Noctes Gallicanae

Abrégé

d'Histoire romaine


 

Les guerres civiles

Marius et Sylla

Nobles et chevaliers

Les proscriptions

Spartacus

 

 

 

La République se meurt...

Au cours des guerres de conquête, se rompt à l'intérieur l'équilibre entre les classes sociales péniblement réalisé au IIIe siècle : la noblesse prétend tirer tous les bénéfices des conquêtes.

 

Nobles et chevaliers : les ordres

On appelle nobles, nobiles, ceux qui, patriciens ou plébéiens, comptent un magistrat curule (consul ou préteur) dans leurs ancêtres. Ils sont riches et tirent leurs revenus de la propriété foncière.

« Officiellement, les sénateurs n'avaient pas le droit de pratiquer le commerce : toute leur fortune devait être placée en biens-fonds et il existait même depuis le IIIe siècle av. J.-C. une loi, le plébiscite Claudien, leur interdisant de posséder plus de deux ou trois navires de faible tonnage, c'est-à-dire plus qu'il ne leur était nécessaire pour assurer le transport des produits de leurs domaines. » (Pierre Grimal, professeur en Sorbonne, membre de l’Institut, La civilisation romaine.)

 

Les chevaliers, equites, pratiquent l'industrie, le commerce, la banque et la ferme des impôts.

« Les principaux bénéficiaires des conquêtes avaient été les aristocrates, qui avaient acquis des domaines immenses où leurs esclaves, en bandes innombrables, se livraient à la culture et surtout à l'élevage. Le commerce avait enrichi, de leur côté, les chevaliers qui formaient une bourgeoisie puissante et active. En face de ces classes privilégiées, la plèbe de Rome et des campagnes demeurait dans une situation économique précaire. Le développement de l'économie capitaliste, la rapacité des affairistes et des publicains, souvent associée au conservatisme sénatorial, engendrait la misère des petits propriétaires. » (ibid.)

 

Les petits propriétaires du Latium qui ont passé des années aux armées retrouvent souvent leurs terres en friche. Par ailleurs, à la suite des conquêtes, l'afflux du blé bon marché ruine les agriculteurs italiens. Ils sont couverts de dettes et doivent vendre leurs terres à bas prix à leurs créanciers et viennent chercher fortune à Rome. Les sénateurs ou nobles, qui ont racheté les petits domaines, usurpent en outre l'ager publicus. Ils louent à vil prix ces terres des vaincus confisquées au profit de l'État, et s'arrangent pour transformer avec le temps cette location en une quasi-propriété. Toute une paysannerie ruinée vient s'entasser dans Rome. D'un côté, la misère ; de l'autre, une opulence insolente :

 

On lui demanda les causes de son état et de son aspect misérable. Il répondit qu'il avait été soldat pendant la guerre contre les Sabins. Sa ferme avait été brûlée par des pillards, ses biens enlevés et son bétail emmené. Dans cette situation critique, on avait exigé de lui le paiement de l'impôt. Il avait fait des dettes; ces dettes grossies par des intérêts énormes l'avaient peu à peu dépouillé de tous ses biens, et son créancier l'avait réduit en esclavage. Là-dessus, il fit voir son dos qui portait la trace des coups reçus. (Tite-Live, Hist. rom., 28)

 

Tiberius et Gaius Sempronius Gracchus, " les Gracques ", petits-fils, par leur mère Cornelia, de Scipion l'Africain, s'inquiètent de cette situation et proposent de distribuer aux pauvres une fraction des terres appartenant à l'Etat, l'ager publicus, et de faire baisser le prix du blé à la consommation.

 

 

133 Ti. Sempronius Gracchus, tribun du peuple, fait voter une lex agraria ordonnant de distribuer aux pauvres une partie de l'ager publicus. Il est tué par P. Cornelius Scipion Nasica. Pourtant, sa loi agraire fut appliquée sous le contrôle de triumvirs. L'un de ces triumvirs était son frère Gaius. Mais le Sénat suspend l'application de la loi, quand il s'agit de lotir l'ager publicus de Campanie : beaucoup de sénateurs sont locataires des riches terres campaniennes.

