae pudoris sui
interemptrices de gestibus suis ad lucem et populum expavescentes semel anno
erubescunt.
Les prostituées elles-mêmes, victimes de
la débauche publique, sont poussées sur une scène, plus pitoyables encore en
présence des femmes, les seules dont elles se pouvaient se cacher ; elles
sont exposées aux regards de toutes les générations, de toutes les conditions
sociales ; on proclame leur adresse, leur tarif, leur descriptif, même
devant ceux qui n’en n’ont pas besoin, même – je passe le reste sous
silence – ce qui devait rester caché dans les ténèbres et dans leurs
tanières pour ne pas souiller la lumière du jour. Que le sénat rougisse, que
toutes les catégories sociales rougissent ! même ces femmes qui assassinent
leur propre pudeur par leurs postures rougissent une fois par an, effrayées par
la lumière du jour et par la foule. Tertullien, Des spectacles,
17.
Comprenons que les prostituées de Rome défilaient sur
une sorte d’estrade devant des spectateurs qui criaient « A poil, à poil,
à poil ! » ; et lorsqu’elles s’étaient exécutées, au milieu des
vociférations de toute sorte, un crieur public annonçait leurs nom, adresse et
spécialités. Il faut donc croire que seule l’élite de la profession devait
accepter cette forme de publicité, à moins qu’elle ne leur soit imposée par les
souteneurs : comment en effet le crieur public aurait-il pu proclamer tous
ces renseignements si les intéressé(e)s ne les lui avait pas communiqués ?
Le témoignage de Tertullien est irremplaçable, mais la
dernière phrase gâche tout : ce ne sont pas les filles qui rougissaient,
c’est Tertullien lui-même et peut-être lui seul. Les filles avaient
certainement l’habitude de s’exhiber et de s’exposer aux quolibets des passants
et des clients. Elles se sentaient gênées d’être exposées devant des
femmes ? Je croirais plutôt que c’était l’inverse. Quant au peuple, nul
doute qu’il appréciait la gaudriole sans se poser de question, pas plus que
Martial :
Quis
Floralia vestit et stolatum
permittit
meretricibus pudorem ?
Qui habille les Floralia et autorise
chez les prostituées la pudeur des matrones ? Martial, I, 35, vers 8 et 9
Le 23
avril se déroulaient les Vinalia, apparemment plus calmes. Il s’agit d’une
sorte de Salon de la prostituée, une foire exposition qui s’adresse plus
particulièrement aux professionnels. Les plus défavorisées par l’âge ou la
nature viennent tôt le matin ou tard le soir, les produits de luxe arrivent en
fin de matinée, sous l’éclatant soleil de midi :
Dicta Pales
nobis: idem Vinalia dicam.
una
tamen media est inter utramqve dies.
Numina,
volgares, Veneris celebrate, puellae:
multa
professarum quaestibus apta Venus.
Poscite ture
dato formam populique favorem,
poscite
blanditias dignaque verba ioco.
J’ai chanté Palès, je chanterai les
Vinales ; il y a un seul jour entre les deux fêtes. Filles publiques,
célébrez Vénus. Vénus protége activement celles qui s’offrent pour le profit.
Demandez-lui, pour prix de votre encens, la beauté, la faveur du peuple ;
demandez-lui l’art de séduire et de savoir parler avec esprit. Ovide, Fastes, IV, 863-868.

Pour diverses raisons, les Romains n’établissaient pas
comme nous un rapport évident entre l’amour et le mariage. Le mariage avait pour
but de perpétuer la famille, d’assurer dans les familles patriciennes la
pérennité du culte des ancêtres. L’amour, on allait le chercher ailleurs. Il
semble d’ailleurs que les Romains n’aient jamais été vraiment sensibles à
l’amour « platonique » des Grecs. La Vénus romaine était une Vénus
physique.
Ne parlons pas des amours adultères, sans doute très
rares avant l’Empire et plus rares que ne le prétendent les moralistes du 1er
s. ap. J.-C. En dehors des amours ancillaires qui sont réservées à une élite
possédante…
Mllon tÇn sobarÇn
tw doulÛdaw ¤klegñmesya,
oß m¯ toÝw
spataloÝw kl¡mmasi terpñmenoi...
Plutôt que les bourgeoises, je choisis les petites servantes,
moi qui ne suis pas attiré par les jouissances clandestines… Anth. Palat., V, 18, épigramme de Rufin,
2ème s. ap. J.-C.
… il reste le recours aux talents d’une
professionnelle.
Sénèque écrit quelque part qu’ « un cheval, un
âne, un bœuf … On les examine au moins avant de les acheter ; la femme est
la seule chose qu’on prenne sans la voir ». (cité par J.-N. Robert, Les
plaisirs à Rome). Les choses sont toutes différentes avec une
prostituée :
Altera, nil
obstat: Cois tibi paene videre est
ut nudam, ne
crure malo, ne sit pede turpi;
metiri
possis oculo latus. An tibi mavis
insidias
fieri pretiumque avellier ante
quam mercem ostendi? . . .
[Celle
qui se vend], pas de problème : grâce au tissu presque transparent de Cos,
tu peux voir comme si elle était nue, si sa jambe est mal faite, si son pied a
des défauts ; de l’oeil tu peux mesurer sa taille. Préférerais-tu par
hasard tomber dans une embuscade et te faire arracher le prix convenu avant
d’avoir vu la marchandise ? Horace, Satires, I, II, 101-105
Une femme vénale, certes, mais on choisit sa
marchandise. Le rêve de tous, de l’époque de Plaute au Bas-Empire, c’est
évidemment la courtisane à la grecque, l’hétaïre, la réincarnation d’Aspasie,
Phryné, Laïs ou Thaïs dont les professionnelles de l’époque impériale
empruntent le nom sans en avoir le prestige et surtout, je crois, sans en avoir
le talent. A Rome, la célèbre Flora mise à part, je pense qu’il y avait plutôt
des cocottes que de vraies courtisanes. D’ailleurs, il n’y a pas de mot en
latin qui traduise le grec ¥taÛra,
« compagne, amie », alors que meretrix est l’équivalent exact de pñrnh,
« celle qui se vend », et puis n’est pas courtisane qui veut :.
Tu licet
ediscas totam referasque Corinthon,
Non
tamen omnino, Laelia, Lais eris.
Toi tu peux bien apprendre et refaire tout ce qu’on fait à
Corinthe,
tu n’en seras pas pour autant, ma chère Lélia, une Laïs. Martial, X, 68, vers 11-12.
Mais d’abord, quand on rêve de s’offrir les faveurs
d’une courtisane, c’est-à-dire une sorte de contrat d’exclusivité temporaire, on
doit en avoir les moyens financiers, sinon le rêve risque de ne rester qu’un
rêve :
T¯n kataflejÛpolin
Syenelaýda, t¯n baræmisyon,
t¯n toÝw boulom¡noiw xrusòn mergom¡nhn,
gumn®n moi di
nuktòw ÷lhw par¡klinen öneirow
xri fÛlhw ±oèw proÝka xarizom¡nhn...
Sthénélaïs qui met toute la ville en feu, qui se fait si cher
payer,
celle qui cueille l’or chez qui la veut,
toute nue une nuit entière elle s’est couchée près de moi, –
c’était un rêve –
et jusqu’à la douce aurore gratuitement elle m’a accordé ses
faveurs… Anth. Palat., V, 2.
Les cocottes romaines ont en effet une solide
réputation de rapacité.
P¡nte dÛdvsin ¥nòw
t» deÛn& õ deÝna tlanta
kaÜ bÛneÝ frÛssvn
kaÜ, m tñn, oéd¢ kal®n:
p¡nte d'¤gÆ draxmw
tÇn dÅdeka Lusianssú,
kaÜ binÇ pròw tÒ
kreÛssona kaÜ fanerÇw.
Un tel donne cinq talents à Une telle pour une seule fois,
et c’est en frissonnant de peur qu’il baise, bon dieu, une fille
qui n’est même pas jolie ;
mais moi, cinq drachmes à Lysianassa pour douze fois,
et je baise par dessus le marché une fille plus belle et au
grand jour.
Anth.
Palat., V, 126, épigramme de Philodème de Gadara, 1er s. av. J.-C.
Comprenons que le premier a peur de se faire surprendre par l’amant attitré de sa courtisane.
5 talents valent 30 000 drachmes, soit 120 000 sesterces ou 300 000 as… Rappelons qu’un légionnaire de la même époque touchait environ 5 as par jour.
Dans une autre épigramme, un contemporain de Tibère
affirme qu’il ne paiera que deux oboles (1/3 de drachme ou 3 as ½) et rien de
plus :
... t» d¢ KorÛnnú
/ toçw õboloçw dÅsv toçw dæv ...
Elles se montrent cupides dans leur intérêt personnel
bien sûr, mais aussi et peut-être surtout parce qu’elles-mêmes doivent faire
face à la rapacité du leno qui les menace,
si elles ne rapportent pas assez d’argent, de les prostituer dans les bordels à
esclaves : cras populo prostituam vos,
dit le leno Ballio dans le Pseudolus
de Plaute (vers 188).
Elles
doivent d’ailleurs se montrer d’autant plus intransigeantes sur le « petit
cadeau » que selon Rufin
psai gr
met Kæprin terp¡ew eÞsÜ gunaÝkew
après l’amour toutes les femmes perdent
leur charme. Anth. Palat., V, 77.
Les pièces de Plaute nous montrent quantité de jeunes gens
prêts à se ruiner pour une courtisane. Prêts à se ruiner mais souvent
désargentés car c’est papa qui tient les cordons de la bourse. Bien sûr, il
leur est toujours possible de se rendre pour pas cher dans un lupanar, comme le
garçon que rencontre Caton. Mais le service n’est pas comparable et il est
toujours flatteur d’entendre dire qu’on est aimé, d’avoir une compagne aux
petits soins, d’être l’objet de mille attentions, même s’ils savent à quel prix
cela s’obtient. Et justement, la cocotte leur ferme sa porte afin de stimuler
leur désir et donc leur ingéniosité pour se procurer de l’argent.
« Chez la belle Suzon, chantait Brassens, pas
d’argent, pas de cuisses ». Tibulle qui en a fait l’amère expérience nous
a laissé (livre II, 4) une jolie plainte d’amant éconduit, plus touchante et
plus sincère que celles des personnages de comédie :
O pereat
quicumque legit viridesque smaragdos
et
niveam Tyrio murice tingit ovem.
Addit
avaritiae causas et Coa puellis
vestis
et e Rubro lucida concha mari.
Haec fecere malas: hinc clavim ianua sensit
et coepit
custos liminis esse canis.
Sed pretium
si grande feras, custodia victa est
nec
prohibent claves et canis ipse tacet.
Heu
quicumque dedit formam caelestis avarae,
quale
bonum multis attulit ille malis!
Hinc fletus
rixaeque sonant, haec denique causa
fecit
ut infamis nunc deus erret Amor.
Oh ! périsse quiconque recueille
les vertes émeraudes ou teint une blanche brebis avec la pourpre de Tyr !
C’est lui qui cause l’avidité des jeunes filles, ce sont les étoffes de Cos et
la brillante coquille de la mer Rouge. Voilà ce qui les a rendues coupables.
Dès lors la porte sentit la clef, et le chien commença à veiller sur le seuil.
Mais apporte-t-on une forte somme ? les gardiens sont vaincus, les clefs
n’arrêtent plus, le chien lui-même se tait. Hélas ! celui des habitants du
ciel qui a fait don de la beauté à une fille cupide, quel bien il a ajouté à
tant de maux ! C’est là l’origine des pleurs et des rixes bruyantes ;
c’est là, enfin, ce qui a fait de l’Amour ce dieu décrié.
At tibi,
quae pretio victos excludis amantes,
eripiant
partas ventus et ignis opes:
quin tua
tunc iuvenes spectent incendia laeti,
nec
quisquam flammae sedulus addat aquam. […]
Vera quidem
moneo, sed prosunt quid mihi vera?
Illius
est nobis lege colendus amor.
Quin etiam
sedes iubeat si vendere avitas,
ite sub imperium sub titulumque, Lares.
Mais toi, qui fermes ta porte aux amants
qui ne peuvent payer, puisses-tu voir l’amas de tes richesses devenir la proie
du vent et du feu ! Que les jeunes gens contemplent avec joie
l’incendie ! Que personne ne s’empresse à verser de l’eau sur la
flamme ! Ou si la mort vient te frapper, que nul ne pleure, que nul
n’apporte un don à tes tristes obsèques ! […] C’est la vérité que j’annonce ;
mais que me sert la vérité ? Mon amour doit subir la loi que l’avare
m’impose. M’ordonne-t-elle même de vendre la demeure de mes aïeux, subissez sa
volonté, et soyez mis à l’encan, ô mes Lares !

