Noctes Gallicanae
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Abrégé d'Histoire romaine |

OMNIVM CONSENSV CAPAX IMPERII NISI IMPERASSET
digne de l’empire, de l’aveu de tous, s’il n’avait pas été empereur. (Tacite, Histoires, I, 50)
Servius Sulpicius Galba est né le 24 décembre ~3, d’une famille appartenant à la haute noblesse romaine : fils, petit-fils et arrière-petit-fils de consuls ou de préteurs, il descend par sa mère du célèbre destructeur de Corinthe, Mummius Achaïcus.
C'est donc un grand aristocrate, très riche, et dont l'homosexualité est notoire d'après Suétone.
Il gravit rapidement tous les échelons de l'administration romaine. Préteur sous Tibère à 20 ans. Il est consul en 33, puis légat de Germanie Supérieure au début du règne de Caligula. Il rapporte en 41 les enseignes perdues par Varus.
En 42, il est proconsul d'Afrique.
Néron le nomme gouverneur d'Espagne Tarraconnaise. C'est là qu'il entre en rébellion contre lui en avril 68. Après l'écrasement de la révolte de Vindex en Gaule, Néron se suicide le 9 juin. Galba est proclamé Auguste le 11 juin. Il gagne lentement Rome où il gouverne maladroitement :
Modo acerbior parciorque, modo remissior ac neglegentior tantôt trop dur et trop avare, tantôt trop indulgent et trop gaspilleur (Suétone, Galba, 14).
Il ne réussit pas à se rendre populaire :
Ipsa aetas Galbae inrisui ac fastidio erat adsuetis iuventae Neronis et imperatores forma ac decore corporis, ut est mos vulgi, comparantibus L’âge même de Galba était une source de sarcasmes et de dégoût pour des gens habitués à la jeunesse de Néron qui jugeaient les empereurs sur leur beauté physique et leur prestance, comme il est de coutume dans le peuple. (Tacite, Histoires, I, 7).
Il ne manque pourtant pas de noblesse. Devant la fronde des armées à qui il refusait des gratifications, il déclare : « Legi a se militem, non emi. qu’il choisit le soldat mais ne l’achète pas. » (Tacite, Histoires, I, 5).
Pendant ce temps Vitellius a été proclamé Auguste le 1er janvier 69 par les Légions de Germanie. Abandonné de tous, Galba est finalement assassiné le 15 janvier au forum sur l'ordre d'Othon.
Selon Tacite, Annales, VI, 20, pendant son consulat en 33, Tibère le reçut et,
Graecis verbis in hanc sententiam adlocutus « et tu, Galba, quandoque degustabis imperium », seram ac brevem potentiam significans, lui adressa cette phrase en grec « Toi aussi, Galba, un jour tu goûteras à l’empire », allusion à sa puissance tardive et brève.
Selon Suétone, Galba, 4,
Constat Augustum puero adhuc, salutanti se inter aequales, apprehensa buccula dixisse : KaÜ sç t¡knon t°w rx°w ²mÇn paratrÅjú. Sed et Tiberius, cum comperisset imperaturum eum, verum in senecta, "Vivat sane," ait, "quando id ad nos nihil pertinet" on sait de source sûre qu’un jour, alors qu’il était encore enfant, il saluait Auguste en compagnie de garçons de son âge et que l’empereur lui dit en lui pinçant la joue : « Toi aussi, mon garçon, tu goûteras à notre pouvoir ! » Mais lorsque Tibère eut appris que ce garçon détiendrait l’empire, mais dans sa vieillesse, il dit : « Alors qu’il reste vivant, dans la mesure où cela ne nous concerne en rien ! »

M Salvius Otho, né le 28 avril 32.
Ambitieux et sans scrupules, il sait s’insinuer dans les bonnes grâces de Néron. Gouverneur de Lusitanie de 59 à 69, provinciam administravit quaestorius per decem annos, moderatione atque abstinentia singulari il administra sa province en tant qu’ancien questeur pendant dix ans, avec une modération et un désintéressement exceptionnels. (Suétone, Othon, 3).
Ac super ceteras gratulantium adulantiumque blanditias ab infima plebe appellatus Nero nullum indicium recusantis dedit, immo, ut quidam tradiderunt, etiam diplomatibus primisque epistulis suis ad quosdam provinciarum praesides Neronis cognomen adiecit Ensuite, comme la nuit commençait à tomber, il entra au sénat et déclara dans une brève allocution qu’on l’avait pour ainsi dire enlevé dans la rue, obligé par la force à prendre le pouvoir et qu’il exercerait ce pouvoir en se conformant à l’avis général, puis il gagna le Palatin. Mais, outre toutes les flatteries de ceux qui le félicitaient et de ceux qui l’adulaient, il reçut de la lie du peuple le surnom de « Néron », sans donner le moindre signe de protestation. Au contraire, selon certaines traditions, il ajouta ce surnom de Néron à des promotions et aux premières lettres qu’il adressa à certains gouverneurs de provinces. (Suétone, Othon, 7)
De fait, Othon semble reprendre la politique de Néron et fait appel à son personnel administratif.
