Noctes Gallicanae

Abrégé

d'Histoire romaine


La république de ~509 à ~27

les grandes époques

 

Senatus Populusque Romanus

Prise de Rome par les Gaulois

Guerres contre les Étrusques

Plèbe et aristocratie

Patriciens et plébéiens

Lois des XII tables

Guerres contre les Sabins, les Èques et les Volsques

Guerres samnites

 

 


Senatus Populusque Romanus

Les débuts de la république romaine

 

509 Deux consuls remplacent le roi Tarquin le Superbe chassé de Rome, ses neveux, L. Junius Brutus et L. Tarquinius Collatinus.

Libertatis autem originem inde magis quia annuum imperium consulare factum est quam quod deminutum quicquam sit ex regia potestate numeres. Omnia iura, omnia insignia primi consules tenuere; id modo cautum est ne, si ambo fasces haberent, duplicatus terror uideretur. Brutus prior, concedente collega, fasces habuit; qui non acrior uindex libertatis fuerat quam deinde custos fuit. Omnium primum avidum novae libertatis populum, ne postmodum flecti precibus aut donis regiis posset, iure iurando adegit neminem Romae passuros regnare.

Or, si l'avènement de la République date de cette année-là, c'est surtout parce que le pouvoir des consuls, aussi étendu que celui des rois, fut limité à un an ; les premiers consuls conservèrent par ailleurs toutes les prérogatives et tous les insignes de la monarchie ; on prit seulement la précaution, pour ne pas avoir l'air de multiplier par deux leur pouvoir, de ne pas donner les faisceaux aux deux consuls en même temps : Brutus les reçut d'abord, son collègue s'effaçant devant lui. Il mit autant d'ardeur à défendre la liberté qu'il en avait mis à la conquérir. Voulant avant tout empêcher que l'engouement du peuple pour la liberté nouvelle cède un jour aux prières ou aux largesses royales, il lui fit jurer de s'opposer au retour des rois. (Tite-Live, Hist. rom., II, 1.)

L Junius Brutus

 

507 Guerre contre les Étrusques. Contre la république naissante, les Étrusques embrassent le parti du roi déchu, leur compatriote, qui s'est réfugié chez eux.

La guerre est dirigée par Porsenna, roi de Clusium.

Porsenna rex Etruscorum ingentibus copiis aderat et Tarquinios manu reducebat. Hunc tamen, quamuis et armis et fame urgueret occupatoque Ianiculo ipsis urbis faucibus incubaret, sustinuit, reppulit, nouissime etiam tanta admiratione perculit, ut superior ultro cum paene victis amicitiae foedera feriret.

Porsenna, le roi des Étrusques, était là avec d'immenses troupes et ramenait les Tarquins par la force. Et pourtant, même s'il accablait les Romains par les armes et par la famine, même si en occupant le Janicule il tenait la ville par sa gorge même, on le contint, on le repoussa, tant et si bien que pour finir on lui inspira une telle admiration que malgré sa supériorité il conclut spontanément un traité d'amité avec des gens presque vaincus. (Florus, Epitomae, I, 9)

Il semble que les annalistes aient cherché à cacher les difficultés des Romains au cours de cette guerre en conservant le souvenir de nombreux héros parmi lesquels:

Horatius Cocles, Mucius Scaevola, Clelia

 

501 Institution de la dictature.

Luttes entre patriciens et plébéiens.

Patriciens et plébéiens

 

Le règne de l'aristocratie commençait. Toute l'autorité politique et religieuse appartenait désormais aux chefs de grandes familles, les gentes. Une gens groupait tous ceux qui se réclamaient d'un même grand ancêtre, c'est-à-dire plusieurs centaines de personnes. Le descendant direct de cet ancêtre commun était le paterfamilias qui disposait d'une autorité absolue sur les membres et sur les biens de la gens. Pratiquant le même culte domestique, portant le même nom de famille, combattant ensemble, les membres de la gens disposaient de terres étendues et de nombreux troupeaux. C'est pourquoi toute gens avait les moyens de s'attirer et d'entretenir la fidélité de nombreux hommes libres ; ces derniers étaient ses clientes, "clients". La gens les protégeait, subvenait parfois à leurs besoins ; en échange ils devaient lui accorder toute leur aide à l'assemblée du peuple, au tribunal ou sur le champ de bataille.

 

Tous les membres de la gens ne vivaient pas sur un pied d'égalité ; le paterfamilias et ses proches étaient les seuls à profiter réellement de sa puissance. Tous les membres des gentes étaient honorés du nom de patriciens. Groupés en comitia ("comices", assemblées), ils gouvernaient la cité. Mais le Sénat n'était formé que des chefs des gentes au nombre d'environ 300. Au Sénat revenait le contrôle des décisions des comices, et la surveillance des magistrats élus par les comices.

