L. Licinius Lucullus, (117-***)

 

Son grand-père, L. Licinius Lucullus fut consul en 151. Sa mère, Caecilia Metella, était la fille de L. Caecilius Metellus Calvus, consul en 142. Son père, propréteur en Sicile, ne réussit pas à mater une rébellion par incapacité ou par concussion, et fut accusé par l'augure Servilius.

 

Lucullus est né en 117. Chargé de la troisième guerre contre Mithridate, il s'empare de la Bithynie, pénètre dans le Pont et bat le roi à Cabira en 71. Mal aimé de ses soldats, il doit abandonner son projet de marcher sur Artaxata. Remplacé par Pompée, il se retire de la vie publique.

 

Plutarque, Vie de Pompée, 48:

Quant à Lucullus, il renonça aux affaires et se tint en repos, comme n'étant plus d'âge à s'occuper de politique ; c'est à cette occasion que Pompée déclara : " Il est moins de saison pour un vieillard de s'adonner aux plaisirs que de prendre part aux affaires ".

 

Plutarque, Vie de Lucullus, 39:

La vie de Lucullus ressemble à une comédie ancienne : on y lit au début le récit d'actions politiques et militaires, puis à la fin on n'y trouve plus que beuveries et soupers, et, peu s'en faut, cortèges bachiques, fêtes nocturnes et toute sorte de divertissements, car je mets au nombre des divertissements les constructions somptueuses, les installations de promenades et de thermes, et plus encore, l'achat de tableaux et de statues, le soin qu'il prit de rassembler à grands frais ces oeuvres d'art, prodiguant à cette fin sans compter l'immense et splendide fortune qu'il avait amassée dans ses campagnes. [...] Le stoïcien Tubero appela Lucullus "un Xerxès en toge" J¡rjhn ¤k thb¡nnou.

 

Selon Velleius Paterculus et Pline l'Ancien, le mot serait de Pompée:

Velleius Paterculus, Historiae Romanae, II, 33.

Lucullus, summus alioqui vir, profusae huius in aedificiis convictibusque et apparatibus luxuriae primus auctor fuit, quem ob iniectas moles mari et receptum suffossis montibus in terras mare haud infacete Magnus Pompeius Xerxen togatum vocare adsueverat.

Lucullus, un homme remarquable par ailleurs, fut le premier à donner l'exemple de notre luxe excessif dans les bâtiments, les banquets et le mobilier. C'est à cause des digues qu'il jeta dans la mer et des canaux qu'il creusa dans les montagnes pour faire pénétrer la mer dans les terres que, non sans esprit, Pompée le Grand avait pris l'habitude de l'appeler le Xerxès en toge.

Pline, N. H., 9

Lucullum haud infacete Magnus Pompeius Xerxem togatum vocare adsueverat.

non sans esprit, Pompée le Grand avait pris l'habitude de l'appeler le Xerxès en toge.

 

Immensément riche (sa villa de Tusculum compte plus de 2000 hectares), il est célèbre par la qualité de sa table.

Plutarque, Vie de Lucullus, 41.

Une fois qu'il dînait seul, on ne lui avait apprêté qu'un unique service et un modeste repas. Il se fâcha et fit appeler le serviteur préposé à cet office. Celui-ci dit qu'il n'avait pas cru, puisqu'il n'y avait pas d'invités, qu'il fût besoin de mets somptueux : " Que dis-tu ? s'écria Lucullus, ne savais-tu pas que ce soir, c'est chez Lucullus que dîne Lucullus? " S®meron parŒ Leukællon deipneÝ Leækollow. [Hodie apud Lucullum cenat Lucullus ! "]

 

Mais ce luxe s'accompagne d'un goût très fort de la culture, et tout particulièrement de la culture hellénique.

Plutarque, Vie de Lucullus, 42.

En revanche, ce qui mérite approbation et estime, c'est la façon dont il organisa sa bibliothèque. Il rassembla en effet une grande quantité de livres calligraphiés, et l'usage qu'il en fit l'honora plus encore que leur acquisition, car cette bibliothèque était ouverte à tous ; les galeries et les salles de travail accueillaient librement les Grecs, qui s'y rendaient comme dans une retraite des Muses et y passaient ensemble des journées entières, quittant avec joie leurs autres occupations pour s'y réunir. Souvent Lucullus lui-même venait dans les galeries converser avec les lettrés, et il aidait au besoin ceux qui lui demandaient son appui pour une affaire politique. Bref, sa maison était un foyer et un prytanée pour les Grecs qui arrivaient à Rome. Il aimait toutes les sortes de philosophies et se montrait bienveillant et accueillant à l'égard de toutes, mais, dès le début, il témoigna d'une passion et d'un zèle particuliers pour l'Académie.

 

Lucullus a épousé d'abord Clodia, soeur de P. Clodius, dont il divorce pour épouser Servilia, soeur de Caton selon Plutarque, mais plus vraisemblablement fille du demi-frère de ce dernier.

Plutarque, Vie de Lucullus, 38.

S'étant séparé de Clodia, femme impudique et dépravée, il épousa Servilia, soeur de Caton ; mais ce mariage ne fut pas heureux non plus. En effet il ne manquait à Servilia qu'un seul des vices de Clodia: on ne l'accusait pas d'inceste avec ses frères, mais par ailleurs elle était tout aussi dévergondée et abjecte. Lucullus fut contraint de la supporter, par égard pour Caton, mais il finit tout de même par la répudier.

 

Lucullus a dû mourir vers ~49.

Nimius in habitu, maxime signorum et tabularum amore flagravit. Post cum alienata mente desipere coepisset, tutela eius M. Lucullo fratri permissa est.

Excessif dans son train de vie, il fut surtout dévoré par l’amour des statues et des tableaux. Sur la fin, comme il commençait à perdre l’esprit, il fut placé sous la tutelle de son frère Marcus Lucullus. (Incerti auctoris De viris illustribus, 74).

 

Les grands noms de la République