get' Î Sprtaw ¦noploi koèroi
potÜ tn
Arevw
kÛnasin
Venez
jeunes gens armés de Sparte
à la
danse d'Arès
Les citations proviennent
des textes suivants :
Lyc. : Plutarque, Vie de
Lycurgue ;
Paroles : Plutarque, Apophtegmes
lacédémoniens (autrement dit « Paroles de
Spartiates » !) ; Paroles de femmes spartiates.
Coutumes : Plutarque, Coutumes des
Spartiates ;
Rép. : Xénophon, La
République des Lacédémoniens. (Traduction de P. Chambry,
Garnier-Flammarion).
PerÜ Lukoærgou toè
nomoy¡tou kayñlou m¢n oéd¢n ¦stin eÞpeÝn namfisb®thton...
« sur Lycurgue le législateur, on
ne peut absolument rien dire qui ne soit discutable », écrit Plutarque au début
de sa Vie de Lycurgue.
Lycurgue aurait vécu au VIIIe siècle et
aurait donné à Sparte ses institutions : deux rois (basileÝw), héréditaires, qui exercent des pouvoirs essentiellement religieux et
militaires, et un Sénat de vingt-huit membres, âgés de plus de soixante ans (gerousÛa). On créera plus tard cinq éphores (¦forow, « le surveillant ») aux pouvoirs très étendus.
« Voici
encore d'autres usages opposés à ceux du reste de la Grèce que Lycurgue a
établis à Sparte. Dans les autres états, tout le monde s'enrichit tant qu'il
peut : l'un cultive la terre, l'autre arme un vaisseau, un troisième fait
du commerce, les autres vivent de différents métiers.
A Sparte,
Lycurgue a défendu aux hommes libres de toucher à aucune affaire
d'argent ; assurer la liberté de l'État, telle est, selon lui, la seule
affaire qu'ils doivent regarder comme la leur. Et en effet pourquoi
rechercherait-on la richesse là où le législateur, en ordonnant d'apporter la
même part à la table commune et de vivre du même régime, a fait en sorte qu'on
ne désire pas l'argent pour mener une vie luxueuse. Ce n'est pas non plus pour
des habits qu'on voudrait s'enrichir ; la parure d'un Spartiate n'est pas
dans le luxe des vêtements, mais dans la bonne constitution de son corps. Ce
n'est pas non plus pour avoir de quoi dépenser en faveur de ses commensaux
qu'il faudrait amasser de l'argent, puisque Lycurgue a établi qu'il est plus
glorieux de servir ses amis en travaillant de ses mains qu'en prodiguant
l'argent. Il a fait voir que l'un est
l'oeuvre du coeur, l'autre, l'oeuvre de la richesse. » Rép. 7.
Parmi les particularités de la constitution
spartiate qui surprenaient les autres Grecs, on peut citer :
Le partage des
terres, qui a pour but d’éliminer de Sparte nos®mata
politeÛaw ploèton kaÜ penÛan « les maladies sociales que sont la
richesse et la pauvreté ».
Eneime t¯n
llhn toÝw perioÛkoiw Lakvnik¯n trismurÛouw kl®rouw, t¯n d' eÞw tò stu t¯n Sprthn
sunteloèsan ¤nakisxilÛouw: tosoètoi gr ¤g¡nonto kl°roi SpartiatÇn.
« [Lycurgue] partagea la Laconie
en trente mille lots pour les périèques et la partie qui était tributaire de la
ville de Sparte en neuf mille lots : chacun de ceux-ci fut attribué à un
Spartiate »
Lyc, 8.