 

Les gentes ne représentaient pas toute la population de la cité. Marchands, artisans, petits paysans formaient la plebs, "plèbe", rurale et urbaine. Quelques familles de marchands mises à part, le plébéien se caractérisait par sa pauvreté. Isolés devant la toute puissance des gentes patriciennes fortes de centaines de personnes, voire de plusieurs milliers si l'on comptait leurs clients, les plébéiens étaient exclus des charges et des honneurs ; ils ne pouvaient être ni prêtres ni magistrats; et pourtant on exigeait d'eux qu'ils achètent un équipement militaire pour participer aux campagnes que commandaient des chefs toujours patriciens. Il faut deux siècles de luttes (jusque en 300 av. J.-C.) pour arracher successivement le droit, pour un plébéien, d'épouser une femme patricienne, d'être nommé sénateur, d'être élu consul.

 

494 Prima secessio plebis "Première sécession de la plèbe" sur le Mont Sacré. Pour obtenir des garanties, et notamment la création de magistrats protecteurs de la plèbe, les plébéiens se retirent sur le mont Sacré. à quelques kilomètres de Rome, comme s'ils voulaient fonder une ville rivale de Rome.

Menenius Agrippa

 

En réalité, le conflit s'apaisa grâce à la création des tribuns de la plèbe en 493:

Concessum in condiciones ut plebi sui magistratus essent sacrosancti quibus auxilii latio aduersus consules esset, neve cui patrum capere eum magistratum liceret. Ita tribuni plebei creati duo, C. Licinius et L. Albinus. Ii tres collegas sibi creaverunt. In his Sicinium fuisse, seditionis auctorem: de duobus, qui fuerint minus conuenit. Sunt qui duos tantum in Sacro monte creatos tribunos esse dicant, ibique sacratam legem latam.

On en vint au compromis suivant : la plèbe aurait des magistrats à elle, inviolables, qui la protégeraient contre les consuls; cette magistrature serait interdite aux patriciens. Ainsi furent élus deux tribuns de la plèbe, C. Licinius et L. Albinus ; ceux ci se choisirent trois collègues, parmi lesquels Sicinius, l'un des instigateurs de la sécession. On ne s'accorde pas sur les noms des deux autres. Certains disent que l'on ne nomma que deux tribuns sur le mont Sacré, et que c'est là que fut votée la loi qui les rendait sacro-saints (lex sacrata). (Tite-Live, Hist. rom., II, 33)

 

Guerres contre les Sabins, les Èques et les Volsques.

489 Coriolan, Cn. Marcius Coriolanus, est un jeune patricien, conservateur intransigeant, qui refuse une distribution de blé au peuple affamé. Les tribuns de la plèbe demandent et obtiennent son exil. Il passe alors à l'ennemi, se fait donner un commandement et conduit ses armées de victoire en victoire aux portes de Rome. Il ne sera fléchi que par les remontrances de sa mère.

Coriolan

 

486 Première loi agraire, lex agraria, proposée par le consul Sp. Cassius, qui sera condamné à mort par les patriciens à sa sortie de charge et précipité du haut de la roche Tarpéienne.

 

479 Les trois cent six Fabius.

Cum vicini Veientes incommodi magis quam graves essent, familia Fabiorum id bellum gerendum depoposcit misitque in id trecentos et sex armatos, qui ad Cremeram praeter unum ab hostibus caesi sunt.

Comme les Véiens se comportaient en voisins plus insupportables que dangereux, la famille des Fabius demanda la permission de leur faire la guerre et envoya contre eux trois cent six hommes, qui se firent massacrer à l'exception d'un seul à Cremera. (Tite-Live, Periochae, III)

 

457 Le nombre des tribuns de la plèbe est porté à dix.

 

457 Cincinnatus. L'armée romaine, dirigée par le consul Minutius, est encerclée par les Eques. Le Sénat décide de confier la direction de l'Etat à un dictateur et choisit L Quinctius Cincinnatus , un ancien consul.

 

L Quinctius Cincinnatus

 

454 Une délégation va consulter à Athènes les lois de Solon.

Petitis per legatos et adlatis Atticis legibus, ad constituendas eas proponendasque Xuiri pro consulibus sine ullis aliis magistratibus creati altero et trecentesimo anno quam Roma condita erat. (Tite-Live, Periochae, 3)

une commission alla étudier les lois athéniennes et fit son rapport. On nomma un décemvirat aux pouvoirs consulaires en remplacement de toutes les magistratures pour adapter et publier ces lois. Ceci se passa trois cent deux ans après la fondation de Rome.

