Noctes Gallicanae
Epigraphie latine
RES
GESTAE DIVI AVGVSTI
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© Alain Canu, the year being that of the last
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Auguste
avait déposé entre les mains des Vestales, parmi d’autres documents, indicem rerum a se gestarum, quem vellet incidi in aeneis
tabulis, quae ante Mausoleum statuerentur un résumé de ses actes ; il souhaitait que le texte en fût
gravé sur des tablettes de bronze qui seraient placées à l’entrée de son
mausolée (Suétone, Auguste, 101).
Les
tables de bronze du mausolée d’Auguste à Rome ont disparu depuis très
longtemps, mais des copies en ont été faites et affichées sur les murs des
nombreux temples d’Auguste à travers l’Empire.
Trois
copies en ont été retrouvées en Asie Mineure et une en Syrie. Une seule, celle
du Monumentum Ancyranum, le « Temple de Rome et d’Auguste » à Ancyra (aujourd’hui
Ankara), offre un texte à peu près complet, accompagné d’une traduction
grecque ; les autres ne sont que des fragments.
Les
deux tables d’Ancyra mesurent
2,70 m de haut sur 4 m de long. Elles comportent six pages de 46 ou
54 lignes de 60 caractères chacune environ. Le texte latin, parfois très
mutilé, a pu être reconstitué grâce à la traduction grecque et aux fragments
retrouvés dans les autres sites.
Plusieurs sites proposent le texte latin des Res Gestae, par exemple : Latin library, Bibliotheca Augustana, Later Latin Society.
Vous pourrez d’ailleurs constater certaines différences tout à fait explicables dans le cas des compléments, moins faciles à expliquer dans certaines leçons.
M. Dubuisson, professeur à l’Université de Liège, propose une traduction des Res Gestae, traduction précédée d’une belle introduction et d’un répertoire de liens.
Lorsque le texte latin présente des lacunes trop importantes, j’ai saisi et traduit le texte grec.
Rerum
gestarum divi Augusti, quibus orbem terra[rum] imperio populi Rom. subiecit, et
impensarum, quas in rem publicam populumque Romanum fecit, incisarum in duabus
aheneis pilis, quae su[n]t Romae positae, exemplar sub[i]ectum.
Actes du divin Auguste, grâce auxquels il a soumis la terre entière au pouvoir du peuple romain, et dépenses qu’il a effectuées dans l’intérêt de l’état et du peuple romain, tels qu’ils sont gravés sur deux colonnes de bronze : copie ci-dessous.
Tabula
prima
(guerres civiles, carrière politique)
Annos
undeviginti natus exercitum privato consilio et privata impensa comparavi.~ per
quem rem publicam a dominatione factionis oppressam in liberatatem vindicavi.
Eo [nomi]ne senatus decretis honorif[i]cis in ordinem suum m[e adlegit C. Pansa
et A. Hirti]o consulibus, con[sula]rem locum s[imul dan sententiae ferendae, et
i]imperium mihi dedit. Res publica, n[e quid detrimenti caperet, a] me pro
praetore simul cum consulibus pro[viden]dum [iussit. P]opulus autem eodem anno
me consulem, cum [cos. uterqu]e in bel[lo ceci]disset, et triumvirum rei
publicae costituend[ae creavit].
1. Agé de dix-neuf ans, j’ai levé une armée de mon propre chef et à mes propres frais, grâce à laquelle j’ai rendu sa liberté à l’État qui était écrasé par la domination d’un parti. Ce pour quoi le sénat par des décrets honorifiques m’a admis en son sein sous le consulat de Gaius Pansa et d’Aulus Hirtius, me donnant en même temps rang de consul dans l’ordre des prises de parole. Il m’a donné aussi le pouvoir des magistrats supérieurs. Ayant voté le décret déclarant la patrie en danger, il m’a ordonné de veiller à son application avec rang de propréteur en collaboration avec les consuls. Mais le peuple romain, cette même année, m’a élu d’abord consul, à la suite de la disparition à la guerre des deux consuls en exercice, puis triumvir chargé de réformer les institutions de l’État.
Il faut bien admettre qu’Auguste écrit l’histoire de façon très subjective !
Selon Dion Cassius (XLVI, 42-43), en août 43, Octave envoya comme ambassadeurs au sénat quatre cents de ses soldats… [et devant la mauvaise volonté des sénateurs] les soldats manifestèrent leur colère et l’un d’entre eux sortit de la curie, reprit son épée (ils étaient entrés sans arme dans l’assemblée) et dit : « si vous ne donnez pas le consulat à César, celle-ci le lui donnera ! » Octave marche alors sur Rome avec toute son armée, fait piller les propriétés de quelques-uns de ses adversaires et obtient le consulat le 19 août.
La factio désigne évidemment Antoine : Auguste ne mentionne jamais le nom de ses ennemis ; de plus, Antoine ayant subi une damnatio memoriae, son nom même avait été effacé de l’Histoire.
Qui parentem
meum [interfecer]un[t eo]s in exilium expuli iudiciis legitimis ultus eorum
[fa]cin[us, e]t postea bellum inferentis rei publicae vici b[is a]cie.
2. Ceux
qui ont tué mon père, je les ai condamnés à l’exil selon une procédure légale
pour les punir de leur crime, et quand plus tard ils ont porté les armes contre
l’état, je les ai par deux fois vaincus au combat.
La procédure légale fait évidemment allusion à la lex Pedia. Les deux batailles de Philippes contre Brutus et Cassius ont été remportées par Antoine en octobre 42 :
oéy¢n ¦rgon ¤fnh m¡ga toè KaÛsarow ll' AntÅniow
¸n õ nikÇn pnta kaÜ katoryÇn
on ne note aucune grande action faite par César, celui qui remportait toutes les victoires et les succès, c’était Antoine, écrit Plutarque (Antoine, 22) qui précise qu’Octave a failli se faire prendre dans sa fuite par Brutus lors de la première bataille et qu’il n’a pas participé à la deuxième pour cause de maladie.
[B]ella
terra et mari c[ivilia ex]ternaque toto in orbe terrarum s[aepe gessi]
victorque omnibus v[eniam petentib]us civibus peperci. Exte[rnas] gentes,
quibus tuto i[gnosci pot]ui[t, co]nservare quam excidere m[alui]. Millia civium Roma[no]rum [sub]
sacramento meo fuerunt circiter [quingen]ta. Ex quibus dedu[xi in coloni]as aut
remisi in municipia sua stipen[dis emeri]tis millia aliquant[o plura qu]am
trecenta et iis omnibus agros a[dsignavi] aut pecuniam pro p[raemis mil]itiae
dedi. Naves cepi sescen[tas praeter] eas, si
quae minore[s quam trir]emes fuerunt.
3. J’ai souvent conduit des guerres sur terre et sur mer, guerres civiles et guerres étrangères, et après la victoire, j’ai épargné tous les citoyens qui demandaient leur pardon. Quant aux nations étrangères, celles auxquelles la clémence pouvait être accordée sans risque, j’ai préféré les sauver à les détruire. Sous mes ordres, liés par le serment militaire, se sont trouvés cinquante mille citoyens romains. Sur ce nombre, j’en ai installé dans des colonies ou renvoyé dans leurs municipes à la fin de leur temps de service un peu plus de trente mille. A tous j’ai attribué des terres ou j’ai donné une somme d’argent en récompense des services accomplis. J’ai pris six cents navires, sans compter ceux étaient plus petits que les trirèmes.
Auguste fait surtout allusion aux troupes d’Antoine, officiers et soldats, qui se sont ralliées au moment d’Actium. N’oublions pas les républicains repentis comme le poète Horace. Cette clémence, que je crois peu naturelle chez lui, se fondait sur l’exemple de César. Elle lui valut la couronne civique et le bouclier honorifique.
[Bis] ovans
triumphavi et tri[s egi] curulis triumphos et appella[tus sum v]iciens et semel
imperator. [Decernente plu]ris triumphos mihi sena[t]u [ eis su]persedi.
L[aurum de f]asc[i]bus deposui in Capi[tolio votis, quae] quoque bello
nuncupaveram, [sol]utis. Ob res a [me aut per legatos] meos auspicis meis terra
ma[riqu]e pr[o]spere gestas qui[nquageniens et q]uinquiens decrevit senatus
supp[lica]ndum esse dis immortalibus. Dies a[utem, pe]r quos ex senatus
consulto [s]upplicatum est, fuere DC[CCLXXXX. In triumphis meis] ducti sunt
ante currum meum reges aut r[eg]um lib[eri novem. Consul f]ueram terdeciens,
cum [scribeb]a[m] haec, [et agebam se]p[timum et] tricen[simum annu]m
tribuniciae potestatis.
