Noctes
Gallicanae
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Abrégé d'Histoire romaine |
Le Haut-empire ( ~27-192)
Livia Drusilla
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Claudia et Livia
Livia
Drusilla naît en ~58.
Son
père, M. Livius Drusus Claudianus, issu de la gens Claudia, a été adopté par M.
Livius Drusus, le tribun de ~91 :
Ex hac
stirpe Tiberius Caesar genus trahit, e[t] quidem utrumque : paternum a
Tiberio Nerone, maternum ab Appio Pulchro, qui ambo Appi Caeci filii fuerunt.
Insertus est et Liviorum familiae adoptato in eam materno avo. Suétone, Tibère, 3.
C’est de cette lignée (celle des Claudii) que Tibère César tire
son origine, et même des deux côtés : du côté paternel de Tiberius Nero,
du côté maternel d’Appius Pulcher, tous deux fils d’Appius Caecus. Il avait
aussi un lien avec la famille des Livii puisque son aïeul maternel y était
entré par adoption.
Livia
est issue par le sang d’une famille patricienne, orgueilleuse et qui ne recule
ni devant l’insolence ni devant la violence : Multa multorum Claudiorum egregia merita, multa etiam sequius
admissa in rem p. extant on connaît les nombreux services exceptionnels rendus par
de nombreux Claudii, on connaît aussi de nombreuses actions nettement moins
louables envers l’état. Suétone,
Tibère, 2.
Les
Livii, même s’ils sont plébéiens, ne manquent pas non plus de lettres de
noblesse. Le surnom de Drusus provient d’un glorieux fait d’armes :
Drusus
hostium duce Drauso comminus trucidato sibi posterisque suis cognomen invenit. Suétone, Tibère, 3.
Livius Drusus ayant tué Drausus le chef des ennemis en combat
singulier, on lui accorda ce surnom à lui et à ses descendants.
Les
Livii se comportent de façon au moins aussi violente et aussi orgueilleuse que
les Claudii : le grand-père par adoption de Livie, M. Livius Drusus, tribun en ~91, a
laissé quelques souvenirs dans l’histoire. Bien sûr, il n’y a aucun lien
biologique entre lui et Livie, mais l’éducation a pu jouer un rôle.
Le père
de Livie, qui avait été proscrit par les triumvirs, se suicide en novembre ~42
après la deuxième bataille de Philippes : il avait choisi le parti de
Brutus.
Drusus Livius,
Iuliae Augustae pater, et Varus Quintilius ne temptata quidem hostis
misericordia alter se ipse in tabernaculo interemit ... Velleius Paterculus, II, 71.
Drusus Livius, le père de Julia Augusta, et Varus Quintilius ne
firent pas appel à la clémence de l’ennemi : le premier se donna lui-même
la mort sous sa tente...
L’épouse de Tiberius Claudius Nero
Vers
~44, âgée de 14 ans, Livia Drusilla épouse Tiberius Claudius Nero, un très
lointain cousin. Questeur en 48, il est placé par César à la tête de sa flotte
à Alexandrie :
Quod ubi
Caesari nuntiatum est, universam classem iubet expediri atque instrui.
Praeficit huic Tiberium Neronem. César,
Guerre d’Alexandrie, 25.
Lorsque César est mis au courant de ces événements, il ordonne
de préparer et de disposer la flotte tout entière. Il place à sa tête Tiberius
Nero.
Si l’on
admet qu’un questeur devait avoir une trentaine d’années, Tiberius Nero était
né vers 78 : il avait donc vingt ans de plus que sa femme.
Il
semble, si l’on en croit Suétone (Tibère, 4), que Tiberius Nero ait donné toute
satisfaction à César :
Pater
Tiberi, Nero, quaestor C. Caesaris Alexandrino bello classi praepositus,
plurimum ad victoriam contulit. Quare et pontifex in locum P. Scipionis
substitutus et ad deducendas in Galliam colonias, in quis Narbo et Arelate
erant, missus est. Tiberius Nero, le père de Tibère, questeur de C. César,
commanda sa flotte pendant la guerre d'Alexandrie et contribua grandement à la
victoire. En récompense, il fut d'abord nommé pontife (en 46), à la place de P.
