Noctes Gallicanae
Epigraphie latine
RES
GESTAE DIVI AVGVSTI
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© Alain Canu, the year being that of the last
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Auguste
avait déposé entre les mains des Vestales, parmi d’autres documents, indicem rerum a se gestarum, quem vellet incidi in aeneis
tabulis, quae ante Mausoleum statuerentur un résumé de ses actes ; il souhaitait que le texte en fût
gravé sur des tablettes de bronze qui seraient placées à l’entrée de son
mausolée (Suétone, Auguste, 101).
Les
tables de bronze du mausolée d’Auguste à Rome ont disparu depuis très
longtemps, mais des copies en ont été faites et affichées sur les murs des
nombreux temples d’Auguste à travers l’Empire.
Trois
copies en ont été retrouvées en Asie Mineure et une en Syrie. Une seule, celle
du Monumentum Ancyranum, le « Temple de Rome et d’Auguste » à Ancyra (aujourd’hui
Ankara), offre un texte à peu près complet, accompagné d’une traduction
grecque ; les autres ne sont que des fragments.
Les deux
tables d’Ancyra mesurent 2,70 m
de haut sur 4 m de long. Elles comportent six pages de 46 ou 54 lignes de
60 caractères chacune environ. Le texte latin, parfois très mutilé, a pu être
reconstitué grâce à la traduction grecque et aux fragments retrouvés dans les
autres sites.
Plusieurs sites proposent le texte latin des Res Gestae, par exemple : Latin library, Bibliotheca Augustana, Later Latin Society.
Vous pourrez d’ailleurs constater certaines différences tout à fait explicables dans le cas des compléments, moins faciles à expliquer dans certaines leçons.
M. Dubuisson, professeur à l’Université de Liège, propose une traduction des Res Gestae, traduction précédée d’une belle introduction et d’un répertoire de liens.
Lorsque le texte latin présente des lacunes trop importantes, j’ai saisi et traduit le texte grec.
Tabula IV
Curiam et
continens ei chalcidicum templumque Apollinis in Palatio cum porticibus, aedem
divi Iuli, Lupercal, porticum ad circum Flaminium, quam sum appellari passus ex
nomine eius qui priorem eodem in solo fecerat Octaviam, pulvinar ad circum
maximum, aedes in Capitolio Iovis Feretri et Iovis Tonantis, aedem Quirini,
aedes Minervae et Iunonis reginae et Iovis Libertatis in Aventino, aedem Larum
in summa sacra via, aedem deum Penatium in Velia, aedem Iuventatis, aedem
Matris Magnae in Palatio feci.
19. J’ai fait construire la curie et le chalcidicum attenant, le temple d’Apollon et ses portiques sur le Palatin, le temple du divin Jules, le Lupercal, le portique qui borde le cirque Flaminius en acceptant qu’il soit appelé Octavien, du nom de celui qui avait fait construire le précédent portique au même endroit, la loge impériale au cirque Maxime, au Capitole les temples de Jupiter Férétrien et de Jupiter Tonnant, le temple de Quirinus, les temples de Minerve, de Junon Reine et de Jupiter Liberté sur l’Aventin, le temple des Lares en haut de la voie Sacrée, le temple des dieux Pénates sur la Velia, le temple de la Jeunesse et le temple de la Grande Mère sur le Palatin.
Capitolium
et Pompeium theatrum utrumque opus impensa grandi refeci sine ulla inscriptione
nominis mei. Rivos aquarum compluribus locis vetustate labentes refeci, et
aquam quae Marcia appellatur duplicavi fonte novo in rivum eius inmisso. Forum
Iulium et basilicam quae fuit inter aedem Castoris et aedem Saturni, coepta
profligataque opera a patre meo, perfeci, et eandem basilicam consumptam
incendio ampliato eius solo sub titulo nominis filiorum m[eorum i]ncohavi, et,
si vivus non perfecissem, perfici ab heredibus [meis ius]si. Duo et octoginta
templa deum in urbe consul sex[tu]m ex [auctori]tate senatus refeci, nullo
praetermisso quod e[o] tempore [refici debeba]t. Consul septimum viam Flaminiam
a[b urbe] Ari[minum refeci pontes]que omnes praeter Mulvium et Minucium.