La monnaie de fer qui sur le plan intérieur
devait assurer l’égalité entre les citoyens, en supprimant toute
cupidité :
PrÇton m¢n gr
kurÅkaw pn nñmisma xrusoèn kaÜ rguroèn, mñnÄ xr°syai tÒ sidhrÒ
pros¡taje: kaÜ toætÄ d' pò polloè staymoè kaÜ ögkou dænamin ôlÛghn ¦dvken,
Ëste d¡ka mnÇn moib¯n poy®khw te meglhw ¤n oÞkÛ& deèsyai
kaÜ zeægouw gontow « Tout d’abord, ayant ôté toute valeur à la monnaie
d’or et d’argent, il décida qu’on n’emploierait plus que la monnaie de fer, à
laquelle il ne fixa qu’une faible valeur pour un poids et un volume importants.
Ainsi, celui qui recevait une somme de dix mines avait besoin d’une grande
salle chez lui pour la ranger et d’un attelage pour la transporter » Lyc, 9.
Non seulement cette monnaie était malcommode, mais
encore dépourvue de toute valeur réelle puisque ce fer recevait un traitement
qui le rendait impropre à tout autre usage.
De plus, Lycurgue supprimait ainsi toute possibilité
de commerce extérieur :
Oéd' ¤p¡baine t°w
Lakvnik°w oé sofist¯w lñgvn, oé mntiw gurtikñw, oéx ¥tairÇn trofeæw,
oé xrusÇn tiw, oék rgurÇn kallvpismtvn dhmiourgñw. Il ne venait en
Laconie ni professeur d'éloquence, ni devin charlatan, ni proxénète, ni fabricant
de bijou d’or ou d’argent. Lyc, 9.
L’essor de l’artisanat utile :
par contre, tout ce qui servait à la vie en commun
était l’objet d’une attention particulière, comme par exemple les lits, sièges
et tables sans oublier le matériel militaire comme le fameux kÅyvn, gobelet du soldat.
phllagm¡noi
gr oß dhmiourgoÜ tÇn xr®stvn, ¤n toÝw nagkaÛoiw ¤pedeÛknunto
t¯n kallitexnÛan les artisans débarrassés des travaux inutiles montrèrent tout leur
talent dans les objets indispensables. Lyc, 9.
Ajoutons qu’à Sparte la surveillance des citoyens
s’exerce en permanence et que la délation est encouragée :
« Les
éphores choisissent parmi ceux qui sont dans la force de l'âge trois hommes
qu'on appelle hippagrètes. Chacun de
ceux-ci en enrôle cent autres et donne les raisons pour lesquelles il les
préfère et exclut les autres. Ceux qui n'ont pas eu l'honneur d'être choisis
deviennent les ennemis et de ceux qui les ont rejetés et de ceux qui leur ont été
préférés, et ils s'observent les uns les autres, pour voir s'ils commettent
quelque manquement aux lois de l'honneur.
Et telle est cette rivalité très
agréable aux dieux et très utile à l'État, qui fait accomplir tous les devoirs
exigés d'un honnête homme, qui fait déployer tous ses efforts à chacun des deux
partis pour maintenir toujours sa vertu entière, et qui porte chaque membre à
secourir l'État, s'il le faut, de toutes ses forces. » Rép. IV.
Lycurgue fonda sa constitution sur trois lois
fondamentales qu’il appela des « rhètres ». Le mot =®tra désigne la convention orale, la loi non écrite et fondée sur la parole
divine.
La première interdisait les lois écrites, afin de
faciliter l’évolution des lois et de ne pas se rendre esclave de leur
lettre ;
La deuxième proscrivait le luxe et imposait de
n’utiliser que la hache dans la construction des plafonds et la scie pour les
portes : qui aurait l’envie de vivre luxueusement dans une maison aussi
grossière ?
La troisième interdisait de faire la guerre
plusieurs fois de suite aux mêmes ennemis de peur qu’ils ne s’aguerrissent.
[T¯n paideÛan] m¡giston
²geÝto toè nomoy¡tou kaÜ klliston ¦rgon eänai
Lycurgue pensait que l'éducation était le
travail le plus important et le plus beau d'un législateur. (Lyc. 14)
« Quand un enfant lui naissait, le
père n'était pas maître de l'élever : il le prenait et le portait dans un
lieu appelé l¡sxh, où siégeaient les plus anciens de la tribu.