Scipion, puis envoyé en Gaule pour créer des colonies, entre autres celles de
Narbonne et d'Arles.
Tiberius
était peut-être un vrai républicain, mais je crois surtout que l’hérédité des
Claudii l’a conduit à refuser toute autorité n’émanant pas d’un membre de sa
gens :
Tamen
Caesare occiso, cunctis turbarum metu abolitionem facti decernentibus, etiam de
praemiis tyrannicidarum referendum censuit. Pourtant, après la mort de César, quand tous, par crainte des
troubles, votaient l'impunité du crime, il alla jusqu'à demander qu'on fît un
rapport sur les récompenses dues aux tyrannicides.
Récompenser
les tyrannicides n’implique pas qu’on les suive : Tiberius choisit le camp
de L. Antonius et devient donc l’ennemi d’Octave :
Praetura
deinde functus, cum exitu anni discordia inter triumviros orta esset, retentis
ultra iustum tempus insignibus L. Antonium consulem triumviri fratrem ad
Perusiam secutus... Plus
tard, à la fin de l'année pendant laquelle il exerça la préture (en 42), la
discorde s'étant élevée entre les triumvirs, il garda ses insignes au-delà du
terme légal, suivit à Pérouse (en 41) le consul L. Antoine, frère du
triumvir...
C’est
cette année-là que sa femme Livie donne naissance à un premier fils qui
deviendra l’empereur Tibère.
...
deditione a ceteris facta, solus permansit in partibus ac primo Praeneste, inde
Neapolim evasit servisque ad pilleum frustra vocatis in Siciliam profugit ... et, restant seul de son parti, après
la soumission de tous les autres (en 40), il parvint à gagner d'abord Préneste,
puis Naples mais, ne réussissant pas à soulever les esclaves en leur promettant
la liberté, il se réfugia en Sicile.
Sed indigne
ferens nec statim se in conspectum Sexti Pompei admissum et fascium usu
prohibitum, ad M. Antonium traiecit in Achaiam. Cum quo brevi reconciliata
inter omnis pace Romam redit Mais
indigné de n'avoir pas été tout de suite admis en présence de Sextus Pompée et
de se voir interdire l'usage des faisceaux, il passa en Achaïe, pour rejoindre
M. Antoine. Bientôt, à la faveur de la paix générale, il revint avec lui à
Rome.
En
octobre 40 en effet Antoine et Octave réconciliés signent les accords de
Brindes et durant l’été 39 les triumvirs concluent à Misène un accord avec
Sextus Pompée : la paix générale semble revenue et beaucoup de Romains
bénéficient d’une amnistie pour leurs engagements antérieurs.
Mais
les deux années précédentes ont été pénibles pour le bébé Tibère et pour sa
toute jeune mère âgée de 16 à 18 ans.
Infantiam
pueritiamque (Tiberius) habuit laboriosam et exercitatam, comes usque quaque
parentum fugae ; quos quidem apud Neapolim sub inruptionem hostis navigium
clam petentis vagitu suo paene bis prodidit, semel cum a nutricis ubere,
ite[ru]m cum a sinu matris raptim auferretur ab iis, qui pro necessitate temporis
mulierculas levare onere temptabant. Les premières années et l’enfance (de Tibère) furent
malheureuses et agitées, car il accompagna partout ses parents dans leur fuite;
à Naples, tandis qu'ils cherchaient à s'embarquer secrètement, à l'approche de
l'ennemi, il faillit à deux reprises les trahir par ses vagissements, quand on
l'arracha en tonte hâte d'abord au sein de sa nourrice, pais aux bras de sa
mère, pour alléger les femmes de leur fardeau, dans ce moment critique.
