Noctes Gallicanae

Abrégé

d'Histoire romaine


Le Haut-empire ( 14-192)

 

Sauf exceptions signalées, les textes latins cités sont empruntés à la biographie que l’Histoire Auguste consacre à chaque empereur.

 

Les Antonins

 

Nerva

Trajan

Hadrien

Antonin

Marc Aurèle

Commode

 

Antonin le Pieux 138-161

A senatu divus est appellatus

cunctis certatim adnitentibus,

cum omnes eius pietatem, clementiam, ingenium, sanctimoniam laudarent.

Il fut proclamé divin par le sénat,

tous les sénateurs ayant rivalisé pour faire approuver cette décision,

car tous rendaient hommage à sa piété, sa clémence, son intelligence et sa grandeur d’âme.

 

ANTONINVS AVG PIVS PP TR P COS III

T Aurelius Fulvus Boionus Arrius Antoninus, né le 19 septembre 86. Gaulois d’origine (sa famille est originaire de Nîmes), il est adopté par Hadrien qui lui demande d’adopter Marc Aurèle. Empereur équilibré et bon, son règne calme et heureux marque l'apogée de l'empire dans la prospérité et dans la « Pax Romana » ; quelques guerres aux frontières, mais sans importance.

 

A sa femme Faustine qui se réjouissait de son accession à l’Empire et lui reprochait de faire des cadeaux trop modestes, il aurait dit : Stulta ! posteaquam ad imperium transivimus, et illud, quod habuimus ante, perdidimus. « Tu es stupide : depuis nous avons accédé à l’empire, nous avons perdu même ce que nous possédions auparavant ! ».

 

 

Fuit vir formä conspicuus, ingenio clarus, moribus clemens, nobilis, vultu placidus, ingenio singulari, eloquentiä nitidä, litteraturä praecipuä, sobrius, diligens agri cultor, mitis, largus, alieni abstinens, et omnia haec cum mensurä et sine jactantiä, in cunctis postremo laudabilis et qui merito Numae Pompilio ex bonorum sententia comparatur.

Il était d'une beauté remarquable, doué de talents évidents, d'un caractère amène, de comportement noble, avec une physionomie sereine, avait une rare intelligence, une éloquence brillante, une culture hors du commun ; il était sobre, très attaché à la mise en valeur de ses terres, doux, généreux, respectueux du bien d'autrui, pratiquant toutes ces vertus avec mesure et sans ostentation ; bref, il était à tous égards digne d'éloges et les gens de bien le comparaient à juste titre à Numa Pompilius.

 

Pivs cognominatus est a senatu, vel quod soceri jam aetate fessi manu (praesente senatu) levaret (quod quidem non satis magnae pietatis est argumentum, cum impius sit magis qui ista non faciat quam pius qui debitum reddat) ; vel quod eos quos Hadrianus per malam valetudinem occidi jusserat, reservavit ; vel quod Hadriano contra omnium studia post mortem infinitos atque immensos honores decrevit ; uel quod, cum se Hadrianus interimere uellet, ingenti custodia et diligentia fecit, ne id posset admittere, vel quod vere naturä clementissimus nihil temporibus suis asperum fecit.

Il reçut du Sénat le surnom de Pieux, soit parce qu'il avait prêté, en présence du Sénat, une main secourable à son beau-père affaibli par l'âge - ce qui, en vérité, n'est pas une preuve de grande piété, car on appellerait impie celui qui n'agirait pas de, cette manière plutôt que pieux celui qui ne ferait ainsi que son devoir -, soit parce qu'il avait épargné des gens dont Hadrien, pendant sa maladie, avait ordonné le meurtre, soit parce qu'après la mort d'Hadrien il lui avait, contre les voeux de tous, décrété des honneurs innombrables et considérables, soit parce que, lorsque Hadrien avait voulu se suicider, il avait réussi par une vigilance et une diligence extrêmes à l'en empêcher, soit encore parce que sa grande clémence naturelle l'avait détourné au cours de son règne de tout acte cruel.

