Noctes Gallicanae
|
Abrégé d'Histoire
romaine |
Sauf exceptions signalées, les textes latins cités sont empruntés
à la biographie que l’Histoire Auguste consacre à chaque empereur.

ANTONINVS AVG PIVS PP TR P COS
III
T Aurelius Fulvus Boionus Arrius Antoninus, né le 19 septembre 86. Gaulois d’origine (sa
famille est originaire de Nîmes), il est adopté par Hadrien qui lui demande
d’adopter Marc Aurèle. Empereur équilibré et bon, son règne calme et heureux
marque l'apogée de l'empire dans la prospérité et dans la « Pax Romana » ;
quelques guerres aux frontières, mais sans importance.
A sa femme Faustine qui se réjouissait de son accession à l’Empire et lui reprochait de faire des cadeaux trop modestes, il aurait dit : Stulta ! posteaquam ad imperium transivimus, et illud, quod habuimus ante, perdidimus. « Tu es stupide : depuis nous avons accédé à l’empire, nous avons perdu même ce que nous possédions auparavant ! ».
Fuit vir formä
conspicuus, ingenio clarus, moribus clemens, nobilis, vultu placidus, ingenio
singulari, eloquentiä nitidä, litteraturä praecipuä, sobrius, diligens agri
cultor, mitis, largus, alieni abstinens, et omnia haec cum mensurä et sine
jactantiä, in cunctis postremo laudabilis et qui merito Numae Pompilio ex
bonorum sententia comparatur.
Il était d'une beauté
remarquable, doué de talents évidents, d'un caractère amène, de comportement
noble, avec une physionomie sereine, avait une rare intelligence, une éloquence
brillante, une culture hors du commun ; il était sobre, très attaché à la mise
en valeur de ses terres, doux, généreux, respectueux du bien d'autrui,
pratiquant toutes ces vertus avec mesure et sans ostentation ; bref, il
était à tous égards digne d'éloges et les gens de bien le comparaient à juste
titre à Numa Pompilius.
Pivs cognominatus est a senatu, vel quod soceri jam aetate
fessi manu (praesente senatu) levaret (quod quidem non satis magnae pietatis
est argumentum, cum impius sit magis qui ista non faciat quam pius qui debitum
reddat) ; vel quod eos quos Hadrianus per malam valetudinem occidi
jusserat, reservavit ; vel quod Hadriano contra omnium studia post mortem
infinitos atque immensos honores decrevit ; uel quod, cum se Hadrianus
interimere uellet, ingenti custodia et diligentia fecit, ne id posset
admittere, vel quod vere naturä clementissimus nihil temporibus suis asperum
fecit.
Il reçut du Sénat le surnom de
Pieux, soit parce qu'il avait prêté, en présence du Sénat, une main secourable
à son beau-père affaibli par l'âge - ce qui, en vérité, n'est pas une preuve de
grande piété, car on appellerait impie celui qui n'agirait pas de, cette
manière plutôt que pieux celui qui ne ferait ainsi que son devoir -, soit parce
qu'il avait épargné des gens dont Hadrien, pendant sa maladie, avait ordonné le
meurtre, soit parce qu'après la mort d'Hadrien il lui avait, contre les voeux
de tous, décrété des honneurs innombrables et considérables, soit parce que,
lorsque Hadrien avait voulu se suicider, il avait réussi par une vigilance et
une diligence extrêmes à l'en empêcher, soit encore parce que sa grande
clémence naturelle l'avait détourné au cours de son règne de tout acte cruel.
Son surnom de Pius lui aurait été décerné par le Sénat parce qu'
au début de son règne, alors qu'on lui demandait de signer des condamnations, il
ne condamna personne, en disant : "Il ne faut pas que j'inaugure mon règne
par de telles actions".
(Dion Cassius, LXX)
Frugi fuit
sine contumaciä,
verecundus
sine ignaviä,
sine tristitiä
gravis.
Honnête homme sans orgueil,
réservé sans mollesse,
et, sans être ennuyeux, sérieux.

