Noctes Gallicanae

Abrégé

d'Histoire romaine


Le Haut-empire ( ~27-192)

 

Les Julio-Claudiens

 

Les empereurs des années 68 et 69

 

Les Flaviens

 

Les Antonins

 


Tibère ~41- 37

 

Ti Claudius Nero, né le 16 novembre ~42, adopté par Auguste en 4, s’appelle désormais Ti. Julius Caesar.

Fils de Ti Claudius Nero et Livia Drusilla. Il règne de 14 à 37.

 

Il épouse d’abord la fille d’Agrippa, Vipsania Agrippina, qui lui donne un fils, et dont il divorce en ~12, sur ordre d’Auguste, alors qu’elle est enceinte, pour épouser Julia. Dion Cassius (LIV, 31) précise

t¡knon tò m¢n ³dh tr¡fousan tò d¢ ¤n gastrÜ ¦xousan  elle allaitait un enfant et en portait un autre

l’un des deux, je ne sais pas lequel, est Drusus, le fils de Tibère qui mourra en 23, j’ignore ce qu’est devenu l’autre.

 

 

Un républicain devenu empereur ?

despñthw m¢n tÇn doælvn,

aétokr‹tvr d¢ tÇn strativtÇn,

tÇn d¢ d¯ loipÇn prñkritñw eÞmi

Je suis le maître (dominus) des esclaves, l’imperator des soldats, mais je ne suis que le Premier des sénateurs (princeps senatus) pour les autres.

 

Tibère et le sénat

Quoties curia egrederetur, Graecis verbis in hunc modum eloqui solitum

« o homines ad servitutem paratos ! » (Tacite, Annales, III, 65).

On dit que, chaque fois qu’il sortait de la curie, il avait l’habitude de prononcer cette phrase en grec : « Hommes prêts à l’esclavage ! »

 

Tibère commandant en Germanie (10-11 ap. J.-C.)

De quo quisque dubitaret, se nec alio interprete quacumque vel noctis hora uteretur. (Suétone, Tibère, 18)
Si quelqu’un hésitait sur la conduite à tenir sur quelque sujet que ce soit, il devait en référer à lui et à personne d’autre, à toute heure du jour ou de la nuit.

Tibère et les impôts

Boni pastori [est] tondere pecus, non deglubere. (Suétone, Tibère, 32)
keÛresyaÛ mou tŒ prñbata, Žll' oék Žpojæresyai boælomai (Dion Cassius)
Un bon pasteur doit tondre son troupeau, pas l’écorcher.

Tibère et le pouvoir

Saepe lupum auribus tene[o]. (Suétone, Tibère, 25)
Je tiens souvent le loup par les oreilles.
In civitate libera lingua mensque liberae esse debent. (Suétone, Tibère, 28)
Dans un pays libre, la parole et la pensée doivent être libres.
Exercendae sunt leges. (Suétone, Tibère, 58)
Il faut appliquer les lois !
Oderint dum probent. (Suétone, Tibère, 59)
Qu’ils me haïssent pourvu qu’ils m’obéissent.

Vers d’Atrée, tragédie d’Accius ; Tibère substitue probent à metuant. Voir Caligula

 

Cruauté de Tibère

"Nondum tecum in gratiam redii." (Suétone, Tibère, 61)

(à un prisonnier qui demande que l’on hâte son supplice)

Je ne me suis pas encore réconcilié avec toi !

 

Tibère et le vin

BIBERIVS CALDIVS MERO

Tib¡riow ... diò kaÜ „RvmaÝoi Bib¡rion aétòn ¤k‹loun, ù shmaÛnei par' aétoÝw tòn oÞnopñthn Tibère… c’est pourquoi les Romains l’appelaient « Biberius », ce qui signifie chez eux « buveur de vin » (Dion Cassius, fragment). Suétone (Tibère, 42) se montre plus précis : In castris tiro etiam tum propter nimiam vini aviditatem pro Tiberio "Biberius," pro Claudio "Caldius," pro Nerone "Mero" vocabatur. Dans l’armée, alors qu’il n’en était qu’à ses débuts, son goût excessif du vin l’avait fait surnommer « Biberius » au lieu de Tiberius, « Caldius » au lieu de Claudius et « Mero » au lieu de Nero.
Caldius signifie « plus chaud », les Romains consommaient beaucoup de vin chaud, cal(i)dum ; Mero est l’ablatif de merum : « avec du vin pur ».

 

 

Ti(berius) Caesar Divi Aug(usti) F(ilius) Augustus

denier d’argent de Tibère

 

14 Révolte des légions romaines de Germanie, réprimée par Germanicus. Les légions voulaient proclamer Germanicus empereur.

