C. Julius Caesar, " Jules César "

Né vers 100 av. J.-C. dans une famille patricienne. Neveu par alliance de Marius, il est d'abord victime des persécutions de Sylla parce qu'il refuse de répudier sa femme Cornelia.

 

Suétone, César, 1.

Il est bien établi que Sylla, après l'avoir longtemps refusée aux prières de ses meilleurs amis, personnages des considérables, et s'être enfin laissé vaincre par leur insistance opiniâtre, s'écria, soit par divination, soit par quelque pressentiment : " Vous avez gagné, gardez-le, mais sachez que cet homme dont le salut vous tient tant à coeur causera un jour la perte du parti aristocratique que vous avez défendu avec moi : il y a dans César plusieurs Marius. [Nam Caesari multos Marios inesse]

77 César part à Rhodes suivre les cours d'un grand rhéteur grec. Fait prisonnier par des pirates, il exige d'abord que l'on porte sa rançon de vingt à cinquante talents (600 000 francs environ) pour qu'elle corresponde à sa valeur. Il promet ensuite aux pirates de les faire crucifier dès sa libération. La rançon est payée au bout de quarante jours. César réunit une flottille, capture les pirates et les fait mettre en croix.

En 74, il revient à Rome.

 

Le cursus honorum

68-60 César commence sa carrière politique. Il est également élu grand pontife.

Suétone, César, 11.

Ayant ainsi gagné la faveur du peuple, il essaya, par l'entremise de certains tribuns, de se faire attribuer par un plébiscite le département de l'Égypte : il trouvait là une occasion d'obtenir un commandement extraordinaire, car les habitants d'Alexandrie avaient chassé leur roi, appelé " ami et allié " [amicum et socium] par le sénat, et la chose était généralement désapprouvée à Rome. Mais l'opposition du parti aristocratique le fit échouer.

 

Sa deuxième femme, Pompeia, est compromise par Clodius dans le scandale du mystère de la Bonne déesse, César divorce.

Plutarque, Vie de Cicéron, 28.

César, cité au tribunal, refusa de témoigner contre Clodius : il déclara qu'il n'accusait pas sa femme d'adultère et que, s'il l'avait répudiée, c'était parce que la femme de César devait être à l'abri de la honte, non seulement dans sa conduite, mais aussi dans sa réputation.

 

Il épouse bientôt Calpurnia, la fille de L. Calpurnius Piso. Il est nommé propréteur en Espagne, mais ses créanciers l'empêchent de partir.

Plutarque, Vie de César, 11.

Il eut recours à Crassus, le plus riche des Romains, qui avait besoin de la force et de l'énergie de César dans la lutte politique qu'il menait contre Pompée. Crassus se chargea des créanciers les plus difficiles et les plus intraitables, et se porta garant pour huit cent trente talents ; César put alors partir pour sa province.

Un jour, dit-on, qu'en traversant les Alpes, il passait près d'une bourgade barbare, qui avait très peu d'habitants et un aspect misérable, il entendit ses compagnons dire en riant et plaisantant : " Peut-être y a-t-il ici aussi des brigues pour les charges, des rivalités pour le premier rang et des jalousies entre les notables ? - Pour ma part, déclara César sur un ton très sérieux, j'aimerais mieux être le premier ici que le second à Rome.

De même, encore, en Espagne, un jour qu'étant de loisir il lisait un ouvrage sur Alexandre, il resta longtemps à réfléchir absorbé en lui-même, puis il se mit à pleurer. Ses amis, étonnés, lui demandèrent la cause de ses larmes : " Ne vous semble-t-il pas, dit-il, qu'il est digne d'affliction de penser qu'à l'âge où je suis Alexandre avait déjà un si vaste empire, et que moi, je n'ai encore rien fait de grand ? "

 

Le premier triumvirat et le consulat

Il passe en 60 un accord secret avec Crassus et Pompée : le triumvirat. Les trois hommes se répartissent le pouvoir pour les années suivantes.

 

En 59, César est élu consul. Il fait expulser brutalement du forum son collègue Bibulus qui n'ose plus sortir de chez lui pendant le reste de l'année.

Suétone, César, 13.

Aussi quelques personnes facétieuses, en manière de plaisanterie, ayant à signer un acte pour le rendre authentique, écrivaient-elles non point " fait sous le consulat de César et de Bibulus ", mais " sous le consulat de Jules et de César ", mentionnant ainsi deux fois le même personnage par son nom et par son surnom.