Laissons
là les courtisanes et autres cocottes. Tous les Romains ne sont pas aussi
délicats ou aussi difficiles que Tibulle, Properce ou Ovide, et n’ont pas
forcément un père aussi riche que ceux que Plaute met en scène. Beaucoup, je
pense, ressemblaient davantage à Horace et recherchaient plus une jouissance
passagère qu’une liaison :
Num, tibi
cum faucis urit sitis, aurea quaeris
pocula? num
esuriens fastidis omnia praeter
pavonem
rhombumque? Tument tibi cum inguina, num, si
ancilla aut
verna est praesto puer impetus in quem
continuo
fiat, malis tentigine rumpi?
Non ego;
namque parabilem amo venerem facilemque.
Illam
"post paulo", "sed pluris", "si exierit vir",
Gallis, hanc
Philodemus ait sibi, quae neque magno
stet pretio
neque cunctetur cum est iussa venire.
Candida
rectaque sit, munda hactenus, ut neque longa
nec magis
alba uelit quam dat natura videri.
Quand la soif te brûle la gorge, cherches-tu
une coupe en or ? quand tu meurs de faim, fais-tu le dégoûté pour tout
sauf pour du paon ou du turbot ? Quand ton bas-ventre se gonfle, est-ce que si tu
as sous la main une servante ou un jeune esclave que tu puisses posséder sans
délai, tu préfères bander jusqu’à éclabousser ? Moi, non. Ce que j’aime,
c’est un amour bon marché et facile. Celle qui dit : « Attends un
peu », « donne un peu plus », « dès que mon mari sera
sorti », on la laisse, selon Philodème, aux eunuques ; on se garde
celle qui n’est pas chère et qui ne fait pas attendre quand on lui dit de
venir. Qu’elle soit claire, sans manières, en un mot propre, du genre qui ne
veut pas paraître plus grande et plus blanche que ne l’a faite la nature. Horace, Satires, I, II, 114-124

