Noctes Gallicanae

Abrégé

d'Histoire romaine


Le Haut-empire ( 14-192)

 

Les Antonins

 

Nerva

Trajan

Hadrien

Antonin

Marc Aurèle

Commode

 

Sauf exceptions signalées, les textes latins cités sont empruntés à la biographie que l’Histoire Auguste consacre à chaque empereur.

 

Nerva 96-98

M Cocceius Nerva, né en 32. Élu par le Sénat peut-être pour sa sagesse, peut-être parce qu’il était âgé de 64 ans, ce qui laissait le temps de choisir un homme plus jeune, Nerva inaugure l'Empire libéral.

IMP NERVA CAES AVG PM TR P C[OS. . .]

 

 

Il s’adjoint Trajan qu’il adopte, faisant de lui son successeur désigné.

 

Pendant presque un siècle, chaque empereur va choisir, adopter et former son successeur.

 

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Trajan 98-117

 

M Ulpius Traianus, né le 18 septembre 53 à Italica, près de Séville. Gouverneur de Germanie Supérieure lorsqu’il est adopté par Nerva. Excellent administrateur, grand bâtisseur, c'est sous son règne que l'Empire atteint sa plus grande extension.

 

« Successorem suum nullus occidit ».

« Personne ne tue son successeur ».

 

Sur la divinisation de Nerva et des empereurs précédents :

Nerva, [Traiane] Caesar Auguste, tibi terras, te terris reliquit ; eo ipso carus omnibus ac desiderandus, quod prospexerat ne desideraretur.

Quem tu lacrimis primum, ita ut filium decuit, mox templis honestavisti, non imitatus illos qui hoc idem, sed aliä mente, fecerunt. Dicavit caelo Tiberius Augustum, sed ut majestatis crimen induceret ; Claudium Nero, sed ut irrideret ; Vespasianum Titus, Domitianus Titum ; sed ille, ut dei filius, hic, ut frater videretur. Tu sideribus patrem intulisti, non ad metum civium, non in contumeliam numinum, non in honorem tuum, sed quia eum esse deum credis.

Nerva, César Auguste, t’a laissé cette terre, t’a laissé à cette terre, d’autant plus cher à tous et regretté de tous qu’il avait prévu qu’on ne le regretterait pas.

Nerva, tu lui as d’abord rendu hommage par tes larmes, comme devait le faire un bon fils, puis par des temples, sans imiter ceux qui en ont fait autant mais pour des raisons différentes. Auguste ? Tibère l’ a divinisé, mais pour mettre en vigueur le crime de lèse-majesté ; Claude ? Néron voulait se moquer de lui ; Vespasien ? Titus l’a divinisé ; Titus ? Domitien l’a divinisé ; mais le premier voulait être le fils d’un dieu, le second voulait passer pour le frère d’un dieu. Toi, tu as porté ton père entre les astres, non par crainte de tes concitoyens, non pour outrager les divinités, non pour t’honorer toi-même, mais parce que tu crois qu’il était un dieu. (Pline le Jeune, Panégyrique, 10-11).

 

IMP TRAIANO AVG [GER DAC P] M TR P

(denier émis en 108)

 

101-107 Conquêtes au-delà du Danube ; la Dacie est réduite en province romaine ; on élève à Rome la colonne Trajane pour commémorer cette conquête.

 

105 106 Conquête et annexion de l'Arabie Pétrée.

 

114-116 Expédition de Trajan contre les Parthes; conquête et annexion de l'Arménie, de l'Assyrie et de la Mésopotamie.

 

117 Révolte de tous les Juifs d'Orient suivie d'une sévère répression. Trajan meurt en Cilicie.

 

Un distique grec de Trajan.

Lettre à Pline le Jeune sur la politique à adopter envers les Chrétiens :

Conquirendi non sunt. Si deferantur et arguantur, puniendi sunt. Ita tamen ut, qui negaverit se Christianum esse idque re ipsa manifestum fecerit (id est supplicando dis nostris) quamvis suspectus in praeteritum, veniam ex paenitentia impetret. Sine auctore vero propositi libelli in nullo crimine locum habere debent. Nam et pessimi exempli nec nostri saeculi est.

Commentaire du chrétien Tertullien, un siècle plus tard :

O sententiam necessitate confusam ! Negat inquirendos ut innocentes, et mandat puniendos ut nocentes. Parcit et saevit, dissimulat et animadvertit. Quid temetipsum censurä circumvenis ? Si damnas, cur non et inquiris ? si non inquiris, cur non et absolvis ?

 

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Hadrien 117-138

P Aelius Hadrianus, né en 76 à Italica, près de Séville. Adopté par Trajan, il abandonne une grande partie des conquêtes de Trajan (Arménie, Mésopotamie) ; ami des lettres et des arts, il voyage à travers tout son empire et y restaure nombre de monuments ; il clôt l'ère des conquêtes et entoure l'empire d'un limes défensif, le "mur d'Hadrien" en Bretagne).

IMP CAESAR TRAIAN HADRIANVS AVG

 

132-135 Hadrien décide la fondation de la colonie d'Aelia Capitolina sur l'emplacement de Jérusalem ; révolte des Juifs de Judée ; guerre longue et difficile. Le pays, dévasté, s'appelle désormais Syrie Palestine.

 

Peregrinationis ita cupidus, ut omnia, quae legerat de locis orbis terrarum, praesens vellet addiscere. Frigora et tempestates ita patienter tulit, ut numquam caput texerit.

Il avait un tel goût pour les voyages qu’il voulait voir de ses yeux tout ce qu’il avait lu sur les sites du monde entier. Il supportait si facilement le froid et les intempéries qu’il ne se couvrit jamais la tête.

 

Servos a dominis occidi vetuit eosque iussit damnari per iudices, si digni essent.