 

451 Les magistratures sont suspendues au profit d'un décemvirat, decemviri, chargé de rédiger un code de lois.

Decemuiri creati Ap. Claudius, T. Genucius, P. Sestius, L. Veturius, C. Iulius, A. Manlius, P. Sulpicius, P. Curiatius, T. Romilius, Sp. Postumius. Claudio et Genucio, quia designati consules in eum annum fuerant, pro honore honos redditus, et Sestio, alteri consulum prioris anni, quod eam rem collega inuito ad patres rettulerat. His proximi habiti legati tres qui Athenas ierant, simul ut pro legatione tam longinqua praemio esset honos, simul peritos legum peregrinarum ad condenda noua iura usui fore credebant. Suppleuere ceteri numerum. Graues quoque aetate electos nouissimis suffragiis ferunt, quo minus ferociter aliorum scitis aduersarentur. Regimen totius magistratus penes Appium erat fauore plebis.

Furent nommés décemvirs : Appius Claudius, Titus Genucius, Publius Sestius, Titus Veturius, Gaius Julius, Aulus Manlius, Publius Sulpicius, Publius Curiatius, Titus Romilius et Spurius Postumius. Claudius et Genucius étaient déjà désignés comme consuls pour l'année suivante : ils changèrent seulement de fonction ; Sestius, consul l'année précédente, fit également partie de la commission parce qu'il avait proposé au sénat la création du décemvirat malgré l'opposition de son collègue. Juste après eux, on avait nommé les trois membres de la délégation envoyée à Athènes, pour les honorer et les remercier d'avoir fait un si long voyage et aussi parce qu'on pensait que leur connaissance des lois étrangères serait très utile lors de l'élaboration de nouvelles lois. Les autres étaient là pour compléter la liste : on dit qu'on avait désigné pour finir des gens d'un certain âge pour qu'ils apportent un élément de calme dans les discussions. La direction de l'ensemble du collège fut confiée à Appius Claudius qui avait les sympathies de la plèbe. (Tite-Live, Hist. rom., III, 33)

 

Ces lois, dites lois des XII tables, dont la connaissance est jusqu'alors réservée aux patriciens, sont gravées sur dix puis douze tables de bois et publiées. Elles seront plus tard gravées dans le bronze.

Propositis decem tabulis, populum ad contionem aduocauerunt et, quod bonum faustum felixque rei publicae ipsis liberisque eorum esset, ire et legere leges propositas iussere: se, quantum decem hominum ingeniis prouideri potuerit, omnibus, summis infimisque, iura aequasse: plus pollere multorum ingenia consiliaque. Versarent in animis secum unamquamque rem, agitarent deinde sermonibus, atque in medium quid in quaque re plus minusue esset conferrent. Eas leges habiturum populum Romanum quas consensus omnium non iussisse latas magis quam tulisse uideri posset. Cum ad rumores hominum de unoquoque legum capite editos satis correctae uiderentur, centuriatis comitiis decem tabularum leges perlatae sunt, qui nunc quoque, in hoc immenso aliarum super alias aceruatarum legum cumulo, fons omnis publici priuatique est iuris.

Ils publièrent ces lois sur dix Tables, convoquèrent l'assemblée du peuple et invitèrent le public à prendre connaissance des textes affichés, en formant des voeux pour le bonheur, le succès et la réussite de l'État, de leurs enfants et d'eux-mêmes. Ils avaient institué des lois égales pour tous, des plus puissants aux plus faibles, dans la mesure, disaient-ils, où dix intelligences humaines étaient capables de le faire. Une réflexion et une consultation plus larges ne pourraient qu'améliorer le résultat : qu'ils examinent donc soigneusement chaque proposition, qu'ils en parlent entre eux et qu'ils fassent connaître précisément ce qu'il fallait ajouter ou retrancher. L'accord de tous donnerait au peuple romain le sentiment de s'être donné ses lois et pas seulement d'avoir voté les lois qu'on lui proposait. Une fois que les articles de lois parurent suffisamment amendés par les avis qu'on avait pu recueillir, les lois inscrites sur les Dix Tables furent soumises au vote des comices centuriates. Dans l'énorme masse de lois accumulées au cours des siècles, elles constituent aujourd'hui encore la source de tout le droit public et privé. (Tite-Live, Hist. rom., III, 34)

 

Loi des XII tables (extraits).

Tabula I

Si in ius vocat [ito]. Ni it, antestamino: igitur em capito.

I. Si quelqu'un est cité en justice selon la procédure légale, qu'il se rende à la convocation. S'il ne s'y rend pas, qu'on en dresse constat et subséquemment qu'on se saisisse de sa personne.

Si morbus aevitasve vitium escit [qui in ius vocabit] iumentum dato. Si nolet, arceram ne sternito.

Si il invoque la maladie, l'âge ou un empêchement, qu'on lui fournisse un cheval. En cas de refus, qu'on ne prépare pas de voiture couverte.

Adsiduo vindex adsiduus esto; proletario[iam civi] qui volet vindex esto.

Que le garant d'un propriétaire soit propriétaire ; pour celui qui ne possède rien, soit garant qui voudra.

