Noctes Gallicanae
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Abrégé d'Histoire
romaine |
Sauf
exceptions signalées, les textes latins cités sont empruntés à la biographie
que l’Histoire Auguste consacre à chaque empereur.
M
Cocceius Nerva, né en 32. Élu par
le Sénat peut-être pour sa sagesse, peut-être parce qu’il était âgé de 64 ans,
ce qui laissait le temps de choisir un homme plus jeune, Nerva inaugure
l'Empire libéral.

IMP NERVA CAES AVG PM TR P C[OS. . .]
Il s’adjoint Trajan qu’il
adopte, faisant de lui son successeur désigné.
Pendant presque un siècle,
chaque empereur va choisir, adopter et former son successeur.
M Ulpius Traianus, né
le 18 septembre 53 à Italica, près de Séville. Gouverneur de Germanie
Supérieure lorsqu’il est adopté par Nerva. Excellent administrateur, grand bâtisseur, c'est sous son règne que
l'Empire atteint sa plus grande extension.
« Successorem suum nullus occidit ».
« Personne ne tue son
successeur ».
Sur
la divinisation de Nerva et des empereurs précédents :
Nerva,
[Traiane] Caesar Auguste, tibi terras, te terris reliquit ; eo ipso carus
omnibus ac desiderandus, quod prospexerat ne desideraretur.
Quem tu
lacrimis primum, ita ut filium decuit, mox templis honestavisti, non imitatus
illos qui hoc idem, sed aliä mente, fecerunt. Dicavit caelo Tiberius Augustum,
sed ut majestatis crimen induceret ; Claudium Nero, sed ut
irrideret ; Vespasianum Titus, Domitianus Titum ; sed ille, ut dei
filius, hic, ut frater videretur. Tu sideribus patrem intulisti, non ad metum civium,
non in contumeliam numinum, non in honorem tuum, sed quia eum esse deum credis.
Nerva, César Auguste, t’a laissé cette terre, t’a laissé à cette
terre, d’autant plus cher à tous et regretté de tous qu’il avait prévu qu’on ne
le regretterait pas.
Nerva, tu lui as d’abord rendu hommage par tes larmes, comme
devait le faire un bon fils, puis par des temples, sans imiter ceux qui en ont
fait autant mais pour des raisons différentes. Auguste ? Tibère l’ a
divinisé, mais pour mettre en vigueur le crime de lèse-majesté ;
Claude ? Néron voulait se moquer de lui ; Vespasien ? Titus l’a
divinisé ; Titus ? Domitien l’a divinisé ; mais le premier
voulait être le fils d’un dieu, le second voulait passer pour le frère d’un
dieu. Toi, tu as porté ton père entre les astres, non par crainte de tes
concitoyens, non pour outrager les divinités, non pour t’honorer toi-même, mais
parce que tu crois qu’il était un dieu.
(Pline le Jeune, Panégyrique, 10-11).

IMP TRAIANO AVG [GER DAC P] M TR P
(denier
émis en 108)
101-107
Conquêtes au-delà du Danube ; la Dacie est réduite en province romaine ; on
élève à Rome la colonne Trajane pour commémorer cette conquête.
105
106 Conquête et annexion de l'Arabie Pétrée.
114-116
Expédition de Trajan contre les Parthes; conquête et annexion de l'Arménie, de
l'Assyrie et de la Mésopotamie.
117
Révolte de tous les Juifs d'Orient suivie d'une sévère répression. Trajan meurt
en Cilicie.
Un distique grec de Trajan.
Lettre
à Pline le Jeune sur la politique à adopter envers les Chrétiens :
Conquirendi
non sunt. Si deferantur et arguantur, puniendi sunt. Ita tamen ut, qui
negaverit se Christianum esse idque re ipsa manifestum fecerit (id est
supplicando dis nostris) quamvis suspectus in praeteritum, veniam ex paenitentia
impetret. Sine auctore vero propositi libelli in nullo crimine locum habere debent.
Nam et pessimi exempli nec nostri saeculi est.
Commentaire
du chrétien Tertullien, un siècle plus tard :
O sententiam
necessitate confusam ! Negat inquirendos ut innocentes, et mandat
puniendos ut nocentes. Parcit et saevit, dissimulat et animadvertit. Quid
temetipsum censurä circumvenis ? Si damnas, cur non et inquiris ? si
non inquiris, cur non et absolvis ?
P Aelius Hadrianus, né
en 76 à Italica, près de Séville. Adopté par Trajan, il abandonne une grande
partie des conquêtes de Trajan (Arménie, Mésopotamie) ; ami des lettres et des
arts, il voyage à travers tout son empire et y restaure nombre de monuments ; il clôt l'ère des
conquêtes et entoure l'empire d'un limes défensif, le "mur d'Hadrien" en
Bretagne).