 

Son surnom de Pius lui aurait été décerné par le Sénat parce qu' au début de son règne, alors qu'on lui demandait de signer des condamnations, il ne condamna personne, en disant : "Il ne faut pas que j'inaugure mon règne par de telles actions". (Dion Cassius, LXX)

 

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Marc-Aurèle 161-180

 

Frugi fuit sine contumaciä,

verecundus sine ignaviä,

sine tristitiä gravis.

Honnête homme sans orgueil,

réservé sans mollesse,

et, sans être ennuyeux, sérieux.

M ANTONINVS AVG TR P XXV

 

M Aelius Aurelius Verus, né le 26 avril 121. Petit-fils de M Annius Verus, beau-frère d’Hadrien, il suit les leçons d’Hérode Atticus et de Fronton.

 

En 133, il se convertit au stoïcisme :

Duodecimum annum ingressus habitum philosophi sumpsit et deinceps tolerantiam, cum studeret in pallio et humi cubaret, vix autem matre agente instrato pellibus lectulo accubaret.

L’année de ses douze ans, il revêtit l’habit puis l’austérité du philosophe et, comme il étudiait en manteau grec et dormait par terre, sa mère n’obtint qu’à grand peine qu’il couche sur un lit recouvert de fourrures.

 

Gendre d'Antonin, adopté par celui-ci, il associe à son pouvoir son frère adoptif Lucius Verus, chargé de la guerre d'Orient (durant laquelle il meurt en 169). Véritable philosophe, il compose en grec des Pensées pour moi-même, où il exprime un idéal exigeant et généreux qu’il s’efforce d’appliquer à son gouvernement :

Sententia Platonis semper in ore illius fuit : florere civitates, si aut philosophi imperarent aut imperantes philosopharentur.

Il avait cette maxime de Platon selon laquelle les cités sont florissantes soit si elles sont dirigées par des philosophes, soit si leurs dirigeants pratiquent la philosophie.

 

Mais le peuple a du mal à comprendre un empereur aussi intellectuel :

Fuit autem consuetudo Marco ut in circensium spectaculo legeret audiretque ac suscriberet. Ex quo quidem saepe iocis popularibus dicitur lacessitus.

Mais Marcus avait l’habitude, pendant les jeux du cirque, de lire, de donner des audiences et de signer des documents. Ce qui lui valut souvent, dit-on, de provoquer les sarcasmes populaires.

 

Aucun empereur n’a respecté le sénat plus que lui :

Numquam recessit de curiä nisi consul dixisset : « Nihil vos moramur, P. c. »

Il ne quitta jamais la salle de réunion du sénat avant que le consul n’ait levé la séance en disant : « Nous ne vous retenons plus, pères conscrits ! ».

 

Malheureusement, il passe la majeure partie de son règne à lutter contre les invasions et la peste qui ravage l'Empire.

161-166 Guerre heureuse contre les Parthes.

166-180 Invasion des Germains qui pénètrent en Italie jusqu'à Aquilée ; Marc Aurèle libère l'Italie et participe à toutes les guerres qui surviennent, en Germanie et en Pannonie.

 

On lui reproche d’avoir associé à l'Empire son fils Commode, une brute incapable, à partir de 175.

180 Il meurt de la peste à Vindobona (Vienne).

 

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Avidius Cassius 175

 

Misera conditio imperatorum, quibus de affectata tyrannide nisi occisis non potest credi !

Triste condition que celle des empereurs : on ne peut les croire dans leur crainte des coups d’état que qu’après leur assassinat !

Cette phrase de Domitien reprise peut-être par Hadrien, Marc Aurèle a pu la méditer en 175. Avidius Cassius, consul suffect en 166, gouverneur de Syrie, brillant général, se prenait semble-t-il un peu pour le Cassius qui voulait libérer Rome de la « tyrannie » de César (Jules).

 

D’une cruauté singulière, il ne manquait pas de courage : devant une mutinerie,

processit nudus campestri solo tectus et ait : « Percutite, inquit, Me, si audetis et corruptae disciplinae facinus addite. » il s’avança vêtu seulement d’un caleçon d’uniforme et dit : « Frappez-moi, si vous l’osez et ajoutez un crime à votre manque de discipline ! »

 

En 175, profitant d’une maladie de Marc Aurèle, il se proclame empereur, poussé par l’impératrice Faustine qui avait peur de perdre sa situation si elle perdait son mari.