20. J’ai fait reconstruire le Capitole et le théâtre de Pompée, à grands frais dans les deux cas, sans du tout faire mentionner mon nom sur ces deux édifices. J’ai fait reconstruire les canaux des aqueducs qui en de nombreux endroits menaçaient ruine du fait de leur vétusté. J’ai doublé le débit de l’aqueduc dit Marcia en alimentant son canal d’une nouvelle source. J’ai achevé le forum Julien et la basilique qui se trouvait entre le temple de Castor et le temple de Saturne, travaux commencés et avancés par mon père ; cette même basilique ayant été détruite par un incendie, j’en ai entrepris la reconstruction en agrandissant sa surface au sol au nom de mes fils et, si cette reconstruction n’est pas achevée de mon vivant, je veux qu’elle le soit par mes héritiers. Durant mon sixième consulat, conformément à la décision du sénat, j’ai fait restaurer quatre-vingt-deux temples des dieux, soit tous ceux qui à cette date devaient être restaurés. Durant mon septième consulat, j’ai fait refaire la voie Flaminienne de Rome à Ariminum, y compris tous les ponts, sauf le pont Mulvius et le pont Minucius.
In privato
solo Martis Ultoris templum [f]orumque Augustum [ex ma]n[i]biis feci. Theatrum
ad aede Apollinis in solo magna ex parte a p[r]i[v]atis empto feci, quod sub
nomine M. Marcell[i] generi mei esset. Don[a e]x manibiis in Capitolio et in
aede divi Iu[l]i et in aede Apollinis et in aede Vestae et in templo Martis
Ultoris consecravi, quae mihi constituerunt HS circiter milliens. Auri coronari
pondo triginta et quinque millia municipiis et colonis Italiae conferentibus ad
triumpho[s] meos quintum consul remisi, et postea, quotienscumque imperator
a[ppe]llatus sum, aurum coronarium non accepi, decernentibus municipii[s] et
colonis aequ[e] beni[g]ne adquo antea decreverant.
21. Sur
un terrain qui m’appartenait, j’ai fait construire le temple de Mars Vengeur et
le forum d’Auguste avec les prises de guerre. J’ai fait construire près du
temple d’Apollon sur un terrain en grande partie acheté à des propriétaires
privés le théâtre qui devait porter le nom de mon gendre M. Marcellus. J’ai
consacré sur les prises de guerre des offrandes sur le Capitole, dans le temple
du divin Jules, dans le temple d’Apollon, dans le temple de Vesta, dans le
temple de Mars Vengeur, offrandes qui m’ont coûté environ cent millions de
sesterces. J’ai renvoyé la contribution de trente-cinq mille livres d’or
coronaire des municipes et colonies d’Italie pour mes triomphes et par la suite,
chaque fois que j’ai été salué imperator, j’ai refusé l’or coronaire que
votaient les municipes et les colonies dans le même élan de générosité que pour
leur vote précédent.
(munera)
Ter munus gladiatorium
dedi meo nomine et quinquiens filiorum meorum aut n[e]potum nomine; quibus
muneribus depugnaverunt hominum ci[rc]iter decem millia.
22.
J’ai donné des spectacles de
gladiateurs trois fois en mon propre nom et cinq fois au nom de mes fils et de mes petits-fils. Dans ces
spectacles ont combattu environ dix mille hommes.
On connaît les dates de certains de ces spectacles : ~29 (consécration du temple de César), ~28, ~16 ; ~12 (Gaius et Lucius), ~7, ~2 (consécration du temple de Mars Ultor), 6 (en l’honneur de Drusus, frère de Tibère).
munera non in Foro modo, nec in amphitheatro, sed et in Circo et in Saeptis, et aliquando nihil praeter venationem edidit il donna des spectacles de gladiateurs non seulement au forum, non seulement dans l’amphithéâtre, mais encore au Cirque et dans l’enceinte des élections. (Suétone, Auguste, 43).
Bis
athletarum undique accitorum spectaculu[m] p[o]pulo pra[ebui me]o nomine et tertium
nepo[tis] mei nomine.
