Noctes Gallicanae
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Abrégé d'Histoire romaine |
Nec servum meliorem ullum nec deteriorem dominum fuisse
(Suétone,
Caligula, 10).
Neque meliorem umquam servum neque deteriorem dominum fuisse
(Tacite,
Annales, VI, 20)
On a dit qu’il n’y eut jamais
meilleur esclave et plus mauvais maître.
C. Julius
Caesar Germanicus, né le 31 août 12. Il règne de 37 à 41.
Son père était Claudius Nero Drusus Germanicus
(~15-19), lui-même fils de Drusus, le frère de Tibère. Adopté par Tibère, il
s’appelle dès lors C. Julius Caesar. Sa mère était Agrippine 1 (~14-33), fille de Julia et de M. Agrippa. Le couple eut neuf
enfants dont six vivants : Néron et Drusus condamnés par Tibère, Caligula,
Drusilla, Julia Livilla et Agrippine 2, mère de Néron.
Il épouse en 33 Junia Claudilla, la fille d’un
M Silanus, « vir nobilissimus » selon Suétone : un M Junius
Silanus a été consul en 15, un autre en 19.
Junia meurt (en couches ?) en 36, et aussitôt Macron, préfet de la garde prétorienne poussa uxorem suam Enniam imitando amorem iuvenem inlicere pactoque matrimonii vincire, sa femme Ennia à simuler la passion pour le jeune homme et à l’enchaîner par une promesse de mariage. (Tacite, Annales, VI, 45).
Caligula devenu empereur enlève à Lucius Calpurnius Pison son épouse le jour même du mariage et le lendemain il fait proclamer matrimonium sibi repertum exemplo Romuli et Augusti qu’il a trouvé à se marier suivant l’exemple de Romulus et d’Auguste. Suétone, Caligula, 25.
Il recommence en exigeant que C Memmius, consul suffect en 32 et qui commandait alors une armée dans une province, lui envoie sa femme Lollia Paulina, parce qu’elle avait, selon la rumeur, « une grand-mère d’une grande beauté ». Il se lasse vite d’elle et la répudie en lui interdisant d’appartenir désormais à qui que ce soit. Elle tentera sa chance auprès de Claude dix ans plus tard après la mort de Messaline, mais en vain.
Il épouse enfin en 38 Caesonia, ni belle, ni jeune, sed luxuriae ac lasciviae perditae mais perdue de débauches et de vices. Elle lui donnera une fille, Julia Drusilla, qui sera assassinée en même temps que son père et sa mère.
Sur ses relations incestueuses avec ses sœurs, voyez la page consacrée à Drusilla.

C(aius) Caesar Aug(ustus) Germanicus
Pon(tifex) M(aximus) Tr(ibunicia) Pot(estate)
Agrippina Drusilla Iulia S(enatus)
C(onsulto)
sesterce de laiton de Caligula
Caligula, l’empereur fou.

Gaius Caesar a passé sa petite enfance dans les armées de Germanie. Comme il était vêtu à la mode militaire, les soldats de Germanicus lui avaient donné le surnom affectueux de Caligula, tiré de caliga " bottine militaire ".
infans in castris genitus, in contubernio legionum eductus, quem militari vocabulo Caligulam appellabant, quia plerumque ad concilianda vulgi studia eo tegmine pedum induebatur. un enfant né dans les camps, élevé au milieu des légions, que l’on appelait Caligula, mot du jargon militaire, parce que dans le désir de le rendre agréable à la troupe, il portait très souvent aux pieds leur genre de chaussure (la « caliga »). (Tacite, Annales, I, 41).
Caligulae cognomen castrensi ioco traxit, quia manipulario habitu inter milites educabatur Il doit son surnom de Caligula à une plaisanterie militaire : il était élevé parmi les soldats habillé de l’uniforme des légionnaires. Suétone, Caligula, 9.
Elevé d’abord par sa mère Agrippine jusqu’en 28, il est alors confié à sa bisaïeule Livie, puis, au décès de celle-ci l’année suivante, à sa grand-mère Antonia En 31, âgé de 19 ans, il va demeurer auprès de Tibère en Campanie et à Capri jusqu’à la mort du vieil empereur.
Caligula prend le pouvoir dans l’enthousiasme général : on aime sa jeunesse (25 ans), on se souvient de la popularité de son père, il passe pour le survivant miraculé d’une famille décimée par la jalousie et la haine de Tibère. Sur la route de Misène à Rome, il est acclamé super fausta nomina sidus et pullum et pupum et alumnum appellantium par les gens qui, outre les noms qui portent bonheur, l’appelaient leur astre, leur tout-petit, leur bébé, leur nourrisson. Suétone, Caligula, 13.