En 68, il s’associe d’abord avec Galba contre Néron, espérant se faire adopter par Galba et lui succéder : Othon avait alors 36 ans et Galba 71. Mais voyant ses espérances déçues, il conspire contre le nouvel empereur qu’il fait assassiner.
Dein vergente iam die ingressus senatum, positaque brevi oratione quasi raptus de publico et suscipere imperium vi coactus gesturumque communi omnium arbitrio, Palatium petit. Les armées de Germanie, commandées par Vitellius, entrent en rébellion. Vaincu par les partisans de Vitellius, Othon se poignarde au matin du 20 avril. Il aurait dit la veille au soir avant de se coucher : « adiciamus vitae et hanc noctem ajoutons encore cette nuit à notre vie ! » (Suétone, Othon, 11).

VITELLIVS VENTRE ET GVLA SIBI INHONESTVS
Vitellius qui se laissait
déshonorer
par son ventre et son gosier (Tacite, Histoires, II, 31)
L. Vitellius, né le 24 septembre 15.
Son grand-père P. Vitellius domo Nuceria, sive ille stirpis antiquae sive pudendis parentibus atque avis, eques certe R. et rerum Augusti procurator, quattuor filios amplissimae dignitatis cognomines ac tantum praenominibus distinctos reliquit, Aulum Quintum Publium Lucium Publius Vitellius, originaire de Nuceria, qu’il fût issu d’une antique lignée ou qu’il dût avoir honte de ses parents et grands-parents, fut, c’est sûr, chevalier romain et procurateur des biens d’Auguste. Il laissa quatre fils, qui occupèrent les plus hautes fonctions, qui portaient le même nom et que l’on ne distingue que par leurs prénoms : Aulus, Quintus, Publius et Lucius. Suétone, Vitellius, 2.
Aulus Vitellius mourut en 48 durant son consulat.
Quintus fut exclu du sénat par Tibère : ceterum ut honestam innocentium paupertatem levavit, ita prodigos et ob flagitia egentis, Vibidium Varronem, Marium Nepotem, Appium Appianum, Cornelium Sullam, Q. Vitellium movit senatu aut sponte cedere passus est de même qu’il soulagea la pauvreté honnête des sénateurs vertueux, de même les prodigues ruinés par leurs vices, Vibidius Varron, Marius Nepos, Appius Appianus, Cornelius Sylla, Quintus Vitellius, il les exclut du sénat ou les laissa se retirer d’eux-mêmes. Tacite, Annales, II, 48.
Publius fut lieutenant de Germanicus, c’est lui par exemple qui réussit à sauver deux légions lors de l’expédition sur l’Océan (en Hollande) : At Germanicus legionum, quas navibus vexerat, secundam et quartam decimam itinere terrestri P. Vitellio ducendas tradit, quo levior classis vadoso mari innaret vel reciproco sideret Alors Germanicus confia à Publius Vitellius la mission de ramener par voie de terre deux des légions, la Deuxième et la Quatorzième qui avaient fait l’aller en bateau, afin d’alléger sa flotte pour naviguer sur une mer peu profonde ou pour l’échouer à la marée descendante. Tacite, Annales, I, 70. Plus tard, fidèle à son général, il fera condamner Pison qu’il accusait d’avoir fait empoisonner Germanicus.
Lucius, le père du futur empereur, fit une brillante carrière sous Tibère, Caligula et Claude. Il exerça le consulat en 34, 43 et 47.
Curam quoque imperii sustinuit,
absente eo expeditione Britannica ; vir innocens et industrius. . . Il assura l’intérim du pouvoir
pendant l’expédition de Claude en Bretagne : c’était un homme honnête et
actif.
Idem miri in adulando genii, prius C.
Caesarem adorare ut deum instituit, cum reversus ex Syria non aliter adire
ausus esset quam capite velato circumvertensque se, deinde procumbens Il possédait aussi un étonnant
talent dans l’adulation : il fut le premier à faire entrer dans l’usage
d’adorer C. César Caligula comme un dieu, lorsqu’à son retour de Syrie il ne se
permit de l’aborder que la tête couverte et à reculons, puis en se prosternant.
Claudium uxoribus libertisque addictum ne qua non arte demereretur, pro maximo numere a Messalina petit, ut sibi pedes praeberet excalciandos ; detractumque socculum dextrum inter togam tunicasque gestavit assidue, nonnumquam osculabundus. Narcissi quoque et Pallantis imagines aureas inter Lares coluit. Huius et illa vox est : Saepe facias, cum Saeculares ludos edenti Claudio gratularetur Quant à Claude qu’on savait sous l’influence de ses femmes et de ses affranchis, ne négligeant aucune astuce pour s’en faire bien voir, il demanda un jour à Messaline comme une grande faveur de lui tendre les pieds et de la déchausser. Il lui déroba sa chaussure droite qu’il porta dès lors en permanence entre sa toge et sa tunique et qu’il embrassait de temps en temps. Il honorait parmi ses Lares les statuettes en or de Narcisse et Pallas. C’est lui encore qui félicita Claude de ce mot célèbre lors de la célébration des Jeux séculaires : Puisses-tu le faire souvent ! Suétone, Vitellius, 2.