Ils examinaient le nouveau-né. S'il était bien conformé et robuste, ils
ordonnaient de l'élever et lui assignaient un des neuf mille lots de terre. Si,
au contraire, il était mal venu et difforme, ils l'envoyaient en un lieu appelé
les Apothètes, qui était un précipice du Taygète. Ils jugeaient, en effet,
qu'il valait mieux pour lui-même et pour l'État ne pas le laisser vivre, du
moment qu'il était mal doué dès sa naissance pour la santé et pour la force.
[...] De là vient aussi que les femmes ne lavaient pas les nouveau-nés avec de
l'eau, mais avec du vin : elles voulaient ainsi éprouver leur
constitution. Les nourrices, de leur côté, étaient soigneuses et
expertes : au lieu d'emmailloter les bébés qu'elles élevaient, elles
laissaient entièrement libres leurs membres et tout leur corps ; elles les
habituaient à n'être point difficiles ni délicats sur la nourriture, à ne pas
s'effrayer des ténèbres, à ne pas craindre la solitude, à s'abstenir des
caprices vulgaires, des larmes et des cris. » (Lyc. 16)
L’enfant est soigné par les femmes et joue jusqu'à
sept ans. Au-delà, garçons et filles sont élevés en commun sous la direction de
fonctionnaires, les pédonomes (paidonñmow), et sous la surveillance
des garçons les plus âgés, les irènes (õ eàrhn), qui ont le droit de les
frapper et leur infliger des privations.
Leur éducation vise d’abord à faire d’eux de bons
citoyens-soldats :
Lkvn ¤rvthyeÜw
tÛ ¤pÛstatai, eäpen "¤leæyerow eänai." Un Spartiate à qui on demandait
ce qu’il avait appris répondit : « à être libre ». Paroles,
234
Le reste n’a que peu d’importance à leurs
yeux :
Grmmata §neka
t°w xreÛaw ¤mnyanon... ² d¢ paideÛa ·n aétoÝw pròw tò rxesyai kalÇw kaÜ
kartereÝn ponoènta kaÜ maxñmenon nikn µ poyn¹skein « ils n’apprenaient
à lire et écrire que pour des raisons pratiques… On leur enseignait à obéir
sans hésiter, à supporter vaillamment les fatigues, à vaincre ou à mourir en
combattant »
Coutumes, 4.
Par contre, ils apprennent à chanter et à danser en
mesure, le lyrisme choral jouant un rôle important dans les fêtes de la
cité :
« Il n’est pas mauvais, pour en
donner une idée, de citer un exemple. Dans les fêtes, on formait trois choeurs
correspondant aux trois âges. Celui des vieillards chantait le premier :
m¡w pok' ·mew lkimoi neanÛai [²meÝw pot' ·men...]
Nous, nous étions autrefois de vaillants
jeunes gens.
Celui des hommes dans la force de l’âge
répondait :
m¢w d¢ g' eÞm¡w aÞ d¢ l»w peÝran lab¡ [²meÝw d¡ g'¤sm¡n, eÞ d' ¤yel»w ...]
Nous, nous le sommes aujourd'hui; si tu
veux, mets-nous à l'épreuve.