M ANTONINVS AVG TR P XXV
M Aelius Aurelius Verus,
né le 26 avril 121. Petit-fils de M Annius Verus, beau-frère d’Hadrien, il suit
les leçons d’Hérode Atticus et de Fronton.
En
133, il se convertit au stoïcisme :
Duodecimum
annum ingressus habitum philosophi sumpsit et deinceps tolerantiam, cum
studeret in pallio et humi cubaret, vix autem matre agente instrato pellibus
lectulo accubaret.
L’année de ses douze ans, il revêtit l’habit puis l’austérité du
philosophe et, comme il étudiait en manteau grec et dormait par terre, sa mère
n’obtint qu’à grand peine qu’il couche sur un lit recouvert de fourrures.
Gendre
d'Antonin, adopté par celui-ci, il associe à son pouvoir son frère adoptif
Lucius Verus, chargé de la guerre d'Orient (durant laquelle il meurt en 169).
Véritable philosophe, il compose en grec des Pensées pour moi-même, où
il exprime un idéal exigeant et généreux qu’il s’efforce d’appliquer à son
gouvernement :
Sententia
Platonis semper in ore illius fuit : florere civitates, si aut philosophi
imperarent aut imperantes philosopharentur.
Il avait cette maxime de Platon
selon laquelle les cités sont florissantes soit si elles sont dirigées par des
philosophes, soit si leurs dirigeants pratiquent la philosophie.
Mais
le peuple a du mal à comprendre un empereur aussi intellectuel :
Fuit autem
consuetudo Marco ut in circensium spectaculo legeret audiretque ac suscriberet.
Ex quo quidem saepe iocis popularibus dicitur lacessitus.
Mais Marcus avait l’habitude,
pendant les jeux du cirque, de lire, de donner des audiences et de signer des
documents. Ce qui lui valut souvent, dit-on, de provoquer les sarcasmes
populaires.
Aucun
empereur n’a respecté le sénat plus que lui :
Numquam
recessit de curiä nisi consul dixisset : « Nihil vos
moramur, P. c. »
Il ne quitta jamais la salle de réunion du sénat avant que le
consul n’ait levé la séance en disant : « Nous ne vous retenons plus,
pères conscrits ! ».
Malheureusement,
il passe la majeure partie de son règne à lutter contre les invasions et la
peste qui ravage l'Empire.
161-166
Guerre heureuse contre les Parthes.
166-180
Invasion des Germains qui pénètrent en Italie jusqu'à Aquilée ; Marc Aurèle libère
l'Italie et participe à toutes les guerres qui surviennent, en Germanie et en
Pannonie.
On
lui reproche d’avoir associé à l'Empire son fils Commode, une brute incapable,
à partir de 175.
180
Il meurt de la peste à Vindobona (Vienne).
Misera
conditio imperatorum, quibus de affectata tyrannide nisi occisis non potest
credi !
Triste condition que celle des empereurs : on ne peut les
croire dans leur crainte des coups d’état que qu’après leur assassinat !
Cette
phrase de Domitien reprise peut-être par Hadrien, Marc Aurèle a pu la méditer
en 175. Avidius Cassius, consul suffect en 166, gouverneur de Syrie, brillant
général, se prenait semble-t-il un peu pour le Cassius qui voulait libérer Rome
de la « tyrannie » de César (Jules).
D’une
cruauté singulière, il ne manquait pas de courage : devant une mutinerie,
processit
nudus campestri solo tectus et ait : « Percutite, inquit, Me, si audetis et corruptae disciplinae
facinus addite. » il s’avança vêtu seulement d’un caleçon d’uniforme
et dit : « Frappez-moi, si vous l’osez et ajoutez un crime à votre
manque de discipline ! »
En
175, profitant d’une maladie de Marc Aurèle, il se proclame empereur, poussé
par l’impératrice Faustine qui avait peur de perdre sa situation si elle
perdait son mari.
Entre
temps Marc Aurèle se rétablit, le sénat déclare Avidius Cassius ennemi public
et Faustine insiste auprès de son trop clément pour qu’on coupe la tête de l’usurpateur.
Ce qui fut fait.
Qui si
optinuisset imperium, fuisset non modo clemens sed bonus, sed utilis et optimus
imperator.
