P. Clodius Pulcher, " Clodius "

 

Clodius " le démagogue "

Il est issu de la gens Claudia. Il se fait adopter par un plébéien en 58 pour pouvoir devenir tribun de la plèbe et démocratise son nom en Clodius.

 

Suétone, César, 20.

Cicerone in iudicio quodam deplorante temporum statum, Publium Clodium inimicum eius, frustra iam pridem a patribus ad plebem transire nitentem, eodem die horaque nona transduxit

Cicéron déplorant dans un plaidoyer le malheur des temps, le même jour et à la neuvième heure, César fit passer son ennemi Publius Clodius de la classe des patriciens dans celle de la plèbe, faveur que depuis longtemps ce dernier s'efforçait en vain d'obtenir.

 

Il joue un rôle important mais bien trouble dans la vie politique de la fin de la République.

 

Le scandale des mystères de la Bonne Déesse :

Plutarque, Vie de Cicéron, 28 et 29:

Clodius était un jeune noble, de caractère hardi et présomptueux. Étant épris de Pompeia, femme de César, il pénétra secrètement dans sa maison avec le costume et l'attirail d'une joueuse de lyre. Les femmes y célébraient le sacrifice secret dont la vue est interdite à l'autre sexe, et aucun homme ne se trouvait là. Mais Clodius, étant tout jeune et encore imberbe, espérait se glisser avec les femmes chez Pompeia sans être reconnu. Cependant, comme il était entré de nuit et que la maison était grande, il ne savait par où passer. Tandis qu'il errait ici et là, une servante d'Aurelia, mère de César, l'aperçut et lui demanda son nom. Contraint de parler, il dit qu'il cherchait une suivante de Pompeia, du nom d'Habra. La servante s'aperçut que sa voix n'était pas une voix féminine ; elle poussa un cri et appela les femmes. Celles-ci ferment les portes, fouillent toute la maison et surprennent Clodius réfugié dans la chambre de la jeune esclave qui l'avait fait entrer. L'affaire s'ébruita ; César répudia Pompeia, et Clodius se vit intenter une action d'impiété.

Cicéron était ami de Clodius, et dans l'affaire de Catilina il avait trouvé en lui un auxiliaire très zélé et un garde du corps. Clodius se défendit contre ses accusateurs en affirmant qu'il ne se trouvait même pas à Rome à ce moment-là et séjournait très loin de la ville sur ses terres. Mais Cicéron déposa contre lui et déclara que Clodius était venu dans sa maison et l'avait entretenu de certaines affaires. Cela était vrai ; néanmoins l'on crut que ce n'était pas par amour de la vérité que Cicéron faisait cette déposition, mais pour se justifier aux yeux de sa femme Terentia. Elle détestait Clodius parce qu'elle s'imaginait que sa soeur Clodia voulait épouser Cicéron. [...] De caractère difficile et habituée à gouverner Cicéron, elle l'excita à se joindre à ceux qui attaquaient Clodius et à témoigner contre lui. Beaucoup de notables aussi attestèrent que Clodius était un parjure et un fourbe, qu'il avait acheté des foules de citoyens et débauché des femmes. Lucullus produisait même des servantes qui déposèrent que Clodius avait eu des relations intimes avec la plus jeune de ses soeurs, au temps où elle était la femme de Lucullus. On croyait généralement aussi que Clodius avait eu des rapports avec ses deux autres soeurs, dont l'une, Tertia, était la femme de Marcius Rex et l'autre, Clodia, celle de Metellus Celer. [...] Clodius, ayant échappé au péril, fut élu tribun du peuple. Il s'acharna aussitôt sur Cicéron, lui suscitant toute sorte de tracas, liguant et ameutant tout le monde contre lui.

 

Cicéron, Pro Milone, 73.

L. Lucullus, sous la foi du serment, a déclaré que, par des interrogatoires d'esclaves, il avait acquis la certitude que Clodius avait commis un abominable inceste avec sa propre soeur.

 

L'adversaire de Pompée

Plutarque, Vie de Pompée, 48.