Et le troisième, celui des
enfants :
m¢w d¡ g' ¤ssñmeya pollÒ krronew [²meÝw d¡ g' ¤sñmeya pollÒ kreÛtonnew]
Quant à nous, nous serons plus audacieux
encore. »
(Lyc. 21)
Les jeunes Spartiates marchent sans chaussures,
courent nus, couchent sur la dure. Les repas sont pris en commun et la
nourriture est grossière. On les entraîne à la hardiesse et à la ruse, voire au
vol. Mais ceux qui se font prendre sont battus et privés de nourriture. On
connaît l’anecdote célèbre :
L¡getaÛ tiw ³dh skæmnon
lÅpekow keklofÆw kaÜ tÒ tribvnÛÄ perist¡llvn, sparassñmenow êpò toè yhrÛou
t¯n gast¡ra toÝw önuji kaÜ toÝw ôdoèsin, êp¢r toè layeÝn ¤gkarterÇn poyaneÝn
« Un enfant qui avait dérobé un
renardeau et le tenait caché sous son manteau, laissa, dit-on, la bête lui
déchirer le ventre avec ses griffes et les dents : pour ne pas être
découvert, il supporta la douleur jusqu’à en mourir. » (Lyc. 18)
De seize à dix-neuf ans, l'adolescent est dit eàrhn (« mâle »). Il subit une série d'initiations, manoeuvres
militaires, exercices sportifs de lancer et d'escrime, missions secrètes,
épreuves d'endurance, flagellations (diamastÛgvsiw) :
Oß paÝdew par' aétoÝw
jainñmenoi mstiji di' ÷lhw t°w ²m¡raw ¤pÜ toè bvmoè t°w OryÛaw Art¡midow
m¡xri yantou pollkiw diakarteroèsin ßlaroÜ kaÜ gaèroi, millÅmenoi
perÜ nÛkhw pròw ll®louw, ÷stiw aétÇn ¤pÜ pl¡on te kaÜ mllon karter®seie
tuptñmenow: kaÜ õ perigenñmenow ¤n toÝw mlista ¤pÛdojñw ¤sti. KaleÝtai d¢
² milla diamastÛgvsiw: gÛgnetai d¢ kay' §kaston ¦tow « Chez les Spartiates, les garçons étaient frappés à coups
de fouet toute une journée sur l’autel d’Artémis Orthia, souvent presque jusqu’à
la mort, et supportaient cette épreuve avec gaîté et orgueil, rivalisant les
uns avec les autres pour la victoire, à celui d’entre eux qui supporterait
d’être battu le plus longtemps et qui recevrait le plus grand nombre de coups.
Celui qui l’emportait était tenu en toute particulière estime. On appelait ce
concours « la flagellation » et il avait lieu chaque
année » Coutumes
40.
Parfois on les oblige à tuer des hilotes, en
cachette, c’est ce que l’on appelle la krupteÛa :
Hn d¢ toide:
tÇn n¡vn oß rxontew di xrñnou toçw mlista noèn ¦xein dokoèntaw eÞw
t¯n xÅran llot' llvw ¤j¡pempon, ¦xontaw ¤gxeirÛdia kaÜ trof¯n nagkaÛan,
llo d' oéd¡n: oß d¢ mey' ²m¡ran m¢n eÞw sund®louw diaspeirñmenoi tñpouw p¡krupton
¥autoçw kaÜ nepaæonto, næktvr d¢ katiñntew eÞw tw õdoçw tÇn eßlÅtvn
tòn liskñmenon p¡sfatton « Voici en quoi consistait la
cryptie. Les chefs des jeunes gens envoyaient de temps à autre dans la
campagne, tantôt ici, tantôt là, ceux qui passaient pour être les plus
intelligents, sans leur laisser emporter autre chose que des poignards et les
vivres nécessaires. Pendant le jour, ces jeunes gens, dispersés dans des
endroits couverts, s'y tenaient cachés et se reposaient ; la nuit venue,
ils descendaient sur les routes et égorgeaient ceux des hilotes qu'ils
pouvaient surprendre. » (Lyc. 28)
A vingt ans, le jeune homme est soldat et il le
reste jusqu’à soixante ans. Discipline rude : la moindre faute est punie
de la bastonnade, les autres de la perte des droits civiques, de la
dégradation, de la mort. L'infanterie lourde des hoplites vêtus de rouge
pourpre combat en lignes horizontales et doit mourir plutôt que de reculer.
A trente ans, l'homme peut et doit se marier. Il a
vu depuis longtemps sa compagne s'entraînant nue comme lui aux exercices
physiques, aux coups et aux pas cadencés, pour le plus grand scandale des
autres Grecs : le poète Ibycos de Rhégion qualifie les femmes de Sparte de
fainomhrÛdew, « montre-cuisses ».
