Noctes Gallicanae
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Abrégé d'Histoire romaine |
Le
Haut-empire ( ~27-192)
Les Julio-Claudiens
Les empereurs des années 68 et 69
Ti Claudius
Nero Drusus Germanicus. Né à Lyon le 1er août ~10, fils de Drusus (le frère
de Tibère) et d’Antonia
Minor ; petit-fils de Marc Antoine, il est le frère de Germanicus et l’oncle de Caligula.
Il règne de 41 à
54.
Claude, pourtant
intelligent et instruit, souffrait d’un déficit d’image dû à une voix
bégayante, à une démarche titubante :
Nuntiatur Iovi venisse quendam bonae staturae, bene canum,
nescio quid illum minari, assidue enim caput movere ; pedem dextrum
trahere. Quaesisse se cuius nationis esset : respondisse nescio quid
perturbato sono et voce confusa ; non intellegere se linguam eius :
nec Graecum esse nec Romanum nec ullius gentis notae.
On
annonce à Jupiter l’arrivée d’un homme de bonne taille, aux cheveux bien
blancs. Il fait on ne sait quelles menaces, car il remue la tête sans
arrêt ; il traîne le pied droit. On lui a demandé de quelle nation il
était ; il a répondu on ne sait pas quoi avec des sons brouillés et une
voix indistincte. On ne comprend pas sa langue ; il n’est ni Grec ni
Romain, ni d’aucun peuple connu. (Sénèque, Apocoloquintose, 5, traduction M. Dubuisson).
Sed cum proclamantibus naumachiariis : « Have imperator, morituri te
salutant ! » respondi{sse}t :
« Aut
non ! »...
Mais comme les
gladiateurs du combat naval lui adressaient le salut : « Ave César,
ceux qui vont mourir te saluent ! », il leur répondit :
« Peut-être pas... » (Suétone, Claude, 21).
Dès sa jeunesse, il
est capables réactions tout à fait imprévisibles et son comportement en public
avait beaucoup inquiété Auguste et Livie qui préférèrent l’écarter des
cérémonies et des responsabilités officielles.
Déjà, Mater Antonia... si quem socordiae argueret, stultiorem aiebat
filio suo Claudio. Quand Antonia, sa mère, accusait
quelqu'un de bêtise, elle disait qu'il était plus bête que son fils Claude. On n’est pas plus tendre avec son
fils ! Soror Livilla cum audisset quandoque
imperaturum, tam iniquam et tam indignam sortem p. R. palam et clare detestata est Comme sa sœur Livilla avait entendu dire qu’il serait un jour empereur,
elle pria les dieux ouvertement et sans ambiguïté d’épargner un sort aussi
injuste et aussi indigne au peuple romain. (Suétone, Claude, 3)
Inter cetera in eo mirati sunt homines et oblivionem et
inconsiderantiam, vel ut Graece dicam, meteorian et ablepsian. Occisa
Messalina, paulo post quam in triclinio decubuit, cur domina non veniret
requisiit Entre autres choses, ce qui surprenait chez
lui, c’étaient son manque de suite dans les idées et son inconscience ou, pour
employer les mots grecs, sa meteoria (« tête en l’air ») et son
ablepsia (« il ne
voyait pas plus loin que le bout de son nez »). Après l’exécution de
Messaline, il se mit à table et demanda au bout de quelques instants pourquoi
la maîtresse de maison ne venait pas dîner. (Suétone, Claude, 39)
In cognoscendo autem ac decernendo mira varietate animi
fuit : modo circumspectus et sagax, interdum inconsultus ac praeceps,
nonnumquam frivolus amentique similis.
Pour s’informer et prendre ses
décisions, il fit preuve d’une inconstance étonnante : tantôt réfléchi et
avisé, tantôt superficiel et précipité, parfois léger et comparable à un
dément. (Suétone, Claude, 15)
Pourtant, Claude est l’un des meilleurs
empereurs du siècle : il procède à des réformes importantes. Il décide par
exemple d’ouvrir le sénat à des gens compétents issus des provinces, y compris
des Gaulois, ce qui fait scandale :
Caesar omnem florem ubique coloniarum et municipiorum, bonorum
scilicet virorum et locupletium, in hac curiä esse voluit. Quid ergo? Non
Italicus senator Provinciali potior est.