munda
hactenus, « propre » sans
doute, mais aussi « soignée, raffinée, élégante » et la suprême
élégance n’est-elle pas la jeunesse ?
Paryenik koæra
t k¡rmata pleÛona poieÝ
oæk pò tw t¡xnaw ll' pò
tw fæsiow.
Une fille toute jeune, ce qui lui rapporte le plus d’argent
n’est pas lié à un savoir-faire mais à la nature. Anth. Palat., V, 45.
munda hactenus, voilà ce
qui distingue les prostituées « convenables » des lupanars
« convenables » de celles qu’envoient dans les bordels de Subure le
destin, les tares physiques, la colère d’un souteneur ou, plus simplement, plus
cruellement, le temps qui passe :
Poè soi keÝna, M¡lissa,
t xræsea kaÜ perÛopta
t°w poluyrul®tou kllea fantasÛhw;
poè d' ôfræew kaÜ
gaèra fron®mata kaÜ m¡gaw aéx¯n
kaÜ sobarÇn tarsÇn xrusofñrow spatlh;
nèn penixr¯ cafar®
te kñmh, par possÜ trageÛa:
taèta t tÇn spatalÇn t¡rmata pallakÛdvn.
Où est ton éclat d’or, Mélissa, et la beauté
sous tous les angles de ton allure qui faisait tant
parler ?
Où sont tes airs méprisants, ta présomption et ton arrogance,
ton port de tête hautain,
et les précieux cercles d’or sur tes pieds orgueilleux ?
Maintenant tes cheveux sont pauvres et secs, tu es chaussée de
peau de bouc,
voilà quelle est la fin des précieuses courtisanes. Anth. Palat., V, 27, épigramme de Rufin.
La fin est en effet souvent cruelle :
... an te ibi
vis inter istas versarier
prosedas,
pistorum amicas, reliquias alicarias,
miseras
schoeno delibutas servolicolas sordidas,
quae tibi
olant stabulum statumque, sellam et sessibulum merum,
quas adeo
hau quisquam umquam liber tetigit neque duxit domum,
servolorum
sordidulorum scorta diobolaria?
Est-ce que tu veux te trouver au nombre de
ces misérables prostituées, ces amies des garçons boulangers, ces déchets tout
juste bons pour des valets couverts de farine, ces filles faméliques, gluantes
de mauvais parfum, répugnants plaisirs de la lie des esclaves ? Elles te
sentent le fumier de leur bouge, où elles croupissent sur leur tabouret. Jamais
un homme libre n’a voulu y toucher ni les conduire chez lui, ces vieilles peaux
que les plus puants des esclaves se procurent pour deux oboles... Poenulus, 187-192, traduction C.
Salles, les Bas-fonds de l’antiquité, Payot..
Non quasi
nunc haec sunt hic, limaces, lividae,
febriculosae,
miserae amicae, osseae,
diobolares,
schoeniculae, miraculae,
cum extritis
talis, cum todillis crusculis
Elles ne sont pas vraiment tout à fait comme ça, les filles
d’ici : des poules, blafardes, fiévreuses, pitoyables maîtresses, des
squelettes ambulants, des putains à quatre sous, puant la cocotte, des
épouvantails, avec leurs pieds déformés, avec des cannes en guise de cuisses… Cistellaria, 405-408.
A moins que les filles n’aient su résister mieux que
d’autres aux outrages du temps et à la rapacité du souteneur, et qu’elles aient
pu à temps abandonner un métier auquel elles vont sans doute désormais former à
leur tour les toutes jeunes filles qui assureront la relève :
BoÛdion hêlhtriw
kaÜ Puyiw, aá pot' ¤rastaÛ,
soÛ, Kæpri, tw
zÅnaw tw te grafw ¦yesan:
¦mpore kaÜ forthg¡,
tò sòn ballntion oäden
kaÛ pñyen aß zÇnai
kaÜ pñyen oß pÛnakew.
Boidion la joueuse de flûte et Pythias, deux anciennes filles
d’amour,
t’ont consacré, Aphrodite, leurs ceintures et leurs portraits.
Marchand, transporteur, ta bourse sait bien
et d’où viennent les ceintures et d’où viennent les
tableaux. Anth. Palat., V, 159.
ou,
situation exceptionnelle, qu’elles n’aient trouvé à se caser (je n’ai pas dit
« se marier » !):
H t p¡lida
f¡rousa, Menekrtiw: ² d¢ tò frow,
Fhmonñh, PrhjÆ d', ¶ tò kæpellon ¦xei.
T°w PafÛhw õ neÆw
kaÜ tò br¡taw: nyema d' aétÇn
junñn: StrumonÛou d' ¦rgon Aristomxou.
Psai d' staÜ
¦san kaÜ ¥tairÛdew, ll tuxoèsai
kæpridow eékr®tou, nèn ¥now eÞsi mÛa.
Celle qui porte les sandales, c’est Ménécratis ; celle qui
tient le voile,
c’est Phémonoé ; Praxo est celle qui tient la coupe.
Le temple est celui d’Aphrodite de Paphos, tout comme la statue.
L’offrande
leur est commune, c’est l’oeuvre d’Aristomachos, né sur les
bords du Strymon.
Toutes trois étaient d’ici et petites courtisanes ; mais
ayant rencontré
un amour bien sage, chacune est maintenant la seule femme d’un
seul homme. Anth. Palat., VI, 208,
époque d’Auguste.
Notons enfin que les tombeaux à la sortie de la ville
abritaient un certain nombre de prostituées appelées bustuariae.
Les prostituées ne
pouvaient ni témoigner devant les tribunaux ni, après une mesure prise par Domitien,
entrer en possession d’un héritage même si elles cessaient d’exercer leur
activité. Seul le mariage pouvait leur permettre, éventuellement, d’avoir rang
de matrona, mais une loi
d’Auguste de 18 av. J.-C. (peut-être abrogée plus tard ?) interdisait le
mariage d’un homme libre et d’une affranchie.

En dehors des établissement de prostitution et des
prostituées qui racolaient sous les voûtes du Circus Maximus et autres lieux,
on trouvait des puellae faciles, des filles
faciles, prostituées occasionnelles :
H t =ñda,
=odñessan ¦xeiw xrin: All tÛ pvleÝw ;
saut¯n ³ t =ñda ±e sunamfñtera ;
Hé,
les roses ! Tu as la fraîcheur de tes roses ! Mais que
vends-tu ?
Toi
ou tes roses ou les deux à la fois ?
Anth. Palat., V, 81.
- XaÝre sæ. - KaÜ sæ ge xaÝre. - TÛ deÝ se kaleÝn; - S¢ d¡;
- M®pv
toèto: filñspoudow. - Mhd¢ sæ. - M® tin' ¦xeiw;
- AÞeÜ tòn fil¡onta.
- Y¡leiw ma s®meron ²mÝn
deipneÝn; - EÞ sç y¡leiw. - Eïge: pñsou
par¡sú;
Mhd¡n moi prodÛdou.
- Toèto j¡non. -All' ÷son n soi
koimhy¡nti dok», toèto dñw. - Oék dikeÝw.
Poè gÛnú ; p¡mcv
... - Katamnyane. PhnÛka d' ´jeiw;
- Hn sç y¡leiw Ërhn. - Eéyç y¡lv. - Prñage.
Garçon – Bonjour.
Fille – Bonjour
aussi.
G. – Comment
t’appelles-tu ?
F. – Et
toi ?
G. – Pas
encore, tu es trop pressée.
F. – Toi
aussi.
G. – Tu as
quelqu’un ?
F.
– Toujours, celui qui m’aime.
G. – Tu
veux dîner avec moi ce soir ?
F. – Si tu
veux.
G.
– D’accord. Combien veux-tu pour venir ?
F. – Ne me
donne rien d’avance.
G. – Ça,
c’est inhabituel.
F. – Mais
tu me donneras ce que tu voudras quand tu auras couché avec moi.
G. – Ce
n’est pas déraisonnable. Où peut-on te trouver ? je vais envoyer …
F. – C’est
là, regarde ! A quelle heure viendras-tu ?
G. – A
l’heure que tu voudras, toi.
F. – Alors
tout de suite !
G. – Passe
devant. Anth. Palat., V, 46,
épigramme de Philodème, 1er s. av. J.-C.
« Je vais envoyer… » : la fille interrompt le garçon. Comme elle habite tout près, il est inutile d’envoyer un esclave reconnaître le chemin avec elle. Le garçon allait dire, comme celui de l’épigramme 308, p¡mcv met soè tina. katamanynv signifie au sens propre ; « apprendre en observant ».
Mais les filles ne sont pas toujours celles que l’on
croit, et on n’évite pas toujours de prendre un râteau :
- XaÝre, kñrh.
- KaÜ d¯ sæ. - TÛw ² proóoèsa ; - TÛ pròw s¡ ;
- Oæk lñgvw zhtÇ. -
Despñtiw ²met¡rh.
-ElpÛzein ¦jest'
; - AÞteÝw d¢ tÛ ; - Nækta - F¡reiw tÛ ;
- XrusÛon. -Eéyæmei. - KaÜ
tñson. - Oé dænatai.
– Bonjour, minette.
– Bonjour à toi aussi.
– Qui est la dame qui marche devant
toi ?
– Qu’est-ce que ça peut te
faire ?
– J’ai mes raisons de la demander.
– C’est notre maîtresse.
– Il y a un petit espoir ?
– Qu’est-ce que tu veux ?
– Une nuit.
– Qu’est-ce que tu donnes ?
– Du bel argent.
– Bravo.
– Voilà combien.
– Pas question ! Anth. Palat., V, 101.
XrusÛon : sûrement pas de l’or ! pas plus qu’on ne donne de l’argent métallique en donnant quelques euros.

Le lupanar de Pompéi
A côté des thermopolia, où l’on pouvait
se restaurer rapidement, des cauponae qui proposaient un logement, Pompéi
offrait aux visiteurs de passage et à ses habitants plus de trente
établissements où l’on pouvait rencontrer des prostituées.
Certains étaient
très rudimentaires : une cella, simple pièce avec un lit en maçonnage
recouvert d’une paillasse soit donnant directement sur la rue, soit dans une
maison particulière.
On trouvait
souvent des chambres installées à l’étage des tavernes et des auberges, auxquelles
on accédait par de raides escaliers en bois, comme chez Asellina.
Le lupanar, situé
en VII, 12, pas très loin du forum, est le seul établissement à Pompéi qui ait
été conçu uniquement pour remplir cette fonction.

Il compte dix
chambres, cinq au rez-de-chaussée et cinq, plus spacieuses, au premier étage,
devant lesquelles s’étendait un balcon de passage. Les pièces de l’étage
supérieur, auquel on accédait par un escalier en bois indépendant (D), étaient sans doute pourvues de lits en
bois ; le décor des murs, plus raffiné que celui du rez-de-chaussée,
appartient au IVe style et ne comportepas de scènes érotiques.