Rem ubi pacunt, orato.

En cas d'accord amiable, que cet accord amiable soit publié.

Ni pacunt, in comitio aut in foro ante meridiem caussam coiciunto. Com peroranto ambo praesentes.

S'il n'y a pas d'accord amiable, que l'affaire soit exposée contradictoirement au comitium ou au forum avant midi. Que les deux parties soient présentes pendant l'exposé du litige.

Post meridiem praesenti litem addicito.

Passé midi que l'affaire soit inscrite par la partie présente.

Si ambo praesentes, solis occasus suprema tempestas esto.

Si les deux parties sont présentes, le dernier délai sera le coucher du soleil.

 

Tabula II

Cui testimonium defuerit, is tertiis diebus ob portum obvagulatum ito.

II. Le témoin qui ne se sera présenté, qu'on aille l'appeler à grands cris devant sa porte pendant deux jours.

 

Tabula III

Aeris confessi rebusque iure iudicatis XXX dies iusti sunto.

III. La dette avouée dans une affaire jugée conformément au droit sera acquittée sous un délai de trente jours .

Adversus hostem aeterna auctoritas esto.

Envers l'étranger le recours sera imprescriptible.

 

Tabula IV

Si pater ter venumduit, filius a patre liber esto.

IV. Si un père a vendu trois fois son fils, que ce fils soit affranchi de la tutelle paternelle.

 

Tabula VIII

Si nox furtum faxit, si im occisit, iure caesus esto.

VIII. Si quelqu'un commet un vol pendant la nuit, si on le tue, on considérera qu'il a été tué légalement.

 

 

450 Les décemvirs prennent goût au pouvoir, refusent de se démettre et tyrannisent le peuple. La plèbe se retire à nouveau sur le mont Sacré : deuxième sécession de la plèbe.

 

449 Expulsion des décemvirs à la suite du scandale causé par App. Claudius qui tente d'abuser de Virginia. La constitution républicaine est rétablie. Publication des deux dernières tables qui sont exposées gravées dans le bronze.

 

445 Institution des tribuni militum consulari potestate "tribuns militaires disposant du pouvoir des consuls" qui remplacent les consuls sans en avoir toutes les attributions. Cette magistrature sera abolie en 367.

 

443 Institution de la censure.

Idem hic annus censurae initium fuit, rei a parua origine ortae, quae deinde [magno] incremento aucta est. [...] Ortum autem initium est rei, quod in populo per multos annos incenso neque differri census poterat neque consulibus, cum tot populorum bella imminerent, operae erat id negotium agere. Mentio inlata apud senatum est rem operosam ac minime consularem suo proprio magistratu egere. [...] Et patres quamquam rem paruam, tamen quo plures patricii magistratus in re publica essent, laeti accepere, id quod evenit futurum, credo, etiam rati, ut mox opes eorum qui praeessent ipsi honori ius maiestatemque adicerent, et tribuni, id quod tunc erat, magis necessarii quam speciosi ministerii procurationem intuentes, ne in paruis quoque rebus incommode adversarentur, haud sane tetendere. Cum a primoribus civitatis spretus honor esset, Papirium Semproniumque, quorum de consulatu dubitatur, ut eo magistratu parum solidum consulatum explerent, censui agendo populus suffragiis praefecit. Censores ab re appellati sunt.

On créa la même année la censure : modeste à l'origine, cette fonction prit par la suite un développement considérable. [...] Deux circonstances expliquent la création de la censure : la population n'avait pas été recensée depuis plusieurs années et il était impossible de retarder encore les opérations du cens, d'autre part les consuls n'avaient pas le temps de se consacrer à cette tâche alors que tant de peuples menaçaient d'entrer en guerre. Voici la motion qui fut proposée au sénat : une fonction absorbante, qui ne revenait en aucune façon aux consuls, nécessitait la création d'une nouvelle magistrature qui se consacrerait exclusivement à cette activité [...]. La censure était peu de chose à l'origine et pourtant les pères adoptèrent avec joie cette proposition, d'abord pour augmenter le nombre des fonctions patriciennes et sans doute aussi parce qu'ils prévoyaient déjà ce que l'avenir confirmerait : les privilèges et le prestige de cette charge devaient s'accroître grâce à l'importance des titulaires. Aux yeux des tribuns, c'était une charge plus utile que prestigieuse et, à cette époque, c'était exact; ne voulant pas indisposer les patriciens par une opposition systématique, ils ne leur créèrent pas de difficultés. Les personnages en vue boudèrent cette charge ; le peuple élut les consuls sujets à caution, Lucius Papirius Mugillanus et Tucius Sempronius Atratinus, pour qu'ils couronnent par cette charge un titre contesté, et leur confia le soin du recensement ; de là vient leur nom de "censeurs". (Tite-Live, Hist. rom., IV, 8)

 

434 La durée de la censure est réduite à dix-huit mois.

 

409 Les premiers magistrats plébéiens : trois questeurs.

 

405-396 Camille (L. Furius Camillus) nommé dictateur termine la guerre contre Véies par l'annexion du territoire véien. Exilé pour concussion, il sera rappelé lors de la prise de Rome par les Gaulois en 390.