 

130 Le censeur Q. Metellus Numidicus invite les citoyens romains à avoir des enfants.

 

Q Metellus Numidicus

 

123-121 C. Sempronius Gracchus reprend la lutte, avec plus de prudence que son frère. Il fait voter plusieurs lois populaires. Les principales sont : une lex agraria ; une lex frumentaria, instituant des distributions de blé à bas prix ; une lex judiciaria qui confie les jugements aux chevaliers et non plus aux sénateurs ; une loi étendant le droit de cité. Il est réélu tribun pour l'année suivante.

 

122 Mais son collègue M. Livius Drusus le supplante dans la faveur populaire.

 

121 Gaius Gracchus est tué au cours d'une émeute par les nobles, que conduit le consul L. Opimius.

On récolte cette année-là un vin d’une qualité exceptionnelle : on en garde encore le souvenir à l’époque de Néron, puisque le Trimalchion de Pétrone fait servir du Falernvm Opimianvm annorvm centvm !

La plèbe reste dans Rome et s'y multiplie. Elle va fournir aux ambitieux du Ier siècle des soldats et des partisans armés.

 


Guerres civiles : Marius et Sylla

112-106 Guerre contre Jugurtha.

112 Jugurtha, en lutte contre son frère Adherbal, s'empare de Cirta et y massacre les marchands romains, il règne sur toute la Numidie. Le peuple romain lui déclare la guerre.

 

111 Après avoir envahi la Numidie, le consul L. Calpurnius Bestia conclut avec Jugurtha une paix peu onéreuse pour ce dernier.

 

110 Reprise de la guerre au cours de l'été.

 

109 Après un désastre pour les Romains, le consul Q. Caecilius Metellus bat Jugurtha sur le Muthrul.

 

108 Jugurtha fuit chez Bocchus, roi de Mauritanie.

 

107 Marius, consul pour la première fois et nommé par le peuple à la place de Metellus, est vainqueur de Jugurtha à Cirta (Constantine) et à Capsa.

 

C Marius

 

105 Sylla, questeur de Marius, obtient que Bocchus lui livre Jugurtha :

Il se trouvait que Bocchus depuis longtemps haïssait et craignait son gendre Jugurtha, qui, vaincu, venait de se réfugier auprès de lui. Résolu à le trahir, il appela Sylla, préférant que Jugurtha fût appréhendé et livré par celui-ci plutôt que par lui-même. Sylla, ayant communiqué l'affaire à Marius, prit avec lui quelques soldats et s'exposa au plus grand danger en se confiant à un barbare qui faisait preuve de déloyauté même à l'égard de ses plus proches parents, et en se mettant lui-même entre ses mains pour en retirer un autre. Cependant Bocchus, se voyant maître des deux et s'étant placé dans l'obligation de trahir l'un ou l'autre, après avoir balancé longtemps entre les deux partis, finit par confirmer sa première trahison et livra Jugurtha à Sylla. Ce fut, il est vrai, Marius qui eut pour ce fait les honneurs du triomphe, mais la gloire d'avoir réussi fut attribuée à Sylla par ceux qui jalousaient Marius, ce qui jeta dans l'âme de celui-ci un secret dépit. (Plutarque, Vie de Sylla, 3)

 

113-101 Guerres contre les Cimbres et les Teutons. Les Cimbres, peuple germain venu du Danemark actuel, font invasion dans le Norique. Le consul Papirius Carbo, envoyé contre eux, est battu en 113. Les Cimbres, auxquels se joignent des Helvètes, pillent la Gaule.

 

105 Les Romains sont vaincus par les Cimbres à Orange. Les Cimbres et les Teutons (autre peuplade germanique) marchent sur l'Italie.

 