 

Entre temps Marc Aurèle se rétablit, le sénat déclare Avidius Cassius ennemi public et Faustine insiste auprès de son trop clément pour qu’on coupe la tête de l’usurpateur. Ce qui fut fait.

 

Qui si optinuisset imperium, fuisset non modo clemens sed bonus, sed utilis et optimus imperator.

S’il avait obtenu le pouvoir, il aurait été non seulement clément mais honnête, efficace et excellent empereur.

 

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Commode 180-192

Commodus a prima statim pueritia

turpis, improbus, crudelis, libidinosus fuit.

Dès sa plus tendre enfance,

Commode fut dépravé, pervers, cruel, débauché.

 

L Aelius Aurelius Commodus. Fils de Marc-Aurèle, paresseux et cruel, il achète la paix aux Barbares et laisse le pouvoir aux mains de favoris.

 

Le fils de Marc Aurèle ?

Aiunt quidam, quod et verisimile videtur, Commodum Antoninum, successorem illius ac filium, non esse de eo natum sed de adulterio, ac talem fabellam vulgari sermone contexunt. Faustinam quondam, Pii filiam, Marci uxorem, cum gladiatores transire vidisset, unius ex his amore succensam, cum longa aegritudine laboraret, viro de amore confessam. Quod cum ad Chaldaeos Marcus rettulisset, illorum fuisse consilium, ut occiso gladiatore sanguine illius sese Faustina sublavaret atque ita cum viro concumberet. Quod cum esset factum, solutum quidem amorem, natum vero Commodum gladiatorem esse, non principem, qui mille prope pugnas publice populo inspectante gladiatorias imperator exhibuit, ut in vita eius docebitur. Quod quidem verisimile ex eo habetur, quod tam sancti principis filius his moribus fuit, quibus nullus lanista, nullus scaenicus, nullus arenarius, nullus postremo ex omnium decorum ac scelerum conluvione concretus. Multi autem ferunt Commodum omnino ex adultero natum, si quidem Faustinam satis constet apud Caietam condiciones sibi et nauticas et gladiatorias elegisse. De qua cum diceretur Antonino Marco, ut eam repudiaret, si non occideret, dixisse fertur  : « Si uxorem dimittimus, reddamus et dotem. » Dos autem quid habebatur imperium, quod ille ab socero volente Hadriano adoptatus acceperat ?

Certains prétendent, ce qui parait très vraisemblable, que Commode Antonin, son successeur et fils, n'était pas de son sang mais était un enfant adultérin, en s'appuyant sur cette petite histoire qui courait parmi le peuple : la fille de Pius, Faustine, épouse de Marc, voyant un jour défiler des gladiateurs, se prit de passion pour l'un d'eux ; elle en conçut un long tourment et se décida à avouer son amour à son mari. Marc consulta des astrologues qui furent d'avis qu'il fallait tuer le gladiateur, après quoi Faustine prendrait un bain de siège dans son sang et en cet état coucherait avec son mari. Ainsi fut fait ; la passion de Faustine s'évanouit, mais elle mit au monde Commode, qui fut moins un empereur qu'un gladiateur, puisqu'au cours de son règne il prit part sous les yeux du peuple à près de mille combats publics de gladiateurs, comme on le rappellera dans la Vie qui lui sera consacrée. Ce qui rend l'anecdote plausible, c'est que le fils d'un prince si vertueux ait eu un comportement pire que celui d'un laniste, d'un histrion, d'un combattant du cirque, pire en un mot que celui d'un homme pétri d'un ramassis de toutes les ignominies et de tous les crimes. Mais beaucoup affirment que Commode fut vraiment un enfant adultérin, car il est patent qu'à Gaète Faustine rechercha la fréquentation des marins et des gladiateurs. Comme on conseillait à Antonin Marc de la répudier, à défaut de la mettre à mort, il aurait répondu : « Si nous renvoyons l'épouse, il faut rendre aussi la dot. » Cette dot, qu'était-elle d'autre que l'Empire, qu'il avait reçu de son beau-père quand celui-ci l'avait adopté selon la volonté d'Hadrien ?

 

« Le complexe d’Hercule » ou « un gladiateur au pouvoir » :

Appellatus est « Romanus Hercules », quod feras Lanuvium in amphitheatro occidisset : erat etiam haec illi consuetudo ut domi bestias interficeret.

