Noctes
Gallicanae
|
Abrégé d'Histoire
romaine |
Les grands noms du Bas-Empire
Pertinax 193
Primus sane omnium ea die, qua Augustus
est appellatus, etiam patris patriae nomen recepit
Il fut le premier à recevoir aussi, le jour même où il fut
proclamé Auguste, le titre de Père de la Patrie.
« Satius est, p.c., inopem rem p.
optinere quam ad divitiarum cumulum per discriminum atque dedecorum vestigia
pervenire. »
« Il est préférable, pères conscrits, de gouverner un état
pauvre que de parvenir en suivant une route dangereuse et déshonorante au faîte
des richesses ».
Il
tente quelques réformes, mais est assassiné au bout de trois mois.
L'Empire
est alors mis aux enchères par les prétoriens qui l’ont tué.
PertÛnaj d¢ ·n m¢n
tÇn kalÇn kgayÇn
Pertinax faisait partie des hommes de haute valeur morale. (Dion Cassius, LXXIV)
Natus autem kal. Augustis Vero et Bibulo conss.
Interfectus est V kal. Apr. Falcone et Claro conss. Vixit annis LX[VI] mensibus
VII diebus XXVI. Imperavit mensibus II diebus XXV.
Il est naquit le jour des calendes d’août sous le consulat de
Verus et Bibulus (1er août 126). Il fut tué le 5ème jour
des calendes d’avril sous le consulat de Falco et de Clarus (26 mars 193). Il
vécut 6[6] ans, 7 mis et 26 jours. Il régna 2 mois et 25 jours.
Didius Julianus 193
Alors eut lieu le business le plus honteux et le plus indigne de
Rome : comme si on s’était trouvé sur un marché ou dans une salle des
ventes, la cité elle-même et son empire furent mis aux enchères. Les vendeurs
étaient ceux-là même qui avaient tué leur empereur, les acheteurs étaient
Sulpicianus et Julianus qui surenchérissaient l’un sur l’autre, le premier dans
le camp des prétoriens, l’autre à l’extérieur. Il en arrivèrent rapidement à
promettre cinq mille drachmes (20000 HS, soit plus de 20000 €) à chaque homme. Des soldats étaient chargés de faire la navette
et de dire à Julianus : « Sulpicianus donne tant, qu’est-ce que tu
ajoutes ? », ils allaient alors trouver Sulpicianus :
« Julianus promet tant, de combien surenchéris-tu ? ».
Sulpicianus l’aurait emporté (il se trouvait dans le camp, il était préfet de
la Ville, il avait annoncé le premier le chiffre de vingt mille) si Julianus
n’était monté, non plus progressivement mais d’un seul coup, à vingt-cinq mille
drachmes, en le criant très fort et en montrant la somme sur ses doigts. Alors
les soldats, à la fois fascinés par ce coup de poker et redoutant que
Sulpicianus ne décide de venger Pertinax, ce que Julianus leur avait laissé
entendre, permirent à ce dernier d’entrer dans le camp et le proclamèrent
empereur. (Dion Cassius, LXXIV,
11).
Mais
les armées de Bretagne, de Syrie, de Pannonie commandées par Pescennius Niger
et d'Illyrie commandées par Septime Sévère acclament chacune son empereur.
Abandonné
de tous, Julianus est condamné à mort avec désinvolture par le sénat qui
proclame Septime Sévère empereur.
Missi autem
a senatu quorum cura per militem gregarium in Palatio idem Iulianus occisus est
fidem Caesari implorans, hoc est Severi.
Une délégation du sénat chargea un simple soldat de tuer dans
son palais Julianus qui implorait la clémence de César, c’est-à-dire de Sévère.
¤foneæyh, tosoèton
mñnon eÞpÅn: kaÜ tÛ deinòn ¤poÛhsa; tÛna p¡kteina;
Il fut tué en prononçant ces seuls mots : « Mais
qu’est-ce que j’ai fait de mal ? Qui ai-je tué ? ». (Dion Cassius, LXXIV, 17).
Didius
Julianus était âgé de soixante ans selon Dion Cassius, de cinquante-six selon
l’Histoire Auguste.
Les Sévères
Septime-Sévère, 193-211

SEVERVS
PIVS AVG
Né le 8 avril 146 à Leptis Magna en Afrique (Libye),
Afrum quiddam usque ad senectutem sonans
il garda jusque dans sa vieillesse son
accent africain.
(Histoire Auguste, Sévère, XIX,9).
il fait une brillante carrière militaire sous les
règnes de Marc Aurèle et de Commode. Gouverneur de Pannonie Supérieure, il est
acclamé Empereur le 13 avril 193 et élimine rapidement Didius Julianus. En 195,
il entre fictivement dans la famille antonine. En 197, il se débarrasse de son
dernier adversaire, Albinus, qui s'était proclamé Auguste.