César a voulu que soir
représentée dans cette curie toute la fleur venue de l’ensemble des colonies et
municipes, c’est-à-dire des hommes de valeur qui possèdent une fortune
suffisante. Alors ? Un sénateur italien ne vaut pas plus qu’un sénateur
des provinces. (Discours de
Claude, gravé sur des tables de bronze découvertes à Lyon).
Débordant d’activité, bon administrateur, il
lui arrive de publier jusqu’à vingt lois en une même journée, mais bizarrement
il mêle à de sages décisions des projets inattendus :
Opera magna potius necessaria quam multa perfecit, sed vel
praecipua : ductum aquarum a Gaio incohatum, item emissarium Fucini lacus
portumque Ostiensem, quanquam sciret ex iis alterum ab Augusto precantibus
assidue Marsis negatum, alterum a Divo Iulio saepius destinatum ac propter
difficultatem omissum.
Il fit exécuter de grands
travaux, plus indispensables que nombreux, mais tout à fait remarquables :
l’aqueduc commencé par Gaius ainsi que le canal de vidange du lac Fucin et le
port d’Ostie. Il n’ignorait pas que celui-là avait été refusé aux Marses par
Auguste, malgré leurs demandes insistantes, que celui-ci avait été étudié à
plusieurs reprises par le divin César mais avait été abandonné en raison des
difficultés techniques. (Suétone,
Claude, 20).
Novas litterarum formas addidit vulgavitque, comperto Graecam
quoque litteraturam non simul coeptam absolutamque.
Il ajouta de nouvelles lettres à
l’alphabet et les fit adopter, faisant
valoir que l’alphabet grec n’avait pas été non plus aussitôt achevé que
commencé.
Dicitur etiam meditatus edictum quo veniam daret flatum
crepitumque ventris in convivio emittendi, cum periclitatum quemdam prae pudore
ex continentiä repperisset.
Il passe même pour avoir préparé
un édit autorisant pendant les dîners de cérémonie l’émission de vents et
bruits intestinaux, parce qu’il aurait appris que quelqu’un se serait trouvé
mal en se retenant par convenance.
Vltima vox eius haec inter homines audita est, cum maiorem
sonitum emisisset illa parte qua facilius loquebatur : « Vae me, puto, concacavi me. » Quod an fecerit, nescio ;
omnia certe concacavit.
Le dernier mot qu’il
fit entendre parmi les hommes fut le suivant : il venait de faire un grand
bruit du côté par où il parlait avec aisance : « Malheur ! Je me
suis, je crois, couvert de merde ». Cela, je ne sais pas s’il l’a fait
mais, c’est sûr, il a tout couvert de merde. (Sénèque, Apocoloquintose, 4).
Avec l’âge, sa goinfrerie, son goût du vin et
sa passion des femmes n’arrangent rien...
Cibi vinique quocumque et tempore et loco appetentissimus
fuit... Nec
temere umquam triclinio abscessit adeo distentus ac madens et ut statim supino
ac per somnum hianti pinna in os inderetur ad exonerandum stomachum.
Il a
toujours été porté sur la nourriture et le vin, quels que soient le moment ou
le lieu. Il a bien rarement quitté la salle à manger sans être tellement gavé
et ivre que, pendant son sommeil, on le penchait vers l’arrière, la bouche
grande ouverte, et on lui introduisait une plume dans la gorge pour lui faire
vider son estomac. (Suétone, Claude, 33).
His ut dixi uxoribusque addictus, non principem, sed ministrum
egit.
Soumis
à ses affranchis, comme je l’ai dit, et à ses épouses, il ne se conduisit pas
en prince mais en serviteur. (Suétone, Claude, 33).
... et c’est à presque 50 ans qu’il est nommé
consul pour la première fois par Caligula auquel il servait de souffre-douleur
et de repoussoir :
Apparuit subito C. Caesar et petere illum in servitutem coepit.