Lorsque Clodius eut chassé Cicéron et envoyé Caton à Chypre sous le prétexte d'une expédition militaire, voyant que, César une fois parti pour la Gaule, c'était à lui-même que le peuple s'attachait, parce que tous ses actes et toute sa politique visaient à lui plaire, il entreprit aussitôt de faire casser quelques-unes des ordonnances de Pompée, il enleva son prisonnier Tigrane et le garda avec lui, puis fit poursuivre en justice des amis de Pompée, pour mesurer sur eux jusqu'où allait le crédit du grand homme. Enfin, un jour que Pompée était sorti pour paraître à un procès, Clodius avec une bande de gens pleins d'impudence et d'impertinence qu'il avait sous ses ordres, se plaça dans un endroit bien en vue, et lança des questions comme celles-ci : "Qui est l'imperator au mauvaises moeurs? Qui est l'homme qui cherche un homme ? Qui est celui qui se gratte la tête avec un seul doigt ?" Et tous, comme un choeur exercé à donner la réplique, répondaient à grands cris à chaque question, lorsque Clodius secouait sa toge : "C'est Pompée".

 

L'ennemi de Cicéron

Cicéron, Philippiques, II, 21-22:

P. Clodium meo consilio interfectum esse dixisti. Quidnam homines putarent, si tum occisus esset, cum tu illum in foro spectante populo Romano gladio insecutus es negotiumque transegisses, nisi se ille in scalas tabernae librariae coniecisset iisque oppilatis impetum tuum compressisset? Quod quidem ego favisse me tibi fateor, suasisse ne tu quidem dicis. At Miloni ne favere quidem potui; prius enim rem transegit quam quisquam eum facturum id suspicaretur. At ego suasi. Scilicet is animus erat Milonis, ut prodesse rei publicae sine suasore non posset. At laetatus sum. Quid ergo? in tanta laetitia cunctae civitatis me unum tristem esse oportebat?

Quamquam de morte Clodi fuit quaestio non satis prudenter illa quidem constituta (quid enim attinebat nova lege quaeri de eo, qui hominem occidisset, cum esset legibus quaestio constituta?), quaesitum est tamen. Quod igitur, cum re agebatur, nemo in me dixit, id tot annis post tu es inventus qui diceres?

Tu as dit que P. Clodius avait été tué à mon instigation. Qu'en penserait donc le public, s'il avait été tué le jour où, dans le Forum, sous les yeux du peuple romain, tu le poursuivais l'épée à la main, et tu aurais terminé l'affaire, s'il ne s'était jeté dans l'escalier d'une librairie et n'avait, en l'obstruant, arrêté ton attaque ? Que j'aie approuvé cette action, je l'avoue, mais, que je l'aie conseillée, personne, pas même toi, ne le dit. Quant à Milon, je n'ai pas même pu approuver son dessein, car il a terminé l'affaire avant que personne eût pu soupçonner qu'il en avait forme le projet. Mais c'est moi, dis-tu, qui l'avais conseillé. Apparemment un homme comme Milon avait besoin de conseiller pour servir l'État ! Mais je m'en suis réjoui. Quoi donc ? dans une telle allégresse de la cité tout entière, devais-je être le seul à m'affliger ?

D'ailleurs, la mort de P. Clodius a donné lieu à une information judiciaire (organisée, il est vrai, sans assez de sagesse : était-il besoin, en effet, d'une loi nouvelle pour informer contre un homme coupable d'un meurtre, puisque la procédure d'information avait été établie par des lois ? quoi qu'il en soit, l'information eut lieu) ; ainsi donc, l'accusation, qui, au cours de l'affaire, n'a pas été portée contre moi tu t'es trouvé, toi, après tant d'années pour la porter ?

 


Clodia

née en ~94 (?)

Amica omnium potius quam cuiusdam inimica

Amie de tous les hommes plutôt qu’ennemie d’un seul.

Cicéron, Pro Caelio, 32.

 

 

Plutarque, Vie de Cicéron, 28:

[Clodia, la femme de Metellus] était surnommée Quadrantaria, parce qu'un de ses amants avait mis dans une bourse des pièces de bronze et les lui avait envoyées au lieu d'argent (quadrans est le nom que donnent les Romains à la plus petite des pièces de monnaie de bronze). C'était surtout à propos de cette dernière soeur que de mauvais bruits couraient sur Clodius.

 

Cicéron avait des rapports difficiles avec Clodius, on le sait, mais aussi avec Clodia :

Ego illam odi ; ea est enim seditiosa, ea cum viro bellum gerit.

En ce qui me concerne, je la déteste : elle est à histoires, elle est en guerre avec son mari. (Ad Atticum, II, 1).

 

Plutarque, Vie de Cicéron, 28.

Terentia détestait Clodius parce qu'elle s'imaginait que sa soeur Clodia voulait épouser Cicéron et machinait ce mariage par l'entremise d'un certain Tullus de Tarente, un des les plus intimes de Cicéron. Comme ce Tullus fréquentait assidûment chez Clodia, qui habitait dans son voisinage et qu'il était empressé auprès d'elle, il éveilla les soupçons de Terentia.