Veii quanta res fuerit, indicat decennis obsidio. Tum primo hiematum sub pellibus, taxata stipendio hiberna, adactus miles sua sponte iure iurando ne nisi capta urbe remearet. Spolia de Larte Tolumnio rege ad Feretrium reportata. Denique non scalis nec inruptione, sed cuniculo et subterraneis dolis peractum urbis excidium. Ea denique uisa est praedae magnitudo, cuius decimae Apollini Pythio mitterentur, uniuersusque populus Romanus ad direptionem urbis uocaretur. Hoc tunc Veii fuere. Nunc fuisse quis meminit? Quae reliquiae? Quodue uestigium? Laborat annalium fides, ut Veios fuisse credamus.

L'importance de Véies, ce siège de dix années la montre bien. C'est alors que pour la première fois on passa l'hiver sous des tentes en cuir, les campagnes d'hiver furent rémunérées par une solde, à la demande de la troupe on prêta serment de ne repartir qu'après la prise de la ville. Les dépouilles du Lar Tolumnius furent rapportées à Jupiter Férétrien. Enfin ce ne fut pas avec des échelles et un assaut, mais par un tunnel et des ruses souterraines que s'accomplit la chute de la ville. L'ampleur du butin enfin parut telle qu'on en fit porter le dixième à Apollon Pythien et que l'on appela le peuple romain tout entier à participer au pillage. Voilà ce que fut Véies. Qui de nos jours se souvient qu'elle a existé? Qu'en reste-t-il? Et quelle trace a-t-elle laissée? L'autorité des historiens a bien du mal à nous faire croire qu'elle a existé. (Florus, Epitomae, I, 6)

 

390 Prise de Rome par les Gaulois de Brennus, venus du nord de l'Italie actuelle (Gaule cisalpine). Les Romains abandonnent la Ville et se réfugient dans la citadelle du Capitole.

Romae interim satis iam omnibus, ut in tali re, ad tuendam arcem compositis, turba seniorum domos regressi aduentum hostium obstinato ad mortem animo exspectabant. Qui eorum curules gesserant magistratus, ut in fortunae pristinae honorumque aut uirtutis insignibus morerentur, quae augustissima uestis est tensas ducentibus triumphantibusue, ea uestiti medio aedium eburneis sellis sedere. [Gallos], plebis aedificiis obseratis, patentibus atriis principum, maior prope cunctatio tenebat aperta quam clausa inuadendi; adeo haud secus quam uenerabundi intuebantur in aedium uestibulis sedentes uiros, praeter ornatum habitumque humano augustiorem, maiestate etiam quam uoltus grauitasque oris prae se ferebat simillimos dis. ad eos uelut simulacra uersi cum starent, M. Papirius, unus ex iis, dicitur Gallo barbam suam, ut tum omnibus promissa erat, permulcenti scipione eburneo in caput incusso iram mouisse, atque ab eo initium caedis ortum, ceteros in sedibus suis trucidatos; post principium caedem nulli deinde mortalium parci, diripi tecta, exhaustis inici ignes.

Pendant ce temps à Rome les vieillards rentrèrent chez eux et attendirent l’arrivée de l’ennemi, prêts à sacrifier leur vie. Les anciens magistrats curules voulaient mourir avec les distinctions qui rappelaient leur ancienne situation, les charges qu’ils avaient remplies et leurs mérites. Ils revêtirent la toge d’apparat réservée à ceux qui conduisent le char des dieux ou célèbrent le triomphe et dans cette tenue, s’assirent au milieu de leur demeure sur leur siège d’ivoire. [...] Les plébéiens avaient barricadé leurs portes, mais les demeures patriciennes étaient restées ouvertes et les Gaulois craignaient d’y pénétrer plus encore que si elles étaient fermées. Ils regardaient avec respect les personnages assis à l’entrée de leur demeure : de leur personne, de leurs ornements et de leur costume se dégageait une majesté surnaturelle : on aurait dit des dieux et ils restaient à les contempler comme des statues. Voici ce qu’on raconte à propos de Papirius [L. Papirius Mugillanus, consul en 427, tribun militaire à pouvoir consulaire en 422, interroi en 421]: un Gaulois lui caressa la barbe, qu’il portait longue à la mode d’alors ; il frappa à la tête avec son sceptre d’ivoire pour lui faire lâcher prise ; la tuerie se déchaîna alors, tous les magistrats assis devant leur maison furent égorgés. Après le meurtre des hauts personnages, on n’épargna plus personne, les maisons furent pillées et incendiées. (Tite-Live, Hist. rom., V, 41)

 

Ici se situe l'épisode célèbre des oies du Capitole :

Cum tamen Manlius nocte subeuntis clangore anseris excitatus a summa rupe deiecit, et ut spem hostibus demeret, quamquam in summa fame, tamen ad speciem fiduciae panes ab arce iaculatus est.