Il fut également appelé Hercule Romain pour avoir tué des bêtes sauvages dans l'amphithéâtre à Lanuvium. C'était en effet son habitude de massacrer des animaux dans ses domaines.

Refertur enim illum pugnavisse sub patre trecenties sexagies quinquies, item postea tantum palmarum gladiatoriarum confecisse, vel victis retiariis vel occisis, ut mille contingeret. Ferarum autem diversarum manu sua occidit, ita ut elephantos occideret multa milia. Virium ad conficiendas feras tantarum fuit ut elephantum conto transigeret et singulis ictibus multa milia ferarum ingentium conficeret. Et haec fecit spectante saepe populo Romano !

Une lettre nous précise par ailleurs que sous le règne de son père il combattit trois cent soixante-cinq fois dans l'arène et qu'ensuite il obtint, par la défaite ou la mort de rétiaires, tant de victoires dans les combats de gladiateurs qu'il atteignit les mille. Il tua également de sa main plusieurs milliers d'animaux sauvages de races variées, même des éléphants. Quand il s'agissait de tuer des bêtes sauvages, sa force lui permettait de transpercer un éléphant avec un épieu, traverser avec une lance une corne de gazelle et abattre d'un seul coup d'énormes bêtes par milliers. Et tout cela se passait souvent sous les yeux du peuple romain.

 

Accepit statuas in Herculis habitu, eique immolatum est ut deo.

Il se fit ériger des statues en costume d’Hercule, et on lui fit des sacrifices comme au dieu.

 

L’une de ces statues portait une dédicace à « Lucius Commodus Hercule », et un plaisantin aurait ajouté à l’inscription l’épigramme suivante :

 

„O toè Diòw paÝw kallÛnikow „Hrakl°w

oék eÞmÜ Loækiow Žll' Žnagk‹zousÛ me

Moi, le fils de Zeus, le toujours victorieux Héraclès,

Je ne suis pas Lucius, mais ils me forcent à l’être ! (Anthologie, XI, 262)

 

Clava non solum leones, in veste muliebri et pelle leonina, sed etiam homines multos adflixit. Debiles quondam pedibus et eos qui ambulare non poterant in Gigantum modum formavit, pannis et linteis tectos ut dracones viderentur, et eos sagittis et clava confecit.

Vêtu en femme et couvert d'une peau de lion, il frappait à coups de massue non seulement des lions, mais même beaucoup d'hommes. Il déguisait en géants des estropiés et des paralysés des membres inférieurs, les recouvrant des genoux aux pieds de guenilles et de bandes de tissu pour les faire ressembler à des dragons, puis les tuait à coups de flèches.

 

La « Colonie Commodienne »

Fuit praeterea eä dementiä ut urbem Romam coloniam Commodianam vocari voluerit.

En outre, il poussa la folie au point vouloir que la ville de Rome soit nommée « Colonie Commodienne ».

Non solum senatus hoc libenter accepit per inrisionem (quantum intellegitur!) sed etiam se ipsum senatum Commodianum vocavit, Commodum Herculem et deum appellans.

Lorsqu'il proposa au Sénat d'appeler Rome « commodienne », non seulement le Sénat l'accepta volontiers - pour se moquer de lui, cela s'entend - mais il se donna à lui-même le surnom de Commodien, conférant à Commode celui d'Hercule et de dieu.

 

Le récit de l'Histoire Auguste est confirmé par le témoignage de Dion Cassius qui était sénateur sous le règne de Commode :

Kommodian¯n goèn t®n te „RÅmhn aét¯n kaÜ tŒ stratñpeda Kommodian‹: t®n te ²m¡ran ¤n à taèta ¤chfÛzeto

KommodianŒ kaleÝsyai pros¡tajen « Il ordonna que Rome fût renommée Commodiana, les légions commodiennes, et le jour où ces mesures furent votées commodien » (Dion Cassius, LXXII, 15).

 

Ses cruautés et ses folies provoquent plusieurs complots ; il est assassiné dans la nuit du 31 décembre 192.

 

 

Voir sa titulature, chasses dans l’amphithéâtre, gladiateur, sa filiation.

 

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