Q. Sertorius, (122-72)

 

Il fait ses premières armes sous les ordres de Marius en 105 contre les Cimbres et les Teutons. Tribun militaire en Espagne en 98, il sait se faire admirer et respecter des Espagnols. Il participe à la guerre sociale au cours de laquelle il perd un oeil, se heurte avec Sylla et embrasse le parti de Marius. Il désapprouve les proscriptions auxquelles il ne participe pas.

Plutarque, Vie de Sertorius, 5.

Cinna et Marius s'abandonnèrent à toute sorte d'excès et de cruautés, à tel point que les maux de la guerre parurent aux Romains avoir été un âge d'or. Sertorius seul, dit-on, ne sacrifia personne à sa colère et n'abusa point de sa victoire. Il se fâcha même contre Marius et, prenant à part Cinna, il le rendit, par ses prières, plus modéré. A la fin, les esclaves dont Marius avait fait ses alliés pendant la guerre, puis les gardiens de sa tyrannie et qu'il avait rendus puissants et riches, s'étaient mis, avec sa permission ou par son ordre, ou même malgré lui, à commettre les plus grands forfaits contre leurs maîtres, les égorgeant, violant leurs femmes et abusant de leurs enfants. Sertorius, jugeant ces crimes intolérables, les fit tous tuer à coups de javelots dans le camp où ils étaient rassemblés ; ils n'étaient pas moins de quatre mille.

 

A la mort de Marius, il cherche refuge en Espagne.

Plutarque, Vie de Sertorius, 6.

Sertorius désespéra tout à fait de la Ville et partit pour l'Espagne : il pensait que, s'il arrivait là-bas à temps pour y établir son autorité, il ferait de ce pays un asile pour ses amis vaincus à Rome.

 

On envoie contre lui divers généraux, dont Caecilius Metellus et Pompée, mais Sertorius demeure invincible, même si ses généraux subissent un certain nombre de revers.

Plutarque, Vie de Sertorius, 13.

Sertorius était dans toute l'ardeur de la jeunesse, avec un corps merveilleusement exercé, à la fois vigoureux, agile et sobre. Sertorius ne s'enivrait jamais, même aux jours de repos, et il s'était habitué à supporter les grandes fatigues, les longues marches, les veilles continuelles, en se contentant d'une nourriture peu abondante et grossière ; toujours occupé à parcourir la campagne et à chasser quand il était de loisir, il possédait ainsi, avant toute manoeuvre de dégagement en cas de retraite, ou d'encerclement s'il poursuivait l'ennemi, une connaissance préalable des positions accessibles ou inaccessibles.

 

Sa forte personnalité et son humanité auraient suffi à assurer son prestige auprès des Ibères et des Lusitaniens, le hasard lui fournit un moyen supplémentaire d'asseoir son prestige.

Plutarque, Vie de Sertorius, 11.

Des peuples se rallièrent volontairement à lui, attirés par sa douceur et son activité ; parfois aussi il imaginait d'ingénieux moyens pour les tromper et les séduire. Et d'abord ce fut l'histoire de la biche, que voici. Un Lusitanien, homme du peuple qui vivait à la campagne, aperçut une biche qui venait de mettre bas et qui était poursuivie par des chasseurs ; il ne put l'atteindre, mais, frappé de la couleur extraordinaire de son faon, une biche toute blanche, il lui donna la chasse et s'en empara. Il se trouva que Sertorius campait dans ces parages. Comme il recevait avec plaisir tous les présents, gibier ou produits du sol, qu'on venait lui apporter et récompensait généreusement ceux qui usaient de tels bons procédés à son égard, cet homme s'empressa de lui offrir la biche. Ce cadeau ne lui causa sur le moment qu'une joie modérée ; mais lorsque, avec le temps, il eut si bien apprivoisé cette biche et l'eut rendue si familière qu'elle l'entendait quand il l'appelait, et l'accompagnait partout où il allait, sans se laisser effaroucher par la foule et tout le tapage des soldats, il se mit peu à peu e lui attribuer un caractère divin, en prétendant qu'elle était un présent d'Artémis, et il répandit le bruit qu'elle lui révélait beaucoup de choses cachées. Il savait que les barbares se laissent aisément prendre à la superstition. Voici ce qu'imagina en outre : si on l'avertissait en secret que les ennemis avaient fait une incursion en quelque point du pays qui lui était soumis ou qu'ils essayaient de soulever une ville, il prétendait que la biche s'était entretenue avec lui pendant son sommeil et lui avait recommandé de mettre ses troupes en état d'alerte. S'il apprenait qu'un de ses généraux avait remporté une victoire, il cachait le messager et faisait sortir la biche avec une couronne sur la tête en signe de bonnes nouvelles, et il engageait les soldats à avoir confiance et à sacrifier aux dieux dans l'attente d'un succès.