4. J’ai reçu deux fois l’honneur d’une ovation et j’ai conduit à trois reprises des triomphes curules, j’ai été vingt et une fois acclamé « imperator ». Le sénat m’ayant accordé d’autres triomphes, je ne les ai pas célébrés. J’ai consacré au Capitole le laurier de mes faisceaux pour marquer que les vœux que j’avais formulés à l’occasion de chaque guerre s’étaient réalisés. Pour les campagnes terrestres et navales entreprises sous mes auspices par moi-même ou mes officiers, campagnes couronnées de succès, le sénat a décrété cinquante-cinq fois des actions de grâces envers les dieux immortels. Quant aux jours pendant lesquels ces actions de grâce ont été célébrées, ils sont au nombre de 890. Au cours de mes triomphes, ont défilé devant mon char neuf rois ou enfants de rois. J’ai exercé treize fois le consulat au moment où j’écris ces lignes, et j’étais dans ma trente-septième année de puissance tribunicienne.
Les deux ovations ont eu lieu en 40 (après Philippes) et en 36 (victoire sur Sextus Pompée en Sicile) ; les triomphes qui ont eu lieu les 13, 14 et 15 août 29, célébraient les victoires remportées en l’Illyrie, à Actium et à Alexandrie. Parmi les enfants de rois se trouvaient les enfants d’Antoine et de Cléopâtre. Voyez les pages sur Julia et sur la mort de Cléopâtre.
Auguste a exercé le consulat en
43 à la mort de G. Vibius Pansa et A. Hirtius
33 avec L. Volcacius Tullus
31 avec M. Valerius Messalla Corvinus
30 avec M. Licinius Crassus
29 avec Sex. Appuleius
28 avec M. Vipsanius Agrippa
27 avec M. Vipsanius Agrippa
26 avec T. Statilius Taurus
25 avec M. Junius Silanus
24 avec G. Norbanus Flaccus
23 avec A. Terentius Varro Murena
5 avec L. Cornelius Sulla
2 avec M. Plautius Silvanus
[Dic]tat[ura]m
et apsent[i et praesenti mihi datam a populo et sena]tu [M. Marce]llo e[t] L.
Ar[runtio cos non accepi. Non recusavi in summa f]rum[enti p]enuria
curatio[n]em an[non]ae [qu]am ita ad[min]ist[ravi, ut] in[tra] die[s] paucos
metu et periclo p[r]aesenti civitatem univ[ersam liberarem impensa et] cura
mea. Consul[atum tum
da]tum annuum e[t perpetuum non accepi.]
5. Je n’ai pas accepté la dictature que, sous le consulat de M. Marcellus et L. Arruntius (22 av. J.-C.), en mon absence (de Rome) puis en ma présence, me donnaient le peuple et le sénat. Je n’ai pas refusé, au moment d’une extrême pénurie de blé, la responsabilité de l’Approvisionnement en céréales, que j’ai gérée de telle sorte qu’en quelques jours j’ai délivré la totalité des citoyens de la crainte et du danger qui les menaçaient, en gérant la crise avec mes fonds personnels. Je n’ai pas accepté le consulat pour l’année et à vie qui me fut alors voté.
La dictature avait été abolie à la mort de César sur proposition d’Antoine.
Consulatus tantummodo usque ad undecimum quin continuaret
Caesar, cum saepe obnitens repugnasset, impetrare non potuit : nam
dictaturam quam pertinaciter ei deferebat populus, tam constanter repulit.
(Velleius Paterculus, II, 89) Pour le consulat
seulement, César (Auguste) ne put obtenir, malgré ses fréquents efforts pour le
refuser, de ne pas l’exercer jusqu’à la onzième fois consécutive. Mais il
refusa la dictature avec la même obstination que le peuple mettait de constance
à la lui décerner.
Dictaturam magna vi offerente populo genu nixus deiecta ab
umeris toga nudo pectore deprecatus est. (Suétone, Auguste, 52) Pour refuser solennellement la dictature que le peuple
lui offrait avec beaucoup d’insistance, il mit un genou à terre, rejeta sa toge
de ses épaules et offrit sa poitrine nue.
Dion Cassius (LIV, 1) propose une analyse intéressante de ce refus :
Il
n’accepta pas la dictature, au contraire : il alla jusqu’à déchirer sa
toge en public un jour où il ne trouvait plus d’autre moyen, persuasion ou
menace, de détourner le peuple de cette idée. Il est vrai que disposant de
pouvoirs et d’honneurs supérieurs à ceux des dictateurs, il se gardait avec
raison de la jalousie et de la haine que suscitait ce titre.
Uptoiw Mrkvi OéinoukÛvi kaÜ KoÛntvi L(oukr)ht(Ûvi)
kaÜ met ta(è)ta PoplÛvi kaÜ NaÛvi L¡ntloiw kaÜ trÛton Paællvi FabÛvi MajÛmvi
kaÜ KoÛn(tvi) Toub¡rvni t°w (te s)unkl®tou kaÜ toè d®mou toè RvmaÛvn õmolog(o)æntvn,
án(a ¤pime)lht¯w tÇn nñmvn kaÜ tÇn trñpvn ¤(pi t°i me)gÛsthi (¤j)ous(Ûai m)ñ(no)w
xeirotonyÇi, rx¯n oédem(Ûa)n pa(r t p)tria ¦(y)h didom¡nh
nedejmhn. Tñte di' ¤moè ² sænklhtow oÞkonomeÝsyai ¤boæleto, t°w
dhmarxik°w ¤jo(u)sÛaw Ìn ¤t¡le(sa. K)aÜ taæthw aét°w t°w rx°w sunrxonta
(aét)òw pò t°w sunkl®tou p(en)tkiw aÞt®saw (¦l)abon.
[Consulibus
M Vinicio et Q Lucretio et postea P] Lentulo et Cn L[entulo et tertium Paullo
Fabio Maximo] e[t Q Tuberone senatu populoq]u[e Romano consentientibus ut
curator legum et morum maxima potestate solus crearer nullum magistratum contra
morem maiorum delatum recepi. Quae tum per me fieri senatus voluit, per
tribuniciam potestatem perfeci, cuius potestatis conlegam et ipse quinquiens
mihi a senatu depoposci et accepi.]
6. Sous les consulats de M. Vinicius et de Q. Lucretius (19 av. J.-C.) puis de P. Lentulus et Cn. Lentulus (18 av. J.-C.) et une troisième fois sous le consulats de Paullus Fabius Maximus et de Q. Tubero (11 av. J.-C.), à la demande conjointe du sénat et du peuple romain pour que je sois nommé, sans collègue et avec les pouvoirs les plus étendus, commissaire aux Lois et aux Mœurs (praefectus moribus), je n’ai consenti à exercer aucune magistrature contraire à notre tradition nationale. Comme le sénat voulait cette fois que je prenne en charge personnellement ces problèmes, je les ai traités dans le cadre de ma puissance tribunicienne. Et pour exercer cette fonction, j’ai demandé moi-même au sénat et j’ai obtenu que me soit adjoint un collègue.
Recepit et morum legumque regimen aeque perpetuum, quo iure, quamquam sine censurae honore, censum tamen populi ter egit ; primum ac tertium cum collega, medium solus. Il accepta aussi la direction des lois et des mœurs, et usant de ce droit, bien qu’il ne fût pas censeur en titre, il procéda trois fois au recensement du peuple, la première et la troisième fois avec un collègue, la deuxième fois seul. (Suétone, Auguste, 27).
¤pimelht¯w te tÇn trñpvn ¤w p¡nte ¦th paraklhyeÜw d¯ ¤xeiroton®yh Il fut élu, à la demande expresse (du peuple et du sénat), commissaire aux Mœurs pour cinq ans. (Dion Cassius, LIV, 10)
Il semble qu’Auguste ait un peu joué sur les mots : il a refusé de porter un titre créé spécialement pour lui, mais il a exercé les pouvoirs que ce titre lui aurait donnés. Les deux historiens ne tiennent pas compte de la nuance.
TriÇn ndrÇn ¤g¡nomhn dhmosÛvn pragmtvn katoryvt¯w
sunex¡sin ¦tesin d¡ka. PrÇton jiÅmatow tñpon ¦sxon t°w sunkl®tou xri taæthw
t°w ²m¡raw ¸w taèta ¦grafon ¤pÜ ¦th tessarkonta. Arxiereæw, tÇn
dekap¡nte ndrÇn tÇn ßeropoiÇn, tÇn ¥pt ndrÇn ßeropoiÇn, (de)lfòw
rouliw, ¥taÝrow TÛtiow, fhtiliw.