IMP CAESAR TRAIAN HADRIANVS AVG
132-135
Hadrien décide la fondation de la colonie d'Aelia Capitolina sur l'emplacement
de Jérusalem ; révolte des Juifs de Judée ; guerre longue et difficile. Le
pays, dévasté, s'appelle désormais Syrie Palestine.
Peregrinationis ita cupidus, ut omnia, quae legerat de locis
orbis terrarum, praesens vellet addiscere. Frigora et tempestates ita patienter
tulit, ut numquam caput texerit.
Il avait un tel goût pour les
voyages qu’il voulait voir de ses yeux tout ce qu’il avait lu sur les sites du
monde entier. Il supportait si facilement le froid et les intempéries qu’il ne
se couvrit jamais la tête.
Servos a dominis occidi vetuit eosque iussit damnari per iudices,
si digni essent.
Il interdit aux maîtres de tuer
leurs esclaves et ordonna ces derniers seraient condamnés par un tribunal s’ils
le méritaient.
Fuit memoriae ingentis, facultatis inmensae ; nam ipse orationes
et dictavit et ad omnia respondit.
II avait une mémoire prodigieuse
et des capacités infinies ; en effet il dictait lui-même ses discours et
répondait sur toutes les questions.
Nomina plurimis sine nomenclatore reddidit, quae semel et
congesta simul audiverat, ut nomenclatores saepius errantes emendarit. Dixit et
veteranorum nomina, quos aliquando dimiserat. Libros statim lectos et ignotos
quidem plurimis memoriter reddidit. Vno tempore scripsit, dictavit, audivit et
cum amicis fabulatus est (si potest credi). Omnes publicas rationes ita complexus
est, ut domum privatam quivis paterfamilias diligens non satis novit.
Il saluait par leurs noms
beaucoup de gens sans avoir recours au nomenclateur, même s'il ne les avait
entendu nommer qu'une seule fois et tous ensemble, et corrigeait les fréquentes
erreurs des nomenclateurs. Il connaissait aussi les noms des vétérans auxquels
il avait autrefois accordé leur congé. A peine avait-il lu des livres, même
ceux que presque personne ne connaissait, qu'il était capable d'en restituer le
contenu de mémoire. Dans un même temps - si incroyable que cela paraisse - il
pouvait écrire, dicter, écouter, converser avec ses amis. Il était au courant
de tous les détails du budget, mieux qu'un père de famille, si diligent
soit-il, ne connaît les affaires de sa propre maison.
Fuit poematum
et litterarum studiosissimus. Arithmeticae, geometriae, picturae, psallendi,
cantandi peritissimus. In voluptatibus nimius. Nam et de suis dilectis multa
versibus composuit. (amatoria carmina scripsit). Idem armorum peritissimus et rei
militaris scientissimus, gladiatoria quoque arma tractavit.
Il était passionné par la poésie
et la littérature. Extrêmement compétent en arithmétique, géométrie, peinture,
cithare et chant. Excessif dans ses plaisirs. Il composa en effet de nombreux
vers sur les personnes qu’il chérissait. (Il écrivit des poèmes d’amour).
Extrêmement compétent dans le maniement des armes et expert en art militaire,
il savait manier aussi les armes des gladiateurs.
Bon empereur, actif et talentueux, Hadrien avait
pourtant des côtés inquiétants :
Idem severus
laetus, comis gravis, lascivus cunctator, tenax liberalis, <simplex>
simulator, saevus clemens et semper in omnibus varius.
Sévère et joyeux, amical et
froid, spontané et calculateur, avare et généreux, franc et hypocrite, cruel et
clément, toujours et dans tous les domaines changeant.
Il nous reste de lui quelques vers en latin et en grec :
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Florvs poeta Hadriano Caesari Avg Ego nolo Caesar esse, ambulare per Britannos, <latitare per
Germanos>, Scythicas
pati pruinas. |
Le poète Florus à Hadrien César Auguste Moi, je ne veux pas être César, me promener chez les Bretons, disparaître chez les Germains, supporter les froids de Scythie. |
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Hadrianvs Caesar Floro poetae Ego nolo Florus esse, ambulare per tabernas, latitare per popinas, culices pati
rotundos. |
Hadrien César au poète Florus Moi je ne veux pas être Florus, me promener dans les boutiques, disparaître dans les bistrots, supporter les moustiques gorgés. |
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Titvlvs
eqvi Borysthenes Alanus Caesareus veredus per aequor et paludes et tumulos Etruscos volare qui solebat, Pannonicos nec ullus apros eum insequentem dente aper albicanti ausus fuit nocere sparsit ab ore caudam vel extimam saliva sed integer iuventa ut solet evenire inviolatus artus die sua peremptus hic situs
est in agro |
Épitaphe pour son cheval : Borysthénès l’Alain, impérial cheval de chasse, qui par la
plaine, par les marais et par les collines étrusques savait si bien voler… qu’aucun
sanglier, quand il chassait les sangliers de Pannonie, de sa dent étincelante
de blanc n’osa blesser… de sa bouche il éclaboussait de salive l’extrémité de
sa queue. Mais dans la force de sa jeunesse, comme il arrive souvent, en
pleine possession de ses moyens, il a atteint son dernier jour. Il repose ici
dans la terre. t°w d¢
perÜ tw y®raw spoud°w aétoè kaÜ õ
Borusy¡nhw õ áppow Ú mlista
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kateskeæase kaÜ st®lhn
¦sthse kaÜ ¤pigrmmata
¤p¡gracen. |
|
Hadrianvs
moriens hos
versvs fecisse dicitvr : Animula vagula, blandula, hospes comesque corporis! Quae nunc abibis in loca? Pallidula, rigida, nudula nec, ut
soles, dabis iocos... |
Hadrien mourant aurait composé ces vers : Amelette vaguelette doucelette, hôtesse et compagne de mon corps, en quels lieux vas-tu partir ? Toute pâle, toute froide, toute nue, tu ne vas plus, comme tu sais le faire, lancer de
plaisanteries ! |