Un témoin direct de cette époque, Philon d’Alexandrie, confirme le récit de Suétone (Caius ou des Vertus, 10-13) :
Le peuple romain, l’Italie entière, les nations
d’Europe et les nations d’Asie étaient dans l’allégresse. Jamais sous aucun
autre empereur on n’avait ressenti une joie si universelle; ce n’était pas la
possession et l’usage des biens publics et privés qu’on espérait: on
s’imaginait tenir, par la faveur du Ciel, la plénitude de toutes les
prospérités. Dans chaque ville on ne voyait que des autels, des victimes, des
sacrifices, des hommes vêtus de blanc portant des couronnes sur la tête et
montrant le bonheur peint sur leurs traits; on ne voyait que fêtes,
réjouissances, concours de musique, jeux du cirque, banquets; ce n’étaient
partout que concerts de flûtes et de cithares, amusements, chômages, plaisirs
de toute sorte. Riches et pauvres, grands et petits, créanciers et débiteurs,
maîtres et esclaves, étaient confondus; cet événement semblait avoir effacé
toutes les distinctions. Le règne de Saturne, chanté par les poètes, ne
paraissait plus une fiction de la fable telles étaient la félicité et la
prospérité publiques, telles étaient jour et nuit l’allégresse et la sécurité
au sein des familles et des peuples. Tout d’abord ce bonheur dura sept mois
sans interruption.
D'abord excellent empereur, du moins en apparence, il révèle rapidement, à la suite d’une maladie, ce qui serait sa vraie nature :
Naturam tamen saevam atque probrosam ne tunc quidem inhibere poterat, quin et animadversionibus poenisque ad supplicium datorum cupidissime interesset et ganeas atque adulteria capillamento celatus et veste longa noctibus obiret ac scaenicas saltandi canendique artes studiosissime appeteret, facile id sane Tiberio patiente, si per has mansuefieri posset ferum eius ingenium. Quod sagacissimus senex ita prorsus perspexerat, ut aliquotiens praedicaret exitio suo omniumque Gaium vivere et se natricem populo Romano, Phaethontem orbi terrarum educare Même à cette époque (du vivant de Tibère) il ne pouvait pas dissimuler son naturel cruel et dépravé, mais il tenait beaucoup à assister aux châtiments et aux exécutions de ceux qui subissaient un supplice. Il se rendait la nuit, dissimulé sous une perruque et de longs vêtements, dans les bouges et les lieux de débauche. Il avait une attirance passionnée pour les arts de la scène, de la danse et du chant. Tibère supportait tout cela d’autant plus facilement qu’il espérait qu’ainsi son caractère féroce pourrait s’adoucir. Dans sa grande sagesse le vieux Tibère avait si bien percé à jour ce caractère qu’il a prédit à plusieurs reprises :« Laisser vivre Gaius me conduira à ma perte et à celle de tous ; j’élève une hydre pour le peuple romain, un Phaéton pour l’univers ». Suétone, Caligula, 11.
Plus d’une fois, Tibère avait résolu de se défaire de Caïus qu’il jugeait méchant et indigne du pouvoir; il craignait son ressentiment contre son petit-fils, et qu’après sa mort il n’assassinât cet enfant. Macron travailla à vaincre ces défiances, faisant l’éloge de Caïus dont il vantait le caractère simple et inoffensif, ajoutant qu’il affectionnait beaucoup son cousin et qu’il lui abandonnerait volontiers tout l’empire ou la meilleure partie. Tibère, trompé, épargna l’ennemi le plus acharné de sa personne, de son petit-fils, de sa famille, de Macron son intercesseur, de tout le genre humain. Philon d’Alexandrie, Flaccus, 12-13.
"Oderint dum metuant!"
Qu'ils me
haïssent, pourvu qu'ils me craignent.
Vers d’Atrée, tragédie d’Accius, voir Tibère.
Bientôt après, celui que toutes les espérances avaient accueilli comme un sauveur et un protecteur, qui devait répandre sur l’Europe et sur l’Asie des torrents de félicité nouvelle, et leur prodiguer tous les biens publics et privés, se changea en un tyran cruel ou plutôt montra ouvertement des penchants qu’il avait jusqu’alors couverts du voile de l’hypocrisie. Philon d’Alexandrie, Caius ou les Vertus, 22.
Suétone dans un chapitre célèbre propose une explication des traits de folie de Caligula (chapitre 31) :
Queri etiam palam de condicione temporum suorum solebat, quod nullis calamitatibus publicis insignirentur ; Augusti principatum clade Variana, Tiberi ruina spectaculorum apud Fidenas memorabilem factum, suo oblivionem imminere prosperitate rerum ; atque identidem exercituum caedes, famem, pestilentiam, incendia, hiatum aliquem terrae optabat Il ne cessait de se plaindre ouvertement des conditions de son époque qui n’étaient marquées par aucune catastrophe publique : le principat d’Auguste restait dans les mémoires pour le désastre de Varus, celui de Tibère par l’effondrement de l’amphithéâtre de Fidènes, le sien était menacé d’oubli par la postérité ; et il souhaitait continuellement un massacre de ses armées, une famine, une épidémie, des incendies, n’importe quel tremblement de terre.