[Tri]umv[i]rum
rei pu[blicae c]on[s]ti[tuendae fui per continuos an]nos [decem. P]rinceps s[enatus fui usque ad e]um
d[iem, quo scrip]seram [haec, per annos] quadra[ginta. Pon]tifex [maximus,
augur, Xvvir]um sacris fac[iundis, VIIvirum ep]ulon[um, frater arvalis, sodalis
Titius], fetialis fui.
7. J’ai été triumvir chargé de réformer les institutions de l’état pendant dix années consécutives. Au jour où j’écris ces lignes, j’ai été le Premier des sénateurs pendant quarante ans. J’ai été Grand pontife, augure, membre de la Commission des Quinze en charge des affaires religieuses, membre de la Commission des Sept en charge des banquets sacrés, frère Arvale, Compagnon Titius, fécial.
Triumviratum rei p. constituendae per decem annos administravit. Il exerça la fonction de triumvir chargé de réformer les institutions de l’état pendant dix années. (Suétone, Auguste, 27). Sur le triumvirat, voyez Plutarque, Vie d’Antoine.
En ~28, Octave devient Princeps senatus : cette fonction de « président du sénat » (l’anachronisme ne m’échappe pas !) lui permettait de formuler le premier son avis sur le débat en cours. Octave devenu Augustus, « inspiré par les dieux », acquiert un caractère quasi-sacré.
Auguste est devenu Pontifex Maximus en ~12, à la mort de Lépide.
Les trois derniers collèges qu’il mentionne étaient tombés en désuétude. Il semble qu’il se soit efforcé de les faire revivre et qu’il y ait partiellement réussi, du moins en ce qui concerne les Arvales.
Tabula
secunda
(carrière politique et honneurs)
Patriciorum
numerum auxi consul quintum iussu populi et senatus. Senatum ter legi. Et in
consulatu sexto censum populi conlega M. Agrippa egi. Lustrum post annum
alterum et quadragensimum fec[i]. Quo lustro civium Romanorum censa sunt capita
quadragiens centum millia et sexag[i]inta tria millia. Tum [iteru]m consulari
cum imperio lustrum [s]olus feci C. Censorin[o et C.] Asinio cos. Quo lustro
censa sunt civium Romanorum [capita] quadragiens centum millia et ducenta
triginta tria mi[llia. Et tertiu]m consulari cum imperio lustrum conlega Tib. Cae[sare filio] m[eo feci,] Sex. Pompeio et Sex. Appuleio cos. Quo lustro ce[nsa sunt]civ[ium
Ro]manorum capitum quadragiens centum mill[ia et n]onge[nta tr]iginta et septem
millia. Legibus novi[s] m[e auctore l]atis m[ulta e]xempla maiorum exolescentia
iam ex nostro [usu] red[uxi et ipse] multarum rer[um exe]mpla imitanda
pos[teris tradidi.]
8.
Consul pour la cinquième fois, j’ai augmenté, sur ordre du peuple et du sénat,
le nombre des patriciens. J’ai révisé trois fois la liste des sénateurs. Et
pendant mon sixième consulat, j’ai mené le recensement des citoyens romains
avec mon collègue M. Agrippa (28 av. J.-C.). J’ai procédé à ce lustre
pour la première fois depuis quarante et un ans. Lors de ce lustre, on a
recensé quatre millions soixante-trois mille citoyens romains. Ensuite, une
deuxième fois, disposant des pleins pouvoirs proconsulaires, j’ai procédé au
lustre sans collègue, sous le consulat de C. Censorinus et de C. Asinius (8 av.
J.-C.). Lors de ce lustre, on a recensé quatre millions deux cent
trente-trois mille citoyens romains. Enfin, une troisième fois, disposant des
pleins pouvoirs proconsulaires, j’ai procédé au lustre avec pour collègue mon
fils Tibère César, sous le consulat de Sex. Pompeius et de Sex. Appuleius (14
av. J.-C.). Lors de ce lustre, on a recensé quatre millions neuf cent
trente-sept mille citoyens romains. Par de nouvelles lois qui ont été votées à
mon initiative, j’ai fait revivre de nombreuses traditions de nos ancêtres qui
étaient en train de tomber en désuétude et j’ai moi-même transmis à la
postérité des exemples à suivre en de nombreux domaines.
Senatorum affluentem numerum deformi et incondita turba, erant enim super mille, et quidam indignissimi et post necem Caesaris per gratiam et praemium adlecti, quos orcinos vulgus vocabat, ad modum pristinum et splendorem redegit duabus lectionibus : prima ipsorum arbitratu, quo vir virum legit, secunda suo et Agrippae le nombre des sénateurs se trouvait démesurément grossi par une foule mêlée et sans naissance : ils étaient en effet plus de mille. Certains, tout à fait indignes, étaient entrés au sénat après l’assassinat de César, par faveur et par corruption. Le peuple les appelait « les affranchis de la Camarde ». Il ramena ce nombre à son ancienne valeur et à son ancien prestige par une double sélection : la première à l’initiative des sénateurs eux-mêmes, chaque homme en parrainant un autre, la deuxième sous sa responsabilité et celle d’Agrippa. (Suétone, Auguste, 35).
Auguste emploie par métonymie le mot lustrum qui désigne le sacrifice de clôture du recensement pour désigner l’opération de recensement et réserve le mot census pour parler du résultat de ce même recensement.
Le dernier recensement remontait effectivement à ~69 : Cn. Lentulus et L. Gellius censores asperam censuram egerunt IIII et LX senatu motis. A quibus lustro condito censa sunt civium capita DCCCC milia. Les censeurs Gnaeus Lentulus et Lucius Gellius exercèrent une censure sévère : 64 sénateurs furent exclus du sénat ; à la clôture du lustre, ils avaient recensé neuf cent mille citoyens. (Tite-Live, Periochae, 98). L’accroissement impressionnant du nombre des citoyens s’explique par le fait que le nombre des citoyens qui vivaient dans les provinces avait été largement sous-estimé en 69.
Prisca illa et antiqua rei publicae forma revocata. Rediit cultus agris, sacris honos, securitas hominibus, certa cuique rerum suarum possessio ; leges emendatae utiliter, latae salubriter ; senatus sine asperitate nec sine severitate lectus. Il fit revivre la forme ancienne et traditionnelle de nos institutions. Le goût de l’agriculture revint pour les champs, le respect pour les rites religieux, l’assurance du lendemain pour l’humanité, la certitude pour chacun de jouir de ses biens ; des lois furent amendées dans l’intérêt de tous, des lois furent votées pour le salut commun ; la liste des sénateurs fut révisée sans rigueur excessive mais non sans sévérité. (Velleius Paterculus, II, 89)
Leges retractavit et quasdam ex integro sanxit, ut sumptuariam et de adulteriis et de pudicitia, de ambitu, de maritandis ordinibus. Il révisa les lois et en introduisit d’entièrement nouvelles, comme celles sur le luxe, l’adultère, les bonnes mœurs, la corruption, le mariage entre les différents ordres de la société. (Suétone, Auguste, 34). Certes Auguste a souvent donné lui-même l’exemple, mais pas toujours le bon ! Peut-être fait-il allusion à son extrême sévérité envers sa fille et sa petite-fille ? Voyez les pages que j’ai consacrées aux deux Julia.
Vota p[ro
valetudine meo susc]ipi p[er cons]ules et sacerdotes qu[in]to qu[oque anno senatus
decrevit. Ex iis] votis s[ae]pe fecerunt vivo m[e ludos aliquotiens
sace]rdo[tu]m quattuor amplissima colle[gia, aliquotiens consules. Pr]iva[t]im
etiam et municipatim univer[si cives unanimite]r con[tinente]r apud omnia
pulvinaria pro vale[tu]din[e mea s]upp[licaverunt.]
9. Le
sénat a décrété que tous les quatre ans seraient célébrés par les consuls et
les prêtres des vœux publics pour ma santé. En raison de ces vœux, des jeux ont
été donnés de mon vivant tantôt par les quatre principaux collèges de prêtres,
tantôt par les consuls. A titre privé également, ou au nom des municipes, tous
les citoyens unanimes ont offert sans discontinuer des sacrifices pour ma santé
auprès de tous les lits des dieux.