Une nuit cependant comme les Gaulois escaladaient le Capitole, Manlius réveillé par le cri des oies les rejeta du sommet du rocher ; et pour ôter tout espoir aux ennemis, malgré l'extrême famine, avec une feinte assurance il fit jeter du pain du haut de la citadelle. (Florus, Epitomae, I, 7)

 

Les Gaulois ne réussissent pas à prendre le Capitole. Rome conclut la paix en leur versant un lourd tribut d'or.

Nouissime cum iam obsidio sua barbaros fatigasset, mille pondo auri recessum suum uenditantes, idque ipsum per insolentiam, cum ad iniqua pondera addito adhuc gladio insuper "Vae uictis" increparent, subito adgressus a tergo Camillus adeo cecidit, ut omnia incendiorum uestigia Gallici sanguinis inundatione deleret. (Tite-Live, Hist. rom., V, 48)

Finalement, comme les Barbares se fatiguaient de leur propre siège, ils négocièrent leur départ pour mille livres d'or [environ 325 kg]. Là encore, ils se comportèrent avec insolence, ajoutant par-dessus les poids déjà faux une épée ils s'écrièrent: "Malheur aux vaincus". Soudain, Camille les prit à revers et les tailla en pièces au point que le sang gaulois coulant à flots effaça les traces de l'incendie.

 

L'intervention inespérée de Camille avec une armée sortie d'on ne sait où paraît trop belle pour être vraie. Il ne reste plus aux Romains quà faire le bilan du désastre:

Dictum est ad Veios migrandum esse propter incensam et dirutam urbem, quod consilium Camillo auctore discussum est. Mouit populum vocis quoque omen ex centurione auditae, qui cum in forum venisset, manipularibus suis dixerat : "Sta, miles, hic optime manebimus!".

Certains émirent l'idée qu'il fallait émigrer à Véies puisque la ville avait été détruite par l'incendie mais ce projet fut écarté sous l'influence de Camille. Le peuple fut aussi convaincu par un présage, le mot d'un centurion que l'on entendit dire à ses manipules arrivés sur le forum: "Soldat, halte, voilà le meilleur endroit où se poser". (Tite-Live, Periochae, 5)

 

On reconstruit donc la ville :

Agere gratias diis inmortalibus ipso tantae cladis nomine libet. Pastorum casas ignis ille et flamma paupertatem Romuli abscondit. Incendium illud quid egit aliud, nisi ut destinata hominum ac deorum domicilio ciuitas non deleta nec obruta, sed expiata potius et lustrata uideatur?

Il est paradoxalement permis de rendre grâces aux dieux immortels au nom d'un si grand désastre. Ce feu a fait disparaître des cabanes de bergers, cette flamme a fait disparaître la pauvreté de Romulus. Quelle fut la seule conséquence de cet incendie ? cette cité destinée à abriter les hommes et les dieux ne fut ni détruite ni ensevelie, mais sembla plutôt débarrassée de ses souillures et purifiée. (Florus, Epitomae, I, 7)

Le souvenir du siège restera très vif. Quand, dans la suite des temps, les Gaulois approcheront, on décrétera une sorte de levée en masse : le tumultus Gallicus. Il sera encore décrété à l'époque de la seconde guerre punique.

 

367 Suppression des tribuni militum consulari potestate et rétablissement des institutions normales.

Lex Licinia : réduction des dettes et surtout accès des plébéiens à l'un des deux consulats.

Institution de la préture et de l'édilité curules, magistratures réservées aux patriciens.

 

361 Guerres contre les Latins, incursions gauloises au nord de Rome.

Ici se situent les épisodes de Manlius Torquatus et de Valerius Corvinus.

 

T Manlius Torquatus

 

355 Traité conclu avec les Samnites et les Campaniens.

 

Papirius Praetextatus

Guerres samnites

Jusqu'à cette intervention en Campanie, les Romains avaient combattu pour défendre leur territoire. Les guerres samnites sont leurs premières guerres de conquête. La Campanie apparaît en effet comme un Eldorado aux yeux des Romains :

Omnium non modo Italiae, sed toto orbe terrarum pulcherrima Campaniae plaga est. Nihil mollius caelo : denique bis floribus uernat. Nihil uberius solo : ideo Liberi Cererisque certamen dicitur. Nihil hospitalius mari : hic illi nobiles portus Caieta, Misenus, tepentes fontibus Baiae, Lucrinus et Auernus, quaedam maris otia. Hic amicti uitibus montes Gaurus, Falernus, Massicus et pulcherrimus omnium Vesuuius, Aetnaei ignis imitator. Vrbes ad mare Formiae, Cumae, Puteoli, Neapolis, Herculaneum, Pompei, et ipsa caput urbium, Capua, quondam inter tres maximas numerata.