Il interdit aux maîtres de tuer leurs esclaves et ordonna ces derniers seraient condamnés par un tribunal s’ils le méritaient.

 

Fuit memoriae ingentis, facultatis inmensae ; nam ipse orationes et dictavit et ad omnia respondit.

II avait une mémoire prodigieuse et des capacités infinies ; en effet il dictait lui-même ses discours et répondait sur toutes les questions.

Nomina plurimis sine nomenclatore reddidit, quae semel et congesta simul audiverat, ut nomenclatores saepius errantes emendarit. Dixit et veteranorum nomina, quos aliquando dimiserat. Libros statim lectos et ignotos quidem plurimis memoriter reddidit. Vno tempore scripsit, dictavit, audivit et cum amicis fabulatus est (si potest credi). Omnes publicas rationes ita complexus est, ut domum privatam quivis paterfamilias diligens non satis novit.

Il saluait par leurs noms beaucoup de gens sans avoir recours au nomenclateur, même s'il ne les avait entendu nommer qu'une seule fois et tous ensemble, et corrigeait les fréquentes erreurs des nomenclateurs. Il connaissait aussi les noms des vétérans auxquels il avait autrefois accordé leur congé. A peine avait-il lu des livres, même ceux que presque personne ne connaissait, qu'il était capable d'en restituer le contenu de mémoire. Dans un même temps - si incroyable que cela paraisse - il pouvait écrire, dicter, écouter, converser avec ses amis. Il était au courant de tous les détails du budget, mieux qu'un père de famille, si diligent soit-il, ne connaît les affaires de sa propre maison.

 

Fuit poematum et litterarum studiosissimus. Arithmeticae, geometriae, picturae, psallendi, cantandi peritissimus. In voluptatibus nimius. Nam et de suis dilectis multa versibus composuit. (amatoria carmina scripsit). Idem armorum peritissimus et rei militaris scientissimus, gladiatoria quoque arma tractavit.

Il était passionné par la poésie et la littérature. Extrêmement compétent en arithmétique, géométrie, peinture, cithare et chant. Excessif dans ses plaisirs. Il composa en effet de nombreux vers sur les personnes qu’il chérissait. (Il écrivit des poèmes d’amour). Extrêmement compétent dans le maniement des armes et expert en art militaire, il savait manier aussi les armes des gladiateurs.

 

Bon empereur, actif et talentueux, Hadrien avait pourtant des côtés inquiétants :

Idem severus laetus, comis gravis, lascivus cunctator, tenax liberalis, <simplex> simulator, saevus clemens et semper in omnibus varius.

Sévère et joyeux, amical et froid, spontané et calculateur, avare et généreux, franc et hypocrite, cruel et clément, toujours et dans tous les domaines changeant.

Il nous reste de lui quelques vers en latin et en grec :

Florvs poeta

Hadriano Caesari Avg

Ego nolo Caesar esse,

ambulare per Britannos,

<latitare per Germanos>,

Scythicas pati pruinas.

Le poète Florus

à Hadrien César Auguste

 

Moi, je ne veux pas être César,

me promener chez les Bretons,

disparaître chez les Germains,

supporter les froids de Scythie.

 

Hadrianvs Caesar

Floro poetae

Ego nolo Florus esse,

ambulare per tabernas,

latitare per popinas,

culices pati rotundos.

Hadrien César

au poète Florus

 

Moi je ne veux pas être Florus,

me promener dans les boutiques,

disparaître dans les bistrots,

supporter les moustiques gorgés.

 

Titvlvs eqvi

Borysthenes Alanus

Caesareus veredus

per aequor et paludes

et tumulos Etruscos

volare qui solebat,

Pannonicos nec ullus

apros eum insequentem

dente aper albicanti

ausus fuit nocere

sparsit ab ore caudam

vel extimam saliva

sed integer iuventa

ut solet evenire

inviolatus artus

die sua peremptus

hic situs est in agro

Épitaphe pour son cheval :

Borysthénès l’Alain, impérial cheval de chasse, qui par la plaine, par les marais et par les collines étrusques savait si bien voler… qu’aucun sanglier, quand il chassait les sangliers de Pannonie, de sa dent étincelante de blanc n’osa blesser… de sa bouche il éclaboussait de salive l’extrémité de sa queue. Mais dans la force de sa jeunesse, comme il arrive souvent, en pleine possession de ses moyens, il a atteint son dernier jour. Il repose ici dans la terre.

Texte certainement corrompu : j’ai interverti les vers 12 et 13 pour obtenir un sens plus satisfaisant. Dion Cassius (LXIX) affirme qu’Hadrien a bien fait élever un tombeau et composé une épitaphe pour son cheval Borysthénès, mais il ne précise pas si le texte en était rédigé en grec ou en latin :

t°w d¢ perÜ tŒw y®raw spoud°w aétoè

kaÜ õ Borusy¡nhw õ áppow

Ú m‹lista ±r¡sketo, shmeÝñn ¤sti:

Žpoyanñnti gŒr aétÒ

kaÜ t‹fon kateskeæase

kaÜ st®lhn ¦sthse

kaÜ ¤pigr‹mmata ¤p¡gracen.

 

Hadrianvs moriens

hos versvs fecisse dicitvr :

Animula vagula, blandula,

hospes comesque corporis!

Quae nunc abibis in loca?

Pallidula, rigida, nudula

nec, ut soles, dabis iocos...

Hadrien mourant aurait composé ces vers :

 

Amelette vaguelette doucelette,

hôtesse et compagne de mon corps,

en quels lieux vas-tu partir ?

Toute pâle, toute froide, toute nue,

tu ne vas plus, comme tu sais le faire, lancer de plaisanteries !

 

 

 

 


 

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