Les premiers de ces jeux offerts à Apollon ont eu lieu en ~28. Auguste avait une santé fragile et devait être hypocondriaque. Mais la tradition des vœux publics pour la santé des empereurs s’est d’autant mieux maintenue après lui qu’elle comportait des spectacles de gladiateurs. Voyez les affiches des combats.
« De mon vivant » ne surprend plus si l’on pense que les jeux et en particulier les combats de gladiateurs (appelés plutôt munera que ludi à partir de la génération suivante) avaient une origine et des connotations funéraires.
Nom[en me]um
[sena]tus c[onsulto inc]lusum est in saliare carmen et sacrosanctu[s in
perp]etuum [ut essem et, q]uoad viverem, tribunicia potestas mihi [esse, per
lege]m sanc[tum est. Pontif]ex maximus ne fierem in vivi [c]onlegae l]ocum,
[populo id sace]rdotium deferente mihi, quod pater meu[s habuer]at, r[ecusavi.
Cepi id] sacerdotium aliquod post annos, eo mor[t]uo q[ui civilis] m[otus
o]ccasione occupaverat, cuncta ex Italia [ad comitia mea] confluen[te mu]ltitudine,
quanta Romae nun[q]uam [fertur ante i]d temp[us fuisse], P. Sulpicio C. Valgio
consulibu[s].
10. Mon nom a été introduit, par décision du sénat, dans l’hymne des Saliens et il a été déclaré solennellement par la loi que ma personne serait définitivement inviolable et que j’aurais à vie la puissance tribunicienne. J’ai refusé de devenir Grand Pontife en prenant, de son vivant, la place d’un collègue, alors que le peuple me décernait ce sacerdoce que mon père avait exercé. J’ai accepté ce sacerdoce quelques années après, à la mort de celui qui s’en était emparé à l’occasion des troubles civils. Venue de toute l’Italie, la multitude qui s’est assemblée sous le consulat de P. Sulpicius et de C. Valgius pour mon élection (au consulat) a dépassé en importance tout ce que Rome avait enregistré jusque là.
Le Pontifex maximus avait rang de président du collège des pontifes et en tant que tel il assurait la direction suprême de la religion et des rites. On imagine l’importance de ce titre quand on constate que les papes ont voulu le reprendre pour leur compte. Tous les empereurs romains l’ont porté.
Lépide, le troisième triumvir, s’était empressé de se faire désigner comme Pontifex maximus à la mort de César :
In confusione rerum ac tumultu M. Lepidus pontificatum maximum
intercepit. Dans la confusion générale et
les émeutes (en 44), M. Lepidus s’empara du souverain pontificat. (Tite-Live, Periochae, 117).
Interim Antonius fuga transgressus Alpes, primo per conloquia repulsus a M. Lepido, qui pontifex maximus in C. Caesaris locum furto creatus Pendant ce temps Antoine qui dans sa fuite avait franchi les Alpes échoua d’abord dans ses négotiations avec M. Lepidus, qui avait été nommé grand Pontife à la sauvette pour succéder à C. César. (Velleius Paterculus, II, 63)
On sait que dans le partage des influences territoriales, Octave avait obtenu l’Occident, Antoine l’Orient et Lépide l’Afrique. En 36, mal inspiré, Lépide tente un coup de force en profitant des difficultés causées à Octave par Sextus Pompée :
M. Lepidus, qui ex Africa velut ad societatem belli contra
Sex. Pompeium a Caesare gerendi traiecerat, cum bellum Caesari quoque
inferret, relictus ab exercitu, abrogato triumviratus honore vitam impetravit.
M. Lepidus, qui avait quitté l’Afrique sous
prétexte de soutenir César dans la guerre qu’il livrait à Sextus Pompée,
entreprit lui aussi de faire la guerre à César. Abandonné par son armée, déchu
de sa fonction de triumvir, il obtint la vie sauve. (Tite-Live, Periochae, 129).
Il ne dut la vie sauve, je suppose, qu’à sa dignité de grand Pontife. Auguste attend donc sa mort qui survient en ~13 pour revêtir à son tour ce sacerdoce, à l’occasion des élections consulaires de mars ~12.
Aram
[Fortunae] R[educis a]nte aedes Honoris et Virtutis ad portam Cap[enam pro]
red[itu me]o senatus consacravit, in qua ponti[fices et] vir[gines Ve]stal[es
anni]versarium sacrificium facere [decrevit eo] di[e quo co]nsul[ibus Q.
Luc]retio et [M. Vi]nic[i]o in urbem ex [Syria redieram, et diem Augustali]a ex
[c]o[gnomine] nos[t]ro appellavit.
11. En
l’honneur de mon retour, le sénat consacra un Autel à la Fortune Revenue devant
le temple de l’Honneur et de la Vertu près de la porte Capène ; il décréta
que sur cet autel les pontifes et les Vierges vestales procéderaient à un
sacrifice anniversaire du jour où, sous le consulat de Q. Lucretius et de M.
Vinicius je suis revenu de Syrie à Rome. Il appela ce jour « les
Augustales » d’après le titre que nous portons.
Auguste a fait un long voyage en Sicile et de là en Grèce, en Asie et en Syrie dont il est revenu en ~19. L’autel de la Fortuna Redux a été dédié en octobre ~12.
[Senatus
consulto ea occasion]e pars [praetorum e]t tribunorum [plebi cum consule Q.]
Lu[cret]io et princi[pi]bus viris [ob]viam mihi mis[s]a e[st in Campan]ia[m,
qui] honos [ad ho]c tempus nemini praeter [m]e es[t decretus. Cu]m ex H[is[p]ania Gal[liaque, rebu]s
in iis provincis prosp[e]re [gest]i[s], R[omam redi] Ti. Nerone P. Qui[ntilio
c]o[n]s[ulibu]s, aram [Pacis A]u[g]ust[ae senatus pro]redi[t]u meo
consa[c]randam [censuit] ad campum [Martium, in qua ma]gistratus et
sac[er]dotes [et v]irgines V[est]a[les ann]iversarium sacrific]ium facer[e
decrevit.]
12. Par décret du sénat, en cette occasion, une délégation de préteurs et de tribuns de la plèbe, accompagnée du consul Q. Lucretius et d’hommes éminents a été envoyée à ma rencontre en Campanie, honneur qui à ce jour n’a été décrété pour personne d’autre que moi. Lorsque je suis revenu d’Espagne et de Gaule après avoir heureusement réglé les affaires dans ces provinces, sous le consulat de Ti. Nero et de P. Quintilius, le sénat décida en l’honneur de mon retour de consacrer un autel à la Paix Auguste près du Champ de Mars, autel sur lequel il décréta que les magistrats, les prêtres et les Vierges vestales procéderaient à un sacrifice anniversaire.
Auguste a effectué en Gaule et en Espagne un voyage de trois ans, de ~16 à ~13. L’Ara Pacis a été consacré(e) en ~9.
[Ianum]
Quirin[um, quem cl]aussum ess[e maiores nostri voluer]unt cum [p]er totum
i[mperium po]puli Roma[ni terra marique es]set parta victoriis pax, cum pr[ius
quam] nascerer, a co[ndita] u[rb]e bis omnino clausum [f]uisse prodatur
m[emori]ae, ter me princi]pe senat]us claudendum esse censui[t].
13. Nos
ancêtres avaient voulu que l’arc de Janus Quirinus soit fermé lorsque sur toute
l’étendue de l’empire romain, sur terre et sur mer, régnerait une paix obtenue
par des victoires ; alors qu’avant ma naissance, selon la tradition, il
n’avait été fermé en tout et pour tout que deux fois, par trois fois le sénat,
sous ma présidence, a décidé qu’il fallait le fermer.
L’arc de Janus avait été fermé par le roi Numa, puis à la fin de la première guerre punique, en ~235. Auguste l’a fermé en ~30 après Actium, puis en ~25. On ignore la date de la troisième fermeture.
[Fil]ios
meos, quos iuv[enes] mihi eripuit for[tuna], Gaium et Lucium Caesares,
14. Mes
fils, que la Fortune m’ a enlevés dans leur jeunesse, les Césars Gaius et
Lucius,
Tabula
tertia
(largesses)
honoris mei caussa
senatus populusque Romanus annum quintum et decimum agentis consules
designavit, ut [e]um magistratum inirent post quinquennium. Et ex eo die, quo
deducti [s]unt in forum ut interessent consiliis publicis decrevit sena[t]us.