Il donne en 196 le titre de César à Caracalla qui
devient Auguste en 198 quand Géta, son frère cadet devient César.
Sévère passe quinze ans à consolider les frontières
de l'Empire en remportant de nombreuses victoires sur les Parthes (197/8), en
Afrique (207), enfin en Bretagne (208-211).
211
Mort de Septime Sévère à York.
Ses
dernières paroles à ses fils, dont Dion Cassius (LXXVII, 15) garantit
l’authenticité :
õmonoeÝte, toçw
stratiÅtaw ploutÛzete, tÇn llvn pntvn katafroneÝte
« Entendez-vous, enrichissez les soldats et moquez-vous de
tout reste ! »
De hoc
senatus ita iudicavit illum aut nasci non debuisse aut mori. Quod et nimis
crudelis et nimis utilis rei publicae videretur.
Voici le jugement que porta sur lui le sénat : « il
aurait dû ne pas naître ou ne pas mourir ». En effet, il paraissait avoir été
à la fois trop cruel et trop utile à l’État. (Histoire Auguste, Sévère, XVIII,7).
Geta 211-212
L Septimus Geta, né le
27 mai 189. Associé à l’empire avec son frère ou demi-frère Caracalla qui le
fait assassiner dès qu’il en trouve l’occasion.
Comme
Géta se méfiait de tous, Caracalla lui donne rendez-vous dans l’appartement de
sa mère et c’est là qu’il le fait frapper. Géta meurt dans les bras de sa mère
en criant :
m°ter, m°ter,
tekoèsa tekoèsa, bo®yei, sfzomai « Ma mère, ma mère, toi qui m’as mis au monde, toi qui m’as
mis au monde, au secours, on va me tuer ! »
Caracalla
l’a en outre condamné à la damnatio memoriae : beaucoup d’inscriptions mentionnant son nom
ont été martelées.
Caracalla 211-217
M Aurelius Antoninus.
Fils de Septime-Sévère né le 4 avril 188, il est d’abord associé à l’empire
avec le titre de César et de Princeps Iuventutis.
A la mort de son père, il règne conjointement avec son frère Geta qu’il fait
assassiner l’année suivante.
Il
inaugure son règne par des massacres.
Fuit praeterea
eius inmanitatis Antoninus, ut his praecipue blandiretur, quos ad necem
destinabat, ut eius magis blandimentum timeretur quam iracundia.
Antoninus (Caracalla) fut en outre d’une telle cruauté qu’il
prenait soin tout particulièrement de ceux qu’il avait décidé d’assassiner, si
bien qu’on craignait davantage ses prévenances que sa colère.
Voyages
et campagnes à travers l'empire.

ANTONINVS PIVS AVG BRIT
212 Constitution Antonine : tous les hommes libres de l'Empire
deviennent citoyens romains.
RvmaÛouw pntaw
toçw ¤n t» rx» aétoè, lñgÄ m¢n timÇn, ¦rgÄ d¢ ÷pvw pleÛv aétÒ kaÜ ¤k toè
toioætou prosÛú,
di tò toçw j¡nouw t poll aétÇn m¯ sunteleÝn, p¡deijen.
Il fit citoyens romains tous les hommes [libres] de son empire, soi-disant
pour leur faire honneur, mais en pratique pour augmenter ses revenus par ce
moyen-là aussi, puisque les étrangers étaient exemptés de la plupart de ces
impôts. (Dion Cassius, LXXVIII,
9)
Rome cesse de ce fait d’être la maîtresse du monde, elle n'en est
plus que la capitale.
Il
faut croire pourtant que cette décision, que nous considérons comme si
importante, ne présentait guère d’intérêt pour les contemporains (Dion Cassius
ne lui consacre que les quelques mots ci-dessus) et pour les Anciens : l’Histoire
Auguste et Eutrope n’en parlent même pas :
M. igitur
Aurelius Antoninus Bassianus, idemque Caracalla, morum fere paternorum fuit,
paulo asperior et minax. Opus Romae egregium fecit lavacri, quae thermae
Antoninianae appellantur, nihil praeterea memorabile
Marcus Aurelius Antoninus Bassianus, connu aussi sous le nom de
Caracalla, eut un comportement semblable à celui de son père, un peu plus rude
et un peu plus inquétant. Il fit construire à Rome un remarquable établissement
de bains, que l’on appelle les thermes de Caracalla
(« Antoniniens »), il ne fit rien d’autre qui soit digne d’être
rappelé. (Eutrope)
8
avril 217 Caracalla est assassiné entre Carrhes et Edesse cum levandae vessicae gratia ex equo descendisset « comme il
était descendu de cheval pour se soulager la vessie » (Histoire
Auguste, Caracalla, VII,1).