Per Siciliam
quoque et per Achaiam circumductus ac Lacedaemoniis publice, quod in tutela
Claudiorum erant, demandatus, digrediens inde itinere nocturno discrimen vitae
adiit flamma repente e silvis undique exorta adeoque omnem comitatum
circumplexa, ut Liviae pars vestis et capilli amburerentur Promené ensuite à travers
la Sicile et l'Achaïe, puis confié à la cité de Lacédémone, qui était sous la
protection des Claudii, il risqua de périr en voyageant de nuit, au départ de
cette ville, car un incendie éclata subitement et de toutes parts dans les
bois, entourant de si près toute la troupe que Livie eut une partie de ses
vêtements et sa chevelure atteintes par les flammes.
Il faut
bien admettre que Livia Drusilla a dû passer deux années difficiles et aventureuses.
Que pouvait-elle penser d’Octave, l’ennemi qu’elle fuyait avec son mari ?
Quis
fortunae mutationes, quis dubios rerum humanarum casus satis mirari queat? Quis
non diversa praesentibus contrariaque expectaitis aut speret aut timeat? Livia,
nobilissimi et fortissimi viri Drusi Claudiani filia, genere, probitate, forma
Romanarum eminentissima, quam postea coniugem Augusti vidimus, quam transgressi
ad deos sacerdotem ac filiam, tum fugiens mox futuri sui Caesaris arma ac manus
bimum hunc Tiberium Caesarem, vindicem Romani imperii futurumque eiusdem
Caesaris filium, gestans sinu. Velleius
Paterculus, II, 75.
Qui pourrait suffisamment s'étonner des caprices de la fortune
et de l'instabilité des choses humaines ? Qui n'espérerait ou ne
craindrait un renversement de sa situation présente et le contraire de ce qu'il
attend ? Livie, fille du très noble et très valeureux Drusus Claudianus,
la plus éminente des Romaines pour la naissance, la vertu et la beauté, que
nous avons vu devenir plus tard l'épouse d'Auguste, puis sa prêtresse et sa
fille quand il fut allé rejoindre les dieux, fuyait alors les armes et les
troupes de César qui allait bientôt devenir son mari, portant sur son sein
notre Tibère César, alors âgé de deux ans, qui allait devenir le protecteur de
l'Empire romain et le fils de ce même César.
C’est
encore Velleius qui me fournit un mot de conclusion sur le premier mari de
Livie, même si l’historien cherche à tracer un portrait flatteur du père de son
empereur :
Ti. Claudius
Nero praetorius et pontifex, Ti. Caesaris pater, magni vir animi doctissimique
et ingenii.
Tiberius Claudius Nero, ancien préteur et pontife, père de
Tibère César, homme à l’esprit généreux, intelligent et d’une grande culture.
Tiberius
Claudius Nero disparaît de la vie politique. Il meurt en ~33 (Suétone nous dit
que Tibère perdit son père à l’âge de neuf ans et
prononça son éloge funèbre du haut de la tribune aux harangues Novem natus annos defunctum patrem pro rostris laudavit).
L’épouse d’Octave-Auguste
Début janvier 38 ou fin décembre 39,
t¯n SkribvnÛan tekoèsan oß yugtrion pep¡mcato aéyhmerñn
(Octave) divorça
de Scribonia le jour même où elle lui donna une fille,
depuis quelques mois en effet
t°w LiouÛaw ¤rn ³rxeto (Octave) était tombé amoureux de Livie. Dion Cassius, 48, 34.
et le 17 janvier 38, Octave épouse Livia Drusilla
alors qu’elle était enceinte son second fils, Decimus Claudius Drusus (~38-~9),
le premier étant le futur empereur Tibère.
Une telle précipitation a surpris les Romains et
certains ont même affecté d’en être choqués, Marc Antoine par exemple :
M. Antonius super festinatas Liviae nuptias obiecit. Marc Antoine lui reprocha son mariage précipité avec Livie. Suétone, Auguste, 69.