J’ai présenté des compétitions d’athlètes venus du monde entier deux fois en mon propre nom et trois fois au nom de mon petit-fils.
On ne sait s’il s’agit de Drusus ou de Germanicus.
athletas quoque exstructis in campo Martio sedilibus ligneis (il a donné) aussi des compétitions d’athlètes après avoir fait édifier au Champ de Mars des gradins en bois. (Suétone, ibid.)
Ludos feci
m[eo no]m[ine] quater, ~ aliorum autem m[agistr]atuum vicem ter et viciens.
J’ai organisé des jeux (courses de chevaux) en mon propre nom quatre fois, mais au nom d’autres magistrats vingt-trois fois.
Fecisse se ludos ait suo nomine quater, pro aliis magistratibus, qui aut abessent aut non sufficerent, ter et vicies il dit qu’il a organisé des jeux en son propre nom quatre fois, au nom d’autres magistrats qui se trouvaient loin de Rome ou qui n’avaient pas assez de ressources vingt-trois fois. (Suétone, ibid.)
[Pr]o
conlegio XVvirorum magis[ter con]legii collega M. Agrippa lud[os s]aeclares, C.
Furnio C. Silano cos. [feci. C]onsul XIII ludos Mar[tia]les pr[imus fec]i, quos
p[ost i]d tempus deincep[s] ins[equen]ti[bus] annis [ex senatus consulto mecum
fe]cerunt [co]n[su]les.
Au nom
du collège des quindecemvirs, comme maître de ce collège avec pour collègue
Agrippa, j’ai organisé les jeux séculaires sous le consulat de Gaius Furnius et
de Gaius Silanus (~17). Consul pour la
treizième fois, j’ai organisé le premier les jeux de Mars (ludi Martiales, ~2, pour la consécration du temple
de Mars Ultor) que par la suite les consuls ont
été chargés par décret du sénat d’organiser avec moi.
[Ven]ation[es]
best[ia]rum Africanarum meo nomine aut filio[ru]m meorum et nepotum in ci[r]co
aut in foro aut in amphitheatris, popul[o d]edi sexiens et viciens, quibus
confecta sunt bestiarum circiter tria m[ill]ia et quingentae.
J’ai donné au peuple des chasses aux bêtes africaines en mon nom ou au nom de mes fils et petits-fils, au cirque ou au forum ou dans les amphithéâtres vingt-six fois, environ trois mille cinq cents bêtes y furent tuées.
Navalis
proeli spectaclum populo de[di tr]ans Tiberim, in quo loco nunc nemus est
Caesarum, cavato [s]olo in longitudinem mille et octingentos pedes ~ in
latudine[m mille] e[t] ducenti. In quo triginta rostratae naves triremes a[ut
birem]es plures autem minores inter se conflixerunt. Q[uibu]s in classibus
pugnaverunt praeter remiges millia ho[minum tr]ia circiter.
23.
J’ai donné au peuple (~2) le spectacle
d’un combat naval de l’autre côté du Tibre, à l’endroit où se trouve maintenant
le bois sacré des Césars. Le sol avait été creusé sur une longueur de mille
huit cents pieds (530 m) et sur une
largeur de mille deux cents (353 m). Dans
ce bassin, trente navires à éperon, trirèmes ou birèmes, et davantage encore de
plus petits s’affrontèrent. Dans ces flottes combattirent outre les rameurs
environ trois mille hommes.
item navale proelium circa Tiberim cavato solo, in quo nunc Caesarum nemus est. Quibus diebus custodes in urbe disposuit, ne raritate remanentium grassatoribus obnoxia esset il donna aussi un combat naval près du Tibre, à l’endroit où se trouve maintenant le bois sacré des Césars. Pendant ces journées, il fit placer des postes de garde dans la ville pour qu’elle ne soit pas la proie des voleurs tant il y restait peu de monde. (Suétone, ibid.)
In templis
omnium civitatium prov[inci]ae Asiae victor ornamenta reposui, quae spoliatis
tem[plis i]s cum quo bellum gesseram privatim possederat. Statuae [mea]e
pedestres et equestres et in quadrigeis argenteae steterunt in urbe XXC
circiter, quas ipse sustuli exque ea pecunia dona aurea in aede Apollinis meo
nomine et illorum, qui mihi statuarum honorem habuerunt, posui.