Ipse
Caracalli nomen accepit a vestimento quod populo dederat demisso usque ad
talos. Quod ante non fuerat. Unde hodieque Antoninianae dicuntur caracallae
huiusmodi in usu maxime Romanae plebis frequentatae.
Lui-même reçut le nom de Caracallus d’une sorte de vêtement
qu’il fit donner au peuple et qui tombait aux talons, ce qui ne s’était jamais
fait auparavant. Pour cette raison , aujourd’hui encore, on appelle
« Antoniens » cette sorte de caracalla portée surtout par la plèbe de
Rome. (Histoire
Auguste, Caracalla, IX,7).
Macrin 217-218
auteur
de l'attentat contre Caracalla.
Occiso ergo
Antonino Bassiano Opilius Macrinus, praefectus praetorii eius, qui antea
privatas curabat, imperium arripuit, humili natus loco et animi atque oris
inverecundi
Lorsqu’ Antoninus Bassianus (Caracalla) eut été tué, Opilius
Macrinus, son préfet du prétoire, qui avait auparavant géré ses biens privés, s’empara
du pouvoir. Il était issu d’une famille obscure et n’inspirait le respect ni
par ses qualités morales, ni par ses qualités physiques.
De
fait, je ne sais pas si Macrin était laid, mais il faisait preuve d’une cruauté
étonnante, même dans un siècle aussi brutal, et imaginait des supplices aussi
surprenants que répugnants.
In
verberandis [vel] aulicis tam inpius, tam pertinax, tam asper, ut servi illum
sui non Macrinum dicerent, sed Macellinum, quod macelli specie domus eius
cruentaretur sanguine vernularum.
Quand il faisait fouetter les esclaves du palais, il se montrait
si injuste, si opiniâtre, si dur, que ses esclaves ne l’appelaient pas Macrinus
mais Macellinus (le garçon boucher) parce que comme un macellum (une boucherie)
sa maison était empourprée du sang de sa domesticité.
Lassés
de supporter un chef aussi sanguinaire, ses soldats un beau jour de juillet 218
lui tranchent la tête qu’ils apportent en hommage à Elagabal.
Elagabal (ou Héliogabale) 218-222

ANTONINVS
PIVS FEL(ix) AVG
M Aurelius Antoninus.
Neveu de Caracalla, prêtre du dieu sémite dont il prend le nom, il se trouve en
Syrie lorsqu’il est proclamé empereur le 15 mai 218 et n’arrive à Rome qu’en
219 :
Une
journée de printemps, en l'an 219 après Jésus-Christ, l'Urbs vit arriver le
plus bizarre de tous les « Auguste » : un jeune garçon tout vêtu
de soie rouge, du rouge aux lèvres, les sourcils soulignés de henné un rang de
perles autour du cou, des bracelets d'émeraudes aux poignets et aux chevilles,
une couronne de diamants sur la tête. Elle ne l'en acclama pas moins.
Désormais, aucune mascarade ne pouvait plus la scandaliser. Indro
Montanelli, Histoire de Rome.
Il
meurt assassiné après un règne d'extravagances et de dérèglements.
Caedit et
humanas hostias lectis ad hoc pueris nobilibus et decoris per omnem Italiam
patrimis et matrimis.
Il sacrifia aussi des victimes humaines, faisant choisir pour
cela dans toute l’Italie des garçons nobles et sans défauts physiques, ayant
leur père et leur mère. (Histoire Auguste, Antonin Élagabal, VIII).
Le
salut à l’empereur à l’époque d’Elagabal :
Domine imperator ave.
prñsei[pe] oåa eÞkòw ·n "kærie aétokrtor xaÝre". (Dion Cassius, LXXX16)
(Précisons, pour définir
superficiellement le personnage d’Elagabal, qu’il aurait répondu en faisant des
mines et en lançant des œillades : « m® me l¡ge kærion: ¤gÆ gr kurÛa eÞmÛ Noli me dicere dominum ego enim
domina sum Ne me dis pas Seigneur, tu vois bien que je suis une
Dame ! »)
Alexandre-Sévère 222-235
M Aurelius Severus Alexander,
né en 205, cousin du précédent ; caractère doux, mais sans énergie. Il opère de
nombreuses réformes à l'instigation de son préfet du prétoire, le juriste
Ulpien.
226-232
Expédition contre les Perses ; résultat indécis.
235
Parti contre les Alamans, il tente de négocier avec eux ; est assassiné par ses
soldats à Mayence.