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Dion Cassius (XLVIII, 44) propose un récit plus détaillé
que celui des autres historiens anciens : Taèt te oïn tñte ¤g¡neto, kaÜ õ KaÝsar
t¯n LiouÛan ¦ghmen. Hn d¢ yugthr m¢n LiouÛou Droæsou, ùw ¦n te toÝw ¤kteyeÝsin ¤n tÒ leukÅmati ¤gegñnei kaÜ ¥autòn met t¯n ¤n t» MakedonÛ&
·ttan katek¡xrhto, gun¯ d¢ toè N¡rvnow, mey' oð sundi¡fugen,
Ësper eàrhtai: kaÜ ¤kæei ge ¤j aétoè m°na §kton. Sur ces entrefaites, César épousa Livie.
Elle était la fille de Livius Drusus qui avait été sur la liste des proscrits et
s'était tué après la défaite de Macédoine et l'épouse de Néron qu'elle avait
accompagné dans sa fuite, comme je l'ai dit, et elle était enceinte de lui de
six mois. |
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Dion ne dit pas quand et comment Octave est tombé amoureux
de Livie, ni comment Livie a accueilli cette passion, ni si c’est elle qui l’a
provoquée. Livie et son mari avaient dû rentrer à Rome après l’amnistie
proclamée lors des accords de Brindes en octobre 40 :
õ KaÝsar êp¡meine pntaw
m¢n toçw ¤n tÒ pol¡mÄ tÒ kat tòn Loækion tòn toè AntvnÛou delfòn
metastntaw pròw aétñn César reçut tous ceux qui étaient passés de
son côté après avoir combattu dans la guerre contre Lucius le frère d’Antoine.
Dion Cassius, XLVIII, 29.
Dès lors, on peut imaginer que le couple Nero-Livia avait
été amené du fait de son appartenance à la haute noblesse de Rome à rencontrer
souvent Octave, ne serait-ce que lors des fêtes du mariage d’Antoine avec
Octavie. Le bruit aurait même couru que les deux jeunes gens (Octave avait 24
ans et Livie 19) étaient devenus amants :
Patrem
Claudi Caesaris Drusum, olim Decimum mox Neronem praenomine, Livia, cum Augusto
gravida nupsisset, intra mensem tertium peperit, fuitque suspicio ex vitrico
per adulterii consuetudinem procreatum. Statim certe vulgatus est versus :
ToÝw eétuxoÝsi
kaÜ trÛmena paidÝa. Drusus, le père de l’empereur
Claude, qui porta d’abord le prénom de Decimus, puis celui de Néron, fut mis au
monde par Livie trois mois après qu’elle eut épousé Auguste alors qu’elle était
enceinte. On fit courir le bruit qu’il avait été conçu dans l’adultère par son
beau-père. Quoi qu’il en soit, le vers suivant courut aussitôt sur toutes les
lèvres : « les gens heureux ont même des enfants en trois
mois ». Suétone,
Claude, 1.
Content ou réticent, de bon ou de mauvais gré, Tiberius
Claudius accepte de divorcer :
Livia, Drusi
Claudiani filia, despondente Ti. Nerone, cui ante nupta fuerat, Caesari
nupserat Tiberius
Nero à qui elle était précédemment mariée ayant renoncé à elle, Livia, la fille
de Drusus Claudianus, épousa César. Velleius Paterculus, II, 94.
Reste
un problème juridique à résoudre : est-il légal d’épouser une femme
enceinte ?
Comme assurément César ne savait que faire,
il s'informa auprès des pontifes pour savoir s'il était permis de l'épouser
alors qu'elle attendait un enfant. Ceux-ci répondirent que, si la conception
était douteuse, il fallait différer le mariage, mais que celle-ci reconnue rien
n'empêchait désormais qu'il ait lieu. Ils avaient peut-être réellement trouvé cela
dans les ordonnances ancestrales , mais ils l'auraient dit de toute façon, même
s'ils ne l'avaient pas trouvé.
Tacite (Annales, I, 10)
fait entendre une voix un peu discordante :
nec
domesticis abstinebatur : abducta Neroni uxor et consulti per ludibrium
pontifices an concepto necdum edito partu rite nuberet ...
