M'. Curius Dentatus et C. Fabricius Luscinus, (290-275)

 

Les anecdotes qui concernent ces deux personnages sont souvent l'objet de confusions chez les différents auteurs. Ainsi l'épisode de l'ambassade samnite est attribué tantôt à l'un, tantôt à l'autre.

 

Plutarque, Vie de Crassus, 2:

M'. Curius Dentatus avait distribué à chacun de ses soldats quatorze arpents de terre, et il vit qu'ils en réclamaient davantage: "Puisse-t-il n'y avoir aucun Romain, dit-il, pour juger trop petite une terre qui suffit à le nourrir !"

 

Plutarque, Vie de Caton, 2:

Les champs [de Caton] étaient voisins de la ferme qui avait appartenu à Manius Curius, celui qui avait obtenu trois fois le triomphe. Il y allait fréquemment et, considérant l'exiguïté du domaine et la simplicité du logis, il songeait à cet homme qui était devenu le plus grand des Romains et qui, après avoir soumis les nations les plus belliqueuses et chassé Pyrrhus d'Italie, bêchait lui-même son petit fonds de terre et habitait cette ferme après ses trois triomphes. C'est là que les envoyés des Samnites l'avaient trouvé assis près du foyer où il faisait cuire des raves et lui avaient offert beaucoup d'or. Il les renvoya en disant qu'un homme à qui un tel repas suffisait n'avait pas besoin d'or et que, pour sa part, il trouvait plus beau de vaincre ceux qui avaient de l'or que d'en avoir lui-même.

 

Les Samnites

Aulu-Gelle, Nuits attiques, I, 14:

Iulius Hyginus, in libro "de Vita Rebusque inlustrium virorum" sexto, legatos dicit a Samnitibus ad C. Fabricium, imperatorem populi Romani, venisse et memoratis multis magnisque rebus quae bene ac benivole post redditam pacem Sanmitibus fecisset, obtulisse dono grandem pecuniam orasseque uti acciperet utereturque, atque id facere Samnites dixisse, quod viderent multa ad splendorem domus atque victus defieri neque pro amplitudine dignitateque lautum paratum esse. Tum Fabricium planas manus ab auribus ad oculos et infra deinceps ad nares et ad os et ad gulam atque inde porro ad ventrem imum deduxisse et legatis ita respondisse: "dum illis omnibus membris quae attigisset obsistere atque imperare posset, numquam quicquam defuturum; propterea se pecuniam, qua nihil sibi esset usus, ab his quibus eam sciret usui esse, non accipere.

Des ambassadeurs des Samnites vinrent à C. Fabricius, chef de l'armée du peuple romain, et, après avoir rappelé les nombreux et importants services qu'il avait rendus avec tant de bienveillance aux Samnites après le retour de la paix, lui offrirent en don une importante somme d'argent, le priant de l'accepter et de s'en servir ; les Samnites faisaient cela, dirent-ils, parce qu'ils voyaient que la splendeur de sa maison et de son train de vie laissaient beaucoup à désirer et que son luxe et son confort ne correspondaient pas à sa grandeur et à sa dignité. Alors Fabricius porta ses mains ouvertes de ses oreilles à ses yeux, et ensuite en descendant à son nez, à sa bouche et à son gosier, puis au bas de son ventre, et il répondit aux ambassadeurs que tant qu'il pourrait résister et s'imposer à tous les membres qu'il venait de toucher, il ne manquerait jamais de rien ; aussi refusait-il d'accepter une somme d'argent dont il n'aurait que faire, de gens qui en avaient besoin, il le savait.

 

Pyrrhus

Incerti auctoris De viris illustribus, 35

Pyrrhus rex Epirotarum, materno genere ab Achille, paterno ab Hercule oriundus, cum imperium orbis agitaret et Romanos potentes videret, Apollinem de bello consuluit. Ille ambigue respondit : Aio te, Aeacida, Romanos vincere posse.

Pyrrhus (« le Rouquin »), roi d’Épire, issu d’Achille du côté maternel et d’Hercule du côté paternel, rêvait de conquérir le monde et, conscient de la puissance des Romains, il consulta l’oracle d’Apollon sur l’issue d’une guerre. Celui-ci lui fit une réponse à double sens : Je te vois, Éacide, avec l’état romain ... vainqueur !

 

En 278, on propose aux consuls romains de les débarrasser de Pyrrhus :

Plutarque, Vie de Pyrrhus, 21:

Fabricius ayant été investi du commandement, un homme vint le trouver dans son camp, porteur d'une lettre écrite par le médecin du roi, qui s'engageait à empoisonner Pyrrhus, si on lui garantissait une récompense pour avoir mis fin à la guerre sans risque pour les Romains. Fabricius, indigné de cette perfidie, fit partager ses sentiments à son collègue [Q. Aemilius Papus] et envoya en toute hâte une lettre à Pyrrhus, pour l'engager à se garder de ce projet d'attentat. En voici la teneur :

"C. Fabricius et Q. Æmilius, consuls des Romains, au roi Pyrrhus, salut. Tu ne parais pas plus heureux dans le choix de tes amis que dans celui de tes ennemis. Tu t'apercevras en lisant la lettre qu'on nous a envoyée que tu fais la guerre à des hommes loyaux et justes, et que tu te fies à des hommes injustes et déloyaux. Et ce n'est pas pour te rendre service que nous te dénonçons ce complot, mais pour que ton sort ne suscite pas de calomnie contre nous et qu'on ne croie pas que nous avons terminé la guerre par la ruse, ne pouvant y parvenir par notre valeur. "

Pyrrhus, ayant lu cette lettre, vérifia la réalité du complot et punit son médecin. Puis, pour remercier Fabricius et les Romains, il leur rendit les prisonniers sans rançon.

 

Aulu-Gelle (Nuits attiques, III, 8) nous donne une autre version de la lettre des consuls :

"Consules Romani salutem dicunt Pyrro regi. Nos pro tuis iniuriis continuis animo tenus commoti inimiciter tecum bellare studemus. Sed communis exempli et fidei ergo uisum ut te salvum velimus, ut esset quem armis vincere possimus. Ad nos venit Nicias familiaris tuus, qui sibi praemium a nobis peteret, si te clam interfecisset. Id nos negamus velle, neve ob eam rem quicquam commodi expectaret, et simul visum est ut te certiorem faceremus, ne quid eiusmodi, si accidisset, nostro consilio civitates putarent factum, et, quod nobis non placet, pretio aut praemio aut dolis pugnare. Tu, nisi caves, iacebis".

" Les consuls de Rome saluent le roi Pyrrhus. Il est vrai que blessés jusqu'au fond du coeur par tes torts continuels envers nous, nous mettons notre ardeur à te faire la guerre en ennemis. Mais pour donner à tous un exemple de bonne foi, il nous a paru bon de vouloir te sauver afin que nous ayons à te vaincre par les armes. Nicias, ton intime, est venu nous demander une somme d'argent pour t'assassiner en secret. Nous affirmons que nous ne le voulons pas, et même temps il nous a paru bon de te mettre au courant, afin que s'il arrivait un accident de cette sorte, les peuples n'allassent penser que c'était l'effet de nos desseins et que nous combattons par l'argent, l'achat et la trahison, procédés que nous n'approuvons pas. Quant à toi si tu ne prends garde, tu périras. "

 

Les grands noms de la République