24. J’ai fait replacer après ma victoire dans les temples de toutes les cité de la province d’Asie les ornements qu’avait détournés pour son usage privé celui à qui j’avais fait la guerre. Des statues d’argent à mon effigie, statues en pied, équestres ou sur un quadrige, il s’en est élevé à Rome environ quatre-vingts ; je les ai fait moi-même retirer et avec le montant de la vente, j’ai fait déposer des offrandes en or dans le temple d’Apollon, en mon nom et au nom de ceux qui avaient fait ériger les statues en mon honneur.
TABULA V
Mare pacavi
a praedonibus. Eo bello servorum, qui fugerant a dominis suis et arma contra
rem publicam ceperant, triginta fere millia capta dominis ad supplicium
sumendum tradidi. Iuravit in mea verba tota Italia sponte sua et me be[lli] quo
vici ad Actium ducem depoposcit. Iuraverunt in eadem ver[ba provi]nciae
Galliae, Hispaniae, Africa, Sicilia, Sardinia. Qui sub [signis meis tum]
militaverint, fuerunt senatores plures quam DCC, in ii[s qui vel antea vel
pos]tea consules facti sunt ad eum diem quo scripta su[nt haec LX]X[XIII, sacerdo]tes
ci[rc]iter CLXX.
25.
J’ai purgé la mer des pirates. A l’occasion de cette guerre, j’ai fait
prisonniers et remis à leurs maîtres pour qu’ils les livrent au supplice
environ trente mille esclaves qui s’étaient enfuis de chez leurs maîtres et avaient
pris les armes contre le gouvernement légal. Toute l’Italie m’a spontanément
prêté serment d’allégeance et m’a demandé de la diriger dans la guerre que j’ai
gagnée à Actium. M’ont prêté le même serment d’allégeance les provinces des
Gaules, des Espagnes, d’Afrique, de Sicile et de Sardaigne. Parmi ceux qui ont
combattu alors sous mes enseignes, il y avait plus plus de 700 sénateurs, et
parmi ceux-ci, 83 ont été consuls avant ou après ces événements (au jour où ces
lignes sont écrites), 170 environ sont devenus prêtres.
Omnium
prov[inciarum populi Romani], quibus finitimae fuerunt gentes quae non
p[arerent imperio nos]tro, fines auxi. Gallias et Hispanias provincias, i[tem
Germaniam qua inclu]dit Oceanus a Gadibus ad ostium Albis flumin[is pacavi.
Alpes a re]gione ea, quae proxima est Hadriano mari, [ad Tuscum pacari fec]i,
nulli genti bello per iniuriam inlato. Cla[ssis m]ea per Oceanum] ab ostio
Rheni ad solis orientis regionem usque ad fi[nes Cimbroru]m navigavit, quo
neque terra neque mari quisquam Romanus ante id tempus adit, Cimbrique et
Charydes et Semnones et eiusdem tractus alii Germanorum popu[l]i per legatos
amicitiam meam et populi Romani petierunt. Meo iussu et auspicio ducti sunt
[duo] exercitus eodem fere tempore in Aethiopiam et in Ar[a]biam, quae
appel[latur Eudaemon, [maxim]aeque hos[t]ium gentis utr[iu]sque cop[iae] caesae
sunt in acie et [c]om[plur]a oppida capta. In Aethiopiam usque ad oppidum
Nabata pervent[um]est, cui proxima est Meroe. In Arabiam usque in fines Sabaeorum
pro[cess]it exercitus ad oppidum Mariba.
26.