Même la
vie privée ne fut pas épargnée : ayant enlevé à Néron son épouse, et
consulté par dérision les pontifes pour savoir si elle pouvait se marier
valablement étant enceinte et avant d’avoir accouché...
Quoi qu’il en soit, il ne reste plus alors qu’à célébrer
le mariage :
Son mari lui-même la donna en mariage comme
un père. Et voici à peu près ce qui arriva lors du banquet : un des jeunes
esclaves babillards, comme les femmes en entretiennent souvent, nus, pour se
divertir, voyant d'un côté Livie étendue en compagnie de César et ailleurs
Néron en compagnie d'un autre convive, s'approcha d'elle et lui dit en lui
montrant Néron : « Que fais-tu là, Maîtresse ? Ton mari est
couché là-bas. » Ceci étant, Livie, mariée dès lors à César, met au monde
Claudius Drusus Néron. César à la fois reconnut l'enfant en le prenant dans ses
bras et l'envoya à son père. Il écrivit dans ses mémoires cela même :
« César rendit à son père Néron, l'enfant né de Livie, sa propre
épouse. » Néron, en mourant peu après, laissa César en personne tuteur de
cet enfant et de Tibère. Le peuple donc, entre autres bruits qu'il répandait à
ce sujet, disait qu'aux gens heureux les enfants naissent en trois mois et
l'expression finit par devenir un proverbe. Dion Cassius,
48, 44.
Malheureusement pour Auguste,
ex Livia
nihil liberorum tulit, cum maxime cuperet. Infans, qui conceptus erat,
immaturus est editus il
n’eut pas d’enfant de Livie, bien qu’il le désirât par dessus tout. Livie tomba
enceinte mais l’enfant naquit avant terme.
Suétone, Aug., 63.
C’est ainsi semble-t-il qu’Auguste s’attache
beaucoup plus au petit Decimus Claudius Drusus qu’il avait pris dans ses bras (aétòn neÛleto, filium sustulit), geste on le sait de la
plus haute signification, qu’à son frère Tibère.
Bien qu’elle ne lui ait pas donné d’enfant vivant,
Auguste resta toujours attaché à Livie : [quam]
dilexit et probavit unice ac persevanter il lui montra un amour et une estime sans faille jusqu’au bout (Suétone,
Aug., 62).
Diligo représente un amour fondé sur l’estime, sur un choix raisonné. On sait qu’Auguste n’a jamais été physiquement fidèle et que Livie a poussé la complaisance : Circa libidines haesit, postea quoque, ut ferunt, ad vitiandas virgines promptior, quae sibi undique etiam ab uxore conquirerentur Il fut toujours attaché aux plaisirs de la chair, et sur le tard aussi, dit-on, empressé à déflorer des jeunes filles que l’on faisait venir, que même sa femme faisait venir pour lui d’un peu partout. Suétone, Aug. 71.
Dion
Cassius (LIV, 19) raconte que le départ d’Auguste pour la Gaule en ~16, départ
officiellement justifié par un révolte des Gaulois, aurait pour motif réel une
liaison avec Terentia, la femme de Mécène :
kaÛ tinew kaÜ di t¯n TerentÛan t¯n toè
Maik®nou gunaÝka podhm°sai aétòn êpetñphsan, án' ¤peid¯ poll perÜ aétÇn
¤n t» RÅmú ¤logopoieÝto, neu yroè tinòw ¤n t» llodhmÛ& aét»
sun»: oìtv gr oïn pnu aét°w ³ra Ëste kaÜ gvnÛsasyaÛ pote aét¯n
perÜ toè kllouw pròw t¯n LiouÛan poi°sai certains
affirment qu’il avait quitté Rome pour Terentia, la femme de Mécène, afin, dans
la mesure où à Rome on parlait beaucoup d’eux, de vivre avec elle à l’étranger
sans avoir à se soucier de la rumeur publique. Sa passion amoureuse pour elle
était telle qu’il la fit même participer un jour à un concours de beauté contre
Livie.
J’imagine le concours !