Juste avant la chute de Messaline, le pauvre Vitellius se trouve bien embarrassé :
Crebra post haec fama fuit, inter diversas principis voces, cum modo incusaret flagitia uxoris, aliquando ad memoriam coniugii et infantiam liberorum revolveretur, non aliud prolocutum Vitellium quam o facinus ! o scelus ! On a souvent raconté par la suite que le Prince prononçait des paroles contradictoires, tantôt blâmant les débauches de sa femme, tantôt évoquant les souvenirs de son mariage et de la petite-enfance de ses fils et filles, Vitellius ne trouvait rien à dire que « Quelle honte, quel crime ! ». Tacite, Annales, XI, 34.
C’est lui enfin qui fin 48, alors censeur, prononce au sénat le discours qui officialise le projet de mariage de Claude avec Agrippine.
Defunctum senatus publico funere honoravit, item statuam pro rostris cum hac inscriptione : PIETATIS IMMOBILIS ERGA PRINCIPEM. A sa mort, le sénat lui accorda les honneurs de funérailles aux frais de l’état et une statue devant les rostres avec cette inscription : IL FUT D’UNE INEBRANLABLE FIDELITE ENVERS LE PRINCE. Suétone, Vitellius, 3.
Vitellius tenait de son père :
Il commence sa carrière auprès de Tibère vieillissant dans sa retraite de Capri et on l’accuse de jouer un rôle actif dans les jeux sexuels du vieil empereur. Pueritiam primamque adulescentiam Capreis egit inter Tiberiana scorta, et ipse perpetuo spintriae cognomine notatus existimatusque corporis gratia initium et causa incrementorum patri fuisse il passa son enfance et son adolescence à Capri, parmi les prostitués de Tibère ; il en garda toujours le surnom de spintria et l’on pense que grâce à son corps il permit à son père de commencer sa carrière. Suétone, Vitellius, 3. Vitellius avait 11 ans lorsque Tibère se retira en Campanie, 22 ans à sa mort.
Spintria doit représenter une forme dialectale de la région de Naples du mot grec sfÛgthw, équivalent de cinaedus, et formé sur le même radical que sfigt®r, « sphincter anal ». Ce dernier mot se rencontre dans la Musa puerilis de Straton.
A l’avènement de Caligula, lui aussi élevé à Capri, et plus âgé de trois ans seulement que Vitellius, le nouvel empereur Spintrias monstrosarum libidinum aegre ne profundo mergeret exoratus, urbe submovit bannit de Rome, après avoir consenti à contre-cœur à ne pas les engloutir dans les profondeurs, les spintria des débauches monstrueuses (de son prédécesseur). Suétone, Caligula, 16. Vitellius non seulement n’est pas banni, mais flatte le goût de Caligula pour les courses de chars.
Il joue assidûment aux dés avec Claude et c’est lui qui pousse Néron sur la scène pour son premier show.
Devenu gouverneur d’Afrique, il fait preuve d’un comportement irréprochable. Par contre, nommé curator operum publicorum, « ministre des travaux publics », il se livre à divers trafics, se ruine et accepte de Galba le gouvernement de la Basse-Germanie où il part avec la ferme intention profundam gulam eius expleri « de remplir sa large panse » (Suétone).
C’est là qu’il reçoit le surnom de « Germanicus » et qu’il est proclamé Auguste le 1er janvier 69 par les légions de Germanie.
Un mot célèbre illustre bien le personnage :
« Optime olet occisus hostis et melius civis un ennemi tué sent très bon et plus encore s’il s’agit d’un concitoyen ! », déclare-t-il en passant par le champ de bataille de Bédriac à ses compagnons écoeurés par les cadavres en décomposition (Suétone, Vitellius, 10).
Il publie un édit contre les astrologues qu’il accuse de démoraliser l’opinion publique :
intra Kal Oct Vrbe
Italiaque mathematici excedant
statim libellus propositus est
Et Chaldaei edicVnt
BonVm factVm
ne
VitelliVs GermanicVs intra eVndem KalendarVm diem Vsquam sit
Qu’avant les calendes d’octobre les astrologues aient
quitté la Ville et l’Italie.
Aussitôt fut affiché le texte suivant :
Les Chaldéens aussi publient un édit :
Salut à tous !
Que Vitellius Germanicus avant le jour des dites
calendes ne se trouve plus nulle part.
L'armée d'Orient proclame Vespasien empereur en juillet ; Vitellius est assassiné de façon horrible par la populace le 20 décembre.