J’ai repoussé les limites de toutes les provinces du peuple romain dont les
nations voisines n’étaient pas soumises à notre pouvoir. J’ai pacifié les
provinces des Gaules et des Espagnes, ainsi que de Germanie, celles que borde
l’Océan, de Gadès à l’embouchure de l’Elbe. J’ai fait ramener la paix dans les
Alpes, de la région qui est proche de la mer Adriatique à la mer Tyrrhénienne,
sans faire subir à aucun peuple une guerre injuste. Ma flotte a navigué vers
l’est sur l’Océan de l’embouchure du Rhin jusqu’au pays des Cimbres, pays où
aucun Romain n’était allé auparavant ni par terre ni par mer. Les Cimbres, les
Charydes, les Semnons et d’autres peuples Germains de la même région m’ont fait
demander par des ambassades mon amitié et celle du peuple romain. Sur mon ordre
et sous mes auspices, deux armées ont été conduites à peu près à la même époque
en Éthiopie et dans cette Arabie que l’on appelle Heureuse, et des forces très
importantes de ces deux nations ont été taillées en pièces au combat et de très
nombreuses places fortes ont été prises. On est parvenu en Éthiopie jusqu’à la
ville forte de Nabata qui est proche de Méroé. En Arabie, l’armée s’est avancée
jusqu’au pays des Sabéens à la ville forte de Mariba.
Pro dii boni, quanti voluminis opera insequenti aestate sub duce Tiberio Caesare gessimus! Perlustrata armis tota Germania est, victae gentes paene nominibus incognitae, receptae Cauchorum nationes. . . ad quadringentesimum miliarium a Rheno usque ad flumen Albim, qui Semnonum Hermundurorumque fines praeterfluit, Romanus cum signis perductus exercitus. Les dieux m’en sont témoins ! Que de volumes comporterait l’ouvrage qui rapporterait nos campagnes de l’été suivant sous le commandement de Tibère César ! Toute la Germanie a été parcourue par nos armes, des peuples ont été vaincus dont on savait à peine le nom… A quatre cent milles au-delà du Rhin, jusqu’à l’Elbe, dont le cours borde les pays des Semnones et des Hermundures, a été conduite, enseignes en tête une armée romaine. (Velleius Paterculus, II, 106).
Cette expédition a eu lieu en 5. Les Cimbres habitaient les côtes allemandes et danoises du Schlewig et du Jutland actuels.
Les expéditions en Arabie ont eu lieu en 25-24 av. J.-C., en Éthiopie en 24-23.
Aegyptum
imperio populi [Ro]mani adieci. Armeniam maiorem, interfecto rege eius Artaxe,
c[u]m possem facere provinciam, malui maiorum nostrorum exemplo regn[u]m id
Tigrani, regis Artavasdis filio, nepoti autem Tigranis regis, per T[i. Ne]ronem
trad[ere], qui tum mihi priv[ig]nus erat. Et eandem gentem postea
d[e]sciscentem et rebellantem domit[a]m per Gaium filium meum regi Ariobarzani,
regis Medorum Artaba[zi] filio, regendam tradidi et post eius mortem filio eius
Artavasdi. Quo interfecto, Tig[ra]ne(m) qui erat ex regio genere Armeniorum
oriundus, in id regnum misi. Provincias omnis, quae trans Hadrianum mare
vergunt ad orien[te]m, Cyrenasque, iam ex parte magna regibus eas
possidentibus, et antea Siciliam et Sardiniam occupatas bello servili
reciperavi.
27.
J’ai ajouté l’Égypte à l’Empire du peuple romain. Après l’assassinat de son roi
Artaxès, j’aurais pu faire de la Grande Arménie une province, j’ai préféré,
suivant l’exemple de nos ancêtres, faire remettre ce trône à Tigrane, fils du
roi Artavasdès et donc petit-fils du roi Tigrane, par Tibère Néron qui était
alors mon beau-fils. Lorsque par la suite ce même peuple s’est détaché de notre
influence et est entré en rébellion, je l’ai fait soumettre par mon fils Gaius
et je l’ai placé sous l’autorité du roi Ariobarzane, fils d’Artabaze, le roi
des Mèdes, et après sa mort sous l’autorité de son fils Artavastès. Celui-ci
ayant été assassiné, j’ai envoyé dans ce royaume Tigrane qui était issu de la
lignée royale d’Arménie. J’ai réintégré à l’empire toutes les provinces orientales
depuis l’Adriatique et les provinces de Cyrène qui se trouvaient alors en
grande partie soumises à des rois, et un peu plus tôt les provinces de Sicile
et de Sardaigne qui avaient été occupées pendant la guerre civile.
Sur la conquête de l’Égypte, voyez ma Vie d’Antoine et la page sur les obélisques de Rome.