En août 14, âgé de 77 ans, Auguste expire dans les
bras de Livie laquelle il dit : Livia,
nostri coniugii memor vive, ac vale !
Livie, n’oublie pas
notre union tant que tu vivras, adieu ! (Suétone, Aug., 99).
Aux
termes du testament d’Auguste, elle reçoit le titre de « Augusta » et
elle est adoptée dans la famille des Julii : on l’appelle désormais Iulia Augusta.
Multa patrum
et in Augustam adulatio. Alii parentem, alii matrem patriae appellandam,
plerique ut nomini Caesaris adscriberetur Iuliae filius censebant. Ille
moderandos feminarum honores dictitans...
Les sénateurs multiplièrent aussi les flatteries envers
l’Augusta. Les uns proposaient qu’on lui décerne le titre de Mère, les autres
celui de Mère de la patrie, la plupart qu’au nom de César on ajoute le titre de
Fils de Julia. Tibère répéta qu’il fallait limiter les honneurs accordés aux
femmes. Tacite, Annales, I, 14.
Livie
survivra 15 ans à son mari : elle meurt en 29.
Rubellio et
Fufio consulibus, quorum utrique Geminus cognomentum erat, Iulia Augusta mortem
obiit, aetate extrema, nobilitatis per Claudiam familiam et adoptione Liviorum
Iuliorumque clarissimae. Primum ei matrimonium et liberi fuere cum Tiberio
Nerone, qui bello Perusino profugus pace inter Sex. Pompeium ac triumviros
pacta in urbem rediit. Exim Caesar cupidine formae aufert marito, incertum an
invitam, adeo properus ut ne spatio quidem ad enitendum dato penatibus suis
gravidam induxerit. Nullam posthac subolem edidit sed sanguini Augusti per
coniunctionem Agrippinae et Germanici adnexa communis pronepotes habuit.
sanctitate domus priscum ad morem, comis ultra quam antiquis feminis probatum,
mater impotens, uxor facilis et cum artibus mariti, simulatione filii bene
composita. funus eius modicum, testamen tum diu inritum fuit. Iaudata est pro
rostris a G. Caesare pronepote qui mox rerum potitus est. Tacite,
Annales, V, 1.
Sous le consulat de Rubellius et
Fufius (tous deux portaient le surnom de Geminus mourut, à un âge très avancé
Julia Augusta. Elle était d'une très illustre noblesse puisqu’elle appartenait
à la famille des Claudii et par adoption à celle des Livii et des Julii. Elle
fut mariée d'abord à Tiberius Nero, qui s'enfuit de sa patrie dans la guerre de
Pérouse, et y revint lorsque la paix fut faite entre Sex. Pompée et les
triumvirs ; elle eut des enfants de ce mariage. Puis, César, épris de sa
beaute, l'enleva à son mari (on ne sait si ce fut malgré elle) ; et, dans
son impatience, il l'amena dans ses pénates sans attendre même qu'elle fût
accouchée. Elle n'eut pas d'enfant de ce dernier mariage ; mais l'union
d'Agrippine et de Germanicus mêla son sang à celui d'Auguste et lui donna des
arrière-petits-fils communs avec ce prince. Elle fut pure dans ses moeurs comme
aux anciens jours, affable au-delà de ce qui semblait permis aux femmes
d'autrefois, mère impérieuse, épouse complaisante, le caractère enfin bien
assorti à la politique de son époux, à la dissimulation de son fils. Ses
funérailles furent modestes, son testament longtemps négligé. Elle fut louée à
la tribune par Gaius César (Caligula), son arrière-petit-fils, qui depuis
parvint à l’empire.
