Noctes Gallicanae
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Abrégé d'Histoire
romaine |
Les
Julio-Claudiens
Les empereurs des années 68 et 69
Ti Claudius Nero, né le 16 novembre ~42, adopté par Auguste en 4, s’appelle désormais Ti. Julius Caesar.
Fils de Ti Claudius Nero et Livia Drusilla. Il règne de 14 à 37.
Il épouse d’abord la fille d’Agrippa, Vipsania Agrippina, qui lui donne un fils, et dont il divorce en ~12, sur ordre d’Auguste, alors qu’elle est enceinte, pour épouser Julia. Dion Cassius (LIV, 31) précise
t¡knon tò m¢n ³dh tr¡fousan tò d¢ ¤n gastrÜ ¦xousan elle allaitait un enfant et en portait un autre
l’un des deux, je ne sais pas lequel, est Drusus, le fils de Tibère qui mourra en 23, j’ignore ce qu’est devenu l’autre.
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Un républicain devenu
empereur ? despñthw
m¢n tÇn doælvn, aétokrtvr
d¢ tÇn strativtÇn, tÇn d¢ d¯
loipÇn prñkritñw eÞmi Je
suis le maître (dominus) des esclaves, l’imperator
des soldats, mais je ne suis que le Premier des sénateurs (princeps senatus) pour les autres. Tibère et le sénat Quoties curia egrederetur, Graecis
verbis in hunc modum eloqui solitum « o homines ad servitutem
paratos ! » (Tacite, Annales, III, 65). On
dit que, chaque fois qu’il sortait de la curie, il avait l’habitude de
prononcer cette phrase en grec : « Hommes prêts à
l’esclavage ! » Tibère commandant en Germanie
(10-11 ap. J.-C.) De quo quisque dubitaret, se nec
alio interprete quacumque vel noctis hora uteretur. (Suétone, Tibère, 18) Tibère et les impôts Boni pastori [est] tondere pecus,
non deglubere. (Suétone, Tibère, 32) Tibère et le pouvoir Saepe lupum auribus tene[o].
(Suétone, Tibère,
25) Vers
d’Atrée,
tragédie d’Accius ; Tibère substitue probent
à metuant. Voir Caligula Cruauté de Tibère "Nondum tecum in
gratiam redii." (Suétone, Tibère, 61) (à
un prisonnier qui demande que l’on hâte son supplice) Je
ne me suis pas encore réconcilié avec toi ! Tibère et le vin BIBERIVS CALDIVS MERO Tib¡riow ... diò kaÜ RvmaÝoi Bib¡rion aétòn ¤kloun,
ù shmaÛnei par' aétoÝw tòn oÞnopñthn Tibère… c’est pourquoi les Romains
l’appelaient « Biberius », ce qui signifie chez eux « buveur
de vin » (Dion Cassius,
fragment). Suétone (Tibère,
42) se montre plus précis : In castris
tiro etiam tum propter nimiam vini aviditatem pro Tiberio
"Biberius," pro Claudio "Caldius," pro Nerone
"Mero" vocabatur. Dans l’armée, alors qu’il n’en
était qu’à ses débuts, son goût excessif du vin l’avait fait surnommer
« Biberius » au lieu de Tiberius, « Caldius » au lieu de
Claudius et « Mero » au lieu de Nero. |

Ti(berius) Caesar Divi Aug(usti) F(ilius) Augustus
denier d’argent de Tibère
14
Révolte des légions romaines de Germanie, réprimée par Germanicus. Les légions
voulaient proclamer Germanicus empereur.
Révolte
des légions romaines de Pannonie, réprimée par Drusus, fils de Tibère.
14-16
Campagne de Germanicus contre les
Germains. Il bat Arminius, mais Tibère le rappelle sans lui laisser le temps
d’achever ses conquêtes. On accuse l’empereur de se montrer jaloux des succès
de son neveu. Chargé de mission en Orient, Germanicus meurt en Syrie.
17-31
Aelius Seianus (Séjan), préfet du prétoire, exerce une influence grandissante
sur l'empereur.