Anacréon
(fragm. 399) emploie le verbe dvrizein au sens de « se montrer
nue en parlant d’une femme ».
« Les autres Grecs veulent que les
jeunes filles vivent comme la plupart des artisans, qui sont sédentaires, et qu'elles
travaillent la laine entre quatre murs. Mais comment peut-on espérer que des
femmes élevées de la sorte aient une magnifique progéniture ? Lycurgue, au
contraire, pensa que les esclaves suffisaient à fournir les vêtements, et,
jugeant que la grande affaire pour les femmes libres était la maternité, il
commença par établir des exercices physiques pour les femmes, aussi bien que
pour le sexe mâle ; puis il institua des courses et des épreuves de force
entre les femmes comme entre les hommes, persuadé que si les deux sexes étaient
vigoureux, ils auraient des rejetons plus robustes. » Xénophon, Rép. Lac., 1.
Viros
commemoro : qualis tandem Lacaena ? quae cum filium in proelium
misisset et interfectum audisset : « Idcirco, inquit, genueram ut
esset qui pro patria mortem non dubitaret occumbere.
Je prends des exemples d’hommes. Que dire de la
femme spartiate ? Celle qui avait envoyé son fils au combat et qui en
apprenant sa mort dit : « C’est pour cela que je l’avais mis au
monde, pour qu’il soit de ceux qui n’hésitent pas à trouver la mort pour leur
patrie. » Cicéron, Tusculanes,
I, 42.
Les filles de Sparte qui reçoivent à peu près la
même éducation que les garçons jouissent d’un grand respect et d’une liberté
inhabituelle en Grèce :
EÞpoæshw gr
tinow, Éw ¦oike, j¡nhw pròw aét¯n [t¯n GorgÆ t¯n LevnÛdou gunaÝka] Éw "Mñnai tÇn ndrÇn rxey' êmeÝw aß Lkanai",
"Mñnai gr, ¦fh, tÛktomen ndraw". A une femme, une étrangère comme on le voit, qui lui disait:
"Vous, les Lacédémoniennes, vous êtes les seules qui commandiez aux
hommes", [Gorgo, la femme de Léonidas] répondit: "parce que nous
sommes les seules qui mettions au monde des hommes!". Lyc. 15
Une fois marié, le Spartiate reste soumis à
l'inspection des magistrats qui viennent vérifier s'il n'y a pas de luxe,
d'argent et d'or au foyer, s'il n'exerce pas secrètement un métier manuel, si
sa vie privée est conforme à la morale :
« Un étranger demandait à Géradas
de Sparte quel était chez eux le châtiment des adultères :
— Étranger, répondit-il, il n'y a
pas d’adultère chez nous.
— Mais s'il y en avait ?
reprit l’étranger.
— Il serait condamné, dit Géradas,
à payer le prix d’achat d'un grand taureau qui, en se penchant du haut du
Taygète, pourrait boire dans l'Eurotas.
— Mais est-il possible, dit
l'étranger étonné, qu'on puisse trouver un si grand taureau ?
— Mais est-il possible, répliqua
Géradas en riant, qu'on puisse trouver un adultère à Sparte ? » Lyc. 15
En principe, le Spartiate ne mange pas chez
lui : il prend ses repas avec ceux de son corps d'armes. Ce sont les fidÛtia. Les convives, assis, se répartissent en groupes de quinze, les sussÛtia (de sæn « ensemble » et sÛton « nourriture,
blé »). Chacun paie sa quote-part avec les revenus de son lot de terre
publique. Celui qui ne peut pas payer perd ses droits civiques.
TÇn eÞsiñntvn eÞw
t sussÛtia ¥kstÄ deiknævn õ presbætatow tw yæraw: "di
toætvn, fhsÛn, oédeÜw ¤j¡rxetai lñgow". A chacun de ceux
qui entraient dans les syssities, le plus ancien disait en montrant les
portes : « A travers elles, pas un mot ne sort de ce qui se dit
ici » Coutumes, 1.