L’impératrice
Suétone (Galba, 1) et Dion Cassius (XLVIII, 52)
rapportent une anecdote significative de la place qu’a occupée Livie dans la
vie politique de Rome :
Progenies
Caesarum in Nerone defecit ; quod futurum, compluribus quidem signis, sed vel
evidentissimis duobus apparuit. Liviae, olim post Augusti statim nuptias
Veientanum suum revisendi, praetervolans aquila gallinam albam ramulum lauri
rostro tenentem, ita ut rapuerat, demisit in gremium ; cumque nutriri
alitem, pangi ramulum placuisset, tanta pullorum suboles provenit, ut hodieque
ea villa ad Gallinas vocetur, tale vero lauretum, ut triumphaturi Caesares inde
laureas decerperent ; fuitque mox triumphantibus, illas confestim eodem
loco pangere ; et observatum est, sub cuiusque obitum arborem ab ipso
institutam elanguisse. Ergo novissimo Neronis anno et silva omnis exaruit
radicitus, et quidquid ibi gallinarum erat interiit ; ac subinde tacta de
caelo Caesarum aede, capita omnibus simul statuis deciderunt, Augusti etiam
sceptrum e manibus excussum est.
La famille des Césars s'éteignit avec
Néron : de très nombreux présages l'avaient annoncé, mais il y en eut deux
tout particulièrement clairs. Jadis Livie, étant venue revoir, aussitôt après
son mariage avec Auguste, sa propriété de Véies, un aigle qui la dépassa en
volant laissa tomber sur son sein une poule blanche tenant en son bec, comme
lorsqu'il l'avait enlevée, un rameau de laurier ; elle eut l’idée de faire
nourrir l'oiseau et de planter la branche ; or, le premier eut une progéniture
si nombreuse que, aujourd'hui encore, la maison s'appelle « Ad
Galinas », et les rejetons de l'autre forment un bois si vaste, que les
Césars, avant le triomphe, allaient y cueillir leurs lauriers ; de plus,
ce fut pour eux une tradition d'en planter d'autres en ce même lieu, aussitôt
après avoir triomphé, et l'on observa que, vers le temps où chacun d'eux
mourut, l'arbre qu'il avait planté dépérit. Aussi, durant la dernière année que
vécut Néron, le bois tout entier se dessécha jusqu'aux racines et toutes les
poules moururent.
Tñ te t» LiouÛ&
sumbn ¤keÛnú m¢n kay' ²don¯n ¤g¡neto, toÝw d'lloiw d¡ow ¤nepoÛhse: [...]
Ce qui arriva à Livie fut pour lui
plaire mais inspira de la crainte aux autres : un aigle jeta dans son sein
une poule blanche portant une petite branche de laurier avec des fruits. Comme
le signe semblait important, elle prit soin de l'oiseau et planta le laurier.
Celui-ci prit racine et grandit au point de suffire largement pour ceux qui par
la suite célébrèrent des triomphes et Livie devait recueillir en son sein la
puissance de César et régner sur lui en tout.
Mais dès ~23, les Romains sont conscients de la
rivalité qui oppose la race des Julii, représentée alors par Julia, fille
d’Auguste et son mari Marcellus, fils d’Octavie, à la race des Claudii,
représentée par Livie et ses deux fils Tibère et Drusus.
AÞtÛan m¢n oïn ²
LiouÛa toè yantou toè Mark¡llou ¦sxen, ÷ti tÇn uߤvn aét°w proetetÛmhto Livie fut accusée
d’être responsable de la mort de Marcellus, parce qu’il avait été placé
au-dessus de ses propres fils. Dion Cassius, LIII, 33.
Bien sûr, Livie se justifie assez facilement dans la
mesure où Marcellus est mort d’une maladie qui emporte cette année-là et la
suivante de très nombreux habitants de Rome. Il n’en reste pas moins que le
soupçon va persister.
On ignore quelle fut son attitude en ~2 quand
Auguste condamna sa fille Julia au bannissement, on peut imaginer sa
satisfaction.
En 4, après Lucius César en 2, c’est Gaius César qui
disparaît.
p¡yane d¢ ¤jaÛfnhw
nos®saw, Ëste ¤p' mfot¡roiw sfÛsi t¯n LiouÛan llvw te kaÜ ÷ti ¤n tÒ xrñnÄ
toætÄ õ Tib¡riow ¤w t¯n RÅmhn ¤k t°w Rñdou fÛketo, êpopteuy°nai
il mourut d’une maladie subite, si bien
qu’on soupçonna Livie d’être pour quelque chose dans les deux décès, d’autant
que Tibère revint de Rhodes à Rome à la même époque. Dion Cassius, LV, 10.