On pénétrait dans
le lupanar par deux entrées distinctes : la première (1) au n°18 de la ruelle du Lupanar, la
seconde (2) donne sur la
ruelle du Balcon en surplomb (vicolodel Balcone Pensile) qui conduit au forum.
Ces deux entrées
menaient dans une petite salle centrale (A) autour de laquelle s’agençaient cinq cellae meretriciae (B)
|
Près de l’entrée du rez-de-chaussée était peint un Priape à deux phallus devant un figuier. |
|
Toujours au rez-de-chaussée, au-delà d’un petit mur, se trouvaient des latrines (C). |
|

Au-dessus des
portes sont peintes des scènes érotiques.

inque modos venerem mille figuret amor
l’amour imagine mille manières de se
faire
Ovide, Amours,
III, 14, 24.
La plupart des descriptions du
lupanar affirment que ces tableautins servaient à indiquer au client la
spécialité de chaque fille. Je veux bien, mais rien ne le prouve ! De plus,
si l’on pense (par exemple d’après l’extrait du Satiricon cité en haut
de cette page) que les prostituées se tenaient, à demi-nues, devant le rideau
qui fermait leur cellule entre chaque client, on peut imaginer qu’elles étaient
capables elles-mêmes de vanter leurs talents, sans que le « promeneur
furtif » soit obligé de se tordre le cou pour examiner les images. Et dans
chaque cella, les graffitis évoquent des occupantes
différentes et des spécialités différentes.
Aß trissaÛ toi taèta
t paÛgnia y°kan ¥taÝrai
Kæpri mkair', llhw llh p' ¤rgasÛhw:
Ïn pò m¢n
pug°w EéfrÆ tde, taèta d¢ KleiÆ
Éw y¡miw, ² tritth d' AtyÜw p'
oéranÛvn.
Any' Ïn t»
m¢n p¡mpe t paidik, despñti, k¡rdh,
t» d¢ t yhleÛhw, t» d¢ t mhdet¡rhw.
Trois courtisanes te consacrent ces
figurines,
bienheureuse Cypris, chacune réprésentant la spécialité de
chacune :
c’est avec ses fesses que travaille
Euphro ; Clio travaille
selon les lois de la nature ; Atthis, la troisième, se sert de son
palais.
En échange, fais bénéficier la première,
Dame souveraine, de présents masculins,
la deuxième de présents féminins et la dernière de présents
neutres. Anth. Palat., VI, 17.
Cette épigramme a été attribuée à Lucien de Samosate (IIe s.
ap. J.-C.) ; les critiques modernes pensent plutôt à Lucillius,
contemporain de Néron et donc de notre lupanar.

L’intérieur du
lupanar fut sans doute réaménagé à une époque voisine de celle de l’éruption.
Les chambres ont été
enduites d’un crépi blanc. Les parois des cellae sont presque totalement
recouvertes de graffitis, gravés tant par les clients que par les prostituées.
On sait avec certitude que ces inscriptions, qui se superposent souvent, sont
postérieures à 72 apr. J.-C., car l’empreinte d’une pièce de monnaie de cette
année-là a été laissée sur un crépi qui venait d’être posé.

Deux noms que l’on
rencontre gravés dans les murs des chambres du lupanar se retrouvent dans des
inscriptions électorales peintes Vico del Lupanare, près de la Via degli
Augustali.
….M SABIN
AED P A
AFRICANVS ROG
Marcus
Sabinus
édile
P. A. ! Africanus vous le recommande.
CIL IV, 817
L’abréviation P A
après aedilem est difficile à interpréter, il s’agit sans doute d’une
déformation de aedibus sacris publicis procurandis en Publicis
Aedibus.
Marcus Epidius Sabinus a été élu
édile en 74, ce qui ne signifie pas qu’il ait été élu à sa première
candidature.
M
CERRINIVM AED
AFRICANVS
ROG CVM VICTORE
Marcus
Cerrinius édile !
Africanus
ainsi que Victor vous le recommandent.
CIL IV, 818.
On peut en déduire
qu’au cours des dernières années de vie de la cité, le lupanar aurait été
dirigé par le dénommé Africanus assisté d’un Victor. Cet Africanus (2258a), qui se livrait lui-même à la prostitution, est mort peu de
temps avant l’éruption du Vésuve : M. Cerrinius Vatia a été élu édile en
79. Le nom de Victor apparaît plusieurs fois, mais il semble plutôt désigner un
ou des clients.

La plupart des
prostituées avaient des noms grecs ou orientaux, en raison (selon certains
auteurs) de la grande réputation dont jouissaient les prostituées
« exotiques », tout simplement à mon avis parce que ces filles
étaient des esclaves originaires de l’Orient hellénisé (plutôt que de Grèce).
Celles qui portent un nom à consonance latine pouvaient être des affranchies, à
moins qu’elles n’aient latinisé leur nom.
Le client pouvait
aussi demander de jeunes garçons.
Presque tous les
auteurs parlent de « tarifs particulièrement bas » ; les graffitis
du lupanar ne mentionnent que deux fois le prix d’une passe : le
n° 2193 parle d’un denier, ce que je ne trouve pas particulièrement bon
marché en fonction des prix demandés ailleurs ; la lecture de l’autre sunt asses II (2279) et son
interprétation en dehors de tout contexte restent aléatoires. Rappelons qu’une
coupe de vin coûtait un as.
Ce qui est sûr,
c’est que les lupanars étaient fréquentés par les couches sociales les moins
favorisées et les personnes de passage : les hommes libres qui en avaient
les moyens avaient des relations extraconjugales à domicile avec leurs
serviteurs, garçons ou filles.

Et les maladies vénériennes ? Les murs du lupanar
n’y font pas du tout allusion et on en parle très peu sur les autres murs de
Pompéi. Une seule inscription en fait mention de façon claire. Elle est rédigée
sous la forme d’un distique pas très régulier, se trouve près de la porte d’une
maison du Vico degli Scienzati :
HIC EGO NV
VTVII FORMOSA FOMA PVELLA LAVDATA A MVLTIS SET LVTVS INTVS EERAT
hic ego nunc futue formosam forma puellam
laudatam a multis set lutus intus erat.
C’est fait : ici, moi j’ai baisé la
fille jolie et bien faite
dont beaucoup ont dit du bien, mais
dedans il y avait de la vase.
futue = futui, lutus = lutum
Le problème, c’est de savoir ce que lutus signifie ! Une
chose est sûre : il s’agit bien d’une maladie (morbus) : un autre
graffiti juste à côté (CIL 4, 1517)
précise :
HIC NVC FVTVE FORMOSAM
FOR E PVELLAM
MORBVS
le reste est illisible.
Il n’est évidemment pas question d’essayer de donner
un nom à la maladie en question, en tout cas ni syphilis que l’Antiquité n’a
pas connue, ni bien sûr sida, même si, selon Cicéron (Tusc. IV, 13), morbum appellant totius corporis corruptionem on appelle « morbus »
une affection qui touche le corps entier. Il semble que notre scripteur
ait un peu exagéré la gravité du mal. Encore faudrait-il être certain de la
lecture du graffiti et de son sens, ce qui n’est guère possible. J’ajoute que
toute cette interprétation repose sur la présence du mot morbus : en effet, lutus et intus pourraient à la
rigueur s’entendre au sens moral : « elle m’a fait lanterner, on en
dit du bien, mais c’est une salope ! ».
Il existe une autre inscription, assez obscure, (CIL 4, 1391) où l’on a longtemps vu une allusion à une maladie
vénérienne, mais la lecture plus attentive de M. Antonio Varone (Erotica
Pompeiana, 1994) a montré qu’il s’agissait de tout autre chose.
Que dire alors des MST à Pompéi ? Rien :
considérant qu’on n’en trouve qu’une trace, et encore mal assurée, au milieu de
tant de graffiti érotiques ou pornographiques, je dirais volontiers que le sexe
n’était vraiment pas une activité à risques à Pompéi !