102 Marius écrase les Teutons près d'Aix-en-Provence :

Alors ils résolurent de se remettre en marche, espérant passer les Alpes sans coup férir. Ils plièrent donc bagage et défilèrent le long du camp romain. C'est alors surtout que l'on se rendit compte de l'immensité de leur nombre par la longueur du temps que dura leur passage, car ils longèrent, dit-on, sans interruption le retranchement de Marius pendant six jours. Ils passaient tout près et demandaient en riant aux Romains s'ils n'avaient rien à faire dire à leurs femmes, car ils seraient bientôt auprès d'elles. Quand les barbares eurent dépassé le camp des Romains et commencèrent à s'éloigner, Marius à son tour leva le camp et les suivit pas à pas, se tenant toujours tout près en face d'eux, mais se couvrant de retranchements solides et de fortes positions, afin de passer la nuit en sûreté. [...] Les Romains les poursuivirent et en tuèrent ou prirent vivants plus de cent mille, ils s'emparèrent aussi des tentes, des chariots et des bagages. [...] Les auteurs, d'ailleurs, ne sont pas tous d'accord sur le nombre des morts. Ils disent en outre que les Massaliotes firent avec les ossements des murs d'enclos pour leurs vignes et que la terre où pourrirent les cadavres, après les pluies d'hiver, se trouva tellement engraissée et remplie en profondeur de tant de matières décomposées qu'elle produisit à la belle saison une récolte extraordinaire. (Plutarque, Vie de Marius, 18-21)

 

101 Marius bat les Cimbres à Verceil dans le Nord de l'Italie.

Ceux-ci envoyèrent réclamer à Marius, pour eux et pour leurs frères, des terres et des villes en suffisance pour s'y établir. Marius demanda à leurs députés qui étaient leurs frères. Ils nommèrent les Teutons. Tout le monde se mit à rire autour de Marius, qui leur dit d'un ton railleur : " Laissez donc là vos frères ; ils ont la terre que nous leur avons donnée et ils la conserveront toujours. " Les députés, comprenant l'ironie, l'injurièrent et le menacèrent de la vengeance immédiate des Cimbres, puis de celle des Teutons, lorsque ceux-ci seraient arrivés. Mais ils sont ici, dit Marius, et il ne serait pas bien à vous de partir avant d'avoir embrassé vos frères. En disant ces mots, il fit amener enchaînés les rois des Teutons, car, alors qu'ils fuyaient à travers les Alpes, ils avaient été pris par des Séquanes. (Plutarque, Vie de Marius, 24)

La bataille constitue un véritable massacre :

Les Romains, quand ils eurent repoussé les fuyards jusqu'à leurs retranchements, assistèrent aux scènes les plus tragiques: les femmes, vêtues de noir, dressées sur les chariots, tuaient leurs maris, leurs frères ou leurs pères qui fuyaient, puis, étouffant de leurs mains leurs enfants en bas âge, elles les jetaient sous les roues des chariots et sous les pieds des bêtes de somme avant de s'égorger elles-mêmes. On dit que l'une d'elles se pendit à l'extrémité d'un timon après avoir attaché à chacune de ses chevilles une corde enserrant le cou de ses enfants et que les hommes, faute d'arbres, se pendaient par la gorge aux cornes ou aux pattes des boeufs, puis, en les piquant de l'aiguillon, les faisaient bondir ; ils périssaient ainsi, traînés et piétinés par les bêtes. Cependant, en dépit de tous ces suicides on fit plus de soixante mille prisonniers, et l'on dit que les tués furent deux fois plus nombreux. (Plutarque, Vie de Marius, 27)

 

91-88 Guerre sociale contre les " Alliés ", socii populi Romani.

91 M. Livius Drusus tribun de la plèbe se prononce en faveur du droit de cité aux Latins.

91 Les peuples italiens particulièrement les Marses et les Samnites, se révoltent contre Rome qui leur refuse le droit de cité et massacrent en grand nombre les citoyens romains : les Italiens continuaient d'être traités par Rome plus en vaincus qu'en alliés.

 

90 Les deux consuls, L. Julius Caesar et Rutilius Lupus, sont battus dans l'Apennin. Suivent des victoires sans conséquences de Julius Caesar et de Marius.

 

90 Lex Julia, donnant le droit de cité aux villes non révoltées qui le demandent.

 

89 Victoires de Sylla en Campanie et dans le Samnium.

89 Les lois Plautia Papiria et Pompeia accordent le droit de cité aux Italiens.

 

88 Soumission complète de l'Italie.

 

88-85 Première guerre contre Mithridate.

88 Mithridate VI Eupator (né en 132), roi du Pont, s'empare de l'Asie où il fait massacrer 80000 Italiens, passe en Grèce où il gagne l'alliance d'Athènes, de la Béotie et du Péloponnèse. Par peur d'être empoisonné, il absorbe régulièrement de petites doses de poison pour se prémunir : c'est la mithridatisation.

Les guerres contre Mithridate sont d'abord dirigées par Sylla, puis par Lucullus. Il s'agit de défendre les possessions romaines et aussi (surtout ?) de réaliser d'énormes bénéfices dans une région très riche.