Sicile et Sardaigne s’étaient rangées de gré ou de force sous l’autorité de Sextus Pompée, qui a été vaincu par Agrippa en ~36 ; les provinces orientales avaient été placées sous l’autorité d’Antoine lors des accords de Brindes en ~40. Voyez « les donations d’Alexandrie ».
Colonias in
Africa Sicilia [M]acedonia utraque Hispania Achai[a] Asia S[y]ria Gallia
Narbonensi Pi[si]dia militum deduxi. Italia autem XXVIII [colo]nias, quae vivo
me celeberrimae et frequentissimae fuerunt, me [auctore] deductas habet.
28.
J’ai établi des colonies de vétérans en Afrique, Sicile, Macédoine, dans les
deux Espagnes, en Achaïe, en Asie, en Syrie, en Gaule Narbonnaise, en Pisidie.
De plus, en Italie se trouvent 28 colonies fondées sous mes auspices qui sont
devenues de mon vivant très réputées et très peuplées.
« C'est sur l'ordre de Jules César qu'à l'automne de 46 av. J.-C., Tiberius Claudius Nero [le père de Tibère] fonda à Arelate une colonie de droit romain pour les vétérans de la VIe légion.
« Un moment compromise par l'assassinat de César le 15 mars 44, la fondation trouva un nouvel élan grâce à Octave, engagé dans sa marche vers le pouvoir et soucieux de rassembler dans sa clientèle politique les fidèles de son père adoptif. La titulature officielle de la colonie, formulée sous le règne d'Auguste, exprime avec force cette filiation : COLONIA JVLIA PATERNA ARELATE SEXTANORVM. « Colonie des Vétérans de la VIe légion fondée à Arles par mon père jules César ». Musée de L’Arles antique, éd. Actes Sud.
La ville de Nîmes a connu à peu près la même histoire.
Signa
militaria complur[a per] alios d[u]ces ami[ssa] devicti[s hostibu]s
re[cipe]ravi ex Hispania et [Gallia et a Dalm]ateis. Parthos trium exercitum
Romanorum spolia et signa re[ddere] mihi supplicesque amicitiam populi Romani
petere coegi. Ea autem si[gn]a in penetrali, quod e[s]t in templo Martis
Vltoris, reposui.
29.
J’ai repris après avoir vaincu les ennemis de nombreuses enseignes militaires
perdues sous d’autres chefs et je les ai rapportées d’Espagne, de Gaule et de
chez les Dalmates. J’ai forcé les Parthes à me rendre les dépouilles et les
enseignes de trois armées romaines et je les ai réduits à demander l’amitié du
peuple romain. Ces enseignes, je les ai fait déposer dans le sanctuaire
intérieur qui se trouve dans le temple de Mars Vengeur.
Auguste fait allusion aux défaites de Gabinius (~48) et Vatinius en (~44) en Dalmatie et aux pertes subies en Espagne lors de la guerre contre les fils de Pompée ; en ce qui concerne la Gaule, on ne sait pas exactement de quel événement il veut parler. Les Parthes avaient vaincu Crassus à Carrhes en ~53, Antoine en ~40 et ~36.
Parthi quoque et Armeniam vindicanti facile cesserunt et signa militaria, quae M. Crasso et M. Antonio ademerant, reposcenti reddiderunt Les Parthes aussi lui cédèrent même l’Arménie qu’il revendiquait et lui rendirent sur sa demande les enseignes militaires qu’ils avaient prises à M. Crassus et à Marc Antoine. (Suétone, Auguste, 21).
Pannoniorum
gentes, qua[s a]nte me principem populi Romani exercitus numquam ad[it],
devictas per Ti. [Ne]ronem, qui tum erat privignus et legatus meus, imperio
populi Romani s[ubie]ci protulique fines Illyrici ad r[ip]am fluminis Dan[uv]i.
Citr[a] quod [D]a[cor]u[m tra]n[s]gressus exercitus meis a[u]sp[icis vict]us
profligatusque [es]t, et pos[tea tran]s Dan[u]vium ductus ex[ercitus me]u[s] Da[cor]um
gentis im[peri]a p[opuli] R[omani perferre coegit].
30.