S’il avait obtenu le pouvoir, il aurait été non seulement clément
mais honnête, efficace et excellent empereur.
Commodus a prima statim pueritia
turpis, improbus, crudelis, libidinosus fuit.
Dès sa plus tendre enfance,
Commode fut dépravé, pervers, cruel,
débauché.

L
Aelius Aurelius Commodus. Fils de
Marc-Aurèle, paresseux et cruel, il achète la paix aux Barbares et laisse le
pouvoir aux mains de favoris.
Le fils de Marc Aurèle ?
Aiunt quidam, quod et verisimile videtur, Commodum Antoninum,
successorem illius ac filium, non esse de eo natum sed de adulterio, ac talem
fabellam vulgari sermone contexunt. Faustinam
quondam, Pii filiam, Marci uxorem, cum gladiatores transire vidisset, unius ex
his amore succensam, cum longa aegritudine laboraret, viro de amore confessam. Quod cum ad Chaldaeos Marcus
rettulisset, illorum fuisse consilium, ut occiso gladiatore sanguine illius
sese Faustina sublavaret atque ita cum viro concumberet. Quod cum esset factum, solutum quidem amorem, natum vero
Commodum gladiatorem esse, non principem, qui mille prope pugnas publice populo
inspectante gladiatorias imperator exhibuit, ut in vita eius docebitur. Quod quidem verisimile ex eo habetur,
quod tam sancti principis filius his moribus fuit, quibus nullus lanista,
nullus scaenicus, nullus arenarius, nullus postremo ex omnium decorum ac
scelerum conluvione concretus. Multi
autem ferunt Commodum omnino ex adultero natum, si quidem Faustinam satis
constet apud Caietam condiciones sibi et nauticas et gladiatorias elegisse. De qua cum diceretur Antonino Marco,
ut eam repudiaret, si non occideret, dixisse fertur : « Si uxorem dimittimus, reddamus et dotem. » Dos autem quid habebatur imperium, quod ille ab socero
volente Hadriano adoptatus acceperat ?
Certains prétendent, ce qui
parait très vraisemblable, que Commode Antonin, son successeur et fils, n'était
pas de son sang mais était un enfant adultérin, en s'appuyant sur cette petite
histoire qui courait parmi le peuple : la fille de Pius, Faustine, épouse de
Marc, voyant un jour défiler des gladiateurs, se prit de passion pour l'un
d'eux ; elle en conçut un long tourment et se décida à avouer son amour à son
mari. Marc consulta des astrologues qui furent d'avis qu'il fallait tuer le
gladiateur, après quoi Faustine prendrait un bain de siège dans son sang et en
cet état coucherait avec son mari. Ainsi fut fait ; la passion de Faustine
s'évanouit, mais elle mit au monde Commode, qui fut moins un empereur qu'un
gladiateur, puisqu'au cours de son règne il prit part sous les yeux du peuple à
près de mille combats publics de gladiateurs, comme on le rappellera dans la
Vie qui lui sera consacrée. Ce qui rend l'anecdote plausible, c'est que le fils
d'un prince si vertueux ait eu un comportement pire que celui d'un laniste,
d'un histrion, d'un combattant du cirque, pire en un mot que celui d'un homme
pétri d'un ramassis de toutes les ignominies et de tous les crimes. Mais
beaucoup affirment que Commode fut vraiment un enfant adultérin, car il est
patent qu'à Gaète Faustine rechercha la fréquentation des marins et des
gladiateurs. Comme on conseillait à Antonin Marc de la répudier, à défaut de la
mettre à mort, il aurait répondu : « Si nous renvoyons l'épouse, il
faut rendre aussi la dot. » Cette dot, qu'était-elle d'autre que l'Empire,
qu'il avait reçu de son beau-père quand celui-ci l'avait adopté selon la
volonté d'Hadrien ?
« Le complexe d’Hercule »
ou « un gladiateur au pouvoir » :
Appellatus est « Romanus Hercules », quod feras Lanuvium in amphitheatro occidisset : erat
etiam haec illi consuetudo ut domi bestias interficeret.