 

L Licinius Lucullus

 

88-82 Première guerre civile (entre Marius et Sylla).

 

88 Marius obtient de remplacer Sylla dans le commandement de la guerre contre Mithridate. Sylla, à la tête de ses légions, s'empare de Rome, chasse les partisans de Marius et modifie la constitution dans le sens aristocratique. Marius s'est enfui en Afrique.

 

L Cornelius Sylla

 

87 Sylla quitte l'Italie pour assiéger Athènes, des troubles éclatent à Rome. Le consul Cinna, ennemi de Sylla, est banni par son collègue ; mais il revient avec Marius, qui a débarqué en Étrurie, et tous deux s'emparent de Rome. Marius exerce d'affreuses représailles (proscriptions), mais meurt subitement (13 janvier 86).

 

86 Prise d'Athènes par Sylla ; victoires de Sylla en Béotie, à Chéronée et à Orchomène, sur les généraux de Mithridate.

 

86 Mort de Marius. Le pouvoir reste au parti populaire. Paix conclue à Dardanos, entre Sylla et Mithridate.

 

83-82 Deuxième guerre contre Mithridate : l'armée romaine est commandée par le propréteur Murena.

 

83 A demi victorieux de Mithridate, Sylla débarque à Brindes, à la tête de son armée pour mettre à la raison ses adversaires politiques. C'est la Seconde Guerre Civile.

 

82 Aidé de Q. Metellus, Sylla est vainqueur des Marianistes en Italie, tandis que Pompée triomphe de ceux-ci en Afrique et en Sicile ; mais le chef démocrate Q Sertorius se retire en Espagne qui se soulève.

 

Sylla entre à Rome.

Il rassembla six mille hommes au total, dans le cirque à Rome et en même temps convoqua le sénat au temple de Bellone. Au moment même où il commençait à parler, des soldats désignés pour cette tâche se mirent à massacrer les six mille hommes. Naturellement les cris de tant d'hommes que l'on égorgeait dans un étroit espace furent entendus des sénateurs, saisis d'épouvante. Mais Sylla, continuant son discours d'un air calme et impassible, les pria de n'être attentifs qu'à ses paroles, sans se préoccuper de ce qui se passait au dehors, car il ne s'agissait que de quelques criminels que l'on châtiait sur son ordre. (Plutarque, Vie de Sylla, 30) Appien (I, 93) parle de 8000 prisonniers (même nombre dans les Periochae) massacrés à coup de javelots ÷ti SaunÝtai tò pl¤on ·n parce que la plupart étaient Samnites. Appien aurait pu ajouter « et Marses » : la guerre sociale n’était pas loin et les Italiens qui n’avaient pas oublié les brutalités de Sylla s’étaient ralliés à ses adversaires. Voyez ma page sur la Campanie.

 

« [Sylla] mit en place une procédure d'élimination des membres de l'aristocratie qui avaient été partisans d'une guerre à outrance : ce furent environ 520 sénateurs et chevaliers qui furent frappés par la proscription qui équivalait à une condamnation à mort obligatoire en tous lieux et en tous temps, mais assortie de peines accessoires terribles : privation de sépulture, mutilation du cadavre, abolition de la mémoire, confiscation de tout le patrimoine et exclusion de la cité des fils et petits-fils. C'est ce caractère systématique d'une répression qui visait à éradiquer les familles des ennemis les plus irréductibles (cette éradication ayant en outre pour fonction d'éviter que les descendants puissent un jour réclamer vengeance) aussi bien que le caractère spectaculaire de la procédure (affichage des noms, exécutions publiques, exposition des têtes au Forum) qui ont fait de la proscription la forme d'épuration la plus terrible que Rome ait connue, même si, en fait, les exemples de règlements de comptes sur une grande échelle et avec des actes de cruauté inouïe ne manquent pas dans cette période. » (François Hinard, professeur en Sorbonne, La République romaine).

 

Les proscriptions

Sylla fait afficher (pro-scribo) des listes de noms.

¤j¡yhke leleukvm¡non pÛnaka ¤w ùn ¤n¡grafe tŒ ônñmata il fit exposer des planches peintes en blanc sur lesquelles il fit écrire les noms. Dion Cassius, XXXIII, 109, 12.