Producit testes, qui illum viderant ab illo flagris, ferulis, colaphis
vapulantem.
Apparut tout à coup Gaius César
qui commença à le réclamer comme son esclave : il produit des témoins qui
l’avaient vu le frapper du fouet, de la férule et de coups de poing. (Sénèque, Apocoloquintose, 15).
Il est d’abord
fiancé à une arrière-petite-fille d’Auguste, Aemilia Paulina, mais le mariage
est annulé avant consommation : les parents de la fiancée, L. Aemilius
Paulus et Julia (la petite-fille
d’Auguste), venaient d’être l’un condamné pour complot, l’autre reléguée pour
conduite scandaleuse.
Sa seconde fiancée
meurt le jour prévu pour le mariage.
Il épouse enfin
Plautia Urgulanilla, qu’il répudie pour adultères, puis Aelia Paetina qui lui
donne une fille et dont il se sépare on ne sait trop pourquoi.
Il se remarie aussitôt avec une cousine issue
de germains, Valeria Messalina, la célèbre Messaline,
née en 25 ( ?), petite-fille d’Antonia Maior et donc arrière-petite-fille
de Marc Antoine et d’Octavie. Elle est aussi la nièce de Cn. Domitius
Ahenobarbus, époux d’Agrippine 2 et père de Néron. De cette union naissent Octavie,
future femme de l’empereur Néron et Ti Claudius
Caesar Germanicus puis Britannicus (notre
« Britannicus », 41-55).
43 44 Conquête du sud-est de la Bretagne.
48 Mort de Messaline. Claude épouse Agrippine, fille de Germanicus et mère de Néron.
[Claudius] confirmavitque pro contione apud
praetorianos, quatenus sibi matrimonia male cederent, permansurum se in
caelibatu, ac nisi permansisset, non recusaturum confodi manibus ipsorum Claude déclara dans une assemblée des prétoriens que, puisque tous ses
mariages avaient mal tourné, il resterait dans le célibat et que s’il n’y
restait pas, il ne s’opposerait pas à être transpercé de leurs propres mains (Suétone,
Claude, 26).
Qui l’a accusé de manquer de sens
politique ? Après une profession de foi aussi sincère, il cède aux
cajoleries de sa nièce Agrippine et s’arrange pour que le sénat l’invite
fermement quasi rei publicae maxime interesset en invoquant l’intérêt supérieur de l’état à se remarier. C’est
chose faite en janvier 49, quelques semaines après la mort de Messaline.
On reproche à Claude d’être l’esclave de ses
femmes et de ses affranchis : his, ut
dixi, uxoribusque addictus, non principem, sed ministrum egit (Suétone, Claude, 29). C’est peut-être vrai. Mais il
n’avait pas trouvé dans la classe sénatoriale d’hommes aussi dévoués, aussi
sûrs et aussi compétents. Grâce à eux il crée une véritable administration
dirigée par de véritables ministres au sens moderne du mot : sans parler
de Posidès et Félix auxquels il confie des missions militaires, d’Harpocras qui
était peut-être a cognitionibus, en charge des affaires judiciaires,
l’histoire a surtout retenu les noms de Polybius a
studiis qui dirigeait les
archives impériales, de Callistus a libellis qui gérait les requêtes et doléances, de
Pallas a rationibus qui était chargé des finances, de Narcisse ab epistulis qui
cumulait les fonctions de chef de cabinet, de ministre des Affaires étrangères
(relation avec les ambassadeurs) et de ministre de l’Intérieur.