Ti. Caesar Seianum Aelium, principe equestris ordinis patre
natum, materno vero genere clarissimas veteresque et insignes honoribus
complexum familias, habentem consularis fratres, consobrinos, avunculum, ipsum
vero laboris ac fidei capacissimum, sufficiente etiam vigori animi compage
corporis, singularem principalium onerum adiutorem in omnia habuit atque habet,
virum severitatis laetissimae, hilaritatis priscae, actu otiosis simillimum,
nihil sibi vindicantem eoque adsequentem omnia, semperque infra aliorum
aestimationes se metientem, vultu vitaque tranquillum, animo exsomnem.
Tibère César a eu en toutes circonstances et
a encore auprès de lui comme adjoint exceptionnel dans sa charge de prince
Aelius Séjan. Ce dernier, issu d'un père prince de l'ordre
équestre et touchant par sa mère à des familles très illustres, anciennes et
chargées d'honneurs, a des
frères, des cousins, un oncle maternel qui sont d'anciens consuls ;
lui-même fait preuve de beaucoup d'activité et de loyauté et sa
robustesse physique répond à sa vigueur intellectuelle; c'est un homme d'une austérité qui n'exclut pas le
sourire, d'une gaieté digne des anciens temps, actif tout en ayant l'air de ne
rien faire; il ne réclame rien pour lui et, de ce fait, obtient tout ; il
s'estime toujours moins qu'il n'est estimé des autres; son visage est calme
comme sa vie, mais son esprit est constamment en éveil. (Velleius Paterculus, II,
127).
Poussé
peut-être par sa maîtresse Livilla, nièce de Tibère et femme de son fils
Drusus, il conspire finalement contre l’empereur. Il est condamné à mort par le
Sénat.
31-37
Retiré à Capri depuis 26, Tibère exerce une tyrannie implacable en usant à
outrance des lois de majesté (maiestas) et de concussion. Voyez pour un exemple
anecdotique Les latrines de Pompéi.
La
répression vise en priorité la famille de Germanicus que Tibère soupçonnait, à
tort ou à raison, à raison je crois, de conspirer contre lui.
37
Tibère meurt le 16 mars à l'âge de 78 ans. On prétend que Caligula l'a étouffé
sous des couvertures.
Personnage
complexe, pétri de contradictions, Tibère possède un caractère qui ne se laisse
pas facilement définir.
Oëte gr Ïn ¤peyæmei prosepoieÝto ti, kaÜ Ïn ¦legen oéd¢n Éw
eÞpeÝn ¤boæleto: ll' ¤nantivttouw t» proair¡sei toçw lñgouw poioæmenow
pn te ø ¤pñyei ±rneÝto kaÜ pn ø ¤mÛsei proeteÛneto il ne montrait rien de ce qu’il souhaitait, et il ne voulait
généralement rien de ce qu’il disait vouloir. Il tenait des propos qui
signifiaient l’inverse de ce qu’il recherchait, il refusait tout ce qu’il
désirait et réclamait tout ce qu’il détestait. (Dion Cassius, LVII, 1).
Par
ses deux parents, Tibère descendait de la plus haute et la plus ancienne
noblesse de Rome : les deux lignées remontaient à Appius Claudius Caecus.
Tiberius
Nero, le père de Tibère, avait fait une assez brillante carrière sous les
ordres de César (qui l’avait chargé par exemple de créer en Gaule les colonies
de Narbonne et d’Arles). Mais le malheureux avait l’art de choisir
systématiquement le camp des perdants : après les Ides de mars, il prend
parti pour les républicains ; il suit L. Antonius à Pérouse ; il
tente de s’allier à Sextus Pompée ; il rejoint enfin le camp de Marc
Antoine et profite de la paix de Brindes pour revenir à Rome où il doit céder à
Octave qui le lui demandait sa femme Livia Drusilla, alors enceinte de six
mois. Le pauvre homme en meurt peu après, en ~33.
Pieux
et fidèle, Tibère jeune rend hommage à la mémoire de son père en donnant un
combat de gladiateurs. En ~9, à la mort de son frère en Germanie, cuius corpus pedibus toto itinere praegrediens Romam usque
pervexit il ramena son corps en précédant le convoi à pied
sur tout le chemin jusqu’à Rome (Suétone, Tib., 8). Il épouse Vipsania Agrippina,
fille de Marcus Agrippa et de Caecilia, elle-même fille d’Atticus, l’ami de
Cicéron. De ce mariage harmonieux naît un fils, Drusus qui mourra en 23.