 

Voilà peut-être ce qui explique la férocité de Cicéron envers Clodia dans le Pro Caelio : rassurer la terrible Terentia ! A moins que la belle Clodia n’ait pas succombé au charme du grand orateur et qu’il n’ait laissé parler sa rancoeur ? Il me semble que la flagrantia oculorum ne laissait pas Cicéron indifférent (boÇpiw, écrit-il à Atticus en parlant de Clodia ; voyez aussi ce qu’il dit de Cythéris). Quoi qu’il en soit, le mot meretrix paraît nettement exagéré, même si la vertu de Clodia ne devait pas peser trop lourd.

 

Cicéron, Pro Caelio, 49.

Si quae non nupta mulier domum suam patefecerit omnium cupiditati palamque sese in meretricia vita conlocarit, virorum alienissimorum conviviis uti instituerit, si hoc in urbe, si in hortis, si in Baiarum illa celebritate faciat, si denique ita sese gerat non incessu solum, sed ornatu atque comitatu, non flagrantia oculorum, non libertate sermonum, sed etiam complexu, osculatione, actis, navigatione, conviviis, ut non solum meretrix, sed etiam proterua meretrix procaxque videatur, cum hac si qui adulescens forte fuerit, utrum hic tibi hic tibi, L. Herenni, adulter an amator, expugnare pudicitiam an explere libidinem voluisse videatur ?

Supposons qu'une femme, veuve ou divorcée, ait ouvert sa maison aux désirs de tout le monde et qu'elle soit ouvertement installée dans la vie de femme entretenue, qu'elle assiste délibérément à des dîners avec des hommes dont elle n’est pas le moins du monde parente, si elle le fait à Rome, si elle le fait dans ses jardins, si elle le fait au milieu de la jet-set de Baies, si enfin elle se comporte non seulement par sa démarche mais par sa toilette et son entourage, non seulement par le feu de ses regards, non seulement par la liberté de ses propos, mais aussi par ses étreintes, ses baisers, ses baignades, ses promenades en barque, ses soupers de telle sorte qu’on la prenne, je ne dis pas seulement pour une femme galante, mais une femme galante provocante et affriolante ; supposons que le hasard amène un jeune homme à avoir des relations avec elle, diras-tu, L. Herennius, que c’est un séducteur débauché ou un amant ? Diras-tu qu'il a voulu prendre d'assaut sa pudeur ou satisfaire un caprice ?

 

M. Caelius Rufus, né vers ~85, avait succédé à Catulle dans l’affection de Clodia vers ~58.

 

La Lesbia de Catulle.

Pauvre Catulle ! Il a fait de ses amours la grande affaire de sa jeunesse. On peut se demander si pour Clodia, issue de la très noble gens Claudia qui était célèbre pour son arrogance parmi les arrogants patriciens romains, le gentil petit provincial à la santé fragile n’a pas été un simple caprice, amant d’une nuit ou d’un mois, d’une circonstance ou de quelques-unes. Peut-être se décrit-il inconsciemment lui-même quand il évoque le moineau de Lesbia :

nam mellitus erat suamque norat

ipsam tam bene quam puella matrem,

nec sese a gremio illius movebat,

sed circumsiliens modo huc modo illuc

ad solam dominam usque pipiabat.

« Car il était tout miel et connaissait sa maîtresse aussi bien qu’une enfant connaît sa mère ; il ne s’écartait pas de son giron mais sautillant tantôt par-ci tantôt par-là, il pépiait sans cesse pour sa dame et pour elle seule. »

 

On comprend que délaissé plutôt que trompé, le pauvre Catulle ait parfois poussé son chagrin et sa rancœur jusqu’à l’hyperbole :

LVIII. ad Marcum Caelium Rufum

Caeli, Lesbia nostra, Lesbia illa,

illa Lesbia, quam Catullus unam

plus quam se atque suos amavit omnes,

nunc in quadriviis et angiportis

glubit magnanimi Remi nepotes.

« Caelius, ma Lesbia, notre Lesbia, cette Lesbia,

La Lesbia, celle que Catulle, et elle seule,

Celle que plus que lui-même, plus que les siens, celle qu’il a aimée plus que tous,

Aujourd’hui dans les carrefours et les culs-de-sac,

Elle écorce les descendants de Rémus le magnanime ! »

 

Les grands noms de la République