Quelques descriptions du
lupanar de Pompéi
Pierre Dufour, Histoire de la prostitution chez tous les peuples du
monde, Paris, 1852. L’auteur de cette ambitieuse recherche était « membre de
plusieurs Académies et sociétés savantes françaises et étrangères ». Je
signale en bleu clair les affirmations fantaisistes.
Toutes
les cités romaines abondaient en lupanars, sans compter que tavernes, boutiques
de barbier et même de boulanger, bains, etc., tout servit bientôt de succursale
occasionnelle à ces maisons de débauche. Ceux qu’on a découverts à Pompéi nous
instruisent complètement sur les dispositions intérieures de ces
établissements.
On
pénètre tout de suite dans un corridor sur lequel ouvrent plusieurs chambres
fort petites. La porte de chacune de ces chambres
porte le nom de la femme qui l’habite et est surmontée
d’une peinture obscène; à côté du nom de la prostituée est
inscrit le prix exigé pour jouir de ses embrassements. Dans
un coin de la chambre est un lit en pierre que
l’on recouvrait de matelas et de tapis et les murs sont couverts d’inscriptions
obscènes. Un phallus gigantesque, avec cette inscription Hic habitat
felicitas, telle était l’enseigne de la maison.
Jean Noël Robert, Les plaisirs à Rome, Éd. Payot, 1994.
… dans les rues de Subure, la lie du peuple trouve son compte
dans des conditions de saleté inimaginables. Un quartier s’appelle même
« quartier des prostituées », le Submemmium. On y trouve une suite de
petites cellules sans fenêtres dont Martial nous dit qu’elles ferment au moyen
d’un rideau et où dans la puanteur et la crasse des esclaves, filles et garçons
attendent le client, généralement nus. Il s’agit vraiment de la dernière
catégorie de lupanars où, pour deux as, on peut satisfaire son désir, mais un
peu partout dans la ville, des lupanars mieux tenus offrent au client un
confort un peu meilleur. Pompéi nous a laissé des témoignages de ces petites
chambres où une banquette en maçonnerie recouverte d’un matelas offre une
couche sordide. Les murs sont couverts d’obscénités et à l’entrée de chaque
pièce, une petite pancarte indique au client les spécialités érotiques de
l’occupante. Le plus souvent, ces lieux sont des foyers de maladies vénériennes
qu’aucune médecine n’arrive à limiter. Là, il en coûte jusqu’à seize as, ce qui
n’est rien à côté des milliers de sesterces que réclame une courtisane que l’on
va voir chez elle ou qui se loue chez les clients.
Catherine Salles, Les bas-fonds de l’Antiquité, Éd. Payot, 1995.
Dans les passages voûtés qui soutiennent les gradins du Grand
Cirque, se dissimulent les « louves ». Il existe aussi, dans ces
quartiers populaires de [Rome], des lupanars plus importants que les
« loges » du Submemmium. Les inventaires du IVe siècle en
dénombrent 45 dans la ville. Sans doute se présentent-ils comme celui que l’on
peut visiter à Pompéi : une rangée de cellules meublées sommairement de
couchettes maçonnées, recouvertes d’un matelas. Au-dessus de la porte de chaque
cellule, une peinture indique, par l’image, les particularités amoureuses de la
fille. Le client peut ainsi choisir en toute connaissance de cause dans cette
sorte de libre-service du plaisir, plus sordide qu’excitant. Quelques graffiti
obscènes, inévitables en ce genre d’endroits, et des inscriptions attestent que
les maladies vénériennes n’étaient pas inconnues des clients du lupanar :
« Ici j’ai fait l’amour à une vraiment belle fille, dont beaucoup vantent
la beauté ; mais elle avait à l’intérieur d’elle de l’ordure », dit
la plus convenable de ces inscriptions, se contentant de faire allusion à ce que
les autres désignent en termes plus crus.
Il s’agit du graffiti (CIL
4, 1516) que j’ai commenté ci-dessus à propos des maladies
vénériennes.

Inscriptions du lupanar
Je n’ai retenu ici que les graffitis composés d’au
moins deux mots (sauf exception) et j’ai regroupé ensuite les noms propres
isolés. Vous trouverez le commentaire de certains mots spécialisés dans mes Obscena
verba.
Un homme…
hic ego cVm veni fVTVi deinde redei domi
Moi, je suis venu ici, j’ai baisé et
puis je suis rentré chez moi.
… une femme…
fvtvta svm hic
Ici, on m’a baisée.