J’ai soumis au pouvoir du peuple romain les nations de Pannonie, vaincues par
Tiberius Néron qui était alors mon beau-fils et mon représentant. Aucune armée
du peuple romain ne les avait approchées avant que je ne sois Président du
sénat. J’ai repoussé les frontières de l’Illycicum à la rive du Danube. Comme
une armée des Daces avait traversé le fleuve et abordé sur notre rive, elle a
été, sous mes auspices, vaincue et détruite et, par la suite, mon armée
conduite sur l’autre rive du Danube a forcé les peuples daces à se plier aux
ordres du peuple romain.
Ad me ex
In[dia regum legationes saepe missae sunt nunquam visae ante id t]em[pus] apud
qu[em]q[uam] R[omanorum du]cem. Nostram amic[itiam petie]run[t] per legat[os]
B[a]starn[ae Scythae]que et Sarmatarum qui su[nt citra fl]umen Tanaim [et]
ultra reg[es, Alba]norumque rex et Hiberorum e[t Medorum] .
31.
Venues de l’Inde, des délégations royales m’ont été envoyées à plusieurs
reprises, ce que l’on n’avait jamais vu avant notre époque auprès d’aucun chef
militaire romain. Notre amitié a été demandée par des ambassades des rois des
Bastarnes, des Scythes et des Sarmates qui vivent en-deçà et au-delà du fleuve
Tanais (le Don), par le roi des Albanes, le roi des Hibères et le roi des
Mèdes.
Qua virtutis moderationisque fama Indos etiam ac Scythas, auditu modo cognitos, pellexit ad amicitiam suam populique Romani ultro per legatos petendam. Cette réputation de vertu et de modération fut telle qu’elle poussa même les Indiens et les Scythes, dont on ne connaissait que le nom, à lui faire spontanément demander par des délégations son amitié et celle du peuple romain. (Suétone, Auguste, 21).
TABULA VI
Ad me
supplices confug[erunt] reges Parthorum Tirida[te]s et post[ea] Phrat[es] regis
Phrati[s] filiu[s], Medorum Ar[tavasdes, Adiabenorum] Artaxares, Britannorum
Dumnobellaunus et Tin[commius, Sugambr]orum Maelo, Marcomannorum Sueborum
[Segime]rus. Ad [me
re]x Parthorum Phrates, Orod[i]s filius, filios suos nepot[esque omnes] misit
in Italiam, non bello superatu[s], sed amicitiam nostram per [libe]ror[um]
suorum pignora petens. Plurimaeque aliae gentes
exper[tae sunt p. R.] fidem me principe, quibus antea cum populo Roman[o nullum
extitera]t legationum et amicitiae [c]ommercium.
32. En
position de suppliants se réfugièrent auprès de moi les rois des Parthes
Tiridatès et plus tard Phraatès, fils de Phraatès, le roi des Mèdes Artavasdès,
le roi des Adiabènes Artaxarès, les rois des Bretons Dumnobellaunos et Tincommios,
le roi des Sicambres Maelo, le roi des Marcomans et des Suèves Segimère
( ?). Auprès de moi, le roi des Parthes Phraatès, fils d’Orodès, envoya en
Italie tous ses fils et petits-fils, non parce qu’il avait eu le dessous à la
guerre, mais pour prouver en donnant en otages ses propres enfants qu’il
recherchait notre amitié. De très nombreuses autres nations firent l’expérience
de la bonne foi du peuple romain sous ma présidence du sénat, nations qui
n’avaient pas eu auparavant d’échange d’ambassades ou de lien d’amitié avec le
peuple romain.
A me gentes
Parthorum et Medoru[m per legatos] principes earum gentium reges pet[i]tos
acceperunt: Par[thi Vononem, regis Phr]atis filium, regis Orodis nepotem, Medi
Arioba[rzanem,] regis Artavazdis filium, regis Ariobarzanis nepotem.
33. Les
nations des Parthes et des Mèdes reçurent de moi, pour rois , à leur demande et
par le biais d’ambassadeurs, des hommes éminents de leurs nations
respectives : pour les Parthes Voronès, fils du roi Phraatès, petit-fils
du roi Orodès ; pour les Mèdes Ariobarzanès, fils du roi Artavazdès,
petit-fils du roi Ariobarzanès.