 

Il marie à Pompée sa fille Julia : Pompée venait de répudier sa femme Mucia parce qu'elle l'avait trompé avec César.

Plutarque, Vie de César, 14.

Ici encore, Caton protesta en criant avec véhémence qu'il était intolérable que l'on prostitue l'autorité publique par des mariages et que l'on se serve de femmes pour se partager provinces, armées et pouvoir.

 

58 A la fin de son consulat, César obtient pour cinq ans le gouvernement des provinces d'Illyrie (ex-Yougoslavie actuelle) et de Gaule Cisalpine. Le Sénat ajoute la Gaule Narbonnaise.

 

58-51 : la guerre des Gaules.

55 Expédition en Germanie : pour la première fois une armée romaine traverse le Rhin.

55 et 54 : Expéditions en Bretagne (Angleterre actuelle).

 

53 Mort de Crassus, fin du triumvirat. Les rapports entre César et Pompée se dégradent.

 

52 Insurrection générale de la Gaule sous la conduite de Vercingétorix.

 

49 Fin du proconsulat de César, rupture avec Pompée.

 

La guerre civile

49-48 Guerre civile entre César et Pompée.

 

49 César franchit le Rubicon, frontière nord de l'Italie : " Alea jacta est. "

 

48 L'armée de Pompée est vaincue à Pharsale (Grèce), César dictateur.

Pompée cherche refuge en Égypte où le jeune roi Ptolémée XIV le fait assassiner. Quand César arrive à son tour, on lui offre la tête de Pompée. César en pleure de regret.

 

Il rencontre Cléopâtre, soeur de Ptolémée XIII.

Plutarque, Vie de César, 48-50.

Quant à la guerre d'Égypte, les uns disent qu'elle n'était pas nécessaire et que c'est son amour pour Cléopâtre qui lui fit entreprendre cette campagne sans gloire et pleine de périls ; les autres mettent en cause les ministres du roi, et surtout l'eunuque Pothin, le plus influent d'entre eux, qui venait de faire tuer Pompée avait chassé Cléopâtre et complotait en secret contre César. [...]

Cléopâtre, prenant avec elle un seul de ses amis, le Sicilien Apollodore, monta sur un petit bateau et aborda au palais alors qu'il faisait déjà nuit. N'ayant pas d'autre moyen de passer inaperçue, elle se glissa dans un paquet de couvertures où elle s'étendit de tout son long ; Apollodore lia le paquet avec une courroie et le porta à l'intérieur jusqu'à César. On dit que celui-ci se laissa prendre par cette première ruse de Cléopâtre. Il la trouva hardie ; captivé ensuite par sa conversation et sa grâce, il la réconcilia avec son frère, dont il lui fit partager la royauté.

Suétone, César, 35.

Voyant que le roi Ptolémée lui dressait à lui aussi des embûches, il mena contre lui une guerre des plus difficiles, dans une position et dans une saison également désavantageuses, en hiver, dans les murs d'un ennemi largement approvisionné et très industrieux, tandis que lui-même manquait de tout et n'avait rien préparé. Vainqueur, il laissa le royaume d'Égypte à Cléopâtre et à son frère cadet [Ptolémée XIV, âgé de 12 ans], craignant, s'il le réduisait en province, que celle-ci ne devînt un jour, au pouvoir d'un gouverneur audacieux, le foyer d'une révolution.

206 Plutarque, Vie de César, 48-50.

[...] A la fin, le roi Ptolémée s'étant joint à ses ennemis, César marcha contre lui et le vainquit dans une bataille où beaucoup d'hommes périrent et où le roi lui-même disparut. Alors, laissant sur le trône d'Égypte Cléopâtre qui, peu de temps après, eut de lui un fils que les Alexandrins appelèrent Césarion, il partit pour la Syrie.

 

47 Le Sénat le nomme dictateur pour un an mais César s'attarde en Égypte avec Cléopâtre.

Suétone, César, 52.

L'emmenant avec lui sur un navire pourvu de cabines, il aurait traversé toute l'Égypte et atteint l'Éthiopie, si son armée n'avait pas refusé de le suivre ; enfin, l'ayant fait venir à Rome, il ne la renvoya que comblée d'honneurs et de récompenses magnifiques et lui permit de donner son nom au fils qui lui était né. Quelques écrivains grecs ont prétendu que ce fils ressemblait aussi à César par son physique et par sa démarche. M. Antoine affirma au sénat qu'il avait même été reconnu par lui et que C. Matius, C. Oppius et les autres amis de César le savaient bien ; mais l'un de ceux-ci, Gaius Oppius, jugeant qu'il valait la peine de le défendre et de le justifier sur ce point, publia un livre pour démontrer que le fils attribué à César par Cléopâtre n'était pas de lui.