Ces repas frugaux paraissent très mauvais au goût
des étrangers, en particulier le fameux « brouet noir » :
« On dit que Denys, le tyran de
Sicile, avait pour cette raison acheté un cuisinier spartiate et lui avait
ordonné d’en préparer sans craindre la dépense ; qu’il y goûta et le
recracha, écoeuré. Alors le cuisinier lui dit :
Î basileè, toèton
deÝ tòn zvmòn gumnasmenon LakvnikÇw kaÜ tÒ EérÅt& leloum¡non ¤pocsyai.
Roi, ce brouet, il faut d’abord avoir
fait l’exercice à la spartiate et s’être baigné dans l’Eurotas pour le
consommer »
Coutumes, 2.
Cicéron dans les Tusculanes (V, 34) avait raconté une variante de la même
anecdote :
Victum
Lacedaemoniorum in philitiis nonne videmus ? Ubi cum tyrannus cenavisset
Dionysius, negavit se iure illo nigro, quod cenae caput erat, delectatum. Tum
is qui illa coxerat : « Minime mirum ; condimenta enim defuerunt.
– Quae tandem ? inquit ille. – Labor in venatu, sudor, cursus ab
Eurota, fames, sitis. His enim rebus Lacedaemoniorum epulae condiuntur ». Ne
savons-nous pas la nourriture des Lacédémoniens dans leurs philities ? C’est
là que Denys le Tyran qui venait d’y prendre son dîner affirma ne pas avoir
aimé leur fameux brouet noir, qui constituait le plat principal. Celui qui
l’avait préparé lui répondit alors : « Ce n’est pas étonnant, il
manquait des ingrédients. – Lesquels ? demanda Denys. – La
fatigue de la chasse, la sueur, la course depuis l’Eurotas, la faim, la soif.
C’est avec tous cela que les repas des Lacédémoniens sont assaisonnés. »
|
zÅmow m¡law Recette donnée par le Guide Grec Antique, Hachette,
d’après Athénée. |
« Un Spartiate s’arrêta un jour
dans une auberge et donna un morceau de viande au patron pour qu’il le fasse
cuire. Celui-ci lui demanda du fromage et de l’huile [pour accompagner la
cuisson].
TÛ, ¦fh, eÞ turòn
eäxon, ¦ti n ¤deñmhn öcou ;
Quoi? dit le Spartiate, si j’avais du
fromage, tu crois que j’aurais besoin de viande ? » Paroles.
Les enfants ont le droit d'assister, sans manger,
aux repas des adultes qui ne s'enivrent jamais, et de profiter de l'édifiante
conversation des guerriers :
« On forçait des hilotes à boire
beaucoup de vin pur et on les introduisait aux syssities pour faire voir aux
jeunes gens ce que c'était que l'ivresse. On leur faisait chanter des chansons
et danser des danses vulgaires et grotesques, en leur interdisant celles des
hommes libres. » Lyc. 28
Les Spartiates, « Lacédémoniens » ou
« Laconiens », apprennent à dire le plus de choses possible en aussi
peu de mots que possible : d’où l’expression « laconique ».
FilÛppou toè Makedñnow
prostttontñw tina di' ¤pistol°w, nt¡gracan oß Lakedaimñnioi « perÜ Ïn ²mÝn ¦gracaw, Oë. »
Comme Philippe
de Macédoine leur imposait certaines dispositions par lettre, les Lacédémoniens
répondirent : « A propos de ce que tu nous as écrit, c’est non ». Paroles, 235.
SamÛvn presbeutaÝw
makrologoèsin ¦fasan oß Spartitai: « t m¢n prta ¤pilelsmeya, t d¢ ìstera oé sun®kamew
di tò t prta ¤pilelsyai. »
Aux
ambassadeurs de Samos qui tenaient de longs discours, les Spartiates
répondirent : « Nous avons oublié le début et nous n’avons pas
compris la fin parce nous avions oublié le début ». Paroles, 232.