et tous les autres…
Première chambre à
gauche
salvi Pilia
Au revoir, Pilia!
salvi
= salve
CIL 4, 2173
Pilia est un nom latin (celui de la jeune femme d’Atticus, par exemple).
…IAs cvm ma
gno vbiqve
[Hylas ?] avec Magnus partout.
CIL 4, 2174
Magnus, « le Grand » , est un surnom latin très courant.
Ulaw, « Celui qui aboie » ( ?). Le u est bref alors que celui de ìlh (« la forêt ») qui serait plus bucolique est long.
... ³rato paidñw
toè xarÛentow Ula, toè tn
plokamÝda foreèntow
[… Héraclès] fut amoureux d’un jeune garçon
le gracieux Hylas, qui portait de si belles boucles… Théocrite, XIII, 7.
S’agit-il un jeune prostitué du lupanar dont Hylas serait le pseudonyme professionnel ?
Voyez un graffiti semblable ci-dessous (n° 2231)
hic ego mvltas pvellas
fvtvi
Ici j’ai baisé beaucoup de filles.
CIL 4, 2175
Felix
bene fvtvis
Félix, tu baises bien.
Felix : « Celui qui est né coiffé ».
Ikarvs Y
Ikarus : mort.
CIL 4, 2177
Facilis hic fvtvit
Facilis a baisé ici.
CIL 4, 2178
Facilis : « Facile ».
nica creteissiane
Vas-y, Creteissianus.
CIL 4,
2178a
nÛka : « sois vainqueur », encouragement assez fréquent à Pompéi.
Creteissianus prononcé « Cretissianus » doit avoir un rapport avec Cressus « Le Crétois », mais le mot est obscur.
Le suffixe –anus servant à former des noms de peuples, on peut imaginer qu’une prostituée a voulu garder le souvenir du barbarisme d’un client qui s’est défini comme Creteissianus au lieu de Cressus ou Creticus (Krhthkñw).
calos paris
Bravo, Pâris !
CIL 4, 2179
kalÇw : « bravo », très fréquent à Pompéi ; Pâris, Priw, était un nom très répandu.
calos castrensis
Bravo, militaire !
CIL 4, 2180
![]()
iarinvs
CIL 4, 2181
[Quelle belle
], Iarinus !
EÞarinñw est la forme homérique de l’adjectif ¤arinñw, « du printemps, printanier ».
pVteolanis feliciter
omnibVs nVcherinis
felicia et VncV pompeianis
petecVsanis
Vive ceux de Pouzzoles,
pour tous ceux de Nuchéria
des jours heureux et le croc pour ceux
de Pompéi
et pour ceux des îles Pithécuse.
CIL 4, 2183
La dernière ligne a été ajoutée par une
autre main, pas plus exigeante sur l’orthographe des noms propres : Nucerinis et Pitecusanis.
uncus : le croc de boucherie ou le crochet à long manche qui servait à traîner les cadavres des condamnés ou des gladiateurs. Certains Romains voulaient traîner ainsi aux Gémonies le cadavre de Tibère : alii uncum et gemonias cadaveri minarentur. Suétone, Tibère. 75.
Phoebus le parfumeur a très bien baisé.
CIL 4, 2184
Phoebus, Phebus, FoÝbow est un nom très répandu.
Sollemnes, tu baises bien.
CIL 4, 2185
Sollemnis : « Habituel »
Futues doit se lire futuis (au présent)
Sollemnes, tu baises bien.
Vitalio, tu baises bien.
Vitalio est un diminutif de Vitalius, nom latin : « Qui a la force vitale ».
Ici, Pet-à-l’ail a bien bsé
qui il a voulu.
Fuit pour futuit. Le graffiti dit « quem » au masculin, « celui que » : faute de déclinaison ? C’est possible, mais il faut plutôt comprendre que, bien qu’ils ne figurent pas sur les fresques, le lupanar abritait aussi des garçons.
skñrdon, « l’ail » ;pñrdvn, « le péteur ; je vois dans la terminaison –nicus un suffixe diminutif plutôt que le radical nik- « victoire » qui se placerait en début de mot pour signifier « le roi du pet à l’ail ».
Helpis b
Espérance, [tu es un] b[on coup].
ElpÛw b[ene das] ?
fvtvi
J’ai baisé.
XVII Kalendas Ivlias,
Hermeros
cvm Phile
tero et Caphi
so hic fvtv
ervnt
Le 17 des calendes de juillet (15 juin),
Hermeros avec [ses copains] Phileteros
et Caphisos ont baisé ici.
Hermeros : Ermerow, « aimé d’Hermès »; Caphisos : Kafisñw, « Céphise », la forme dorienne du nom montre que notre homme était originaire de l’Italie du sud ; Fil¡tairow, « Qui aime ses amis, Buddy » !
Arphocras hic
cvm Dravca
bene fvtvit denario
Ici, Harpocras a bien baisé avec Drauca
pour un denier.
Une épigramme de l’Anthologie (XI, 115) associe à Isis un dieu guérisseur Harpocratès. Le client du lupanar avait sans doute du mal avec l’écriture des aspirations. Harpocras est-il un diminutif ou une faute pour Harpocra(tè)s ?
Drauca a fait l’amour avec son client, contrairement à ce signifie son nom : « celle qu’on sodomise ».
Phoebvs pedico
Moi Phoebus, je sodomise.
Hermeros hic
fvtvit
Hermeros a baisé ici.
P DIC APLONIA... A ...
BENE DAT NONIVS
FVTIIRII
J’ai sodomisé Aplonia, …
c’est un bon coup. Nonius
(veut la ) béser…
Aplonia(m) : ApollvnÛa, Apollonia, ici à l’accusatif. Futere pour futuere.
Beronice
Vabenda
fvtvere
Beronice, va(le) ! ben(e) da ! Futuere (te cupio).
Véronique, salut ! Sois un bon
coup ! (Je veux te) baiser.
BerenÛkh, Bérénice, « celle qui apporte la victoire » (f¡rv + nÛkh), en dialecte macédonien N’oublions pas que les ancêtres des Ptolémée venaient de Macédoine, tout comme Alexandre, et que Cléopâtre à ses heures s’amusait encore à patoiser :
Oé gr ntÜ toè f tÒ b xrÇntai
DelfoÛ, kayper Makedñnew 'BÛlippon' kaÜ 'balakròn' kaÜ 'BeronÛkhn' l¡gontew
... Les Delphiens ne prononcent pas B au lieu de PH, comme le
font les Macédoniens qui disent Bilippe, Balacros (« chauve ») et
Beroniké… Plutarque, Questions
grecques, 9. BeronÛkh,
prononcé « Véroniké », n’est donc qu’une variante de BerenÛkh. Celle qu’on appelle
sainte Véronique était une « femme juive,
atteinte d’un flux de sang, guérie par Jésus, [qui] vint témoigner en sa faveur durant son procès devant Pilate.
La légende en fit celle qui essuya le visage du Christ montant au Calvaire,
avec un linge blanc où se grava l’empreinte de ses traits. Non canonisée, mais
appelée sainte. Nom issu (comme Bérénice) du grec "beronike" (qui
porte la victoire). Patronne des photographes, des lingères. Fête le 8 mars (12
juillet). Citation du site Dictionnaire des
saints. Attention : je trouve sur un autre site, Nominis, cette affirmation pour le
moins étrange: « Le nom
de Véronique qui en grec, vera icona, veut dire : l’icône authentique… »
Felicla ego f
Félicula, moi, je l’ai baisée.
Felic(u)la(m) ego f(utui)
Diminutif féminin de Felix.
Felicla ego hic
fvtvi
Félicula, moi, je l’ai baisée ici.
Marcvs Scepsini vbiqve sal
Le bonjour de Marcus à Scepsina où
qu’elle soit.
Le mot Scepsin- signifie « originaire de Sk°ciw (gén. –evw), ville de Mysie (la Mysie se trouve en Asie Mineure, à l’est de Pergame) ». J’imagine mal un nominatif *Scepsinis. Il faut donc lire SCEPSINII, soit Scepsin(a)e.
Ianvariae ii
à Januaria, deux [as ?]
Ianuariae II asses solvi. Les deux dernières lettres peuvent se lire aussi TI. Dans les deux cas le graffiti est resté inachevé.
Je soupçonne que Januaria, nom qui revient plusieurs fois sur les murs de ce lupanar, doit s’entendre ici comme un équivalent de Ianitrix, « la Concierge » : la cellule où est gravée ce graffiti se trouve à l’entrée tout comme la loge du concierge. Mais pourquoi Ianuaria et non pas Ianitrix, l’astuce m’échappe.
Restitvta bellis Horibvs
Restituta, la fille aux jolies hanières.
Restitutus, surnom romain, fréquent à Pompéi : « Qui a été rétabli dans ses droits ». Restituta est donc un nom d’affranchie.
bellis moribus, « aux jolies manières » revient plusieurs fois dans les graffitis à connotation érotique qui vantent les mérites d’un garçon ou d’une fille.
La même expression
apparaît en grec sous la forme kal
³yh dans une épigramme du 1er s. ap. J.-C. (Anth. Palat., V, 102):
T¯n Þsxn¯n Diñkleian,
sarkot¡rhn AfrodÛthn,
öceai, ll kaloÝw ³yesi terpom¡nhn...
La maigre Diocléia ? C’est une Aphrodite complètement décharnée
que tu vas voir, mais elle apprécie les jolies manières…
D’autres comprennent, « considérant cette épigramme comme un dialogue » :
– Mais elle aime les mœurs honnêtes. (P. Waltz et J. Guillon, Les Belles Lettres)
ou encore (mais je ne m’explique pas bien comment)
mais que ses moeurs sont honnêtes
et pures ! Édition de Jacobs
– Mais on dit que ses mœurs sont d’une fille honnête. Trad. de Philippe Renault
Il me semble qu’il faut plutôt comprendre kal ³yh et belli mores, dans ces contextes, comme des antiphrases : le client peut tout espérer, tout demander sans risquer d’essuyer un refus. Notons que Martial emploie souvent bellus avec des connotations ironiques ou péjoratives.
fvtvi Mvla hic
qvid
Ici j’ai baisé Mula ; qu’est-ce que
...
Le graffiti est resté inachevé.
Faut-il lire Mula(m) : « la Mule » ou plutôt Mola(m) : « la Meule », comme dans l’inscription suivante ?
Je ne sais pas si la mule avait la même réputation que l’âne, animal érotique consacré à Priape : on voit, dans le Satiricon de Pétrone, chap. 24, Quartilla glisser sa main sous la tunique du jeune Giton et déclarer hodie enim post asellum diaria non sumo « aujourd’hui après avoir mangé de l’ânon, je prendrai pas de soupe ».
Un graffiti de la Casa dei Cristiani, non loin du lupanar dit :
mVlVs hic
mVscellas docVit
Ici un mulet a éduqué de fines mouches.
Mulus, « le
mulet » rappelle l’âne, les « moucheronnes » peuvent aussi
évoquer « de petites curieuses ».
MOLA
FOUTOUTRI%
La Meule, quelle baiseuse !
Mots latins écrits en
caractères grecs : Mola fututris (= fututrix).
voyez molio dans ma page « obscena verba »
CALLIDROME VA
Au revoir, Callidromos / Au revoir,
Callidromé.
Vocatif d’un masculin KallÛdromow ou d’un féminin Kallidrñmh, les deux signifiant : « Qui court
bien ».
Phoebvs
Sabinvs Proclo
salvtem
Phébus Sabinus donne le bonjour à
Proculus.
Clin d’œil d’un habitué à un autre. Proculus est un surnom latin qui signifie « Né loin de son père ».
Victor
cvm
Victor [a bien baisé] avec…
Graffiti inachevé. Victor : « le Vainqueur ».
Varro Divinarum libro quarto victorem Herculem putat dictum, quod omne genus animalium vicerit Au livre III des Choses divines, Varron pense qu’on appelait Hercule « Vainqueur », parce qu’il avait vaincu toutes les races de bêtes. Macrobe, Saturnales, III, 6. Mais Victor ne se rencontre couramment comme anthroponyme qu’au Bas-empire. J’imagine que ce ou ces Victor dont les murs du lupanar gardent le souvenir avaient latinisé un nom grec courant comme Nikñdhmow, Nikokl°w, Nikñlaow ou encore tout simplement Nik®thw, qui sont formés sur le radical nico- niko-, « vaincre ».
pedicare volo
Je veux [te] sodomiser.
Vidimvs hoc
Nous avons vu ici …
Graffiti inachevé ; peut-être faut-il comprendre venimus hoc, « nous sommes venus ici… » comme en 2238 ci-dessous.
Victrix Victoria va
Victoire la victorieuse, au
revoir !
Victrix Victoria vale.
Victoria, la Victoire, était une déesse connue de longue date, correspondant à la Nikè, NÛkh grecque :
Quid Opis quid Salutis quid
Concordiae Libertatis Victoriae; quarum omnium rerum quia vis erat tanta ut
sine deo regi non posset, ipsa res deorum nomen optinuit Que dire du temple de
l’Abondance ? de celui du Salut? de ceux de la Concorde, de la Liberté, de
la Victoire ? Tous ces biens ont une force telle qu’ils ne pourraient pas
être administrés sans un dieu et c’est pourquoi chacun de ces biens a reçu le
titre de « dieu ». Cicéron, De la nature des dieux,
II, 61.
Mais à mon avis,
tout comme pour Victor (ci-dessus 2209), je pense que Victoria pourrait bien être l’adaptation
latine d’un nom d’origine grecque comme NikÛw, Victoria permettant les jeux sur les mots de ce
graffiti et des autres ci-dessous.
Contiqvere
Ils se turent….
Conticuere omnes, intentique ora
tenebant.
Tous se turent, attentifs, ils gardaient les yeux fixés (sur Énée).
Cette citation de Virgile, Énéide, II, 1 revient plusieurs fois sur les murs de Pompéi. Ici je pense que notre client du lupanar, quand les occupants de la cellule voisine ont cessé de crier, emploie ce mot comme une expression toute faite dont il ignore l’origine, une sorte de tic de langage, plutôt qu’une fine allusion littéraire. Les graffiti 2210 à 2213 sont de la même main.
MOU%AIO%
ENYADE
BEINEI
Mousaios bése ici.
MousaÝow ¤nyde
b{e}ineÝ
MousaÝow : « Chéri des Muses ».
fVtVta sVm hic
Ici, on m’a baisée.
Ce graffiti me laisse songeur : qu’est-ce qui a bien pu pousser cette pauvre fille à graver cette lapalissade sur le mur de sa cellule ? Le parfait peut faire penser à un adieu… Où allait-elle ?
Victor bene fvtvis
novimvs
Victor, tu baises bien, on sait.
On a du mal à lire la fin du graffiti : novimus est la seule leçon vraisemblable ; au lieu de futuis, il serait possible de comprendre futuit : « Victor baise bien ».
SolLemnes hic
Solemnes [a bien baisé] ici.
December bene
fvtvis
December, tu baises bien.
December : « Décembre »
Asbestvs hic
Asbestus [a bien baisé] ici.
Asbestow : « Qu’on ne peut pas éteindre »
Felix cvm
Fortvnata
Félix [a bien baisé] avec Fortunata.
« L’Heureux » avec la « Chanceuse » !!! Fortunata est le nom de la compagne de Trimalchion dans le Satiricon.
Vera Victoria
Victoire, la vraie / la vraie victoire
à moins que Vera ne soit aussi un nom de femme attesté ailleurs « la Vraie », mais je n’y crois guère.
Victoria invicta hic
Victoria, invaincue ici !
Victoria
iANVARIA
Victoria,
Januaria
…LAS MAGNO
SALVTE
Hylas donne le bonjour à Magnus
Hylas Magno salutem dicit. Le début du graffiti est très abîmé. Voyez ci-dessus le n° 2174.
Felix ftv
cvm
Félix a baisé avec …
Felix futuit.
Sv%AS
Tu m’as sauvé(e) !
¦svsaw, mélange de caractères grecs et latins, à moins que les S du début ne soient des % mal faits.
MO
A
S
L
Mola, [tu] S[uces les] P[ines].
Le L de Mola est remplacé par un phallus ; je propose de lire S L Sopiones Linguis.
Venimvs
On est venus.
Voyez ci-dessus vidimus, inscription 2211.
VA ISSA
FABIA
Au revoir, Issa ! de la part de
Fabia.
Issa est une forme sémitique de « Jésus ». Fabia est un surnom latin.
Salle centrale,
entre les deux chambres de gauche
Posphorvs hic fvtvit
Phosphorus a baisé ici.
Fvsfñrow : « Qui porte la lumière, Astre du matin »
Epaga
thvs fvtvtor
II C
Epagathos le baiseur a tiré deux coups.
Epagathos fututor bis chalavit.
Epgayow : « Super-Prosper »
Clim
…
Deuxième chambre à
gauche
hic ego cVm veni
fVTVi
deinde redei domi
Moi, je suis venu ici, j’ai baisé et puis
je suis rentré chez moi.
veni, vidi, futui !
Bellicvs hic fvtvit qvendam
…cvlentissimo
rv…
Bellicus en a baisé un ici.
avec le plus juteux des dards !
Bellicus : « le Valeureux, le Guerrier ». Cette fois encore, nous avons peut-être une traduction du grec polemikñw et dans ce cas il s’agirait plutôt d’un surnom que d’un nom dans la mesure où polémikos qualifiant une personne signifie « querelleur ». L’équivalent latin a l’avantage d’évoquer le radical de bellus, « beau gars ».
quendam est un masculin, plutôt que de voir une faute (qui n’est pas rare) pour quamdam, féminin, il faut penser encore une fois que ce lupanar proposait des prostitués mâles, ici un pathicus.
J’ai complété la ligne 2, qui est certainement d’une autre main, en suculentissimo rumice. Rumex désigne une sorte de petit javelot, et par métonymie un dard.
Phoebvs
bonvs fvtor
Phoebus est bon baiseur.
futor = fututor
HYGINVS CVM
MESSIO HIC
Hyginos est venu ici avec Messius ou Ici Hyginus a baisé Messius.
êgieinñw : « qui est sain, bien portant », en latin Valens, nom de plusieurs empereurs du Bas-empire.
Messius, comme le confirme Horace (Satires, I, 5 : Messi clarum genus Osci), est un nom osque, c’est-à-dire de la région de Pompéi. Ce Messius était sans doute un homme libre, était-il le client ou le copain de Hyginos ? Comparez avec le graffiti n°2174 qui présente la même structure : le nom grec en premier, le nom « latin » ensuite.
CAIVS CVM MYSINE
………
EDICVMQVAMISERVS
Gaius [a baisé] avec Mysiné.
La deuxième est mutilée, la troisème
incompréhensible.
Caius (qui se prononçait Gaius) est un vieux prénom romain. Il s’agit à coup sûr d’un homme libre.
MusÛnh est difficile à interpréter. Plutôt que « Originaire de Mysie » qui se dit MusÛa, je rattacherais ce pseudonyme professionnel au radical de mæv, au sens de « contractée, resserrée », et de mæsiw, « obstruction intestinale ». Voyez mon Testamentum Porcelli.
Troisième ligne : [p]edic(avi) umquam … ?
SYNEROS
Syneros
Sun¡rvw : « Qui vit avec Eros ».
%UNERO%
KALO% BINEI%
Syneros, tu baises bien.
KALO% pour kalÅw
ratio mi cvm ponis
batacare te
pedicaro
ana
Mon ami Vatia, pendant que tu pondras,
cher Vatia, je te sodomiserai,
upwards !
Graffiti peu clair, sauf si …
– batacare pose problème. Il est possible de l’interpréter comme le vocatif d’un Batacarus, et de comprendre « Batacarus, je te sodomiserai ». Mais ce nom propre ne se rencontre nulle part ailleurs. Il faut donc que care soit le vocatif de carus. Reste un nom masculin au vocatif BATA. Je propose de voir en ce mot une déformation de VATIA, M. Cerrinius Vatia, un candidat à l’édilité pour l’année 79, souvent maltraité dans les inscritions. On connaît l’évolution phonétique du [b] vers un [b] bilabial, en latin comme en grec où le b s’est rapidement prononcé [v].
– pedicaro : un futur antérieur pedica(ve)ro plutôt surprenant ; pedicaro a été employé pourle futur pedicabo.
– Du coup, je pense que notre scripteur, peut-être un peu dyslexique, comme on dit, a du mal dans le tracé de ses R et de ses B et je pense que le ratio initial doit se lire Vatia. D’ailleurs, le vocatif mi est masculin, donc la leçon ratio est exclue.
– ponis : ce verbe n’a pas de COD, ce qui est inhabituel. Quand on sait que ce verbe a évolué sémantiquementdans les langues romanes en « poser un œuf, pondre », il n’est pas invraisemblable d’imaginer qu’il ait pu, dans la langue vulgaire ou dans un emploi régional, servir de synonyme à cacare, un peu comme le français « poser culotte ». ponis doit être compris comme un futur (pones).
– ANA pourrait bien être un emploi adverbial de la préposition grecque n, « en remontant ».
– Quant au phallus initial, poyurquoi ne pas le lire Pedicabo te et irrumabo ?
L ANNIVS ..IT
Lucius Annius est passé par ici
( ?).
Un
citoyen romain ! en toge, j’espère ! Il y a la place de deux lettres
devant le IT.
BERONCE BAS
Véronique, [donne-moi mille] baisers.
Beronice (BeronÛkú) basia da mi mille ... voyez Catulle, 5, pour la suite !
Fronto plani
lingit cvn
nvm
Fronto lèche parfaitement les chattes.
Fronto : « Qui a un grand front », surnom latin, sans doute d’un affranchi.
plani = plane.