Caïus s’enorgueillit au point de ne pas seulement se proclamer dieu, mais de se croire tel. Philon d’Alexandrie, Caius ou les Vertus, 22.
Caligula se plaisait à conduire des chars de
course (il soutenait la faction des Verts) et, dit Dion Cassius (LIX, 14) :
kaÜ §na ge tÇn áppvn, ùn Igkitton
Ènñmaze, kaÜ ¤pÜ deÝpnon ¤klei, xrèsaw te aétÒ kriyw par¤balle kaÜ
oänon ¤n xrusoÝw ¤kpÅmasi proæpine, t®n te svthrÛan aétoè kaÜ t¯n tæxhn Êmnue,
kaÜ prosupisxneÝto kaÜ ìpaton aétòn podeÛjein: kaÜ pntvw n kaÜ
toèt' ¤peipoi®kei eÞ pleÛv xrñnon ¤z®kei Il invitait même à dîner l’un de ses
chevaux qu’il avait appelé Incitatus, il avait offert une mangeoire en or, il
lui versait du vin dans des coupes en or, il jurait par son salut et sa bonne
étoile, il avait même promis de le nommer consul. Il l’aurait certainement fait
s’il avait vécu plus longtemps. (voyez ci-dessous).
Il meurt assassiné le 24 janvier 41 par le tribun Chaereas. Pour faire bonne mesure, un centurion transperce sa femme Caesonia de son épée, tandis qu’on fracasse le crâne de sa fillette d’un an contre un mur.
diatrecÛa
Il était, dit Suétone (29), particulièrement fier de son diatrecÛa, son inverecundia, « son audacieuse insolence », qui lui faisait prononcer des mots atroces.
Cette « insolence » était une forme d’humour noir. Caligula aimait le théâtre et de nos jours, il aurait peut-être eu un certain succès comme « humoriste » à la télé ou dans les « one man show ». Malheureusement, il était empereur et ses traits d’esprit, déjà atroces, deviennent insupportable dans le contexte où il les prononçait.
Alii tradunt adhibitum cenae nuptiali mandasse ad Pisonem contra accumbentem : « Noli uxorem meam premere, » statimque e convivio abduxisse secum ac proximo die edixisse : matrimonium sibi repertum exemplo Romuli et Augusti
D’autres racontent que invité au repas de mariage de Pison, il fait dire à celui-ci qui se trouvait en face de lui : « Ne serre pas ma femme de trop près ! ». Aussitôt, il emmène la malheureuse avec lui et fait proclamer le lendemain qu’il a trouvé à se marier suivant l’exemple de Romulus et d’Auguste. Suétone, Caligula, 25.
Ac nonnunquam horreis praeclusis populo famem indixit
Il lui est arrivé de faire fermer les greniers à blé et d’annoncer au peuple une famine. Suétone, Caligula, 26.
Ita feri ut se mori sentiat !
Frappe-le de telle sorte qu’il se sente mourir !, disait-il à ses bourreaux. Suétone, Caligula, 30
Praetorium virum ex secessu Anticyrae, quam valitudinis causa petierat, propagari sibi commeatum saepius desiderantem cum mandasset interimi, adiecit necessariam esse sanguinis missionem, cui tam diu non prodesset elleborum
Un ancien préteur de sa retraite d’Anticyra où s’était installé pour raison de santé lui demandait régulièrement une prolongation de son congé. Caligula donna ordre de le tuer, ajoutant qu’une saignée s’imposait puisqu’une si longue d’ellébore était resté sans effet. Suétone, Caligula, 29
Utinam populus Romanus unam cervicem
haberet !
Si seulement le peuple romain
n’avait qu’un seul cou !
Quotiens uxoris vel amiculae collum
exoscularetur, addebat : tam bona cervix simul ac jussero demetur.
Chaque fois qu’il embrassait
le cou de sa femme ou d’une conquête passagère, il ajoutait : une si jolie
nuque sera tranchée dès que j’en donnerai l’ordre !
Per convivium, effusus subito in
cachinnos, consulibus qui juxta cubabant blande quaerentibus quidnam
rideret :
Quod, inquit, uno meo nutu jugulari
uterque vestrum statim potest !
Il éclata soudain en cascades
de rires pendant un banquet, et répondit aux consuls placés près de lui qui lui
en demandaient avec ménagements la raison :
C’est que je pense que sur un
seul geste de moi vous pouvez être égorgés tous les deux à l’instant.
Incitato equo praeter equile
marmoreum et praecepe eburneum familiam et suppellectilem dedit.
Consulatum quoque eum destinasse
traditur.
A son cheval Incitatus, outre
une écurie de marbre et une mangeoire en ivoire, il fit donner une troupe
d’esclaves et du mobilier. On dit même qu’il projetait de le faire consul.
Je ne crois pas que Caligula ait jamais eu le projet
de faire nommer son cheval consul : il s’agit évidemment d’une mauvaise
plaisanterie destinée à humilier les sénateurs auxquels il l’adressait.
Voir aussi Combats de gladiateurs, Épigraphie, actes publics.
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Caligula |