Révolte des légions romaines de Pannonie, réprimée par Drusus, fils de Tibère.

 

14-16 Campagne de Germanicus contre les Germains. Il bat Arminius, mais Tibère le rappelle sans lui laisser le temps d’achever ses conquêtes. On accuse l’empereur de se montrer jaloux des succès de son neveu. Chargé de mission en Orient, Germanicus meurt en Syrie.

 

17-31 Aelius Seianus (Séjan), préfet du prétoire, exerce une influence grandissante sur l'empereur.

Ti. Caesar Seianum Aelium, principe equestris ordinis patre natum, materno vero genere clarissimas veteresque et insignes honoribus complexum familias, habentem consularis fratres, consobrinos, avunculum, ipsum vero laboris ac fidei capacissimum, sufficiente etiam vigori animi compage corporis, singularem principalium onerum adiutorem in omnia habuit atque habet, virum severitatis laetissimae, hilaritatis priscae, actu otiosis simillimum, nihil sibi vindicantem eoque adsequentem omnia, semperque infra aliorum aestimationes se metientem, vultu vitaque tranquillum, animo exsomnem.

Tibère César a eu en toutes circonstances et a encore auprès de lui comme adjoint exceptionnel dans sa charge de prince Aelius Séjan. Ce dernier, issu d'un père prince de l'ordre équestre et touchant par sa mère à des familles très illustres, anciennes et chargées d'honneurs, a des frères, des cousins, un oncle maternel qui sont d'anciens consuls ; lui-même fait preuve de beaucoup d'activité et de loyauté et sa robustesse physique répond à sa vigueur intellectuelle; c'est un homme d'une austérité qui n'exclut pas le sourire, d'une gaieté digne des anciens temps, actif tout en ayant l'air de ne rien faire; il ne réclame rien pour lui et, de ce fait, obtient tout ; il s'estime toujours moins qu'il n'est estimé des autres; son visage est calme comme sa vie, mais son esprit est constamment en éveil. (Velleius Paterculus, II, 127).

 

Poussé peut-être par sa maîtresse Livilla, nièce de Tibère et femme de son fils Drusus, il conspire finalement contre l’empereur. Il est condamné à mort par le Sénat.

 

31-37 Retiré à Capri depuis 26, Tibère exerce une tyrannie implacable en usant à outrance des lois de majesté (maiestas) et de concussion. Voyez pour un exemple anecdotique Les latrines de Pompéi.

La répression vise en priorité la famille de Germanicus que Tibère soupçonnait, à tort ou à raison, à raison je crois, de conspirer contre lui.

 

37 Tibère meurt le 16 mars à l'âge de 78 ans. On prétend que Caligula l'a étouffé sous des couvertures.

 


 

Personnage complexe, pétri de contradictions, Tibère possède un caractère qui ne se laisse pas facilement définir.

Oëte gŒr Ïn ¤peyæmei prosepoieÝto ti, kaÜ Ïn ¦legen oéd¢n Éw eÞpeÝn ¤boæleto: Žll' ¤nantivt‹touw t» proair¡sei toçw lñgouw poioæmenow pn te ø ¤pñyei ±rneÝto kaÜ pn ø ¤mÛsei proeteÛneto il ne montrait rien de ce qu’il souhaitait, et il ne voulait généralement rien de ce qu’il disait vouloir. Il tenait des propos qui signifiaient l’inverse de ce qu’il recherchait, il refusait tout ce qu’il désirait et réclamait tout ce qu’il détestait. (Dion Cassius, LVII, 1).

 

Par ses deux parents, Tibère descendait de la plus haute et la plus ancienne noblesse de Rome : les deux lignées remontaient à Appius Claudius Caecus.

 

Tiberius Nero, le père de Tibère, avait fait une assez brillante carrière sous les ordres de César (qui l’avait chargé par exemple de créer en Gaule les colonies de Narbonne et d’Arles). Mais le malheureux avait l’art de choisir systématiquement le camp des perdants : après les Ides de mars, il prend parti pour les républicains ; il suit L. Antonius à Pérouse ; il tente de s’allier à Sextus Pompée ; il rejoint enfin le camp de Marc Antoine et profite de la paix de Brindes pour revenir à Rome où il doit céder à Octave qui le lui demandait sa femme Livia Drusilla, alors enceinte de six mois. Le pauvre homme en meurt peu après, en ~33.

 

Pieux et fidèle, Tibère jeune rend hommage à la mémoire de son père en donnant un combat de gladiateurs. En ~9, à la mort de son frère en Germanie, cuius corpus pedibus toto itinere praegrediens Romam usque pervexit il ramena son corps en précédant le convoi à pied sur tout le chemin jusqu’à Rome (Suétone, Tib., 8). Il épouse Vipsania Agrippina, fille de Marcus Agrippa et de Caecilia, elle-même fille d’Atticus, l’ami de Cicéron. De ce mariage harmonieux naît un fils, Drusus qui mourra en 23.