La Campanie est la plus belle région de toutes, pas seulement d'Italie, mais du monde entier. Rien de plus doux que son ciel : pour tout dire, le printemps y fleurit deux fois. Rien de plus fertile que son sol : c'est pourquoi on dit que Liber, le vin, y rivalise avec Cérès, les moissons. Rien de plus hospitalier que sa mer : voilà ces célèbres ports de Gaète, Misène, Baies adoucie par ses sources, le Lucrin et l'Averne qui sont en quelque sorte le lieu de repos de la mer. Voilà, couverts de vignes, les monts Gaurus, Falerne, Massique et le plus beau de tous, le Vésuve qui imite le feu de l'Etna. Voilà les villes du bord de mer : Formies, Cumes, Pouzzoles, Naples, Herculanum, Pompéi et la capitale elle-même de ces villes, Capoue, que l'on comptait jadis au nombre des trois plus grandes. (Florus, Epitomae, I, 11)

 

343-341 Première guerre contre les Samnites à l'appel des Campaniens.

Precibus deinde Campaniae motus [populus Romanus] non pro se, sed eo speciosus pro sociis, Samnitas inuadit. Erat foedus percussum, sed hoc Campani sanctius et prius omnium suorum deditione fecerunt ; sic ergo Romanus bellum Samniticum tamquam sibi gessit.

Sensible aux prières de la Campanie, le peuple romain attaque les Samnites non pour sa propre défense, mais, ce qui est plus admirable, pour celle de ses alliés. On avait bien conclu un traité avec les uns et les autres, mais les Campaniens rendirent le leur plus sacré et plus important par la remise de tous leurs biens ; ainsi donc le Romain mena la guerre samnite comme pour lui-même. (Florus, Epitomae, I, 11)

 

Campani cum a Samnitibus bello urgerentur, auxilio aduersus eos a senatu petito, cum id non impetrarent, urbem et agros populo R. dediderunt. Ob quam causam ea, quae populi R. facta essent, defendi bello aduersus Samnites placuit.

Comme ils étaient harcelés par les Samnites, les Campaniens demandèrent au sénat d'intervenir contre eux. Sur le refus du sénat, ils remirent au peuple romain leur ville et son territoire. Pour cette raison, il fut décidé de défendre contre les Samnites des biens qui étaient devenus ceux du peuple romain. (Tite-Live, Periochae, 7)

 

340-338 Guerre contre les Latins.

 

340 : P. Decius Mus se sacrifie pour que les Romains soient victorieux à la bataille de Veseris contre les Latins.

Laborantibus in acie Romanis P. Decius, tunc consul cum Manlio, deuouit se pro exercitu et concitato equo cum in medios hostes se intulisset, interfectus morte sua Romanis uictoriam restituit.

Les Romains luttant avec difficulté dans la bataille, P. Decius, alors consul avec Manlius, se dévoua pour l’armée : ayant éperonné son cheval, il se jeta au milieu des ennemis et, une fois tué, rendit par sa mort la victoire aux Romains. Les Latins se soumirent. (Tite-Live, Periochae, 8)

 

Les villes latines deviennent des municipia, leurs habitants sont citoyens romains :

Rien ne contribua plus à l'agrandissement de Rome que ce procédé toujours employé par les Romains de s'annexer et d'incorporer les peuples vaincus. (Plutarque, Vie de Romulus, 16)

 

327-304 Deuxième guerre contre les Samnites

 

321 Victoire samnite des Fourches Caudines :

Pour atteindre l'Apulie, le plus court chemin passait par une vallée encaissée, le défilé des Fourches Caudines. Les Romains s'y engagèrent imprudemment et trouvèrent l'issue bloquée par les rochers et des arbres abattus. Impossible de revenir en arrière ; des Samnites surgissaient sur toutes les crêtes ; l'armée paralysée de stupeur dut se rendre aux conditions les plus humiliantes : promesse d'évacuer le pays samnite, six cents otages emmenés en prison, passage sous le joug de toute l'armée, consuls en tête... Et cela sous les moqueries des ennemis, qui menaçaient et frappaient les Romains humiliés. (Tite-Live, Hist. rom., IX, 46-47)

 

299-290 Troisième guerre contre les Samnites.

