Il
fait ses premières armes sous les ordres de Marius en 105 contre les Cimbres et
les Teutons. Tribun militaire en Espagne en 98, il sait se faire admirer et
respecter des Espagnols. Il participe à la guerre sociale au cours de laquelle
il perd un oeil, se heurte avec Sylla et embrasse le parti de Marius. Il
désapprouve les proscriptions auxquelles il ne participe pas.
Plutarque,
Vie de Sertorius, 5.
Cinna et Marius s'abandonnèrent à toute
sorte d'excès et de cruautés, à tel point que les maux de la guerre parurent
aux Romains avoir été un âge d'or. Sertorius seul, dit-on, ne sacrifia personne
à sa colère et n'abusa point de sa victoire. Il se fâcha même contre Marius et,
prenant à part Cinna, il le rendit, par ses prières, plus modéré. A la fin, les
esclaves dont Marius avait fait ses alliés pendant la guerre, puis les gardiens
de sa tyrannie et qu'il avait rendus puissants et riches, s'étaient mis, avec
sa permission ou par son ordre, ou même malgré lui, à commettre les plus grands
forfaits contre leurs maîtres, les égorgeant, violant leurs femmes et abusant
de leurs enfants. Sertorius, jugeant ces crimes intolérables, les fit tous tuer
à coups de javelots dans le camp où ils étaient rassemblés ; ils n'étaient pas
moins de quatre mille.
A
la mort de Marius, il cherche refuge en Espagne.
Plutarque,
Vie de Sertorius, 6.
Sertorius désespéra tout à fait de la
Ville et partit pour l'Espagne : il pensait que, s'il arrivait là-bas à temps
pour y établir son autorité, il ferait de ce pays un asile pour ses amis
vaincus à Rome.
On
envoie contre lui divers généraux, dont Caecilius Metellus et Pompée, mais
Sertorius demeure invincible, même si ses généraux subissent un certain nombre
de revers.
Plutarque,
Vie de Sertorius, 13.
Sertorius était dans toute l'ardeur de la
jeunesse, avec un corps merveilleusement exercé, à la fois vigoureux, agile et
sobre. Sertorius ne s'enivrait jamais, même aux jours de repos, et il s'était
habitué à supporter les grandes fatigues, les longues marches, les veilles
continuelles, en se contentant d'une nourriture peu abondante et grossière ;
toujours occupé à parcourir la campagne et à chasser quand il était de loisir,
il possédait ainsi, avant toute manoeuvre de dégagement en cas de retraite, ou
d'encerclement s'il poursuivait l'ennemi, une connaissance préalable des
positions accessibles ou inaccessibles.
Sa
forte personnalité et son humanité auraient suffi à assurer son prestige auprès
des Ibères et des Lusitaniens, le hasard lui fournit un moyen supplémentaire
d'asseoir son prestige.
Plutarque,
Vie de Sertorius, 11.
Des peuples se rallièrent volontairement
à lui, attirés par sa douceur et son activité ; parfois aussi il imaginait
d'ingénieux moyens pour les tromper et les séduire. Et d'abord ce fut l'histoire
de la biche, que voici. Un Lusitanien, homme du peuple qui vivait à la
campagne, aperçut une biche qui venait de mettre bas et qui était poursuivie
par des chasseurs ; il ne put l'atteindre, mais, frappé de la couleur
extraordinaire de son faon, une biche toute blanche, il lui donna la chasse et
s'en empara. Il se trouva que Sertorius campait dans ces parages. Comme il
recevait avec plaisir tous les présents, gibier ou produits du sol, qu'on
venait lui apporter et récompensait généreusement ceux qui usaient de tels bons
procédés à son égard, cet homme s'empressa de lui offrir la biche. Ce cadeau ne
lui causa sur le moment qu'une joie modérée ; mais lorsque, avec le temps, il
eut si bien apprivoisé cette biche et l'eut rendue si familière qu'elle
l'entendait quand il l'appelait, et l'accompagnait partout où il allait, sans
se laisser effaroucher par la foule et tout le tapage des soldats, il se mit
peu à peu e lui attribuer un caractère divin, en prétendant qu'elle était un
présent d'Artémis, et il répandit le bruit qu'elle lui révélait beaucoup de
choses cachées. Il savait que les barbares se laissent aisément prendre à la
superstition. Voici ce qu'imagina en outre : si on l'avertissait en secret que
les ennemis avaient fait une incursion en quelque point du pays qui lui était
soumis ou qu'ils essayaient de soulever une ville, il prétendait que la biche
s'était entretenue avec lui pendant son sommeil et lui avait recommandé de
mettre ses troupes en état d'alerte. S'il apprenait qu'un de ses généraux avait
remporté une victoire, il cachait le messager et faisait sortir la biche avec
une couronne sur la tête en signe de bonnes nouvelles, et il engageait les
soldats à avoir confiance et à sacrifier aux dieux dans l'attente d'un succès.