Encore une fois, la rumeur ne prouve rien, sinon que
les rivalités entre les factions de la famille impériale sont connues de tout
le monde.
Qui peut succéder
à Auguste qui commence à vieillir (il a 67 ans) ? Son seul petit-fils
survivant est Agrippa Postumus, âgé seulement de 16 ans et dont le caractère se
révèle de plus en plus difficile. Sa petite-fille Julia, 23 ans, a épousé un
neveu du triumvir Lépide et lui a donné deux enfants dont un garçon. Mais il
coule peu de sang des Julii dans les veines de cet arrière-petit-fils. L’autre
petite-fille d’Auguste, Agrippine, a 18 ans et elle est mariée à un homme
beaucoup plus proche du vieil empereur, le fils de Decimus Drusus, Germanicus.
Drusus était marié à Antonia Minor, fille d’Antoine et d’Octavie. Germanicus
est donc un petit-neveu d’Auguste. Il est aussi le petit-fils de Livie, mais en
4, il n’a que 19 ans. Le seul héritier possible dans l’immédiat reste Tibère, à
qui Auguste fait adopter Germanicus. Ainsi, le futur empereur sera un Claude,
qui grâce à sa femme Agrippine transmettra à ses descendants le sang des
Jules !
En 7,
Auguste confie un commandement militaire à Germanicus et non à Agrippa
÷ti douloprep®w
te ¤keÝnow ·n kaÜ t pleÝsta ²lieæeto, ÷yenper kaÜ PoseidÇna ¥autòn ¤pvnñmaze,
t» te ôrg» propeteÝ ¤xr°to, kaÜ t¯n LiouÛan Éw mhtruin di¡ballen, aétÒ te
tÒ AégoæstÄ pollkiw êp¢r tÇn patrÐvn ¤p¡kalei parce que celui-ci avait un caractère
servile et passait la majeure partie de son temps à la pêche, ce pourquoi il se
nommait lui-même Neptune ; il se laissait aller à de violentes colères,
disait du mal de Livie en tant que belle-mère et réclamait souvent à Auguste
lui-même l’héritage paternel. Dion
Cassius, LV, 32.
On sait
qu’Auguste fit également déporter son petit-fils Agrippa Postumus, sous
l’influence de Livie selon Tacite (Annales, I, 3) :
nam senem Augustum devinxerat adeo,
uti nepotem unicum Agrippam Postumum, in insulam Planasiam proiecerit, rudem
sane bonarum artium et robore corporis stolide ferocem, nullius tamen flagitii
conpertum elle avait à ce point
enchaîné le vieil Auguste qu’il fit jeter son unique petit-fils Agrippa
Postumus dans l’île de Planasie (îlot au sud de l’île d’Elbe). Il est vrai
qu’il était dépourvu de toute culture et stupidement orgueilleux de sa force
physique, mais on ne pouvait rien lui reprocher de condamnable.
Ulixes stolatus
Un jugement sévère de Tacite :
postremo
Livia gravis in rem publicam mater, gravis domui Caesarum noverca.
enfin Livie
fut nuisible comme mère à l’état, fut nuisible à la maison des Césars comme
marâtre. (Annales, I, 10)
Un jugement flatteur de Velleius Paterculus (II, 130) :
... mater, eminentissima
et per omnia deis quam hominibus similior foemina, cuius potentiam nemo sensit
nisi aut levatione periculi aut accessione dignitatis..
... sa
mère, une femme tout à fait exceptionnelle et en tout plus proche des dieux que
des hommes, dont personne n’éprouva la puissance si ce n’est pour échapper à un
danger ou s’élever dans les honneurs.
Livie était à coup sûr une femme de tête à la
volonté de fer : son arrière-petit-fils Caligula l’appellera
Ulixes stolatus
un Ulysse en jupons !