 

46-45 César bat les armées du parti pompéien d'abord en Afrique puis en Espagne. Il célèbre cinq triomphes, dont celui des Gaules et celui du Pont : "Veni, vidi, vici ". Il est nommé dictateur pour dix ans, puis dictateur à vie. On donne son nom " Julius " au septième mois de l'année.

 

César sera-t-il roi ?

La question se pose à lui : il y a plus de chances que son oeuvre lui survive si son pouvoir prend franchement des formes monarchiques. De plus, un titre de roi impressionnerait les Parthes qu'il s'apprêtait à aller combattre. César s'inspirait sans doute de l'exemple d'Alexandre :

Plutarque, Vie d'Alexandre, 45.

Il se rendit chez les Parthes, et, se trouvant de loisir, il revêtit pour la première fois l'habit des barbares, il voulut peut-être s'accommoder aux coutumes du pays, parce que la communauté d'habitudes et de moeurs est importante pour se concilier les hommes.

 

Les Orientaux en effet concevaient en général l'autorité comme une monarchie exercée par un dieu incarné :

Plutarque, Vie d'Alexandre, 28.

En général, avec les barbares Alexandre était hautain et donnait l'impression d'être absolument convaincu de sa naissance et de sa filiation divine, tandis qu'avec les Grecs il mettait de la mesure et de la discrétion à se déifier.

 

Le 15 février 44, César assiste à la fête des Lupercales, assis aux Rostres sur un trône d'or :

Plutarque, Vie d'Antoine, 14.

Antoine entoura un diadème d'une couronne de laurier, puis, bondissant vers la tribune et soulevé par ses compagnons de course, il voulut placer le diadème sur la tête de César, comme si la royauté lui revenait de droit. Mais César fit des manières et déclina cet honneur ; enchanté à cette vue, le peuple applaudit. Antoine cependant présentait à nouveau le diadème, et César à nouveau l'écartait. Cette sorte de lutte dura un certain temps. Lorsqu'Antoine essayait d'imposer de force la couronne à César, il était applaudi d'un petit nombre d'amis ; quand César refusait, c'était tout le peuple qui battait des mains et poussait des cris. Il était vraiment extraordinaire de voir des hommes qui supportaient effectivement tout ce que supportent les sujets des rois rejeter le titre de roi, comme signifiant la destruction de la liberté.

 

15 mars 44 (Ides de Mars) : assassinat de César.

Plutarque, Vie de César, 64.

Le Sénat s'était réuni sur son ordre et il était prêt à voter à l'unanimité pour décider que César fût proclamé roi des provinces en dehors d'Italie et qu'il portât le diadème quand il se rendrait dans tout le reste du monde, sur terre et sur mer.

 

Négligeant les avertissements, César se rend au Sénat où il est immédiatement agressé. Il reconnaît parmi ses assassins L. Junius Brutus qu'il considérait comme un fils :

Suétone, César, I, 82.

Il fut ainsi percé de vingt-trois blessures, n'ayant poussé qu'un gémissement au premier coup, sans une parole ; pourtant, selon certains, il aurait dit [en grec] à Marcus Brutus qui se précipitait sur lui : " Toi aussi, mon fils. "

 

Ses funérailles, célébrées le 18 mars, tournent à l'émeute sous l'impulsion du consul Marc Antoine qui prononce l'oraison funèbre.

Plutarque, Vie de Brutus, 20.

Le corps ayant été porté au Forum, Antoine, qui prononça selon l'usage l'éloge funèbre, voyant que ses paroles émouvaient la foule, se mit tout à coup à exciter sa pitié, et, prenant la toge ensanglantée de César, il la déploya pour montrer les traces des nombreux coups portés et des blessures. On put voir alors un désordre indescriptible : les uns crient qu'il faut tuer les assassins ; les autres renouvelant ce qu'on avait fait aux funérailles du démagogue Clodius arrachent des boutiques les bancs et les tables, les entassent et en font un énorme bûcher, sur lequel ils placent le corps et le brûlent, au milieu de nombre de sanctuaires et de lieux d'asile inviolables. Dès que la flamme brille, ils s'en approchent de tous côtés pour tirer de là des tisons à demi-consumés et se mettent à courir dans plusieurs directions vers les maisons des meurtriers de César pour y mettre le feu.

 

Les grands noms de la République