En
~12 meurt Agrippa. Auguste cherche dans son entourage quelqu’un pour le
remplacer et tòn Tib¡rion
kaÜ kvn proseÛleto il s’adjoint Tibère, mais à contre-cœur (Dion Cassius, LIV,
31) : ses petits-fils, les deux Césars étant alors trop jeunes. Au début
de l’année ~11, Auguste force Tibère à divorcer de Vipsania, alors enceinte,
pour épouser sa fille, l’insupportable Julia,
veuve d’Agrippa. Tibère épouse donc la veuve de son beau-père !
Tibère
se sent mal aimé d’Auguste qui lui avait préféré Agrippa, qui lui avait préféré
son frère Drusus, qui lui préférait ses petits-fils Gaius et Lucius Caesar (les
fils de son actuelle femme Julia et de son ancien beau-père Agrippa !),
alors qu’il avait preuve d’un dévouement à toute épreuve et d’une efficacité
sans faille. Il est vrai qu’il passe toujours après les autres, que ce soit
pour sa carrière officielle (certes, il obtient le consulat quatre ans avant
son frère, mais il est l’aîné et par ailleurs, il exerce des commandements
moins prestigieux) ou pour sa vie privée. Il reproduira d’ailleurs cette
différence entre son fils Drusus et son neveu Germanicus.
Il
se lasse des infidélités de Julia et décide
un jour, en ~6, d’abandonner toute responsabilité officielle et de se retirer à
Rhodes.
O DAMOS O
RODIVN UPER TEBERIOU KLAUDIOU NERVNOS
inscription
de Pythion dans l’île de Rhodes
Le peuple de Rhodes en l’honneur
de Tibère Claude Néron.
Il
y reste cinq ans, demande à rentrer à Rome, mais essuie un refus qui équivaut à
une sentence d’exil. Auguste le rappelle néanmoins deux ans après. A la mort
des Césars, Auguste adopte Agrippa Postumus et Tibère qui doit adopter lui-même
son neveu Germanicus.
Le
testament d’Auguste qu’on lut au sénat commençait par ces mots : Quoniam atrox fortuna Gaium et Lucium filios mihi eripuit, Tiberius
Caesar mihi ex parte dimidia et sextante heres esto Puisqu’un sort cruel m’a enlevé Gaius et Lucius, mes fils [adoptifs eux
aussi], que Tibère soit mon héritier pour la moitié plus un sixième.
Auguste
aurait également dit publiquement : Miserum
populum Romanum qui sub tam lentis maxillis erit malheureux
peuple Romain qui vivra sous des mâchoires aussi lentes (Suétone, Tibère, 21)
Le
pauvre Tibère avait décidément de quoi se croire, à juste titre, mal aimé. On
comprend que sur le tard, trahi par ceux en qui avait placé sa confiance, il
ait sombré dans une totale misanthropie :
Quoties
curia egrederetur, Graecis verbis in hunc modum eloqui solitum « o homines ad servitutem
paratos! »
Chaque fois qu’il sortait de la curie, il ne manquait pas de
s’exclamer en grec : « Hommes prêts pour l’esclavage ! » (Tacite, Annales, III, 65)
Ainsi
s’explique, sans qu’on puisse l’excuser, sa fin de règne sanguinaire.
Nam mortem
adeo leve supplicium putabat, ut cum audisset unum e reis, Carnulum nomine, anticipasse
eam, exclamaverit : "Carnulus me evasit."
Il considérait une sentence de mort comme une condamnation si
légère, qu’ayant appris que l’un des accusés du nom de Carnulus avait devancé
la sentence, il s’écria : « Carnulus m’a échappé ! » (Suétone, Tibère, 61).
Tacite
a tracé de lui un portrait extrêmement noir, pourtant je ne peux pas m’empêcher
d’éprouver pour Tibère une certaine admiration : il a réussi à perpétuer
l’œuvre d’Auguste, il a maintenu et confirmé la paix romaine qui assurait la
prospérité générale.