Equites [a]utem Romani universi principem iuventutis utrumque eorum parm[is] et
hastis argenteis donatum appellaverunt.
pour me
faire honneur, le sénat et le peuple romain les désigna pour le consulat dans
leur quinzième année, étant entendu qu’ils devaient exercer cette magistrature
après un délai de cinq ans. Et à partir du jour où ils ont été présentés au
forum, le sénat a décrété qu’ils prendraient part aux réunions officielles. De
leur côté les chevaliers romains à l’unanimité leur ont décerné à tous les deux
le titre de « président de la Jeunesse », et leur a offert à chacun
un bouclier rond et une lance d’argent.
Sur les Césars Gaius et Lucius, voyez les pages consacrées à leur mère Julia.
Gaius a « été présenté au forum », c’est-à-dire qu’il a revêtu la toge virile, en ~5, Lucius en ~2. Ces deux années-là, Auguste a exercé le consulat qu’il n’avait plus exercé depuis ~23.
[L CAESARI AVG F]
PRINCIPI IVVENTVTIS AVG
QVEM
COS POPVLVS CREAVIT
ANN NAT XIIII
SENATVS ET POPVLVS ROMANVS
ILS 136, CIL 6, 36880 (Rome)
A Lucius César Auguste, prince de la jeunesse, que le peuple a nommé consul à l’âge de 14 ans. Le sénat et le peuple romain.
L CAESARI AVGVSTI F DIVI N PRINCIPI
IVVENTVTIS COS DESIG [C]VM ESSET ANN NAT XIIII AVG SENATVS
A
Lucius César Auguste, fils d’Auguste, petit-fils du divin Jules, prince de la
jeunesse, consul désigné malgré son âge de 14 ans. Le sénat.
Ehrenberg & Jones, 65
C CAESARI AVGVSTI F COS L CAESARI
AVGVSTI F COS DESIGNATO PRINCIPIBVS IVVENTVTIS
A
Gaius César, fils d’Auguste, consul, à Lucius César, fils d’Auguste, consul
désigné, princes de la jeunesse. (1 ap. J.-C.)
Ehrenberg
& Jones, 75a (Nîmes)
Plebei
Romanae viritum HS trecenos numeravi ex testamento patris mei. Et nomine meo HS
quadringenos ex bellorum manibiis consul quintum dedi, iterum autem in
consulatu decimo ex [p]atrimonio meo HS quadringenos congiari viritim
pernumer[a]vi, et consul undecimum duodecim frumentationes frumento pr[i]vatim
coempto emensus sum. Et tribunicia potestate duodecimum quadringenos nummos
tertium viritim dedi. Quae mea congiaria p[e]rvenerunt ad [homi]num millia
nunquam minus quinquaginta et ducenta. Tribuniciae potestatis duodevicensimum
consul XII trecentis et viginti millibus plebis urbanae sexagenos denarios
viritim dedi. In colon[i]s militum meorum consul quintum ex manibiis viritim
millia nummum singula dedi. Acceperunt id triumphale congiarium in colonis
hominum circiter centum et viginti millia. Consul tertium dec[i]mum sexagenos
denarios plebei, quae tum frumentum publicum accipiebat, dedi ; ea millia
hominum paullo plura quam ducenta fuerunt.
15.
J’ai fait verser aux citoyens de la plèbe trois cents sesterces par homme en
exécution du testament de mon père. En mon nom propre, je leur ai donné lors de
mon cinquième consulat quatre cents sesterces sur les prises de guerre. Pendant
mon dixième consulat j’ai donné, sur mes domaines personnels, l’équivalent de
quatre cents sesterces en biens de consommation par homme. Pendant mon onzième
consulat, j’ai fait procéder à douze distributions de blé, blé que j’avais
acheté à titre privé. Revêtu de ma dix-huitième puissance tribunicienne, j’ai
donné pour le troisième fois quatre cents sesterces par homme. Ces
distributions que j’ai faites n’ont jamais touché moins de deux cent cinquante
mille hommes. Lors de ma dix-huitième puissance tribunicienne, sous mon
treizième consulat, j’ai donné soixante deniers chacun à trois cent vingt mille
citoyens de la plèbe. Dans les colonies où j’avais établi mes soldats, j’ai
donné sous mon cinquième consulat mille sesterces par homme de chaque colonie
sur les prises de guerre. Cette prime pour mon triomphe, ce sont environ cent
vingt mille hommes établis dans les colonies qui l’ont touchée. Lors de mon
treizième consulat, j’ai donné soixante deniers à la plèbe qui bénéficiait en
même temps de distributions de blé public ; ceci représente un peu plus de
deux cent mille personnes.
Pecuniam
[pr]o agris, quos in consulatu meo quarto et postea consulibus M. Cr[a]sso et
Cn. Lentulo augure adsignavi militibus, solvi municipis. Ea [s]u[mma
s]estertium circiter sexsiens milliens fuit, quam [p]ro Italicis praedis
numeravi. Et ci[r]citer bis mill[ie]ns et sescentiens, quod pro agris
provincialibus solvi. Id primus et [s]olus omnium, qui [d]eduxerunt colonias
militum in Italia aut in provincis, ad memoriam aetatis meae feci. Et postea
Ti. Nerone et Cn. Pisone consulibus, itemque C. Antistio et D. Laelio cos., et
C. Calvisio et L. Pasieno consulibus, et L. Le[nt]ulo et M. Messalla consulibus,
et L. Caninio et Q. Fabricio co[s.], milit[i]bus, quos emeriteis stipendis in
sua municpi[a dedux]i, praem[i]a numerato persolvi. Quam in rem sestertium
q[uater m]illiens cir[cite]r impendi.
16. J’ai
versé de l’argent aux municipes pour les terres que, sous mon quatrième
consulat et ensuite sous le consulat de M. Crassus et de Cn. Lentulus l’augure
(~14), j’ai fait distribuer à mes soldats. Cette somme que j’ai payée pour les
propriétés italiennes, se montait à environ six cent millions de sesterces. Et
à environ deux cent soixante millions celle que j’ai versée pour les terres des
provinces. Cela, je suis le premier et le seul de tous ceux qui ont créé des
colonies de soldats en Italie ou dans les provinces à l’avoir fait, y compris
les gens de ma génération. Et ensuite, sous le consulat de Ti. Néron et de Cn.
Pison (~7), puis sous le consulat de C. Antistius et D. Laelius (~6), de C.
Calvisius et L. Pasienus (~4), de L. Le[nt]ulus et M. Messalla (~3) et de L.
Caninius et Q. Fabricius (~2), aux soldats que j’avais installés dans leur
municipe d’origine à la fin de leur service, j’ai payé en totalité et comptant
leurs primes. Dans cette opération, j’ai dépensé environ quatre cent millions
de sesterces.
Quater
[pe]cunia mea iuvi aerarium, ita ut sestertium milliens et quing[en]ties ad eos
qui praerant aerario detulerim. Et M. Lepido et L. Ar[r]untio cos. in aerarium
militare, quod ex consilio m[eo] co[ns]titutum est, ex [q]uo praemia darentur
militibus qui vicena [aut plu]ra sti[pendi]a emeruissent HS milliens et
septing[e]nti[ens ex pa]t[rim]onio [m]eo detuli.
17.
Quatre fois j’ai aidé de mon argent le trésor public, apportant ainsi cent
cinquante millions de sesterces à ceux qui avaient la charge du trésor public.
Sous le consulat de M. Lepidus et L. Arruntius (6 ap. J.-C.), j’ai apporté sur
mon patrimoine personnel cent soixante-dix millions de sesterces au trésor
militaire, qui a été créé à mon initiative pour servir à donner les primes (de
démobilisation) aux soldats qui ont servi vingt ans et plus.
[Ab eo anno
q]uo Cn. et P. Lentuli c[ons]ules fuerunt, cum deficerent [vecti]g[alia, tum]
centum millibus h[omi]num, tum pluribus multo frume[ntarios et n]umma[rio]s
t[ributus ex aere] et patr[i]monio m[e]o [edidi].
18.
Depuis l’année où furent consuls Cn. et P. Lentulus, lorsque les impôts ne
suffisaient pas, j’ai fait procéder sur ma cassette et sur mon patrimoine à des
distributions de blé et de monnaie, tantôt à cent mille hommes, tantôt à
davantage encore.
Tabula IV
Curiam et
continens ei chalcidicum templumque Apollinis in Palatio cum porticibus, aedem
divi Iuli, Lupercal, porticum ad circum Flaminium, quam sum appellari passus ex
nomine eius qui priorem eodem in solo fecerat Octaviam, pulvinar ad circum
maximum, aedes in Capitolio Iovis Feretri et Iovis Tonantis, aedem Quirini,
aedes Minervae et Iunonis reginae et Iovis Libertatis in Aventino, aedem Larum
in summa sacra via, aedem deum Penatium in Velia, aedem Iuventatis, aedem
Matris Magnae in Palatio feci.