Première chambre à
droite
Victor cvm
Attine
hic fv(tv)it
Victor a baisé ici avec Attiné.
Attiné : sans aucun doute un nom féminin, mais je sèche. Nom oriental, sémitique ??
Africanvs
moritvr
scribet pver
Rvsticvs
condisces cvi dolet pro Africano
Africanus est mort.
signé Rusticus le jeune esclave.
Tu vas apprendre à qui ça va faire mal à
la place d’Africanus.
Rusticus : « le Campagnard » ; cet Africanus, « l’Africain » était peut-être le patron du lupanar, et l’inscription nous montre qu’il recevait lui aussi des clients. Rusticus se parlait-il à lui-même ?
Fortvnata fellat
Fortunata
suce.
Victor
Valea qvi bene
Fvtves
Victor,
porte-toi bien, toi qui
baises bien.
Victor, valeas qui bene futuis
Placidvs hic fvtvit qvem volvit
Placidus a baisé ici qui il a voulu.
quem est un masculin.
Placidus : « Paisible »,
surnom romain.
VER
FELAS
FORTVNA SIC
Ver(na), tu suces. [D’une autre main :]
Ainsi vient la fortune !
Verna : traduction du nom grec Earin, Iarina, « la printanière », à moins qu’il ne s’agisse ici du masculin qui se trouve dans d’autres graffitis sous sa forme latine Iarinus.
LVCRIO
AMASVC
SARNESIS
Lucrio aime Suc[cesus] … du Sarno.
Lucrio amat Successum … Sarnensis.
Graffiti obscur. Lucrio : « le Radin » ; Suc[cessus], nom courant à Pompéi : « Succès » ; le Sarnus , aujourd’hui Sarno est la rivière qui longe Pompéi. Le mot SARNESIS (nominatif) ne peut pas se rapporter à Suc[cessum] (accusatif).
MYRTALE
CASSACOS
fellaS
Myrtale suce les Cassacus. ( ?)
Murtlh : « Couronne de myrte ou d’olivier », diminutif de Mærtiw..
Cassacos :
accusatif pluriel d’un surnom Cassacus ? Faute de mieux. A moins qu’on ne
puisse imaginer un mélange de grec et de latin : Murtlh, kssa, k(alÇw) fellas Myrtalé, courtisane,
tu suces bien.
VER ET ANEDIA
La printanière et l’Insatiable.
Ver[na] : traduction du nom grec Earin, Iarina, « la printanière ». Anedia est la transcription de ŽnaÛdeia, « Impudence, Insatiable ». S’agirait-il d’une Messaline ?
MYRTALE
CCASS/
Myrtale [suce] les Cassacus. ( ?)
Myrtis, tu suces bien.
Mærtiw : « de Myrte », est-ce la même que la Myrtalé ci-dessus ?
felas = fellas.
Vic]tor bene
Valeas qvi bene
Fvtves
Victor, porte-toi bien,
très bien, toi qui baises bien.
FORTVNATA fellat
Fortunata
suce.
irrvmo set V ...
K ... AS
je fais sucer mais ...
]nice fellat
Véronique suce.
Beronice fellat.
sVnt a ii
Voilà les 2 as ou Ça coûte deux as.
sunt asses II.
CRI S
…
CVI
…
Deuxième chambre à
droite
HE
HE
HAC
…
caivs cvm i
Gaius
avec I…
Synethvs
Favstillam
Fvtvit
obiqe rite
Synethus
a baisé
Faustilla
partout selon les règles.
Sunetñw et non Suneyñw : « Prudent » ; Faustilla : diminutif de Fausta, « l’Heureuse » ; obiqe = ubique
Entre la deuxième
et la troisième chambre à droite
COR IS
Le cœur …
IS, dont la dernière lettre n’est pas sûre, ne peut pas être complété.
Troisième chambre à
droite
QVIS
Qui ?
Au fond de la
pièce centrale
Myrtis la suceuse.
VICTOR
HAEC SOR
Victor, tu … cela.
QVISQVIS HIC
N’importe qui, ici, …
Calos
Bravo !
Grec en caractères latins
… V FEB RED
Je suis revenu le 5 des Calendes
( ?) de février.
(ou des Nones ou des Ides)
RETOTATOTOTATO
Un client qui avait perdu la tête ou qui chantait un « taratata » de victoire ? Faut-il penser à la trompette d’Ennius qui faisait taratantara ?
campana polla de
poscit tvnicam fvsci
Polla la Campanienne réclame la tunique de Fuscus.
Polla = Paula, surnom romain ; Fuscus : « le Basané ».
pecvnia non olet
L’argent n’a pas d’odeur.
Inscription fausse ou mal lue ? Les éditeurs du CIL n’ont pas pu la vérifier et, en ce lieu réputé pour être malodorant, elle paraît trop belle pour être vraie. On pense bien sûr à Vespasien :
Reprehendenti
filio Tito, quod etiam urinae vectigal commentus esset, pecuniam ex prima
pensione admovit ad nares, sciscitans num odore offenderetur ; et illo
negante : Atqui, inquit, e lotio est.
Son fils Titus lui reprochait d’avoir imaginé de taxer
même l’urine. Vespasien lui mit sous le nez de l’argent produit par la première
rentrée de cet impôt en lui demandant si l’odeur le dérangeait. Et comme Titus
répondit que non, Vespasien lui dit : « Et pourtant, il vient de
l’urine ! ». Suétone, Vie du Divin Vespasien, 23.