 

Sa réputation lui vaut en 76 une ambassade de Mithridate qui lui propose de l'argent et des navires s'il assure au roi la possession de toute l'Asie Mineure.

Plutarque, Vie de Sertorius, 23 et 24.

Il déclara qu'il ne refusait pas à Mithridate la possession de la Bithynie et de la Cappadoce, pays gouvernés par des rois et sur lesquels les Romains n'avaient aucun titre, mais que, pour cette province que les Romains avaient acquise de la manière la plus juste, que Mithridate leur avait enlevée et avait occupée, puis qu'il avait perdue en luttant contre Fimbria et qu'enfin il avait cédée par son traité avec Sylla, il ne la laisserait jamais retomber en son pouvoir, car il était de son devoir, disait-il, d'agrandir l'Etat par ses victoires, et non pas de l'amoindrir pour remporter lui-même la victoire, car un homme de coeur veut vaincre dans l'honneur et n'accepte pas la honte, même pour assurer son salut.

Cette réponse frappa Mithridate de stupeur. On rapporte qu'il dit à ses amis : " Quels ordres donnera donc Sertorius, une fois installé au Palatin, lui qui, aujourd'hui qu'il se trouve refoulé jusqu'à l'océan Atlantique, fixe des bornes à notre royaume et nous menace de la guerre si nous touchons à l'Asie ? "

 

Cependant le traité fut conclu et juré dans ces termes : Mithridate aurait la Cappadoce et la Bithynie, Sertorius lui enverrait un général et des soldats, et recevrait de Mithridate trois mille talents d'argent et quarante vaisseaux.

Un complot se trame contre Sertorius à l'instigation de M. Perpenna, ancien préteur et gouverneur de Sicile sous Marius, qui l'avait rejoint avec les débris de son armée après avoir été vaincu par Pompée.

Plutarque, Vie de Sertorius, 26.

Perpenna l'invita à un festin avec ses amis présents (ils étaient tous de ses complices) et, à force d'insistance, il finit par le décider à venir. Les repas auxquels Sertorius participait gardaient toujours beaucoup de retenue et de décence, car il ne supportait de voir ni d'entendre rien de honteux ; il habituait ses convives à des divertissements honnêtes et sans excès et à des conversations amicales. Mais ce jour-là, au milieu du repas, les conjurés, qui cherchaient une occasion de querelle, tinrent ostensiblement des propos grossiers et, feignant d'être complètement ivres, ils perdirent toute retenue, afin d'irriter Sertorius. Lui, soit qu'il fût indigné de leur dérèglement, soit qu'il eut deviné leur dessein à la hardiesse de leur bavardage et au peu de cas qu'ils faisaient de lui contre leur habitude, changea de position sur son lit et se renversa sur le dos, comme pour montrer qu'il ne leur accordait aucune attention et ne les écoutait pas. A ce moment, Perpenna prit une coupe de vin et, en buvant, la laissa échapper de ses mains, ce qui fit du bruit. C'était le signal convenu. Antonius, placé au-dessus de Sertorius, le frappa de son épée. Sentant le coup, Sertorius se retourne et veut se lever, mais Antonius se jette sur sa poitrine et lui saisit les deux mains, en sorte que, plusieurs se mettant à le frapper, il fut tué sans même pouvoir se défendre.

 

 

Les grands noms de la République