Il fut également appelé Hercule
Romain pour avoir tué des bêtes sauvages dans l'amphithéâtre à Lanuvium.
C'était en effet son habitude de massacrer des animaux dans ses domaines.
Refertur enim illum pugnavisse sub patre trecenties sexagies
quinquies, item postea tantum palmarum gladiatoriarum confecisse, vel victis
retiariis vel occisis, ut mille contingeret. Ferarum autem diversarum manu sua
occidit, ita ut elephantos occideret multa milia. Virium ad conficiendas feras
tantarum fuit ut elephantum conto transigeret et singulis ictibus multa milia
ferarum ingentium conficeret. Et haec fecit spectante saepe populo
Romano !
Une lettre nous précise par
ailleurs que sous le règne de son père il combattit trois cent soixante-cinq
fois dans l'arène et qu'ensuite il obtint, par la défaite ou la mort de
rétiaires, tant de victoires dans les combats de gladiateurs qu'il atteignit
les mille. Il tua également de sa main plusieurs milliers d'animaux sauvages de
races variées, même des éléphants. Quand il s'agissait de tuer des bêtes
sauvages, sa force lui permettait de transpercer un éléphant avec un épieu,
traverser avec une lance une corne de gazelle et abattre d'un seul coup
d'énormes bêtes par milliers. Et tout cela se passait souvent sous les yeux du
peuple romain.
Accepit statuas in Herculis habitu, eique immolatum est ut deo.
Il se fit ériger des statues en
costume d’Hercule, et on lui fit des sacrifices comme au dieu.
L’une de ces statues portait une dédicace à
« Lucius Commodus Hercule », et un plaisantin aurait ajouté à
l’inscription l’épigramme suivante :
O toè Diòw paÝw kallÛnikow Hrakl°w
oék eÞmÜ Loækiow ll' nagkzousÛ me
Moi, le fils de Zeus, le
toujours victorieux Héraclès,
Je ne suis pas Lucius, mais ils
me forcent à l’être ! (Anthologie, XI, 262)
Clava non
solum leones, in veste muliebri et pelle leonina, sed etiam homines multos
adflixit. Debiles quondam pedibus et eos qui ambulare non poterant in Gigantum
modum formavit, pannis et linteis tectos ut dracones viderentur, et eos
sagittis et clava confecit.
Vêtu en femme et couvert d'une
peau de lion, il frappait à coups de massue non seulement des lions, mais même
beaucoup d'hommes. Il déguisait en géants des estropiés et des paralysés des
membres inférieurs, les recouvrant des genoux aux pieds de guenilles et de
bandes de tissu pour les faire ressembler à des dragons, puis les tuait à coups
de flèches.
La « Colonie
Commodienne »
Fuit praeterea eä dementiä ut urbem Romam coloniam
Commodianam vocari voluerit.
En outre, il poussa la folie au
point vouloir que la ville de Rome soit nommée « Colonie
Commodienne ».
Non solum senatus hoc libenter accepit per inrisionem (quantum
intellegitur!) sed etiam se ipsum senatum Commodianum vocavit, Commodum
Herculem et deum appellans.
Lorsqu'il proposa au Sénat d'appeler
Rome « commodienne », non seulement le Sénat l'accepta volontiers - pour se
moquer de lui, cela s'entend - mais il se donna à lui-même le surnom de
Commodien, conférant à Commode celui d'Hercule et de dieu.
Le
récit de l'Histoire Auguste est confirmé par le témoignage de Dion Cassius qui
était sénateur sous le règne de Commode :
Kommodian¯n goèn t®n te RÅmhn aét¯n kaÜ t stratñpeda
Kommodian: t®n te ²m¡ran ¤n à taèta ¤chfÛzeto
Kommodian kaleÝsyai pros¡tajen « Il ordonna que Rome fût
renommée Commodiana, les légions commodiennes, et le jour où ces mesures furent
votées commodien » (Dion
Cassius, LXXII, 15).
Ses
cruautés et ses folies provoquent plusieurs complots ; il est assassiné dans la
nuit du 31 décembre 192.
Voir
sa titulature, chasses dans l’amphithéâtre, gladiateur, sa filiation.