Sa
réputation lui vaut en 76 une ambassade de Mithridate qui lui propose de
l'argent et des navires s'il assure au roi la possession de toute l'Asie
Mineure.
Plutarque,
Vie de Sertorius, 23 et 24.
Il déclara qu'il ne refusait pas à
Mithridate la possession de la Bithynie et de la Cappadoce, pays gouvernés par
des rois et sur lesquels les Romains n'avaient aucun titre, mais que, pour
cette province que les Romains avaient acquise de la manière la plus juste, que
Mithridate leur avait enlevée et avait occupée, puis qu'il avait perdue en
luttant contre Fimbria et qu'enfin il avait cédée par son traité avec Sylla, il
ne la laisserait jamais retomber en son pouvoir, car il était de son devoir,
disait-il, d'agrandir l'Etat par ses victoires, et non pas de l'amoindrir pour
remporter lui-même la victoire, car un homme de coeur veut vaincre dans
l'honneur et n'accepte pas la honte, même pour assurer son salut.
Cette réponse frappa Mithridate de
stupeur. On rapporte qu'il dit à ses amis : " Quels ordres donnera donc
Sertorius, une fois installé au Palatin, lui qui, aujourd'hui qu'il se trouve
refoulé jusqu'à l'océan Atlantique, fixe des bornes à notre royaume et nous
menace de la guerre si nous touchons à l'Asie ? "
Cependant le traité fut conclu et juré dans ces
termes : Mithridate aurait la Cappadoce et la Bithynie, Sertorius lui enverrait
un général et des soldats, et recevrait de Mithridate trois mille talents
d'argent et quarante vaisseaux.
Un complot se trame contre Sertorius à l'instigation
de M. Perpenna, ancien préteur et gouverneur de Sicile sous Marius, qui l'avait
rejoint avec les débris de son armée après avoir été vaincu par Pompée.
Plutarque,
Vie de Sertorius, 26.
Perpenna l'invita à un festin avec ses
amis présents (ils étaient tous de ses complices) et, à force d'insistance, il
finit par le décider à venir. Les repas auxquels Sertorius participait
gardaient toujours beaucoup de retenue et de décence, car il ne supportait de
voir ni d'entendre rien de honteux ; il habituait ses convives à des
divertissements honnêtes et sans excès et à des conversations amicales. Mais ce
jour-là, au milieu du repas, les conjurés, qui cherchaient une occasion de
querelle, tinrent ostensiblement des propos grossiers et, feignant d'être
complètement ivres, ils perdirent toute retenue, afin d'irriter Sertorius. Lui,
soit qu'il fût indigné de leur dérèglement, soit qu'il eut deviné leur dessein
à la hardiesse de leur bavardage et au peu de cas qu'ils faisaient de lui
contre leur habitude, changea de position sur son lit et se renversa sur le
dos, comme pour montrer qu'il ne leur accordait aucune attention et ne les
écoutait pas. A ce moment, Perpenna prit une coupe de vin et, en buvant, la
laissa échapper de ses mains, ce qui fit du bruit. C'était le signal convenu.
Antonius, placé au-dessus de Sertorius, le frappa de son épée. Sentant le coup,
Sertorius se retourne et veut se lever, mais Antonius se jette sur sa poitrine
et lui saisit les deux mains, en sorte que, plusieurs se mettant à le frapper,
il fut tué sans même pouvoir se défendre.
Les grands noms de la République