·san d¢ treÝw oß mlista tò krtow dieilhfñtew: ÷ te Kllistow,
øw ¤pÜ taÝw bÛbloiw tÇn jiÅsevn ¤t¡takto, kaÜ õ Nrkissow, øw tÇn ¤pistolÇn
¤pesttei, diò kaÜ ¤gxeirÛdion parezÅnnuto, kaÜ õ Pllaw, Ú ² tÇn
xrhmtvn dioÛkhsiw ¤mpepÛsteuto
c’étaient surtout trois hommes qui se partageaient le pouvoir :
Calliste qui était chargé des requêtes, Narcisse placé à la tête de la
Correspondance et qui à ce titre portait un poignard à la ceinture, Pallas à
qui était confiée l’administration des finances. (Dion Cassius, LXI, 30)
[suspexit] super hos Polybium ab studiis, qui saepe inter duos
consules ambulabat ; sed ante omnis Narcissum ab epistulis et Pallantem a
rationibus, quos decreto quoque senatus non praemiis modo ingentibus, sed et
quaestoriis praetoriisque ornamentis honorari libens passus est … il
estima plus que ceux que je viens de mentionner Polybius (Polybe), ministre des
archives, qui se déplaçait souvent entre les deux consuls ; mais plus que
tous les autres Narcisse, ministre de la correspondance, et Pallas, ministre
des finances : il accepta avec plaisir qu’un décret du sénat les honore
non seulement de récompenses considérables, mais encore des insignes de la
questure et de la préture.
(Suétone, Claude,
28). Tout cela au grand scandale de l’aristocratie romaine.
On comprend que des gens issus de l’ordre
équestre ou sénatorial comme Suétone, Tacite et Dion Cassius ne soient pas
tendres avec Claude !

Ti(berius) Claudius Caesar Aug(ustus) P(ontifex) M(aximus)
Tr(ibunicia) P(otestate) Imp(erator)
P(ater) P(atriae)
S(enatus) C(onsulto)
as de bronze de Claude
54 Claude empoisonné par Agrippine. Il meurt le 13 octobre.
Parricida et caedes a Claudio exorsus est, cuius necis etsi non auctor, at conscius fuit, neque dissimulanter, ut qui boletos, in quo cibi genere venenum is acceperat, quasi deorum cibum posthac proverbio Graeco conlaudare sit solitus Néron commença ses parricides et ses assassinats avec celui de Claude : même s’il ne fut pas l’auteur de ce meurtre, il en fut au moins le complice et ne s’en cacha pas. Il prit dès cette époque-là l’habitude de vanter les bolets (c’est dans un plat de ce champignon qu’on avait administré le poison à Claude) en citant un dicton grec qui en faisait la nourriture des dieux. (Suétone, Néron, 33).
KaÜ õ N¡rvn d¢ oék pjion mn®mhw ¦pow kat¡lipe: toçw gr mækhtaw yeÇn brÇma ¦legen eänai ÷ti kaÜ ¤keÝnow [õ Klaædiow] di toè mækhtow yeòw ¤gegñnei Et Néron nous a laissé un mot qui n’est pas indigne d’être mentionné : les champignons, dit-il, sont la nourriture des dieux, parce que même Claude est devenu un dieu grâce à des champignons. (Dion Cassius, LXI, 35).
Dic mihi,
quis furor est ? Turba spectante vocata
solus
boletos, Caeciliane, voras.
Quid dignum
tanto tibi ventre gulaque precabor ?
Boletum
qualem Claudius edit, edas.
Dis-moi quelle est cette folie ! Sous les yeux de la foule de tes
invités,
Cécilianus, tu es le seul à avaler des bolets.
Que te souhaiter qui convienne à un tel ventre et à un tel
gosier ?
Que tu manges un bolet du genre de celui que mangea Claude ! (Martial, I, 20)
C
Octavius (Thurinus ?), le père d’Auguste, avait épousé en premières noces Ancharia
qui lui avait donné une fille, Octavia (Maior). En secondes noces, il avait
épousé Atia, fille de M Atius Balbus et de Julia, la sœur de César
(Jules !).
Notos
que la mère de Marc Antoine était une Julia, parente plus ou moins éloignée de
César. Les deux triumvirs étaient de lointains cousins (comme toute la noblesse
romaine).
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C Octavius |
Atia |
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Tiberius
Nero |
Livia
Drusilla |
Marcus Antonius |
Octavia Augustus |
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(Nero) Decimus Claudius Drusus Ti Claudius Nero (Tibère) |
Antonia Minor |
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T. Claudius Nero DrususGermanicus et Livilla (qui
épouse Drusus le fils de Tibère) |
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