 

Quoi qu'il en soit, Sylla proscrivit aussitôt quatre-vingts personnes, sans en avoir référé à aucun magistrat. L'indignation générale ne l'empêcha pas d'en proscrire deux cent vingt autres le surlendemain, et autant le jour suivant. Dans un discours qu'il tint au peuple sur ce sujet, il déclara qu'il proscrivait tous ceux dont il se souvenait, et que ceux qu'il avait oubliés jusqu'à ce moment, il les proscrirait plus tard. Il proscrivait aussi ceux qui avaient accueilli et sauvé un proscrit et punissait de mort cet acte d'humanité, sans faire d'exception pour les frères, les fils ou les parents des personnes en cause. Au meurtrier il allouait deux talents pour salaire de l'assassinat, fût-ce un esclave qui avait tué son maître ou un fils, son père. [...] Les proscriptions ne furent pas limitées à Rome, mais s'étendirent à toutes les villes d'Italie. Ni sanctuaire d'un dieu ni foyer d'un hôte, ni maison paternelle n'était à l'abri de la souillure des meurtres : on égorgeait les hommes auprès de leurs femmes et les enfants auprès de leurs mères. Plutarque, Vie de Sylla, 31

 

Mais beaucoup de Romains, paraît-il, figurent sur ces listes plus pour leurs richesses que convoite l'entourage de Sylla que pour leurs opinions politiques :

Le nombre de ceux qui furent tués par rancune ou par haine n'était rien en comparaison de ceux que l'on faisait mourir à cause de leurs richesses. On pouvait entendre dire aux exécuteurs : Celui-ci, c'est sa grande maison qui l'a tué ; celui-là, c'est son jardin ; cet autre, ses eaux thermales. Quintus Aurelius, qui était étranger à la politique et pensait n'avoir d'autre part aux malheurs publics que sa compassion pour les victimes, descendit au Forum et lut la liste des proscrits. Il y trouva son nom. Hélas, malheureux ! s'écria-t-il, c'est mon domaine d'Albe qui m'entraîne à ma perte. A peine avait-il fait quelques pas qu'il fut égorgé par un homme qui l'avait suivi.

 

 

82-80 Sylla exerce le pouvoir.

õ d¢ Sællaw bÛ& m¢n kaÜ Žn‹gkú, lñgÄ d'aßretñw, ¤w aÞeÜ dikt‹tvr genñmenow ÷mvw...

mais Sylla, devenu dictateur à vie, théoriquement par élection, pratiquement par la force et par la contrainte... Appien, B.C. I, 3.

Sylla avait déjà annoncé qu'il était prêt à assumer cette fonction [celle de dictateur] : mais comme cette magistrature n'avait pas été renouvelée depuis la deuxième guerre punique, il n'y fut pas « nommé », mais élu par le suffrage populaire (dans les derniers jours de l'année 82) et il se choisit comme maître de cavalerie l'interroi qui avait proposé son nom aux comices. Sa fonction était définie par l'intitulé dictator legibus scribundis et rei publica constituendae, formule qui peut se rendre par l'équivalent « dictateur à pouvoirs constituants. » (François Hinard, ibid.).

Legibus novis rei pub. statum confirmavit, tribunorum pleb. potestatem minuit et omne ius legum ferendarum ademit, pontificum augurumque collegium ampliavit ut essent XV, senatum ex equestri ordine supplevit, proscriptorum liberis ius petendorum honorum eripuit et bona eorum vendidit, ex quibus plurima primo rapuit.

Par de nouvelles lois, il renforça la stabilité de l’état : il diminua le pouvoir des tribuns et leur ôta le droit en toutes circonstances de proposer des lois, il augmenta le nombre des membres du collège des pontifes et des augures en le portant à 15, il compléta le sénat en y admettant des gens de l’ordre équestre, il supprima aux enfants des proscrits le droit de briguer les magistratures et vendit leurs biens, non sans en détourner au passage la majeure partie. Periochae, 89.

Ajoutons une œuvre importante dans le domaine judiciaire tout comme dans le domaine politique.