In consulatu
sexto et septimo, po[stquam b]ella [civil]ia exstinxeram, per consensum
universorum [potitus reru]m om[n]ium, rem publicam ex mea potestate in senat[us
populique Rom]ani [a]rbitrium transtuli.
Quo pro merito meo senatu[s consulto Au]gust[us appe]llatus sum et laureis postes aedium mearum v[estiti] publ[ice coronaq]ue civica super ianuam meam fixa est [et clu]peus [aureu]s in [c]uria Iulia positus, quem mihi senatum pop[ulumq]ue Rom[anu]m dare virtutis clement[iaequ]e iustitiae et pieta[tis caus]sa testatu[m] est pe[r e]ius clupei [inscription]em.
Post id tem[pus d]ignitate [omnibus praestiti, potest]atis au[tem n]ihilo ampliu[s habu]i quam cet[eri qui m]ihi quoque in ma[gis]tra[t]u conlegae f[uerunt].
34. Durant mes sixième et septième consulats (~28-~27), après avoir éteint les guerres civiles, lorsque j’ai reçu du consentement de tous la direction des affaires publiques, le gouvernement de l’état a été de mon fait transféré de ma propre puissance au pouvoir du sénat et du peuple romain.
Pour marquer sa reconnaissance envers moi, le sénat me décerna par décret le titre d’Augustus, les montants de la porte de ma maison furent habillés de lauriers par décision officielle et une couronne civique fut accrochée au-dessus de ma porte. Un bouclier d’or fut placé dans la Curia Julia ; le sénat et le peuple romain me l’ont donné « en raison de mon courage, de ma clémence, de ma justice et de ma piété », c’est ce qu’atteste l’inscription de ce bouclier.
Par la suite, malgré ma prééminence sur tous, je n’ai eu aucun pouvoir supérieur à celui de mes collègues qui ont exercé les mêmes magistratures que moi.
Tertium
dec[i]mum consulatu[m cum gereba]m, sena[tus et e]quester order populusq[ue]
Romanus universus [appell]av[it me pat]re[m p]atriae idque in vestibu[lo
a]edium mearum inscribendum et in c[u]ria [Iulia e]t in foro Aug. sub
quadrig[i]s, quae mihi ex s.c. pos[it]ae [sunt, decrevit.
35.
Pendant j’exerçais mon treizième consulat (~2), le sénat, ainsi que l’ordre
équestre et le peuple romain tout entier, me décerna le titre de « Père de
la patrie » et décréta que ce titre serait inscrit dans le vestibule de ma
maison, dans la Curia Julia et au forum, sous les quadriges qui ont été élevés
en mon honneur par décision du sénat.
Cum scri]psi
haec, annum agebam septuagensu[mum sextum].
Écrit de ma main au cours de ma soixante-seizième année.
Le clupeus virtutis en or a bien évidemment disparu depuis
longtemps ! Mais en 1951, à Arles, des archéologues ont eu le bonheur d’en
découvrir une copie dans un dépotoir de marbres.

SENATVS
POPVLVSQVE·ROMANVS
IMP·CAESARI·DIVI·F·AVGVSTO
COS·VIII·DEDIT·CLVPEVM
VIRTVTIS·CLEMENTIAE
IVSTITIAE·PIETATIS·ERGA
DEOS·PATRIAMQVE
AE 1952, 165
Le sénat et le peuple romain ont donné ce bouclier à l’empereur César Auguste, fils du divin (Jules), consul pour la huitième fois, en hommage à son courage, à sa clémence, à sa justice, à son respect des dieux et de sa patrie.
Cette
copie porte la date de ~26 : c’est l’année où elle a été érigée et
dédicacée à Arles, peut-être en présence d’Auguste.
Les
lauriers symbolisaient la victoire. La couronne civique était décernée ob civem servatum, pour
avoir sauvé la vie d’un concitoyen. En mettant fin aux guerres civiles, Auguste
a évidemment sauvé de nombreux concitoyens. Des monnaies représentent cette
couronne avec l’inscription OB CIVES SERVATOS.
Res gestae Divi Augusti
(tables 1 à 3)