19. J’ai fait construire la curie et le chalcidicum attenant, le temple d’Apollon et ses portiques sur le Palatin, le temple du divin Jules, le Lupercal, le portique qui borde le cirque Flaminius en acceptant qu’il soit appelé Octavien, du nom de celui qui avait fait construire le précédent portique au même endroit, la loge impériale au cirque Maxime, au Capitole les temples de Jupiter Férétrien et de Jupiter Tonnant, le temple de Quirinus, les temples de Minerve, de Junon Reine et de Jupiter Liberté sur l’Aventin, le temple des Lares en haut de la voie Sacrée, le temple des dieux Pénates sur la Velia, le temple de la Jeunesse et le temple de la Grande Mère sur le Palatin.
Capitolium
et Pompeium theatrum utrumque opus impensa grandi refeci sine ulla inscriptione
nominis mei. Rivos aquarum compluribus locis vetustate labentes refeci, et
aquam quae Marcia appellatur duplicavi fonte novo in rivum eius inmisso. Forum
Iulium et basilicam quae fuit inter aedem Castoris et aedem Saturni, coepta
profligataque opera a patre meo, perfeci, et eandem basilicam consumptam
incendio ampliato eius solo sub titulo nominis filiorum m[eorum i]ncohavi, et,
si vivus non perfecissem, perfici ab heredibus [meis ius]si. Duo et octoginta
templa deum in urbe consul sex[tu]m ex [auctori]tate senatus refeci, nullo
praetermisso quod e[o] tempore [refici debeba]t. Consul septimum viam Flaminiam
a[b urbe] Ari[minum refeci pontes]que omnes praeter Mulvium et Minucium.
20. J’ai fait reconstruire le Capitole et le théâtre de Pompée, à grands frais dans les deux cas, sans du tout faire mentionner mon nom sur ces deux édifices. J’ai fait reconstruire les canaux des aqueducs qui en de nombreux endroits menaçaient ruine du fait de leur vétusté. J’ai doublé le débit de l’aqueduc dit Marcia en alimentant son canal d’une nouvelle source. J’ai achevé le forum Julien et la basilique qui se trouvait entre le temple de Castor et le temple de Saturne, travaux commencés et avancés par mon père ; cette même basilique ayant été détruite par un incendie, j’en ai entrepris la reconstruction en agrandissant sa surface au sol au nom de mes fils et, si cette reconstruction n’est pas achevée de mon vivant, je veux qu’elle le soit par mes héritiers. Durant mon sixième consulat, conformément à la décision du sénat, j’ai fait restaurer quatre-vingt-deux temples des dieux, soit tous ceux qui à cette date devaient être restaurés. Durant mon septième consulat, j’ai fait refaire la voie Flaminienne de Rome à Ariminum, y compris tous les ponts, sauf le pont Mulvius et le pont Minucius.
In privato
solo Martis Ultoris templum [f]orumque Augustum [ex ma]n[i]biis feci. Theatrum
ad aede Apollinis in solo magna ex parte a p[r]i[v]atis empto feci, quod sub
nomine M. Marcell[i] generi mei esset. Don[a e]x manibiis in Capitolio et in
aede divi Iu[l]i et in aede Apollinis et in aede Vestae et in templo Martis
Ultoris consecravi, quae mihi constituerunt HS circiter milliens. Auri coronari
pondo triginta et quinque millia municipiis et colonis Italiae conferentibus ad
triumpho[s] meos quintum consul remisi, et postea, quotienscumque imperator
a[ppe]llatus sum, aurum coronarium non accepi, decernentibus municipii[s] et
colonis aequ[e] beni[g]ne adquo antea decreverant.
21. Sur
un terrain qui m’appartenait, j’ai fait construire le temple de Mars Vengeur et
le forum d’Auguste avec les prises de guerre. J’ai fait construire près du
temple d’Apollon sur un terrain en grande partie acheté à des propriétaires
privés le théâtre qui devait porter le nom de mon gendre M. Marcellus. J’ai
consacré sur les prises de guerre des offrandes sur le Capitole, dans le temple
du divin Jules, dans le temple d’Apollon, dans le temple de Vesta, dans le
temple de Mars Vengeur, offrandes qui m’ont coûté environ cent millions de
sesterces. J’ai renvoyé la contribution de trente-cinq mille livres d’or
coronaire des municipes et colonies d’Italie pour mes triomphes et par la
suite, chaque fois que j’ai été salué imperator, j’ai refusé l’or coronaire que
votaient les municipes et les colonies dans le même élan de générosité que pour
leur vote précédent.
(munera)
Ter munus
gladiatorium dedi meo nomine et quinquiens filiorum meorum aut n[e]potum
nomine; quibus muneribus depugnaverunt hominum ci[rc]iter decem millia.
22.
J’ai donné des spectacles de
gladiateurs trois fois en mon propre nom et cinq fois au nom de mes fils et de mes petits-fils. Dans ces
spectacles ont combattu environ dix mille hommes.
On connaît les dates de certains de ces spectacles : ~29 (consécration du temple de César), ~28, ~16 ; ~12 (Gaius et Lucius), ~7, ~2 (consécration du temple de Mars Ultor), 6 (en l’honneur de Drusus, frère de Tibère).
munera non in Foro modo, nec in amphitheatro, sed et in Circo et in Saeptis, et aliquando nihil praeter venationem edidit il donna des spectacles de gladiateurs non seulement au forum, non seulement dans l’amphithéâtre, mais encore au Cirque et dans l’enceinte des élections. (Suétone, Auguste, 43).
Bis
athletarum undique accitorum spectaculu[m] p[o]pulo pra[ebui me]o nomine et
tertium nepo[tis] mei nomine.
J’ai présenté des compétitions d’athlètes venus du monde entier deux fois en mon propre nom et trois fois au nom de mon petit-fils.
On ne sait s’il s’agit de Drusus ou de Germanicus.
athletas quoque exstructis in campo Martio sedilibus ligneis (il a donné) aussi des compétitions d’athlètes après avoir fait édifier au Champ de Mars des gradins en bois. (Suétone, ibid.)
Ludos feci
m[eo no]m[ine] quater, ~ aliorum autem m[agistr]atuum vicem ter et viciens.
J’ai organisé des jeux (courses de chevaux) en mon propre nom quatre fois, mais au nom d’autres magistrats vingt-trois fois.
Fecisse se ludos ait suo nomine quater, pro aliis magistratibus, qui aut abessent aut non sufficerent, ter et vicies il dit qu’il a organisé des jeux en son propre nom quatre fois, au nom d’autres magistrats qui se trouvaient loin de Rome ou qui n’avaient pas assez de ressources vingt-trois fois. (Suétone, ibid.)
[Pr]o
conlegio XVvirorum magis[ter con]legii collega M. Agrippa lud[os s]aeclares, C.
Furnio C. Silano cos. [feci. C]onsul XIII ludos Mar[tia]les pr[imus fec]i, quos
p[ost i]d tempus deincep[s] ins[equen]ti[bus] annis [ex senatus consulto mecum
fe]cerunt [co]n[su]les.
Au nom
du collège des quindecemvirs, comme maître de ce collège avec pour collègue
Agrippa, j’ai organisé les jeux séculaires sous le consulat de Gaius Furnius et
de Gaius Silanus (~17). Consul pour la
treizième fois, j’ai organisé le premier les jeux de Mars (ludi Martiales, ~2, pour la consécration du temple
de Mars Ultor) que par la suite les consuls ont
été chargés par décret du sénat d’organiser avec moi.
[Ven]ation[es]
best[ia]rum Africanarum meo nomine aut filio[ru]m meorum et nepotum in ci[r]co
aut in foro aut in amphitheatris, popul[o d]edi sexiens et viciens, quibus
confecta sunt bestiarum circiter tria m[ill]ia et quingentae.
J’ai donné au peuple des chasses aux bêtes africaines en mon nom ou au nom de mes fils et petits-fils, au cirque ou au forum ou dans les amphithéâtres vingt-six fois, environ trois mille cinq cents bêtes y furent tuées.
Navalis
proeli spectaclum populo de[di tr]ans Tiberim, in quo loco nunc nemus est
Caesarum, cavato [s]olo in longitudinem mille et octingentos pedes ~ in
latudine[m mille] e[t] ducenti. In quo triginta rostratae naves triremes a[ut
birem]es plures autem minores inter se conflixerunt. Q[uibu]s in classibus
pugnaverunt praeter remiges millia ho[minum tr]ia circiter.