 

79 Départ de Sylla.

Toè d' ¤piñntow ¦touw Sællaw kaÛper Ìn dikt‹tvr ¤w êpñkrisin ÷mvw kaÜ sx°ma dhmokratik°w Žrx°w êp¡sth kaÜ ìpatow aïyiw gen¡syai sçn Met¡llÄ tÒ EésebeÝ L’année suivante (~81) bien qu’il fût dictateur, Sylla se chargea, à la fois pour jouer le jeu et conserver la forme d’un gouvernement démocratique, a d’un second consulat avec pour collègue Metellus Pius. Appien, B.C., I, 103.

Il est clair, maintenant, que Sylla n'a pas voulu établir une monarchie comme le pensait Jérôme Carcopino, mais qu'au contraire tout son effort a été de rétablir la République dans son fonctionnement idéal : la preuve en est qu'il abdiqua la dictature avant la fin de l'année 81 pour revêtir ensuite le consulat, puis se retirer de la vie politique. (F. Hinard, ibid.).

Il abandonna le pouvoir suprême alors même qu’il ne subissait d’attaque de personne. Voilà qui est pour moi un sujet d’étonnement et d’admiration : Sylla le premier et le seul jusqu’ici, sans y avait été contraint par personne abandonne un pouvoir aussi considérable, et non pas en faveur de ses fils, comme Ptolémée en Égypte ou Ariobarzane en Cappadoce ou Seleucus en Syrie, mais en faveur de ceux-là même sur lesquels il avait régné ! [...]

Il licencia ses licteurs avec leurs haches et repoussa ses gardes du corps puis, seul, simplement accompagné de ses amis, il se promena longtemps sur le forum, et la foule le regardait toute pleine encore de crainte. C’est au moment où il prenait le chemin de sa maison qu’un gamin lui adressa des reproches et, comme personne ne l’écartait, il osa le suivre jusqu’à sa maison en lui lançant des plaisanteries douteuses. Les hommes et les cités les plus puissants avaient essuyé l’extrême violence du caractère de Sylla, et pourtant, il supporta impassiblement ce gamin et arriva ainsi devant sa maison. Alors, il prédit l’avenir soit par clairvoyance soit par hasard en disant : « Ce gamin que voici a rendu impossible désormais qu’un autre homme disposant d’un pouvoir comme le mien puisse l’abandonner ! » Appien, G.C., I, 103-104.

 

Quelques mois après, dit Plutarque, pendant un spectacle, Sylla sentit qu’on arrachait un fil de sa toge. Surpris, il se retourna et vit une charmante jeune femme qui lui dit :

« oéd¢n deinñn, aétñkrator, ŽllŒ boælomai t°w s°w kŽgÆ mikròn eétuxÛaw metalabeÝn. »

« Ne t’inquiète pas, imperator, je veux seulement prendre moi aussi une petite part à ta chance ! »

Sylla tombe immédiatement sous le charme, apprend qu’il s’agit d’une jeune veuve nommée Valeria, fille de Valerius Messala... œillades, sourires ... et mariage.

 

78 Mort de Sylla.

 

78-77 Agitation du consul Lepidus qui excite la plèbe et les paysans dépossédés par les vétérans de Sylla, il promet l'abolition de la constitution de Sylla et se met à la tête d'une insurrection. Il est vaincu par Catulus près de Rome et en Étrurie par Pompée.

 


73 Guerre servile contre Spartacus. Un esclave thrace, Spartacus, conduit une révolte des esclaves en Italie. Dix légions sont levées pour en venir à bout.

Avant la bataille décisive, Spartacus se fit amener son cheval, tira son épée, et dit que, vainqueur, il trouverait chez les ennemis beaucoup de beaux chevaux, et que, vaincu, il n'en aurait pas besoin; là-dessus, il égorgea le cheval. (Plutarque, Vie de Crassus, 11)

Crassus, vainqueur, fait crucifier les esclaves survivants le long de la voie Appienne. Pompée achève d'anéantir les bandes qui restent en Italie.

 

M Licinius Crassus

 

74-66 Troisième guerre contre Mithridate, dirigée par L. Licinius Lucullus.

74 Mithridate occupe la Bithynie, léguée aux Romains par son roi Nicomède III.

73 Lucullus, à la tête d'une armée romaine, s'empare de la Bithynie et pénètre dans le Pont.

71 Victoire de Lucullus sur Mithridate à Cabira. Mithridate se réfugie chez son gendre Tigrane, roi d'Arménie, qui domine la Mésopotamie du Nord.