 

En ~12 meurt Agrippa. Auguste cherche dans son entourage quelqu’un pour le remplacer et tòn Tib¡rion kaÜ kvn proseÛleto  il s’adjoint Tibère, mais à contre-cœur (Dion Cassius, LIV, 31) : ses petits-fils, les deux Césars étant alors trop jeunes. Au début de l’année ~11, Auguste force Tibère à divorcer de Vipsania, alors enceinte, pour épouser sa fille, l’insupportable Julia, veuve d’Agrippa. Tibère épouse donc la veuve de son beau-père !

 

Tibère se sent mal aimé d’Auguste qui lui avait préféré Agrippa, qui lui avait préféré son frère Drusus, qui lui préférait ses petits-fils Gaius et Lucius Caesar (les fils de son actuelle femme Julia et de son ancien beau-père Agrippa !), alors qu’il avait preuve d’un dévouement à toute épreuve et d’une efficacité sans faille. Il est vrai qu’il passe toujours après les autres, que ce soit pour sa carrière officielle (certes, il obtient le consulat quatre ans avant son frère, mais il est l’aîné et par ailleurs, il exerce des commandements moins prestigieux) ou pour sa vie privée. Il reproduira d’ailleurs cette différence entre son fils Drusus et son neveu Germanicus.

 

Il se lasse des infidélités de Julia et décide un jour, en ~6, d’abandonner toute responsabilité officielle et de se retirer à Rhodes.

O DAMOS O RODIVN UPER TEBERIOU KLAUDIOU NERVNOS

inscription de Pythion dans l’île de Rhodes

Le peuple de Rhodes en l’honneur de Tibère Claude Néron.

Il y reste cinq ans, demande à rentrer à Rome, mais essuie un refus qui équivaut à une sentence d’exil. Auguste le rappelle néanmoins deux ans après. A la mort des Césars, Auguste adopte Agrippa Postumus et Tibère qui doit adopter lui-même son neveu Germanicus.

 

Le testament d’Auguste qu’on lut au sénat commençait par ces mots : Quoniam atrox fortuna Gaium et Lucium filios mihi eripuit, Tiberius Caesar mihi ex parte dimidia et sextante heres esto Puisqu’un sort cruel m’a enlevé Gaius et Lucius, mes fils [adoptifs eux aussi], que Tibère soit mon héritier pour la moitié plus un sixième.

Auguste aurait également dit publiquement : Miserum populum Romanum qui sub tam lentis maxillis erit malheureux peuple Romain qui vivra sous des mâchoires aussi lentes (Suétone, Tibère, 21)

 

Le pauvre Tibère avait décidément de quoi se croire, à juste titre, mal aimé. On comprend que sur le tard, trahi par ceux en qui avait placé sa confiance, il ait sombré dans une totale misanthropie :

Quoties curia egrederetur, Graecis verbis in hunc modum eloqui solitum « o homines ad servitutem paratos! »

Chaque fois qu’il sortait de la curie, il ne manquait pas de s’exclamer en grec : « Hommes prêts pour l’esclavage ! » (Tacite, Annales, III, 65)

Ainsi s’explique, sans qu’on puisse l’excuser, sa fin de règne sanguinaire.

Nam mortem adeo leve supplicium putabat, ut cum audisset unum e reis, Carnulum nomine, anticipasse eam, exclamaverit : "Carnulus me evasit."

Il considérait une sentence de mort comme une condamnation si légère, qu’ayant appris que l’un des accusés du nom de Carnulus avait devancé la sentence, il s’écria : « Carnulus m’a échappé ! » (Suétone, Tibère, 61).

 

Tacite a tracé de lui un portrait extrêmement noir, pourtant je ne peux pas m’empêcher d’éprouver pour Tibère une certaine admiration : il a réussi à perpétuer l’œuvre d’Auguste, il a maintenu et confirmé la paix romaine qui assurait la prospérité générale.

 


 

Histoire de Rome: sommaire général

Auguste

Tibère

Caligula

Claude

Néron

Galba, Othon, Vitellius

les Flaviens

les Antonins : Nerva, Trajan, Hadrien

les Antonins : Antonin, Marc Aurèle, Commode

Le Bas-Empire : les Sévères

Le Bas-Empire : les derniers siècles

 

Livia Drusilla

Julia

Julia, petite-fille d’Auguste

Germanicus

Agrippine l’aînée

Agrippine la jeune

Julia Livilla, fille de Germanicus

Julia Drusilla, fille de Germanicus

Julia, fille de Drusus

Messaline