 

290 : P. Decius Mus se "dévoue", suivant l’exemple de son père, à la bataille de Sentinum. La devotio s’accomplit selon un rite bien précis :

Manlius commandait l’aile droite, Décius l’aile gauche. D’abord, des deux côtés, on mena l’affaire avec des forces égales et la même ardeur, puis, à l’aile gauche, les hastati romains, ne supportant pas la poussée des Latins, se replièrent sur les principes. Dans ce trouble, le consul Décius crie d’une voie forte à Marcus Valerius : « L’aide des dieux nous est nécessaire, Marcus Valerius ; allons, pontife public du peuple romain, dicte moi les mots propres à me dévouer pour les légions. » Le pontife l’invita à prendre la toge prétexte, et, la tête voilée, la main saillant sous la toge, relevée jusqu’au menton, les pieds sur un javelot étendu à terre, debout, à dire : « Janus, Jupiter, Mars Père, Quirinus, Bellone, Lares, divinités Nouvelles, dieux Indigètes, divinités maîtresses de nous et de nos ennemis, et vous, dieux Mânes, je vous prie, vous supplie respectueusement, vous demande en grâce et propose à votre agrément qu’au peuple romain des Quirites vous accordiez heureusement force et victoire, et que les ennemis du peuple romain des Quirites, vous les frappiez de terreur, d’effroi et de mort. Comme je le déclare par ces mots, pour l’Etat du peuple romain des Quirites, l’armée, les légions, les auxiliaires du peuple romain des Quirites, je voue les légions et les auxiliaires de l’ennemi, avec moi, aux dieux Mânes et à la Terre. » (Tite-Live, Hist. rom., VIII, 9)

 

295 Victoire de Sentinum, remportée par M'. Curius Dentatus : Rome triomphe des Étrusques, des Samnites et des Gaulois coalisés.

 

275 Rome victorieuse de Pyrrhus.

Les habitants de Tarente appellent au secours le roi grec d'Epire, Pyrrhus (" le Rouquin "). Ses éléphants de guerre terrorisent d'abord les Romains qui subissent de lourdes pertes à Héraclée (280) et à Asculum (279), mais l'armée romaine se reconstitue sans cesse. Cinéas, un conseiller de Pyrrhus, compare Rome à

une hydre de Lerne, car le consul avait déjà rassemblé une armée double de la première, et il y avait encore plusieurs fois autant de Romains en état de porter les armes. (Plutarque, Vie de Pyrrhus, 19)

Pyrrhus, malgré ses victoires, subit tant de pertes qu'il renonce à la guerre :

D'après Denys, les pertes auraient été de plus de quinze mille hommes tant du côté de Pyrrhus que du côté des Romains. Les deux armées se retirèrent, et Pyrrhus, dit-on, répondit à l'un de ceux qui le félicitaient: "Si nous remportons encore une victoire sur les Romains, nous serons complètement perdus". C'est qu'il avait laissé sur les champs de bataille une grande partie des troupes qu'il avait amenées et presque tous ses amis et généraux. (Plutarque, Vie de Pyrrhus, 21)

On parle de "victoire à la Pyrrhus" pour désigner une victoire trop cher payée.

275 Pyrrhus est battu à Bénévent par M'. Curius Dentatus. Il s'en retourne en Epire.

 

Curius Dentatus et Fabricius Luscinus

 

272 Prise de Tarente.

 

Rome maîtresse de l'Italie.

 

Rome a annexé un certain nombre de cités, et son territoire s'étend maintenant sur 27 000 km2. Elle ne peut évidemment se charger de toutes les affaires des cités autrefois indépendantes : celles-ci sont devenues des municipes, qui possèdent leurs propres magistrats gérant la vie municipale ; Rome n'intervient que pour faire rendre la justice. Tous les habitants de ce territoire sont citoyens romains. Ils se rendent à Rome pour participer aux assemblées ; ils peuvent être élus magistrats et entrer au Sénat ; ils sont soumis aux obligations du service militaire. En 225 av. J.-C., Rome compte ainsi 273 000 citoyens mobilisables, recrutés dans une population totale d'environ 1 500000 personnes.

 

Les Alliés, Socii, La plus grande partie de l'Italie est demeurée indépendante. A mesure que s'étendaient ses conquêtes, Rome a imposé aux peuples et aux cités des traités qui réglaient de façon très variée les rapports du vainqueur et des vaincus. Devenus Alliés de Rome, ils gèrent leurs affaires locales ; mais ils ont abandonné à Rome la direction de la politique extérieure et lui fournissent des contingents militaires.

 

Rome a confisqué une partie des terres des vaincus ; l'Etat romain est ainsi maître de vastes domaines, dont l'ensemble forme l'ager publicus ("domaine public"). Les particuliers ont le droit d'y faire paître leurs troupeaux, contre le paiement d'une sorte de loyer ; mais Rome en a utilisé de larges portions pour fonder des colonies de citoyens. Elle s'est ainsi déchargée d'un excédent de population, tout en installant parmi les vaincus de véritables garnisons. A la fin du IIIe siècle av. J.-C., trente colonies étaient établies au milieu des territoires des Alliés.

 

 


 

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