Je n’écris que mon nom :
Phoebvs
Lvcr[ETIVS]
Iari[nvs]
Neptvnalis
Cressa
La Crétoise
Iarinvs
Victorie
= Victoriae
Florvs
Ianvariaes
génitif « à la grecque », assez fréquent à Pompéi.
Marcvs
graffiti peu lisible
ianvariae
Q Hortessi
Q(uintus) Hortensius, un citoyen romain qui revendique sa présence au lupanar !
Cadia
prononciation dorienne de khdeÛa, « Digne d’égards, Précieuse ».
Frvetvs
= Fructus
Frvctvs
Frvctvs
Iarinvs
L Annivs
L(ucius) Annius, un autre citoyen romain qui revendique sa présence au lupanar !
ErNH%
EÞr®nh « Paix », Irène.
Comenivs
( ?)
Severvs
voyez le n° 2297
Sisininvs
Sans doute un diminutif, de SisÛnnhw, un nom scythe ? de Sisenna, un nom romain ? ou d’un autre nom ?
LIBERALI%
AMPLIATVS
faki
Il faut sans doute lire FAKILI%, Facilis en caractères grecs.
ROMANVS
Nom propre, surnom ou simplement « un Romain de passage » ?
VER
= Verna (ou Vernus ?)
Synethvs
Synethvs
Castrensis
MVR
Murtis = MurtÛw
Scavdi
vocatif de Scaudius
Marcianvs
L BE…arivs SEVERVS
L(ucius) Bellatorius ( ?) Severus, un troisième citoyen romain qui revendique sa présence au lupanar ! Peut-être le même que le Severus du n° 2263.
Crescens
Un des noms les plus fréquents sur les murs de Pompéi.
Herennivs
Primvs
TVLLVLO
Le « petit nom » d’ un Tullius ?
Tableau des noms
propres relevés sur les murs du lupanar
avec leur nombre d’occurrences.
Si tous les noms féminins peuvent être considérés comme des noms de prostituées, le tri des noms masculins que je propose ne présente aucun caractère de certitude.
|
LE PERSONNEL |
LES CLIENTS |
|||||
|
feminin |
masculin |
|||||
|
Anedia Aplonia Attine Beronice Cadia Cressa Drauca Eratio Irini Fabia Faustilla Felicla Fortunata Helpis Ianuaria Mola Mula Murtis Myrtale Mysine Pilia Polla Restituta Scepsina Verna Victoria |
1 1 1 3 1 1 1 1 1 1 1 2 3 1 4 2 1 3 2 1 1 1 1 1 2 5 |
Africanus Hyginus Hylas Iarinus / Ver ( ?) Rusticus Victor (cité 6 fois) |
Ampliatus Arphocras Asbestus Bellicus Caius Callidromus Caphisos Cassacus Castrensis Comenius Crescens Creteissianus December Epagathus Facilis Felix Florus Fronto Fructus Herennius Hermeros Iarinus Ikarus Issa L Annius L Bellicarius (?) Severus Liberalis Lucretius |
1 1 1 1 2 1 1 1 2 1 1 1 1 1 2 3 1 1 3 1 2 4 1 1 2 1 1 1 |
Lucrio Magnus Marcianus Marcus Messius Mousaios Neptunalis Nonius Paris Phileteros Phoebus Phoebus Sabinus Phoebus Unguentarius Placidus Posphorus Primus Proculus Q Hortensius Romanus Scaudius Scordopordonicus Severus Sisininus Sollemnes Syneros Synethus Tullulus Vitalio |
1 2 1 2 1 1 1 1 1 1 4 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 3 2 3 1 1 |
|
26 noms différents |
6 noms |
56 noms différents |
||||
© Alain Canu