23.
J’ai donné au peuple (~2) le spectacle
d’un combat naval de l’autre côté du Tibre, à l’endroit où se trouve maintenant
le bois sacré des Césars. Le sol avait été creusé sur une longueur de mille
huit cents pieds (530 m) et sur une
largeur de mille deux cents (353 m). Dans
ce bassin, trente navires à éperon, trirèmes ou birèmes, et davantage encore de
plus petits s’affrontèrent. Dans ces flottes combattirent outre les rameurs
environ trois mille hommes.
item navale proelium circa Tiberim cavato solo, in quo nunc Caesarum nemus est. Quibus diebus custodes in urbe disposuit, ne raritate remanentium grassatoribus obnoxia esset il donna aussi un combat naval près du Tibre, à l’endroit où se trouve maintenant le bois sacré des Césars. Pendant ces journées, il fit placer des postes de garde dans la ville pour qu’elle ne soit pas la proie des voleurs tant il y restait peu de monde. (Suétone, ibid.)
In templis omnium
civitatium prov[inci]ae Asiae victor ornamenta reposui, quae spoliatis tem[plis
i]s cum quo bellum gesseram privatim possederat. Statuae [mea]e pedestres et
equestres et in quadrigeis argenteae steterunt in urbe XXC circiter, quas ipse
sustuli exque ea pecunia dona aurea in aede Apollinis meo nomine et illorum,
qui mihi statuarum honorem habuerunt, posui.
24. J’ai fait replacer après ma victoire dans les temples de toutes les cité de la province d’Asie les ornements qu’avait détournés pour son usage privé celui à qui j’avais fait la guerre. Des statues d’argent à mon effigie, statues en pied, équestres ou sur un quadrige, il s’en est élevé à Rome environ quatre-vingts ; je les ai fait moi-même retirer et avec le montant de la vente, j’ai fait déposer des offrandes en or dans le temple d’Apollon, en mon nom et au nom de ceux qui avaient fait ériger les statues en mon honneur.
TABULA V
Mare pacavi
a praedonibus. Eo bello servorum, qui fugerant a dominis suis et arma contra
rem publicam ceperant, triginta fere millia capta dominis ad supplicium
sumendum tradidi. Iuravit in mea verba tota Italia sponte sua et me be[lli] quo
vici ad Actium ducem depoposcit. Iuraverunt in eadem ver[ba provi]nciae
Galliae, Hispaniae, Africa, Sicilia, Sardinia. Qui sub [signis meis tum]
militaverint, fuerunt senatores plures quam DCC, in ii[s qui vel antea vel
pos]tea consules facti sunt ad eum diem quo scripta su[nt haec LX]X[XIII,
sacerdo]tes ci[rc]iter CLXX.
25.
J’ai purgé la mer des pirates. A l’occasion de cette guerre, j’ai fait
prisonniers et remis à leurs maîtres pour qu’ils les livrent au supplice
environ trente mille esclaves qui s’étaient enfuis de chez leurs maîtres et
avaient pris les armes contre le gouvernement légal. Toute l’Italie m’a
spontanément prêté serment d’allégeance et m’a demandé de la diriger dans la
guerre que j’ai gagnée à Actium. M’ont prêté le même serment d’allégeance les
provinces des Gaules, des Espagnes, d’Afrique, de Sicile et de Sardaigne. Parmi
ceux qui ont combattu alors sous mes enseignes, il y avait plus plus de 700
sénateurs, et parmi ceux-ci, 83 ont été consuls avant ou après ces événements
(au jour où ces lignes sont écrites), 170 environ sont devenus prêtres.
Omnium prov[inciarum
populi Romani], quibus finitimae fuerunt gentes quae non p[arerent imperio
nos]tro, fines auxi. Gallias et Hispanias provincias, i[tem Germaniam qua
inclu]dit Oceanus a Gadibus ad ostium Albis flumin[is pacavi. Alpes a re]gione
ea, quae proxima est Hadriano mari, [ad Tuscum pacari fec]i, nulli genti bello
per iniuriam inlato. Cla[ssis m]ea per Oceanum] ab ostio Rheni ad solis
orientis regionem usque ad fi[nes Cimbroru]m navigavit, quo neque terra neque
mari quisquam Romanus ante id tempus adit, Cimbrique et Charydes et Semnones et
eiusdem tractus alii Germanorum popu[l]i per legatos amicitiam meam et populi
Romani petierunt. Meo iussu et auspicio ducti sunt [duo] exercitus eodem fere
tempore in Aethiopiam et in Ar[a]biam, quae appel[latur Eudaemon, [maxim]aeque
hos[t]ium gentis utr[iu]sque cop[iae] caesae sunt in acie et [c]om[plur]a
oppida capta. In Aethiopiam usque ad oppidum Nabata pervent[um]est, cui proxima
est Meroe. In
Arabiam usque in fines Sabaeorum pro[cess]it exercitus ad oppidum Mariba.
26.
J’ai repoussé les limites de toutes les provinces du peuple romain dont les
nations voisines n’étaient pas soumises à notre pouvoir. J’ai pacifié les
provinces des Gaules et des Espagnes, ainsi que de Germanie, celles que borde
l’Océan, de Gadès à l’embouchure de l’Elbe. J’ai fait ramener la paix dans les
Alpes, de la région qui est proche de la mer Adriatique à la mer Tyrrhénienne,
sans faire subir à aucun peuple une guerre injuste. Ma flotte a navigué vers
l’est sur l’Océan de l’embouchure du Rhin jusqu’au pays des Cimbres, pays où
aucun Romain n’était allé auparavant ni par terre ni par mer. Les Cimbres, les
Charydes, les Semnons et d’autres peuples Germains de la même région m’ont fait
demander par des ambassades mon amitié et celle du peuple romain. Sur mon ordre
et sous mes auspices, deux armées ont été conduites à peu près à la même époque
en Éthiopie et dans cette Arabie que l’on appelle Heureuse, et des forces très
importantes de ces deux nations ont été taillées en pièces au combat et de très
nombreuses places fortes ont été prises. On est parvenu en Éthiopie jusqu’à la
ville forte de Nabata qui est proche de Méroé. En Arabie, l’armée s’est avancée
jusqu’au pays des Sabéens à la ville forte de Mariba.
Pro dii boni, quanti voluminis opera insequenti aestate sub duce Tiberio Caesare gessimus! Perlustrata armis tota Germania est, victae gentes paene nominibus incognitae, receptae Cauchorum nationes. . . ad quadringentesimum miliarium a Rheno usque ad flumen Albim, qui Semnonum Hermundurorumque fines praeterfluit, Romanus cum signis perductus exercitus. Les dieux m’en sont témoins ! Que de volumes comporterait l’ouvrage qui rapporterait nos campagnes de l’été suivant sous le commandement de Tibère César ! Toute la Germanie a été parcourue par nos armes, des peuples ont été vaincus dont on savait à peine le nom… A quatre cent milles au-delà du Rhin, jusqu’à l’Elbe, dont le cours borde les pays des Semnones et des Hermundures, a été conduite, enseignes en tête une armée romaine. (Velleius Paterculus, II, 106).
Cette expédition a eu lieu en 5. Les Cimbres habitaient les côtes allemandes et danoises du Schlewig et du Jutland actuels.
Les expéditions en Arabie ont eu lieu en 25-24 av. J.-C., en Éthiopie en 24-23.
Aegyptum
imperio populi [Ro]mani adieci. Armeniam maiorem, interfecto rege eius Artaxe,
c[u]m possem facere provinciam, malui maiorum nostrorum exemplo regn[u]m id
Tigrani, regis Artavasdis filio, nepoti autem Tigranis regis, per T[i. Ne]ronem
trad[ere], qui tum mihi priv[ig]nus erat. Et eandem gentem postea
d[e]sciscentem et rebellantem domit[a]m per Gaium filium meum regi Ariobarzani,
regis Medorum Artaba[zi] filio, regendam tradidi et post eius mortem filio eius
Artavasdi. Quo interfecto, Tig[ra]ne(m) qui erat ex regio genere Armeniorum
oriundus, in id regnum misi. Provincias omnis, quae trans Hadrianum mare
vergunt ad orien[te]m, Cyrenasque, iam ex parte magna regibus eas
possidentibus, et antea Siciliam et Sardiniam occupatas bello servili
reciperavi.
27.