69 Victoire de Lucullus sur Tigrane à Tigranocerte.

68-67 Lucullus marche sur Artaxata, située à l'autre extrémité du royaume. Ses troupes se révoltent. Mithridate reprend l'offensive. Les Romains se retirent.

Lucullus

 

70 Pompée et Crassus consuls : la constitution de Sylla est abolie : la puissance des tribuns est relevée, les tribunaux formés de sénateurs, de chevaliers et de " tribuns du trésor ", tribuni aerarii, classe de citoyens un peu moins riches que celle des chevaliers.

 

Cn Pompeius Magnus

 

70 Procès et condamnation de Verrès.

67 Guerre des pirates. Toute la Méditerranée était infestée par des pirates que personne n'arrivait à réduire.

 

Les pirates

Plutarque, Vie de Pompée, 24 :

Déjà des hommes puissants par leur richesse, de naissance illustre et d'une intelligence estimée supérieure s'engageaient dans la piraterie et prenaient part à ce genre d'expéditions, comme si elle devaient leur apporter honneur et gloire. Il existait en beaucoup d'endroits des mouillages pour les bateaux des pirates et des postes fortifiés de signalisation ; ils ne disposaient pas seulement pour attaquer d'escadres qui, par l'importance des équipages, à habileté des pilotes, la rapidité et la légèreté des embarcations, étaient bien adaptées à leur tâche : ce qu'il y avait là de redoutable était encore moins affligeant que l'appareil odieusement fastueux de ces mâts dorés, de ces tapis de pourpre, de ces rames plaquées d'argent comme si les pirates s'enorgueillissaient et étaient fiers ; de leur malfaisance. Sur tous les rivages, ce n'étaient que musiques de flûtes ou d'instruments à cordes, scènes d'ivresse, enlèvements de grands personnages, prises de villes et rançons exigées d'elles, à la honte de la puissance romaine. Les navires des pirates dépassèrent le nombre de mille, et les cités dont ils s'emparèrent étaient plus de quatre cents [...]

Mais voici quel fut le comble de leur insolence : quand un de leurs prisonniers s'écriait qu'il était Romain et disait son nom, ils simulaient la stupeur et la crainte, ils se frappaient les cuisses et tombaient à ses pieds en implorant son pardon et lui se fiait à leur posture humble et suppliante. Puis ils le chaussaient à la romaine et lui mettaient une toge, pour éviter, disaient-ils, qu'il ne fût pas reconnu une autre fois. Après s'être ainsi moqués de lui et l'avoir bafoué longtemps, finalement ils jetaient une échelle qui donnait sur la pleine mer et lui enjoignaient de descendre et de partir, accompagné de leurs bons voeux ; s'il refusait, ils le poussaient dans l'eau et le noyaient.

 

 

La lex Gabinia, donne à Pompée des pouvoirs très étendus pour leur faire la guerre. En trois mois, il détruit complètement la piraterie.

 

66 La lex Manilia confie à Pompée, récemment vainqueur des pirates, le commandement de la guerre contre Mithridate. Pompée est vainqueur et reçoit la soumission de Tigrane. Mithridate s'enfuit.

 

61 Pompée organise la province romaine de Pont et Bithynie. Il passe en Syrie et crée la province romaine de Syrie.

 

63 Pompée intervient dans les affaires de Judée et entre à Jérusalem. Mithridate, abandonné par son fils Pharnace et ses troupes, se fait tuer par un garde du corps, après avoir essayé en vain de se suicider par le poison.

 

63 Conjuration de Catilina. L. Sergius Catilina, à la tête de patriciens endettés et d'autres mécontents, cherche à s'empare de Rome. Le consul Cicéron découvre la conspiration, prononce les Catilinaires, fait exécuter les complices de Catilina à Rome.

 

M Tullius Cicero

 

62 Catilina, qui s'était mis à la tête d'une armée, est vaincu et tue à Pistoia en Etrurie.

 

62 Pompée revient d'Asie à la fin de l'année. Il licencie ses troupes et rentre à Rome où il reçoit l'un des triomphes les plus grandioses.

 


 

Histoire de Rome: sommaire général

La république romaine de ~509 à ~275

La république romaine de ~264 à ~146

La république romaine de ~146 à ~62

La république romaine de ~60 à ~27