J’ai ajouté l’Égypte à l’Empire du peuple romain. Après l’assassinat de son roi
Artaxès, j’aurais pu faire de la Grande Arménie une province, j’ai préféré,
suivant l’exemple de nos ancêtres, faire remettre ce trône à Tigrane, fils du
roi Artavasdès et donc petit-fils du roi Tigrane, par Tibère Néron qui était
alors mon beau-fils. Lorsque par la suite ce même peuple s’est détaché de notre
influence et est entré en rébellion, je l’ai fait soumettre par mon fils Gaius
et je l’ai placé sous l’autorité du roi Ariobarzane, fils d’Artabaze, le roi des
Mèdes, et après sa mort sous l’autorité de son fils Artavastès. Celui-ci ayant
été assassiné, j’ai envoyé dans ce royaume Tigrane qui était issu de la lignée
royale d’Arménie. J’ai réintégré à l’empire toutes les provinces orientales
depuis l’Adriatique et les provinces de Cyrène qui se trouvaient alors en
grande partie soumises à des rois, et un peu plus tôt les provinces de Sicile
et de Sardaigne qui avaient été occupées pendant la guerre civile.
Sur la conquête de l’Égypte, voyez ma Vie d’Antoine et la page sur les obélisques de Rome.
Sicile et Sardaigne s’étaient rangées de gré ou de force sous l’autorité de Sextus Pompée, qui a été vaincu par Agrippa en ~36 ; les provinces orientales avaient été placées sous l’autorité d’Antoine lors des accords de Brindes en ~40. Voyez « les donations d’Alexandrie ».
Colonias in
Africa Sicilia [M]acedonia utraque Hispania Achai[a] Asia S[y]ria Gallia
Narbonensi Pi[si]dia militum deduxi. Italia autem XXVIII [colo]nias, quae vivo
me celeberrimae et frequentissimae fuerunt, me [auctore] deductas habet.
28.
J’ai établi des colonies de vétérans en Afrique, Sicile, Macédoine, dans les
deux Espagnes, en Achaïe, en Asie, en Syrie, en Gaule Narbonnaise, en Pisidie.
De plus, en Italie se trouvent 28 colonies fondées sous mes auspices qui sont
devenues de mon vivant très réputées et très peuplées.
« C'est sur l'ordre de Jules César qu'à l'automne de 46 av. J.-C., Tiberius Claudius Nero [le père de Tibère] fonda à Arelate une colonie de droit romain pour les vétérans de la VIe légion.
« Un moment compromise par l'assassinat de César le 15 mars 44, la fondation trouva un nouvel élan grâce à Octave, engagé dans sa marche vers le pouvoir et soucieux de rassembler dans sa clientèle politique les fidèles de son père adoptif. La titulature officielle de la colonie, formulée sous le règne d'Auguste, exprime avec force cette filiation : COLONIA JVLIA PATERNA ARELATE SEXTANORVM. « Colonie des Vétérans de la VIe légion fondée à Arles par mon père jules César ». Musée de L’Arles antique, éd. Actes Sud.
La ville de Nîmes a connu à peu près la même histoire.
Signa
militaria complur[a per] alios d[u]ces ami[ssa] devicti[s hostibu]s
re[cipe]ravi ex Hispania et [Gallia et a Dalm]ateis. Parthos trium exercitum
Romanorum spolia et signa re[ddere] mihi supplicesque amicitiam populi Romani
petere coegi. Ea autem si[gn]a in penetrali, quod e[s]t in templo Martis Vltoris,
reposui.
29.
J’ai repris après avoir vaincu les ennemis de nombreuses enseignes militaires
perdues sous d’autres chefs et je les ai rapportées d’Espagne, de Gaule et de
chez les Dalmates. J’ai forcé les Parthes à me rendre les dépouilles et les
enseignes de trois armées romaines et je les ai réduits à demander l’amitié du
peuple romain. Ces enseignes, je les ai fait déposer dans le sanctuaire
intérieur qui se trouve dans le temple de Mars Vengeur.
Auguste fait allusion aux défaites de Gabinius (~48) et Vatinius en (~44) en Dalmatie et aux pertes subies en Espagne lors de la guerre contre les fils de Pompée ; en ce qui concerne la Gaule, on ne sait pas exactement de quel événement il veut parler. Les Parthes avaient vaincu Crassus à Carrhes en ~53, Antoine en ~40 et ~36.
Parthi quoque et Armeniam vindicanti facile cesserunt et signa militaria, quae M. Crasso et M. Antonio ademerant, reposcenti reddiderunt Les Parthes aussi lui cédèrent même l’Arménie qu’il revendiquait et lui rendirent sur sa demande les enseignes militaires qu’ils avaient prises à M. Crassus et à Marc Antoine. (Suétone, Auguste, 21).
Pannoniorum
gentes, qua[s a]nte me principem populi Romani exercitus numquam ad[it],
devictas per Ti. [Ne]ronem, qui tum erat privignus et legatus meus, imperio
populi Romani s[ubie]ci protulique fines Illyrici ad r[ip]am fluminis Dan[uv]i.
Citr[a] quod [D]a[cor]u[m tra]n[s]gressus exercitus meis a[u]sp[icis vict]us
profligatusque [es]t, et pos[tea tran]s Dan[u]vium ductus ex[ercitus me]u[s]
Da[cor]um gentis im[peri]a p[opuli] R[omani perferre coegit].
30.
J’ai soumis au pouvoir du peuple romain les nations de Pannonie, vaincues par
Tiberius Néron qui était alors mon beau-fils et mon représentant. Aucune armée
du peuple romain ne les avait approchées avant que je ne sois Président du
sénat. J’ai repoussé les frontières de l’Illyricum à la rive du Danube. Comme
une armée des Daces avait traversé le fleuve et abordé sur notre rive, elle a
été, sous mes auspices, vaincue et détruite et, par la suite, mon armée conduite
sur l’autre rive du Danube a forcé les peuples daces à se plier aux ordres du
peuple romain.
Ad me ex
In[dia regum legationes saepe missae sunt nunquam visae ante id t]em[pus] apud
qu[em]q[uam] R[omanorum du]cem. Nostram amic[itiam petie]run[t] per legat[os]
B[a]starn[ae Scythae]que et Sarmatarum qui su[nt citra fl]umen Tanaim [et]
ultra reg[es, Alba]norumque rex et Hiberorum e[t Medorum] .
31.
Venues de l’Inde, des délégations royales m’ont été envoyées à plusieurs reprises,
ce que l’on n’avait jamais vu avant notre époque auprès d’aucun chef militaire
romain. Notre amitié a été demandée par des ambassades des rois des Bastarnes,
des Scythes et des Sarmates qui vivent en-deçà et au-delà du fleuve Tanais (le
Don), par le roi des Albanes, le roi des Hibères et le roi des Mèdes.
Qua virtutis moderationisque fama Indos etiam ac Scythas, auditu modo cognitos, pellexit ad amicitiam suam populique Romani ultro per legatos petendam. Cette réputation de vertu et de modération fut telle qu’elle poussa même les Indiens et les Scythes, dont on ne connaissait que le nom, à lui faire spontanément demander par des délégations son amitié et celle du peuple romain. (Suétone, Auguste, 21).
TABULA VI
Ad me supplices
confug[erunt] reges Parthorum Tirida[te]s et post[ea] Phrat[es] regis Phrati[s]
filiu[s], Medorum Ar[tavasdes, Adiabenorum] Artaxares, Britannorum
Dumnobellaunus et Tin[commius, Sugambr]orum Maelo, Marcomannorum Sueborum
[Segime]rus. Ad [me
re]x Parthorum Phrates, Orod[i]s filius, filios suos nepot[esque omnes] misit
in Italiam, non bello superatu[s], sed amicitiam nostram per [libe]ror[um]
suorum pignora petens. Plurimaeque aliae gentes
exper[tae sunt p. R.] fidem me principe, quibus antea cum populo Roman[o nullum
extitera]t legationum et amicitiae [c]ommercium.
32. En position de suppliants se réfugièrent auprès de moi les rois des Parthes Tiridatès et plus tard Phraatès, fils de Phraatès, le roi des Mèdes Artavasdès, le roi des Adiabènes Artaxarès, les rois des Bretons Dumnobellaunos et Tincommios, le roi des Sicambres Maelo, le roi des Marcomans et des Suèves Segimère ( ?). Auprès de moi, le roi des Parthes Phraatès, fils d’Orodès, envoya en Italie tous ses fils et petits-fils, non parce qu’il avait eu le dessous à la guerre, mais pour prouver en donnant en otages ses propres enfants qu’il recherch